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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 18:48

Les P'tits ChefsIl est tant de me mettre à table. Je vais tout vous avouer. Tout.

J'ai honte. Oui, j'ai honte.

C'est à deux pas, pas loin du tout, c'est ouvert depuis plus d'un an, et pourtant je n'y avais encore jamais mis les pieds.

Comment ça mes excuses ne pèsent pas lourd ? Comment ça le fait qu'il y ait plein d'autres restaurants autour n'est pas une excuse ? Comment ça Les P'tits Chefs ne sont pas cachés entre une sandwicherie et un collège mais sont bien visibles ?

 

En tout cas une chose est sûre : ils me reverront très bientôt. Je n'attendrai pas aussi longtemps pour y retourner.

Car, comme ils l'annoncent, leur cuisine est véritablement "raffinée".


Certes, je n'ai goûté que le menu "Surprise", à 19 euros.

Mais quelle surprise !

Une mousse à la courge plus légère que le vent, une aumônière de légumes et gambas à la bisque, une belle pièce de boeuf en sauce avec une poêlée de pommes de terre à l'huile de truffe, et un fondant au chocolat plus fondant que lui tu meurs.

 

Des surprises comme ça, j'en redemande : c'est Noël tous les jours !

 

Je n'ai pas mémorisé le reste de la carte et les quelques autres menus, mais tout avait l'air alléchant. Et j'irai m'en assurer sous peu.


Bons produits, bien travaillés, belle présentation, service sympathique, ambiance assez intimiste : un bon paquet de qualités !

 

Promis, dès que j'y retourne, je prends note de tout ce qu'on y sert. Et je me penche sur la carte des vins.

Mais, aimant les surprises, je risque de me laisser de nouveau tenter par le menu dont le serveur ne dit rien de rien, sinon c'est plus une surprise, c'est sûr.

 

Donc, les P'tits Chefs, c'est ouvert du lundi au samedi, ils se cachent trouvent au 32 rue Gimelli, à Toulon, et on peut les joindre ici (04 94 30 59 67) ou là (les-deux-frères0321@orange.fr).

 

A priori il vaut mieux réserver les vendredis et samedis soir.

 

A vous de goûter !

 

Champi miam.

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 17:52

Boy

BoyJe crois bien que j'aime les rongeurs. Les rongeurs littéraires. Oh, pas les rats de bibliothèque ou les petites souris qui grignotent les bas de page.

Non.

J'aime les plus gros modèles.

Ca a commencé avec le castor. Belle bête, belles dents, et un goût prononcé pour les contraintes. Oui, c'est le penchant du Castor Astral pour nos amis OuLiPiens, notamment Hervé LeTellier, qui a révélé le mien. De penchant.

Et pas plus tard qu'il y a moins d'un an, une autre bête à poils et à dents s'est invitée dans cette dense zoolittérature : le Wombat. Tout rond, tout poilu, tout doux, tout bizarre comme seules les antipodes savent le faire. Avec un penchant pour "Les Insensés" - j'y reviendrai bientôt - ou plus récemment pour "Tanuki" (merci aux nipponophones de me faire parvenir une petite traduction de ces claquantes syllabes !).

 

Le Wombat s'est donc mis en quête, d'une île à l'autre, de petites perles japonaises. Sa route a croisé celle de l'inclassable Takeshi KITANO, que l'on connaît par chez nous surtout pour ses films violents (Violent Cop), poétiques (Hana-Bi) ou étranges (L'été de Kikujiro), déjà moins pour ses shows télévisés déjantés, et encore moins pour ses peintures et autres oeuvres d'art pourtant exposées en France en 2010.

 

Rongeur et ancien yakuza (dit la rumeur) se sont donc retrouvés face à face sur les chemins de l'écriture. En trois lettres et trois récits, ils nous livrent Boy, trois nouvelles écrites en 1987 qui mettent en scène la jeunesse japonaise.

Tête Creuse.

Nid d'étoiles.

Okamé-san.

Les enfants face aux adultes, parfois.

Les enfants face aux enfants, surtout. (Tiens, il y a du  Punpun dans l'air, non ?)

La compétition, la comparaison.

Le rêve, la fuite, malgré tout.

La vie brisée.

 

Comme trois étapes d'un long chemin de croix qui s'appellerait "devenir grand" et qui ne finirait jamais vraiment, sur l'archipel de tous les extrêmes.

Surtout pour les garçons, apparemment. Même si Okamé-san peut nous convaincre du contraire.

 

KITANO a déjà montré, à travers certains de ses films, combien il était attaché au monde de l'enfance, et combien ce monde était malmené.


A travers une compétition d'athlétisme, une course au téléscope, et des recherches historiques, il met ici en scène les difficile relations entre enfants (écoliers, frères, garçons et filles de passage) dans une société qui les pousse à l'isolement, l'affrontement, la déchirure.

Mais le regard encore jeune ne s'y attarde pas et déforme le présent et les souvenirs en une masse d'émotions où les plus douloureuses comme les plus heureuses s'enchevêtrent en teintes changeantes.

 

Dans un style simple, direct, efficace, KITANO campe des héros du quotidien dont la plus lourde tâche est de composer avec la vie, les rencontres, les échecs. Et de faire face au moule qui les attend, prêt à raboter leurs rêves : vieillir.

 

"C'est ça, les adultes."

 

Illusions ou souvenirs, ces trois récits d'enfance ont l'amertume des madeleines qu'on a laissé rancir.

C'est peut-être pour cela que l'auteur a décidé de rester, malgré les ans, une sorte de grand enfant. Tantôt rêveur, tantôt violent, mais toujours l'oeil triste.

 

Champitano.

 



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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 08:50

Bonne nuit Punpun 1 - CouverturePunpun va à l'école bien sagement, même s'il se laisse parfois entraîner par les autres garçons pour regarder un magazine porno. C'est de son âge.

Punpun rougit quand la petite Miyo lui parle. Normal.

Punpun n'aime pas quand ses parents se disputent. Trop souvent à son goût.

Punpun préfère quand son père lui offre un beau téléscope.

Punpun aime bien son tonton Yûichi, avec son bonnet et ses lunettes rectangulaires. Surtout qu'il lui a appris une prière lui permettant, en cas de besoin, de doute, d'angoisse, de faire venir Dieu en personne, rien que ça.

Punpun rougit quand Aiko, une nouvelle élève, le regarde et sourit de toutes ses dents - ou presque.

 

Punpun est finalement bien un jeune japonais comme les autres.

A peu de choses près.

Car Punpun est un oiseau. Comme ses parents, d'ailleurs. Et son oncle. On doit être oiseau de père en fils dans la famille Punyama.

Il parle peu, voire pas - contrairement à ses proches - mais tout le monde le comprend.

Il n'a pas vraiment de bras - logique - sauf lorsqu'il en besoin. Logique aussi.

 

Et son monde est tellement compliqué, entre son père qui ne revient plus depuis que des cambrioleurs ont tout cassé dans la maison et que sa mère a fini à l'hôpital, et cette nouvelle, là, Aiko, qu'il a juré de protéger, et qui lui demande de l'aimer toute sa vie... Et ne parlons même pas de cette grande usine désaffectée aperçue dans une étrange vidéo... Son monde est tellement compliqué, donc (oui, j'avais un peu perdu le fil de ma phrase !) qu'il a fini par s'imaginer un avenir rassurant quelque part dans les étoiles, sur une petite planète que le Petit Prince a dû croiser sur sa route.

 

Mais pour l'heure, vers qui se tourner ? Vers ses professeurs, qui savent l'écouter de leur attentive oreille professionnelle ? Vers le principal de son collège, figure d'autorité paternelle ? Délicat. Car les uns simulent d'étranges danses de la victoire en classe tandis que les autres jouent à cache-cache dans les couleurs de l'établissement.

Les parents de ses amis ? Violents, alcooliques, membres de sectes...

L'avocat qui va s'occuper des problèmes de la famille ? Son strabisme et sa bave aux lèvres ne sont pas très rassurants...

 

Voilà peut-être le problème de Punpun : dans son monde, on ne peut compter que sur les autres enfants. Pratique, en un sens, car au moins, entre eux, ils se comprennent. Mais ils ne sont que des enfants, et quand un étrange bruit se fait entendre dans les entrailles de l'usine abandonnée, bien malin celui qui pourra dire qui fera ...le malin.

 

Reste tonton Yûichi, venu s'installer chez les Punyama le temps que tout rentre dans l'ordre, mais quand son regard se métamorphose sous l'action des femmes forcément séductrices et tentatrices, on se demande s'il a encore toute sa raison.

Non, vraiment, pas sûr que les adultes soient dignes de confiance... Dieu peut-être ? Peut-être...

 

Etrange univers que celui développé par Inio ASANO : tous les ingrédients du shônen/seinen sont réunis, avec salles de cours, ambiance collégienne, relations amoureuses et mystère à la clef... Mais s'y ajoute ce petit Punpun, cet oiseau qui dénote - pour le lecteur seulement ! -  d'autant plus qu'il bénéficie d'un traitement graphique différent, minimaliste, simple cerne noir au centre duquel trône le simple point noir de son oeil. L'occasion pour l'auteur, d'ailleurs, de nous livrer quelques cases fleurant bon l'abstraction. Comme d'intriguantes respirations.

 

Ce décalage graphique est un extraordinaire ressort narratif, qui permet à la fois à ASANO de traiter de sujets graves - la violence conjugale, entre autres - avec distanciation, et d'introduire une bienvenue touche poétique dans un monde où tous les repères ont volé en éclat.

 

Sans vouloir entrer en détails dans une analyse sociologique poussée - ce dont je serais en fait bien incapable, d'ailleurs ! - Punpun, enfant-oiseau-minimaliste, semble être le parfait révélateur de la plupart des travers de la société japonaise d'aujourd'hui, où les générations ne se comprennent plus, évoluent dans des mondes hermétiques, où les adultes, vus par les yeux des enfants, sont au mieux incohérents, au pire dangereux, et où les comportements les plus extrêmes finissent par s'afficher, à travers les sectes ou des élans meurtriers et suicidaires.

 

Ne reste donc à Punpun que l'amour, qui fait tourner de l'oeil et perdre la parole, et le rêve - même si les cauchemars ne sont jamais loin.

 

Bonne nuit Punpun, donc, en espérant que ton voyage nocturne se passe bien, et qu'à ton réveil le monde soit un peu meilleur que la veille.

Même si tu en doutes.

 

Champimages en décalage.

 

Bonne nuit Punpun 1 - Extrait 2

 

Bonne nuit Punpun 1 - Extrait 1

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 08:02

Haddon Hall - CouvertureHaddon Hall... Vaste et vieille demeure de la banlieue londonienne (on peut voir d'impressionnantes images ici, mais je ne pense pas qu'il s'agisse du même lieu, malgré l'homonymie). Des coins, des recoins, des toits à perte de vue, perdus au milieu des bois, et suffisamment de pièces pour accueillir une grouillante communauté ou des hordes d'amateurs de musique et de soirées décalées.

 

La pluie et la grisaille automnale presque permanentes qui règnent sur l'uni Royaume devraient faire de ce lieu un sinistres manoir aux malsains relents (néo)gothiques. Mais qu'à cela ne tienne, le tout est balayé en quelques cases - et dès la couverture, même - par les tonalités acidulées des bleus, rouges, jaunes, roses, verts qui dominent l'album.

Pouvait-il en être autrement en cette année 1969 (ça ne s'invente pas !), dans le monde du rock ?

 

C'est dans cet improbable décor que David Jones (car il n'a pas encore inventé le "Bowie" qui ne tardera pas à lui coller au prénom), cheveux longs et talent en germe, s'installe, dans l'espoir de se rencontrer enfin.

Avec sa compagne et d'autres amis musiciens, il envahit cette grande friche culturelle qui les couve d'un oeil bienveillant et ne perd aucune miette de leur histoire - c'est elle qui la raconte, d'ailleurs !

 

Concerts, alcool, rock stars (John Lennon, Les Stooges...), disquaire improbable ("celui qui a tout et rien d'autre"), abattement, élans créatifs... Tout cela se combine, au son des guitares et des couleurs fulgurantes, pour dessiner la complexité de ces quelques mois qui changèrent la face d'un certain rock.

David (se) cherche, David expérimente, David convie, David renvoie, Davie se désespère, David s'assoit au piano, David est un génie... Oui, derrière Haddon Hall, c'est bel et bien David bientôt Bowie qui occupe tout l'espace. Et qui l'occupe aussi avec ses moments intimes, les meilleurs (bientôt papa !) comme les plus douloureux (ses relations avec son frère Terry, schyzophrène).

 

Au bout des errances et des doutes, le glam rock d'abord, puis les cheveux courts, la chemise ouverte, et le regard multicolore prêt à embras(s)er le monde.

Haddon Hall semble avoir été la belle jardinière dans laquelle la future rock star a pu finir de germer pour fleurir avec éclat.

 

De l'éclat, les planches de NEJIB n'en manquent pas : peu de cases - uniquement dans les Intermezzo qui font sourire -, des aplats colorés qui rythment décors et personnages presque musicalement (le terne n'a sa place que pour deux ou trois flashbacks), et un dessin dépouillé et efficace sous influence directe de certains grands noms du cartoon, à commencer par Saul STEINBERG, que l'auteur remercie à la fin.

En mélomane graphique averti, NEJIB s'amuse à restituer la musique de mille et un entrelacs : avec ou sans paroles, avec ou sans notes, mais toujours en circonvolutions plus ou moins chaotiques ou géométriques qui envahissent l'espace et font vibrer le papier comme les mélodies feraient vibrer l'air ambiant.

Sans aucun doute amoureux de Bowie et de cette époque foisonnante où s'écrivit une riche page de l'histoire du rock, NEJIB plonge dans les arcanes de la création et de la transformation, sanas éviter certains passages obligés (l'abus de drogue des uns, les coups "en traitre" des autres) peut-être trop récurrents pour être évitables, mais quand même. Il nous livre un récit dynamique susceptible de séduire à la fois l'amateur d'images que celui de sons. Ou en tout cas les néophytes - dont je suis - car je ne sais si Haddon Hall n'est parfois pas trop évident dans ses références.

 

NEJIB a su ranimer la flamme graphique et musicale d'une époque explosive. Et de même qu'on sort de certains albums avec l'eau à la bouche, Haddon Hall fait partie de ceux dont on sort en battant la mesure, avec pour seule envie de (re)découvrir les titres et les artistes qui émaillent l'album.

 

Victoire (de la musique).

 

Champimages qui chantent.

 

Haddon Hall - Extrait 2

 

Haddon Hall - Extrait 1 

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 22:12

Raging Bulles - Logo

 

Tout nouveau tout beau, ou presque, et plus d'une semaine avant la date limite, comme quoi tout est possible, voici le programme de la session d'avril 2012 de notre Raging Bulles national et local.

 

Comme toujours, rendez-vous à partir de 19h à la Cave de Lilith, rue Paul Lendrin.

 

Au menu :

 

DORISON Xavier & MEYER Ralph, Asgard T1, Dargaud.

 

ASANO Inio, Bonne nuit Punpun, Kana.

 

MARRO Olivier & MALNATI Loïc, Congo-Ocean, Glénat.

 

MAFFRE Laurent, Demain, demain, Actes Sud.

 

LAMY Thierry & VERVISCH Fred, Hell West, Sandawe.

 

SQUARZONI Philippe, Saison Brune, Delcourt.

 

 

Espérons que ce cru sera aussi bon que le précédent !

 

A la vôtre !

 

Champimages du mois.

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 18:42

Indian BluesCela faisait un moment que je n'avais plus parlé roman.

Mieux vaut tard que jamais, et avec humour, poésie et exotisme, s'il vous plaît !

 

"On n'est pas vraiment indien tant qu'à un moment de sa vie on n'a pas regretté de l'être".

 

Elle a de quoi être triste et amère la vie des Amérindiens dans les réserves, de nos jours : chômage, alcool, méfiance facile, privations...

Voilà en tout cas le portrait que Sherman ALEXIE en brosse, donnant une très bonne raison à ses personnages d'être victimes de l'Indian Blues.

 

Tout semblait pourtant avoir bien commencé pour Thomas Build-the-Fire, Victor Joseph et Junior Polatkin quand le grand Robert Johnson lui-même arriva dans leur réserve des Spokanes et y laissa sa guitare maudite - ou enchantée, selon le point de vue - sur la route pour la cabane de Big Mama.

L'instrument eut vite fait de se trouver un nouveau propriétaire, de le rendre doué comme un dieu - ou presque - et de fédérer autour de lui un auteur-compositeur-interprète (Thomas, le conteur de la réserve, jamais en reste d'une bonne histoire, et toujours connecté au monde intemporel des esprits) et un batteur (Junior l'introverti).

Il n'en fallait pas plus pour former les Coyote Springs, premier groupe contemporains de natifs américains. Le succès leur souriait, des concerts et des concours se présentaient dans d'autres réserves, d'autres villes... Mais peut-s'absenter temporairement de chez soi sans conséquences ? Peut-on profiter du mystérieux pouvoir d'un instrument de musique sans contreparties ? Et la sagesse de Big Mama et des anciens sera-t-elle suffisante pour aider des Indiens cruellement marqués par l'Histoire et leurs histoires familiales ?

 

Avec tendresse, humour, et triste lucidité, Sherman ALEXIE raconte donc ce périple musical et civilisationnel (oups) au cours de chapitres rythmés par les paroles des chansons des Coyote Springs : la chanson d'amour du petit Indien, Père sans repère, Un petit monde... Autant d'odes au blues indien, au passé ressassé, au présent difficile, au futur incertain.

Il sait toutefois éviter le pathos - alors que le sujet aurait pu s'y prêter - grâce à des situations tantôt loufoques, tantôt fantastiques, et des dialogues souvent très drôles :

 

"Ce type est sale type, dit Chess. Et t'as vu comment il s'habille ? On dirait qu'il s'est battu avec les années 70 et qu'il a pris une trempe."

 

"Chess et Checkers, attablées dans la cuisine de Thomas, mâchonnaient leurs sandwiches "regrets", c'est-à-dire deux tranches de pain entre lesquelles on regrettait qu'il n'y eût rien."

 

Le chômage et l'alcoolisme, deux maux rampants et récurrents, rôdent dans les réserves et rongent les corps et les esprits, faisant éclater violence ou drames familiaux.

Restent les histoires, les chansons, les esprits nombreux et jamais loin qui soutiennent, à travers les âges, leurs enfants meurtris.

 

Ils en ont bien besoin.

 

Champindian book.

 


 


 


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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 23:11

La danse des oeufsNon, non, vous ne rêvez pas ! Vous êtes bien dans la rubrique "jeux" ! Je dirais même plus : dans la rubrique "j'oeufs", ah ah !

 

Pourtant, l'emballage est trompeur, et vu de loin et par fort brouillard, le contenu aussi...

Mais en s'approchant un peu, on peut constater que ces braves oeufs ne sont ni en albumine ni en coquille calcaire ni en rien de comestible - ou alors rappelez-moi de toujours refuser vos invitations à manger ! - mais en caoutchouc (pour 9 d'entre eux) ou en bois (pour le dixième).

 

Le cube rouge et le cube blanc ne sont bien sûr pas des oeufs (mais je préfère préciser...) mais des dés qui permettent de jouer avec ces jolis oeufs jaunes...

 

Donc voici la recette de la fameuse Danse des oeufs...

 

Prenez de 2 à 6 joueurs bien frais.

Installez-les autour d'une table, debout de préférence (les joueurs, pas la table).

A tour de rôle, chaque jouer va lancer le dé rouge.

En fonction du résultat, il faut agir ou ne rien faire :

- poule qui vient de pondre : cot cot cot !

- coq qui chante : cocorico !

- coq qui ne chante pas :                 (en gros, chut !)

- cube : il faut attraper le dé avant les autres

- bonhomme qui court : chacun fait le tour de la table en courant

- oeuf qui rebondit : on fait rebondir un oeuf (logique).

 

Jusque ici, ça va (à peu près).

Là où ça se complique, c'est que le joueur qui a le premier remporté le défi du dé rouge gagne un oeuf et lance le dé ... blanc !

Ce cher dé indique où le joueur va devoir essayer de faire tenir l'oeuf tout en continuant à jouer :

- sous le menton

- au creux du bras

- entre les genoux

- entre la tête et l'épaule

- ...

 

Et la partie continue ainsi jusqu'à ce que tous les oeufs soient distribués (s'il en manque, on peut en piquer aux autres !), et surtout jusqu'à ce qu'un des joueurs fasse choir l'un de ses oeufs !

 

Vient alors l'heure des comptes :

- celui qui a fait tomber l'oeuf est éliminé, non mais.

- les oeufs en caoutchouc rapportent un point chacun

- le dé en bois rapporte deux points.

 

Le tour est joué, l'omelette est évitée, et on peut repartir de plus belle !

 

Fous rires garantis, et même si c'est un jeu Haba, donc prévu pour les petits, il est parfaitement adapté aux plus grands également.

 

Une belle trouvaille.

 

Champi Ludi

 

(si vous voulez m'écouter parler de ces beaux oeufs à la radio, c'est par que ça se passe !)

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 08:59

Reportages - CouvertureEntre un passé sombre et torturé et un futur inquiétant et violent, peut-on trouver refuge dans le présent ?

 

Reportages, de Joe SACCO, nous convainc que non...

 

Palestine, Irak, Kushinagar (en Inde), femmes tchétchènes, crimes de guerre, immigrants africains : la couverture annonce la douleur. Partout où le monde et ses habitants souffrent, la plupart du temps sous le joug et les coups de l'autre partie du monde, Joe SACCO est allé rencontrer ces gens dont on ne parle plus ou pas, pour mettre en images ces situations et ces destins que l'actualité, par lassitude ou désespoir sans doute, par manipulation peut-être, finit par passer sous silence et invisibilité.

 

Avec un style journalistique qu'il développe depuis près de vingt ans, il se met en scène, la plupart du temps accompagné d'un interprète - sauf à Malte, sa terre d'origine - partant à la rencontre des victimes, mais aussi de leurs "bourreaux". Cette implication à la première personne - qu'il n'a pas adopté pour un de ses reportages, ce qu'il a déploré par la suite - peut sembler nuisible à une totale objectivité, mais elle permet en tout cas de faire passer au plus près et au plus juste les émotions du bd-journaliste face à la douleur, la colère, l'abattement. Un point de vue plus personnel pour ces reportages commandés par des grands titres de la presse internationale : New York Times, Time Magazine, XXI, The Guardian Weekend, The Virginia Quarterly...

 

Non, Reportages n'est pas un ensemble d'histoires fraîches et primesautières redonnant confiance en l'Humain : les guerres, la misère, les fuites éperdues, le racisme, l'exploitation... suintent des cases de Joe SACCO.

Les textes et les situations sont précis, et les images confèrent une distanciation suffisante pour supporter ce qui nous ferait suffoquer s'il s'était agi de photographies.

 

Graphiquement, justement, hormis quelques p(l)ages en couleur ou en bichromie, Joe SACCO nous livre ce dense noir et blanc hachuré qui prend aux tripes (et qui provoqua cette anecdote : "j'ai dû certifier au rédacteur en chef que les hachures à l'arrière-plan dans la seconde case de la dernière page n'étaient pas un prétexte pour caser des dizaines de petits crucifix dans mon histoire.").

Visages et décors sont présentés avec un réalisme presque photographiques, et les détails foisonnent pour nous immerger toujours plus dans ces face à face poignants : rides, larmes, motifs sur les vêtements féminins, petits objets dispersés dans les pièces...

On image parfaitement l'auteur, une fois revenu dans son atelier, penché avec la patience et la précision d'un moine copiste sur ses photos et ses souvenirs pour restituer avec fidélité la poussière, le bruit, la tension, l'implacabilité...

 

Infatigablement, Joe SACCO semble être de tous les conflits, de toutes les crises, surtout les plus muettes, les plus invisibles, les plus oubliées. Qui s'est déjà vraiment penché sur l'étouffement des basses castes dans les campagnes indiennes ? Sur le climat explosif qui s'installe depuis des années à Malte, étape parfois bien tôt longue sur la route des Africains à la recherche du paradis européen ? Qui se souvient que la Tchétchénie souffre encore, bien qu'éloignée des lumières médiatiques ?

 

A l'instar de cette femme qui, sur la première de couverture, fouille les décombres d'une maison, l'auteur cherche, inlassablement, ceux que le silence et l'oubli recouvrent peu à peu.

 

Un travail indispensable et salutaire, mais bien peu enthousiasmant. Au mieux naît la colère. Au pire le désespoir.

Ca fait mal.

 

Champimages de poussière et de sang.

 

(en complément, vous pouvez lire ici le compte-rendu de la table ronde que j'avais eu la chance d'animer avec Joe SACCO et Art SPIEGELMAN).


 

Reportages - Extrait 2

 

Reportages - Extrait 1

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 08:50

Urbi et Orbi : latin de Pâques.

 

Lapin chrétien 2

 

Merci à mon ami Didier MAHEVA pour l'illustration !

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 22:07

le-canard-enchaine.jpg

 

Quand on est "fâché avec le genre humain", comme dit le poète, il existe plusieurs remèdes. L'un d'eux a pour nom Roberto Saviano. C'est un écrivain. Il n'a que 32 ans. Il est connu pour avoir écrit "Gomorra : dans l'empire de la camorra", ce livre sur la mafia dont a été tiré un bon film. Depuis, il vit dans la clandestinité, sous surveillance policière constante. On aurait tort de croire que pour lire Saviano il soit indispensable d'être passionné par toutes ces histoires de corruption, de trafics, de règlements de comptes, de bandes rivales napolitaines et siciliennes. Car s'il parle, certes, de tout cela, au fond, c'est de bien autre chose qu'il parle : de liberté, de notre liberté à tous. A lire son dernier ouvrage (1), on pense, excusez du peu, à George Orwell. La même simplicité d'expression. Le même dégoût du mensonge, le respect des mots, le courage physique.

 

Dans ce livre, Saviano reprend les textes qu'il a écrits pour une émission de télévision qu'il anima l'an dernier sur la RAI, et y connut un grand succès.

 

De quoi parlait-il ? Au fond, de courage. Qu'il raconte comment le juge Falcone, avant d'être tué par la mafia, fut victime de ce qu'il appelle "la machine à salir" (il se fait sa pub, il est mégalo, il se prétend meilleur que nous alors qu'il ne pense qu'à son propre intérêt, etc.) mais y résista. Qu'il évoque Piergiorgio, ce jeune homme atteint de dystrophie musculaire dégénérative, qui mena bataille non pour le droit à l'euthanisie mais pour que soit inscrite dans la loi la possibilité de refuser l'acharnement thérapeutique. Qu'il parle d'un curé ayant osé défier la mafia en installant dans l'ancienne maison d'un boss une association d'aide aux handicapés... Chaque fois il s'agit de personnes qui ne baissent pas les bras. Qui tiennent bon, face aux violents, aux puissants, à ceux qui se croient tout permis, affranchis de toutes les règles. Qui tiennent bon pour eux-mêmes, mais pas que : pour nous, aussi. Avant tout, dit Saviano, se battre pour que soit respecté le droit. "Falcone adorait vivre, il voulait vivre. Mais il savait que l'on ne peut être heureux que si les autres peuvent l'être aussi. Et que le droit est l'unique fondement du bonheur."

 

Voyez le tremblement de terre à L'Aquila. Saviano décrit un à un les étudiants qui se trouvaient dans la Maison de l'étudiant cette nuit-là et y perdirent la vie. Et montre que c'est parce que l'immeuble n'avait pas été construit selon les normes, parce que les élus et les experts avaient détourné les yeux que ces jeunes gens sont morts. "C'est seulement quand survient la tragédie, le drame que nous comprenons vraiment que les règles ne sont pas un moyen de brider les affaires, de mettre les entreprises en difficulté, mais au contraire un moyen de protéger la vie et de donner, à tous, la possibilité de vivre sereinement."

 

En cette période où les bonimenteurs haussent le ton, Saviano est d'utilité publique. Il prend les mots au sérieux. Il a des convictions. Il est contre la liberté du loup dans le poulailler. Il se bat pour le "genre humain".

 

 

Jean-Luc PORQUET, 29 février 2012

 

(1) "Le combat continue : résister à la mafia et à la corruption", Robert Laffont.

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