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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 09:46

Kililana song - Couverture Après  Ida le mois de l'Afrique, à venir sur K-BD (pour une fois, je prends un peu d'avance !), suit son cours.

 

Accostons cette-fois sur la côte orientale du noir continent, au Kenya, à Kililana. Le soleil y règne en maître en cette fin novembre. Sa lumière, blanche, aveuglante, brûle la terre, les murs, la mer et ses reflets. Sa chaleur écrase les hommes aussi sûrement que le bâton du mwalimu écrase le crâne de l'élève dissipé.

Ce qui explique la course effrénée de Naïm dans les rues, pour échapper à son "grand frère" et au sort qui l'attend à la madrass.

 

Dur est le bâton, dure est l'éducation, dure est la vie à Kililana ; malgré tout, il faut essayer d'avoir le ventre plein une fois par jour, de rapporter un peu d'argent ou de nourriture à la maison, et si possible de ne pas sombrer dans des affaires trop louches. Trafiquer un peu de qat pour un vieillard passe encore. Se faire arrêter avec à son bord des caisses de haschisch, transporter des colis douteux, ou s'investir dans des projets immobiliers peut déjà être plus dangereux.

 

"Les histoires chez nous ce n'est pas ça qui manque, c'est même une spécialité locale, si on peut dire." Depuis les toits où il traîne souvent - surtout pour échapper à son frère qui tient coûte que coûte à le ramener sur le droit chemin (de la religion) et peut-être ainsi gagner quelques "points pour aller au paradis" - Naïm voit beaucoup de choses, et suit les destins de bon nombre de ses amis : des plus jeunes condamnés à décortiquer des kilos de crevettes pour quelques shiliings, aux plus belles dont les corps affolent les Occidentaux de passage ou plus ou moins établis.

 

"Chez nous, il y a ceux qui pêchent le poisson et d'autres qui pêchent le touriste".

 

Mais il n'y a pas que des touristes qui viennent échouer sur le rivage - soulevant autant d'intérêt que d'hostilité, les règles religieuses devant composer avec les contraintes économiques. Il y a des contrebandiers, au verbe fleuri et au visage marqué, ou des promoteurs, qui n'ont que faire du respect des légendes locales...

 

Car l'Afrique des mythes n'est jamais loin : des histoires de djinns racontées pour effrayer les plus jeunes, aux récits antiques plongeant dans les racines des croyances locales, le surnaturel est partout.

Et ce ne sont ni le vieil homme vivant à l'écart, ni le grand arbre sur lequel il veille, qui diront le contraire.

Que l'on vienne même à risquer de les perdre, et la nature elle-même semble se déchaîner. Et si tout cela était vrai...

 

Récits croisés composés à partir de "rencontres, histoires glanées et choses vues", Kililana song est une chronique vivante et juste de la vie telle que nous pouvons l'imaginer aujourd'hui dans bon nombre de pays d'Afrique noire. Fin observateur, Benjamin FLAO semble avoir longuement promené sa plume et ses pinceaux au gré des ruelles, des rivages et des forêts érythréennes et kenyanes pour brosser avec une telle précision les portraits qu'il nous propose.

Certes, les traits sont parfois un peu caricaturaux, mais laissent à penser que la situation dans ces pays l'est aussi : la misère locale, la corruption, et les abus permanents des colons de tous bords (Européens ou Indiens). La débrouille pour survie, la religion musulmane comme refuge...

Partageant la narration entre le jeune Naïm et le vieux gardien de l'arbre, l'auteur offre un regard frais mais désabusé et un point de vue plus contemplatif et mystique.

 

Le récit est servi par un dessin efficace aux visages souvent très expressifs, et surtout par l'aquarelle qui restitue à merveille la force et l'intensité des espaces et des lumières : le ciel et la mer sont à l'honneur, le jour éclatant et la nuit glacée nimbent les scènes d'ambiances très fortes.

De grandes illustrations en pleine ou double page scandent le récit, offrant des respirations et de superbes scènes à observer en détails, de l'architecture des cours intérieures aux innombrables bateaux à quai.

 

Le rythme rapide des deux premiers tiers du récit s'apaise, se fige presque, lorsque Naïm, emporté dans la nuit, glisse lentement dans le monde de l'étrange... vers une fin qui nous laisse sur la nôtre (ah ah), et nous donne envie de lire très vite le deuxième tome qui devrait clore l'aventure.

 

Au final, Kililana Song, dont les images pourraient faire penser à un simple carnet de voyage, est une plongée dans cette Afrique que l'on devine à travers reportages et clichés et qui, malgré quelques stéréotypes, se révèle être un monde complexe et malmené où la vie des autochtones n'est jamais facile et où croyances et culture sont souvent mises à mal. En choisissant un enfant comme personnage principal, Benjamin FLAO a toutefois permis à son récit de ne pas trop verser dans le désespoir.

Espérons que la suite sera à la hauteur de cette belle entrée en matière, et saura nous régaler d'aussi belles aquarelles et d'aussi beaux portraits que ceux brossés dans ce premier opus.

 

Champimages qui voyagent.

 

Kililana song - Extrait 0

 

Kililana song - Extrait 1

 

Kililana song - Extrait 2

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 18:44

Les rillettes de Proust"... comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais chaud, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un bock de bière. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, je me ravisai. Elle envoya chercher une de ces charcuteries onctueuses et charnues appelées Rillettes du Mans. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres le verre de bière où j'avais laissé s'amollir une tartine de rillettes. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée de miettes du pâté toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause."

 

Toute ressemblance avec un texte déjà lu ou aperçu ne saurait être fortuite, si l'on se réfère à la consigne préalable à ces quelques phrases donnée par Thierry MAUGENEST, dans la rubrique "L'envie des mets" : "Le choix des mots, c'est aussi le choix des mets. N'évoquez jamais dans votre roman des plats et des boissons qui ne conviennent pas à la situation ni à la psychologie de vos personnages."

Il est vrai que PROUST n'a pas la même saveur à l'heure charcutière.

 

Ce petit tour de passe-texte n'est qu'un des nombreux exercices auxquels l'auteur s'est adonné à travers la littérature déchaînée : tantôt compilant, tantôt transformant, avec l'oeil vif et le verbe humoristique de tout OuLiPien qui se respecte, Thierry MAUGENEST s'est plongé dans le théâtre, la poésie, les romans... de nombreuses époques pour en offrir une relecture aussi rafraîchissante qu'avisée.

Proposant une typologie d'observations et de réécriture ("L'inspiration", "Le choix des mots", "Perles et coquilles", "Jargon, confusion et embrouillamini") il emprunte, déforme ou crée, au gré des constats et des contraintes, et nous permet de découvrir certains travers ou traits d'auteurs, ou de prendre d'agréables contrepieds.


Tics, répétitions, abus, déformations... sont passés en revue et revus à tous les temps, et l'incongru y a toute sa place.

Ainsi "le vieil art de l'écriture" nous permet de pister les malheureuses assocations de mots ("un vieillard en sort", d'Adolphe DUMAS, "vaincu Loth", de l'Abbé PELLEGRIN) tandis que "corps de texte" pointe quelques libertés prises avec l'anatomie ("Sur le siège, le dos du cocher était étonné d'entendre pleurer si fort", des frères de GONCOURT).

 

Terminons ce bref tour d'horizon par le "Copié-collé" initial composé de nombreux incipit : "Le premier matin d'avril lançait ses souffles fleuris sur l'île grecque de Céphalonie. C'était un matin de dimanche, par une année qui débutait splendidement. Les premiers baigneurs, les matineux déjà sortis de l'eau, se promenaient à pas lents, deux par deux ou solitaires, sous les grands arbres."

 

Le tout s'achève par de petits exercices de lecture ou d'écriture, histoire de maintenant le cerveau en alerte, pour le cas où la trentaine de propositions qui précèdent ne l'aient pas déjà suffisamment titillé.

 

Gentiment moqueur, l'auteur s'est avant tout livré, avec plaisir et gourmandise, à un bel hommage aux hommes de lettres et à leurs oeuvres, aussi vivantes que propices aux assauts des lecteures.

 

Emoustillant et salutaire.

 

Litté-Champi

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 18:36

Hans SCHERFIG

 

Hans SCHERFIG, Mog og barn. Visible encore quelques temps ici.

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 08:04

Ida T1 - CouvertureComment peut-on passer, en quelques mois, du confort douillet d'un épais lit molletonné au fin fond du canton de Bâle, en Suisse, à l'inconfort sauvage d'un épais baobab rugueux au fin fond du Sénégal ?

 

"A quoi tient le destin ? Souvent à pas grand chose."

 

A la lanière d'une crinoline, dans le second cas.

A un voyage au bord de la mer, dans le premier.

 

Ida, fille de très bonne famille suisse, véritable santé fragile ou totale hypocondriaque, se voit contrainte, prescription médicale à l'appui, d'aller passer quelques temps en France, au bord de la mer, à Marseille.

Contre toute attente, et malgré une population locale étrange ("Les Français sont si bizarres. Ils sentent fortement l'ail et sont un peu voleurs, mais je les trouve très distrayants."), le pays littoral éveille les sens et l'intérêt de la voyageuse. Si elle ne perd rien de son irrascible caractère, elle se remet sur pieds, et décide de franchir la Méditerranée. Lumière, grands espaces, odeurs, ont réveillé de lointains souvenirs gravés en elle par l'Exposition Universelle de 1867, "l'unique voyage que j'ai fait avant celui-ci".

 

Entre rêves d'enfant et goût pour l'aventure, la jeune femme, curieuse et lettrée, décide de s'attaquer à la découverte du continent africain. Après une escale à Tanger - où la rejoint une compagne de voyage imprévue - cap sur Saint Louis du Sénégal, point d'entrée pour l'Afrique sauvage et profonde, parfaite pour satisfaire le soudain appétit d'Ida et lui permettre de rédiger une sorte de guide de voyage.

 

Peut-on toutefois s'improviser aventurière lorsqu'on n'a presque jamais quitté sa chambre et, plus que l'Europe, la Suisse ? La volonté et un caractère persévérant (ou de cochon, au choix !), sont-ils suffisants pour faire face aux réels dangers de la brousse et de la jungle, aux craintes légitimes des porteurs, et aux clichés colonialistes véhiculés par les administrateurs européens croisés sur la route ? Sans compter que, comme son nom l'indique, Ida est une femme, dont la place, en cette deuxième moitié de XIX°siècle, n'est certainement pas sur les routes.

 

 Chloé CRUCHAUDET ne se contente donc pas de simplement mettre en scène une aventure humaine au coeur de l'Afrique : elle mélange contexte social, politique et "exotique" pour donner à son récit richesse et profondeur.

 

La jungle de papier qu'Ida connaît par ses études est bel et bien dangereuse : animaux de toutes tailles, marais, flore... sont autant d'obstacles au voyage, surtout en robe longue et bottines.

 

Guides et porteurs, traités en sous-hommes, ne sont pas tant des fainéants, comme les décrivent les colons, que des individus au fait des us et coutumes locaux, enclins à la prudence plus qu'à peur.

 

Quant aux colons, fidèles à eux-mêmes, ils se posent et s'imposent en "race supérieure", alors qu'ils ne font que vivre les hauts et les bas de leurs complexes sociaux.

"Vous voyez le petit homme, là-bas ? C'est mon mari. Regardez-le faire son malin... Avant c'était un insignifiant gratte-papier à Maubeuge. A Thiès, c'est un dieu."

Outre leur complexe "civilisationnel", ces colons véhiculent les clichés sexistes de leur temps... Clichés que l'auteure met à mal à travers le portrait d'Ida et de son amie Fortunée qui, pétries d'autant de qualités que de défauts, se posent en héroïnes fières de leur indépendance et de leurs choix.

 

Saupoudrez le tout d'humour (Ida, qui par nature prend tout de haut, se retrouve prise de haut par la nature) et de poésie ("Quelques bouts de verre et de la peinture spéciale..."), ajoutez-y quelques rencontres d'exception (avec notamment, en point de mire, la mythique expédition de Pierre Savorgnan de Brazza) et vous aurez un aperçu de tous les éléments que Chloé CRUCHAUDET a su marier pour composer son récit.

 

Le trait, tantôt détailé, tantôt libéré, soutenu par une superbe mise en couleur à l'aquarelle (le fond des cases est d'ailleurs rythmé par les fines stries de l'épais papier spécialement utilisé !), donne à Ida la vie et l'aspect "carnet de voyage" adéquats.

Les personnages, caricaturaux juste comme il faut, animent un théâtre social du meilleur effet, et les déformations graphiques accompagnant légendes, rêves et hallucinations créent une superbe et efficace dynamique.

 

En prenant le contre-pied de bons nombres de clichés, et en faisant de son héroïne une casse-pied attachante, l'auteure réussit le double exploit de nous présenter, sans angélisme ni parti-pris, le choc de deux mondes à l'époque des grandes aventures africaines, tout en jonglant avec le rêve et l'humour.

 

Une série belle et intelligente, retenue par notre collectif  K-BD pour son thème "Afrique et BD" à venir en novembre prochain.

Belle occasion de voyager par papier interposé.

 

Champimages haut en couleur.

 

Ida T1 - Extrait 1

 

Ida T1 - Extrait 2

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 17:53

CANEPA Barbara"D'un côté, le prof d'Histoire nous disait que l'Homme descendait du singe, de l'autre, le prêtre affirmait qu'il venait de Dieu. A 8 ans, j'en ai déduit que Dieu était un singe."

 

Barbara CANEPA, interview à Casemate n°49, juin 2012.

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 12:26
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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 11:51

Raging Bulles - Logo

 

Tenez-vous bien : pour une fois, je vous annonce la tenue de notre prochain Raging Bulles presque un mois avant la date !! Histoire que vous ayez le temps d'oublier, bien sûr.

 

Donc après une reprise sur les chapeaux de roues, voici les éléments pour notre prochain rendez-vous (ça rime) :

 

Jeudi 25 octobre 2012

A partir de 19h

A la Cave de Lilith

Rue Paul Lendrin

A Toulon

 

Au programme :

 

MANGIN Valérie &  DEMAREZ Thierry, Alix Senator t.1, ed. Casterman.

 

CUNNINGHAM Daryl, Fables scientifiques, ed. Cà et là.

 

MULOT Jérôme, RUPPERT Florent & VIVES Bastien, La Grande Odalisque, ed. Dupuis.

 

JORDAN Justin & MOORE Tradd, Luther Strod t.1, ed. Delcourt.

 

STRÖMQUIST Liv, Les sentiments du Prince Charles, ed. Rackham.

 

BROWN Chester, Vingt-trois prostituées, ed. Cornélius

 

 

Bonne lecture et à la vôtre !

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 23:36

Lapin et TortuePrenez les deux héros de l'une des fables les plus célèbres de notre bon LA FONTAINE.

Changez la vanité de l'un en candeur, et la tenacité de l'autre en gros sourcils, et vous obtiendrez  Lapin et Tortue, première BD publiée de mon ami IBI, grâce à l'éditeur Amilova, qui a su lui faire confiance, mais surtout grâce aux internautes qui ont voté pour sa publication papier.

 

Tantôt drôles, touchantes, ou complètement déjantées, les aventures des deux compères durent le temps d'une seule planche ou de plusieurs pages, suivant les envies.

Les références sont nombreuses, appuyées par les parodies d'affiches de films qui ponctuent l'ensemble de l'ouvrage, et les deux héros se métamorphosent au gré des délires et des histoires (les gros sourcils ne sont jamais en reste).

 

Quelques petites maladresses, encore, parfois, mais un premier album mérite toute notre indulgence, surtout quand il réserve de bons moments.

 

A vous de juger en allant voir "sur place", et en soutenant le jeune auteur, qui est parti pour continuer de faire vivre ce duo décalé.

 

Champimages qui font écho.

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 06:38

Crayons X

 

"Pendant tout l’été 2012, des laboratoires et centres de recherche du CNRS ont ouvert leurs portes à des blogueurs BD, invités dans le cadre d’un partenariat entre le CNRS et le Festival des blogs BD et du Webcomics — Festiblog, placé cette année sous le signe de la Science. Ils ont pu visiter les installations, se pencher sur les expériences en cours, interroger les équipes de recherche. C’est cette expérience qu’ils partagent aujourd’hui sur ce blog."

 

Trois sujets sont à ce jour disponibles : Métaphysique d'un tube, Polyuréthane Paradis, et Bataillon : un aprèm au CRCC.

C'est à la fois drôle et intéressant, très dans l'air du temps (voir  Tu mourras moins bête de Marion MONTAIGNE ou les  Fables scientifiques de Darryl CUNNINGHAM), et j'espère que de nombreux autres sujets verrons le jour au fur et à mesure.

 

Champimages en laboratoire.

(Cliquez sur l'image pour suivre le lien).

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 18:57

Le grand pouvoir du Chninkel - CouvertureCela faisait plusieurs mois que le thème était dans l'air, sur  K-BD : Dieu et la BD, Dieu et la BD... Ben oui, pourquoi pas ? Après tout, Dieu est un thème comme un autre, non ? N'en déplaise à la brûlante actualité, mais c'est une autre histoire...

 

Comme toujours, toute l'équipe de K-BD s'est alors virtuellement réunie pour choisir les titres adéquats : chacun y va de sa liste, de ses préférences, nous essayons de respecter quelques équilibres géographiques (même si Dieu est partout, je sais, je sais...), et hop, quatre titres finissent sur le podium (qui comprend une marche par dimanche du mois, d'où les quelques podiums à cinq marches, parfois).

 

Si Dieu en personne, de Marc-Antoine MATHIEU, s'est imposé en quelques secondes, il n'a pas fallu plus longtemps pour que Le grand pouvoir du Chninkel apparaisse comme le deuxième titre franco-belge de la sélection. Une nouvelle occasion de se replonger dans les classiques, comme souvent avec K-BD.

 

Abordons la (première de) couverture pour entrer dans l'ouvrage...

Sur fond de ciel de sang et d'apocalypse (la guerre ravage Daar depuis des siècles, et la fin du monde est proche), au coeur d'une multitude grouillante et tendue, apparaît un vaste monolithe noir, flottant, écrasant, au-dessus des êtres. U'n, le Maître créateur des mondes, a décidé de revenir sur une de ses nombreuses créations pour exprimer sa colère : "J'en ai assez de cette insignifiante poussière d'univers agitée sans répit de sa folie guerrière."

Son interlocuteur est l'insignifiant J'on, petit Chninkel miraculeusement rescapé de l'une des innombrables batailles que se livrent les Trois Immortels depuis la nuit des temps.

 

Le message du tout puissant est simple : J'on doit ramener la paix sur Daar en peu de temps ("cinq croisées de soleil, pas une de plus") sinon une "apocalypse de feu" s'abattra sur le monde et ses habitants.

 

Mais comment un si petit être peut-il s'opposer à la puissance et à l'Histoire en marche depuis si longtemps ? U'n, magnanime, lui confère alors "le Grand Pouvoir".

Charge au petit Chninkel d'en faire bon usage...

 

Voilà donc le jeune "Choisi" contraint de renoncer à sa liberté fraîchement gagnée et à la vie paisible qui pourrait en découler pour se lancer sur les routes.

Il faut bien admettre que le destin ne lui laisse pas grand répit ni grand choix : tantôt traqué, tantôt poussé par ceux qui, comme la belle Gwel, croient en lui, J'on arpente Daar et son Histoire pour comprendre ce qui lui est véritablement arrivé et ce qu'il doit faire.

Sa route croise de futurs fidèles, enthousiasmés par l'espoir qu'il porte, mais aussi des sceptiques, des méfiants, et bon nombre d'adversaires. Il ne fait pas bon bousculer l'ordre établi, et encore moins se prétendre porte-parole d'une puissance supérieure.

 

Les Trois Immortels, notamment, finissent par prendre au sérieux la menace que le petit esclave semble constituer : Barr Find main noire, Jargoth le parfumé et Zembria la cyclope seront de puissants obstacles.

 

La vacillante foi du Chninkel suffira-t-elle a lui permettre de surmonter tant de dangers, de convaincre les siens, de faire fi de se propres doutes, et surtout de satisfaire U'n le colérique ?

 

Fable morale parfois un peu trop appuyée, et passionnante réflexion sur le destin, le libre-arbitre, et les forces à l'oeuvre dans le monde, le grand pouvoir du Chninkel fait partie des oeuvres de référence dans l'histoire de la BD franco-belge.

Issu des denses et riches pages de feu (A Suivre), incroyable source de romans graphiques d'une extraordinaire qualité dans les années 80 (Silence, Ici-Même...), le grand pouvoir du Chninkel est la preuve que Jean Van HAMME fait partie des très grands scénaristes de ces dernières décennies. Bien sûr, on pourrait lui reprocher, parfois, certaines facilités et certaines redondances. Bien sûr, on pourrait considérer que faire traîner certaines séries en longueur n'est pas le meilleur service à rendre aux histoires, aux personnages et aux lecteurs. Il faut malgré tout lui reconnaître un grand talent de conteur, et une grande capacité à mêler les influences pour en tirer une oeuvre originale et forte (certes, certaines influences du grand pouvoir... sont un peu évidentes, du sombre monolithe au Livre originel, mais reconnaissons-leur force et universalité).

Son héros, pétri de doutes et de faiblesses (ah, la chair, toujours la chair !), est capable de grandes envolées remarquables, et se surprend autant qu'il se surpasse.

Il évolue dans un monde très dense qui, s'il n'échappe pas à certains travers du genre (noms des lieux, des personnages, des créatures, qui participent de l'imagerie "médiévale-fantastique" ) mêle magie, fantastique, technologie et philosophie avec aisance et une certaine jubilation : Van HAMME connaît ses classiques et en joue avec plaisir.

 

A ses côtés oeuvre Grzegorz ROSINSKI, compagnon de longue date (ils co-signent Thorgal depuis huit ans quand paraît le grand pouvoir...) qui peut, au fil des 134 planches, donner libre cours à son immense talent graphique : dans un noir et blanc impeccable (je ne saurais que trop vous déconseiller la version en couleurs parue dans les années 2000, victime comme bien d'autres d'un massacre à la palette en règle), il campe avec force et caractère décors et personnages.

Si certaines scènes frôlent l'exagération (surtout quand les corps de femmes se dévoilent), la plupart sont des leçons de composition et de dessin.

De plus, ROSINSKI sait comme personne mêler des éléments divers (nature, humanité, technologie, surnaturel) qui restent pourtant crédibles et cohérents.

Grand metteur en scène, il sait aussi parfaitement "diriger" ses personnages et leur donner une large et riche gamme d'expressions (même si la larme leur perle parfois un peu trop à l'oeil).

 

Qualité du dessin, richesse du scénario, le grand pouvoir du Chninkel offre une belle relecture de bon nombre de mythes fondateurs en puisant dans le monothéisme, le panthéisme, et les théories du multivers.

Mais quelles que soient les forces en présence, c'est bien la force et la volonté des individus qui sont à l'honneur, indispensables pour survivre dans un monde de guerre, de punition, de colère, d'arrogance et d'égoïsme.

 

Malgré ses vingt-quatre printemps, ce livre reste d'une grande actualité, et mérite qu'on s'y replonge régulièrement, à la fois pour en apprécier l'indémodable qualité, mais aussi pour faire le point sur la place de "l'homme" dans l'univers.

 

Champimages au grand pouvoir.

 

Le grand pouvoir du Chninkel - Extrait 2

 

Le grand pouvoir du Chninkel - Extrait 1

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