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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 12:36

PARRA - Chambre A2 - CouvertureAprès  3 instincts,  Julien PARRA, compagnon d'aventures graphiques de longue date, s'apprête à sortir son deuxième album :  Chambre A2.

 

Ses planches et recherches préparatoires sont actuellement exposées à la Médiathèque de La Valette.

 

En prime, il sera là-bas le

 

MERCREDI 1ER FEVRIER 2012

à partir de 18h

 

pour dédicacer son nouvel album.

 

L'occasion de le rencontrer et de découvrir son travail !

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 23:12

Raging Bulles - Logo

 

Après les bulles du champagne des différents réveillons et jours fériés, retrouvons nos chères bulles musclées de nos  Raging mensuels.

Attention, après le bouleversement de calendrier de Noël (les vacances avaient avancé le RB d'une semaine) voici celui de janvier et du festival d'Angoulême !

 

Notre prochain rdv aura donc lieu


jeudi 19 janvier

A partir de 19h

A la Cave de Lilith

(rue Paul Lendrin)

 

Au programme des festivités :

 

BOGGER Olive, I like short songs, Ed. L'Employé du moi.

 

Collectif,The beats, Ed. Emmanuel Proust.

 

 COTTER Joshua W., Les gratte-ciel du Midwest, Ed. Cà et là.

 

HIPP Dan, Gyakushu T.1, Ed. Ankama.

 

LIN Li-Chin, Formose, Ed. Cà et là.

 

SOO-GIL Ahn, Tigre T.1, Ed Clair de Lune.

 

 

 

Bonnes lectures !

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 16:16

Calvin and Hobbes - CouvertureS'attaquer à un monument n'est pas chose facile (n'est pas taliban qui veut, et c'est tant mieux), mais il faut parfois se rendre à l'évidence : certains monuments sont incontournables.

Surtout quand le thème du mois, pour K-BD, est "le strip".

Il est d'ailleurs intéressant de constater que ce genre a permis la naissance de quelques uns des plus grands et beaux monuments de la BD : Peanuts, de Charles M. SCHULZ, Mafalda, de QUINO, et donc...  Calvin & Hobbes, de Bill WATTERSON (je serais tenté d'ajouter Le Chat de Philippe GELUCK à cette prestigieuse liste, mais pas sûr que son humoristique félin connaisse le même succès international que les petites têtes blondes ou brunes pré-citées. Bon, allez, on pourrait rajouter Garfield, de Jim DAVIS, mais alors je ne pourrais plus faire mon parallèle entre les trois autres séries. Damned !).

 

De même que Mafalda n'a occupé que dix ans de la vie de son auteur, Calvin & Hobbes n'ont pas duré plus sous le pinceau de Bill WATTERSON. Mais la pratique du strip quotidien - rehaussé de pleines pages en couleur s'il vous plaît pour les éditions du dimanche, et ce n'est pas le Little Nemo in Slumberland de Winsor McCAY qui s'en plaindra - est un exercice épuisant, et permet en peu de temps (si, si, reconnaissez que dix ans, sur l'ensemble d'une carrière, c'est court !) de produire énormément.

Le risque de cette création à marche forcée est d'ailleurs la répétition, la lassitude, le faux-pas... que QUINO et WATTERSON ont su éviter en mettant fin, un beau jour, à leur belle aventure. Dans les deux cas, les fans ont regretté, les éditeurs ont froncé les sourcils, mais peut-être était-ce le mieux pour les personnages et la qualité des histoires - et la santé des auteurs, soit dit en passant !

 

Bon, comment distinguer le Calvin du Hobbes ?

Tous deux portent rayures et couleurs chaudes.

Tous deux ont beaucoup d'imagination et d'humour (surtout quand il peut s'exprimer au détriment des autres).

Tous deux adorent la neige, les bombes à eau, la farniente, et se bagarrer, de préférence dans la boue ou dans les flaques, mais toujours sans méchanceté.

Et aucun des deux ne peut se passer de l'autre.

 

Bon, le petit blond, c'est Calvin. Le grand poilu, c'est Hobbes. Le reste de leur univers se limite aux parents, à Suzy, à la maîtresse, aux dinosaures et aux extra-terrestres. Rien que ça. Sans parler des machines à voyager dans le temps ou à créer des clones. Entre autres.

 

Ah, peut-être faudrait-il préciser que Hobbes est, au dépat, un simple tigre en peluche, mais a-t-on déjà vu quoi que ce soit rester simple plus de cinq secondes entre les mains de Calvin ? C'est là une de ses grandes forces : son imagination sans limites, et les effets qu'elle peut avoir sur la réalité. Le tigre en peluche se retrouve doté de mouvement, de parole et d'humour, des monstres se cachent dans les moindres recoins de la maison, surtout sous le lit et dans l'assiette, et parents et institutrice révèlent souvent leur véritable apparence de terribles sauriens...

 

Quand l'imagination se sent seule, elle laisse un peu de place à la poésie ou à une certaine forme de philosophie, toujours avec humour, souvent à avec tendresse, toujours avec justesse, le strip imposant l'efficacité.

 

Fin observateur du quotidien, Bill WATTERSON met en scène ces mille et unes scènes de la vie de tous les jours que nous avons forcément vécues, d'une manière ou d'une autre, enfant ou parent.

Il est également un excellent dessinateur, qui sait donner au visage surdimensionné de son héros une très large gamme d'expressions, tandis qu'il anime les corps avec souplesse, dynamisme, brio. Les deux simples points noirs des yeux valent tous les yeux hypertrophiés des manga, et la bouche en triangle indique une béatitude que lui seul sait rendre.

 

Vous l'aurez compris : qu'il soit à l'école, à la maison, ou dans un simple terrain vague, Calvin sait transcender le quotidien, et le faire partager à son tigre préféré et aux lecteurs.

Cette alliance de simplicité et de finesse a permis à la série de très rapidement connaître un succès national puis international (je vous laisse chercher tous seuls les chiffres, si ça vous intéresse. Ils sont édifiants, logique pour un monument !).

Notons que Bill WATTERSON a toujours cherché à contrôler les droits sur son oeuvre (qu'il a fini par récupérer après cinq ans de bataille juridique contre son éditieur, vivent les Etats-Unis !) et à limiter les produits dérivés, par respect pour ses personnages.

Rien que pour cela, il mériterait une statue dans chaque bibliothèque !

 

Ne croyez pas que Calvin & Hobbes ne s'adresse qu'aux enfants. Bien au contraire ! La série permet aux plus jeunes de développer humour, finesse et poésie, et aux plus âgés de ne pas s'encroûter dans leur peau d'adulte.

Indispensable à tous les âges, donc !

 

Champimages qui remuent.

 

(Pour le thème du mois de K-BD, n'oubliez pas d'aller prendre l'air par ici aussi !)

 

Calvin and Hobbes - Extrait 2

 

Calvin and Hobbes - Extrait 1

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 23:38

Christian MARCLAY - The Clock

Impressionnante compilation cinéphile que The Clock, réalisée par  Christian MARCLAY : 3 000 extraits de films du monde entier et de toutes les époques pour suivre, presque seconde après seconde, le déroulement d'une journée, montre (ou tout autre instrument de mesure du temps, en fait !) en main.

Hommage au septième art autant que réflexion sur le temps, The Clock a été présenté à la Biennale de Venise (où l'artiste a obtenu le Lion d'or) synchroniquement avec l'heure "réelle".

Charge à vous, donc d'attendre minuit quatre pour visionner le court extrait que l'on peut voir sur Youtube et auquel vous pourrez accéder en cliquant sur l'image.

Christian MARCLAY est un artiste suisse. Etonnant, non ?

 

Champimages qui tic-taquent...

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 23:28

Chances with WolfesA intervalles réguliers, mais plusieurs fois par mois, les Loups New yorkais concoctent d'étranges mix musicaux thématiques.

Vous trouverez sans doute votre bonheur parmi les 181 épisodes de cette atypique expérience sonore doublée d'une belle galerie lupine à travers les formes et les âges.

Chaque composition dure très, très longtemps, et peut tranquillement vous conduire jusqu'au bout de la nuit... Si les hurlements intermittents ne vous effraient pas.

 

Champi-mix

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 17:12

L'armure du Jakolass - CouvertureDécidément, la saison est propice à certains auteurs. En ce moment, c'est bel et bien Manu LARCENET qui a le vent en poupe ! (voire "en poulpe", si l'on se plonge dans le livre ci-contre...).

Après  Le retour à la terre, pour K-BD, voici L'armure du Jakolass, pour l'actualité. Dans la toute nouvelle série "Valérian par...", aux éditions Dargaud.

 

Ah, Valérian... La simple évocation de notre cher agent spatio-temporel (et de sa douce collègue) allume des étoiles dans mes yeux, et me fait remonter dans ma presque prime jeunesse (sans commentaire), quand, pré-adolescent, je découvrais les joies et les mystères de ces univers tricotés par les incroyables Pierre CHRISTIN et Jean-Claude MEZIERES. De l'aventure ! De l'exotisme ! Et quel exotisme ! MEZIERES est, à ce sujet, l'égal d'un MOEBIUS je pense ! Des intrigues pas toujours faciles à suivre (merci monsieur CHRISTIN !). A chaque tome des aventures de Valérian et Laureline, le lecteur en avait pour son argent : personnages attachants, mystères, grandes questions philosophiques ou politiques, cases fourmillant de détails...

De la BD dense et intelligente ne prenant pas ses lecteurs pour des buses.

 

Bien sûr, avec le temps, les parutions se sont espacées. Le trait de MEZIERES s'est fait plus ouvert, plus lâché. Et les histoires de CHRISTIN ont parfois suivi des multidirections difficiles à suivre. Mais la magie a toujours été au rendez-vous. Teintée d'humour, d'humanisme, de subtilité et de justesse.

Des aventures à mettre entre toutes les mains.

 

Et là, que voilà ? Un amour de jeunesse (comme ça j'exagère ??) entre les mains d'un de mes auteurs préférés ? Nulle jalousie à l'horizon, rien que de la jubilation !

Vite, plonger dans l'hyper-espace inter-iconique  ! (que voilà une formule qui en jette, hein ?)

Et que c'est bon ! Ils sont venus, ils sont tous là : Valérian, bien sûr. Laureline, évidemment, toujours aussi présente et attachante. Les Shingouz, Monsieur Albert... Ne manque que le Transmutteur Grognon, en somme !

Mais pourquois Valérian est-il petit, pourvu d'un gros nez et d'une moustache qu'un anthropologue du poil pourrait qualifier de "franchouillarde" ? Et que fait-il à boire des coups Chez Francisque (ah ah) avec son pote Jean-Pierre ? Et pourquoi s'appelle-t-il René ?

 

Vous expliquer le pourquoi du comment ici vous priverait d'une partie du plaisir de la lecture de cet album. Mais dites-vous bien que tous les ingrédients auxquels on pouvait s'attendre sont là et bien là : de l'exotisme, nourri par le Sens de la Vis, Donjon Parade, ou Blast, dans lesquels LARCENET a pu s'en donner à coeur joie. Une intrigue complexe malmenant le temps, l'espace, les corps, et mettant en jeu une géopolitique intergalactique crédible (si, si, cette phrase a un sens !). Et la poésie et le sens du décalage dont LARCENET a toujours su faire preuve.

 

Graphiquement, l'auteur est à un nouveau carrefour, quelque part entre Chez Francisque et Le retour à la terre, mais avec un traitement des ombres et des hachures qui va parfois chercher du côté de chez L'artiste de la famille ou Blast.

L'histoire est menée tambour battant, est riche en rebondissements, et des petits effets aux grandes conséquences nous surprennent à plusieurs reprises.

Comme toujours avec LARCENET, les personnages sont attachants et ont un caractère bien trempé. Prix spécial pour René le crétin (des astres) alcoolique et pour Laureline, dont l'auteur donne une version que ses créateurs ne renieraient sans doute pas.

 

Saluons également le travail de Jeff POURQUIE (Des méduses plein la Tête, Ciao Pékin) dont les couleurs rehaussent l'ensemble à merveille, alternant densité du vide et simplicité des tête à tête.

 

L'armure du Jakolass, une réussite, dense, drôle, touchante, avec ce qu'il faut de clins d'oeil pour que les bédéphiles scrutent tous les arrière-cases, et surtout avec un immense respect pour CHRISTIN, MEZIERES, et leur univers.

Du grand LARCENET, comme toujours.

 

Champimages en hyper-espace.

 

L'armure du Jakolass - Extrait 1

 

L'armure du Jakolass - Extrait 2

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 17:52

La ligue des gentlemen extraordinaires - Century tome 2 - CVous voyez ? Je ne vous avais pas menti ! La Ligue... Century, tome 1, mettait en place tous les éléments pour une suite toute en couleurs.

Et quelles couleurs !

De l'éclatant, du virevoltant, de l'acide, du brillant, du mouvement... bref, du psychédélique ! Bien loin de l'ombre qui a toujours plané sur la mythique équipe (si l'on excepte la belle gelée rouge que les martiens avaient semée dans la Tamise, mais si, souvenez-vous, à la fin du tome 4 !).

En même temps, il ne pouvait en être autrement, en cette belle année... 1968 !!

 

Oui, oui, vous avez bien lui ! 58 ans ont passé depuis le tome 1, mais Miss Murray, Orlando et Quatermain "fils" n'ont pas pris une ride. Pourquoi ? Comment ? vous trouverez bien quelques explications dans les premières pages - et vous en déduirez donc, par la même occasion, pourquoi la fille du capitaine Nemo a, elle, subi le poids des ans... - mais rien ne vaudrait la lecture des Black Dossiers, encore intraduits, mais sur lesquels j'ai pu mettre la main grâce à mon envoyé spécial Dom. La classe.

 

Revenons à nos moutons multicolores.

Donc revoilà le trio - et possible "ménage à trois", en cette époque de toutes les expériences ? - de retour dans un Londres relifté et relooké, qui n'a toutefois pas perdu certaines habitues, notamment l'occultisme et les complots.

Car Oliver Haddo, mage séculaire dont l'ombre rôdait déjà dans le premier tome, n'a pas dit son dernier mot. Son grand plan n'a toujours pas abouti, mais il se pourrait bien qu'une nouvelle étape soit franchie, au sein de la débauche de drogue, alcool, sexe, bruits, couleurs qui s'est emparée de la capitale anglaise...

Epoque oblige, il se pourrait fort que certaines des rock-stars les plus célèbres soient impliquées dans tout cela. Et que tout finisse en musique...

 

Bon, vous vous en serez douté, ce nouvel opus ne m'a pas déçu.

Plus riche de références que les précédents - question d'époque sans aucun doute ! - plus riches de délires aussi - même remarque - ce tome 2 ne laisse de répit ni à l'oeil ni au cerveau : les époques s'enchevêtrent, les plans aussi, et les héros, soudain noyés dans un monde qui, malgré leurs tenues vestimentaires, les dépasse, ne sont plus que de petites marionnettes bien faibles. Même la distance et arrogante Mina perd de sa superbe et de sa contenance. Le choc des générations peut-être.

Bref, Alan MOORE sait encore nous surprendre, et tirer la substantifique moelle d'une époque et d'un lieu (et ce n'est pas ce cher Norton qui me contredira !) pour l'assaissonner à sa sauce érudite et inattendue.

Courez d'ailleurs vous procurer la magnifique monographique que les éditions Dargaud viennent de lui consacrer : de quoi peut-être (un tout petit peu) mieux comprendre ce géant faiseur d'univers.

 

Quant à  Kevin O'NEIL, de plus en plus inspiré, il nous livre un psychédélisme intrigant et malsain, et atténue légèrement son trait anguleux pour mieux nous lancer ses images au visage.

Il continue incontestablement de se faire plaisir et, jonglant avec les époques comme son scénariste, nous plonge dans les dernières pages au coeur d'années 70 désenchantées...

 

Nouveau saut dans le temps prévu pour le tome 3, qui devrait se passer au début des années 2000.

Vivement !

 

Enfin, comme pour le tome 1, le livre s'achève par quelques nouvelles présentant de nouveaux membres de l'illustre équipe intervenus entre les deux tomes... ou les deux sagas.

Y a pas à dire : y en a à lire !

 

Champimages extraordinaires.

 

La ligue des gentlemen extraordinaires - Century tome 2 - E

 

La ligue des gentlemen extraordinaires - Century t-copie-1

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 10:43

Fumisteries"Un jour un passant débonnaire

 Ayant rencontré Georges Ohnet,

Fut mordu, soudain, au poignet,

Par ce romancier sanguinaire ;

Il conserva dix mois la trace de ses dents...

 

Morale

Quand Ohnet mord, c'est pour longtemps."

 

 

WILLY, Le Chat Noir, 29 octobre 1892.

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 22:38

Vieilles canailles - CouvertureDans les années 90, les éditions Vents d'Ouest eurent la bonne de publier deux oeuvres phares mais à l'époque méconnues de la bande dessinée hispophone : Cybersix, de Carlos TRILLO et Carlos MEGLIA, et Spaghetti Brothers, du même TRILLO mais avec Domingo MANDRAFINA aux pinceaux.

 

La première série, servie à merveille par le graphisme expressionniste de MEGLIA, narrait les aventures d'une cyborg aux prises avec son géniteur dans une ville tentaculaire au coeur de l'Amérique du Sud. Et en profitait pour s'interroger sur l'essence de l'humanité. Rien que ça !

 

La seconde, portée par la finesse du dessin réaliste de MANDRAFINA, suivait les pas d'une famille de cinq frères et soeurs italiens émigrés à New-York : Amerigo, l'aîné, violent, mafieux; Caterina, belle, actrice; Frank, le curé, parfois virulent, surtout envers son grand frère; Carmela, la terne femme au foyer; et Tony, le petit dernier, le flic. La famille Centobucchi au grand complet.

Humours, rancoeurs, secrets de famille... TRILLO avait saupoudré avec talent tous les ingrédients de la grande saga new-yorkaise.

Dix ans plus tard, Vents d'Ouest décida de rééditer la série en tronçonnant les quatre tomes originels (pour en faire... seize !!! Bonjour les épiciers !) et en barbouillant de couleurs criardes le beau noir et blanc de MANDRAFINA (comme ils l'avaient fait quelques années avant pour Bloodline, massacrant le noir et blanc d'Alberto VARANDA...).

 

Avant cette opération-destruction était parue Vieilles canailles, deux tomes permettant au duo d'enfer d'accorder un dernier sursaut à cette intenable famille.

Nouvelle réédition en cette année 2011, mais sans les affres du découpage et du coloriage : Vents d'Ouest, qui s'est peut-être rendu compte de son erreur passée, a opté pour une belle intégrale en noir et blanc.

Le rêve.

Le rêve américain, même.

Enfin presque...

 

Trente bonnes années se sont écoulées depuis la première tétralogie (mais si, Spaghetti Brothers, suivez un peu !). James, le fils de Carmela, est scénariste pour la télévision. Il rend de temps en temps visite à son oncle Amerigo, qui perd peu à peu la boule dans un hospice. Et il ne perd aucune miette des récits qu'il récolte contre glaces et sandwiches et qui lui permettent de peu à peu reconstituer l'histoire familiale : de nouveaux secrets, de nouvelles révélations, et la surprise de retrouver, tant d'années après, les membres de famille Centobucchi.

Que sont-ils donc devenus ?

Vous avez 183 pages pour le découvrir.

183 pages de pur plaisir, entre éclats de rire et grincements de dents - et quelques coups de feu, tout de même, on ne se refait pas ! -, à travers des histoires que l'on croirait avoir déjà vues mille fois au cinéma mais qui sont toujours fraîches et surprenantes.

Le temps a-t-il apaisé les tensions au sein de la famille.

Pas vraiment.

Au contraire, même.

Les cinq frères et soeurs sont-ils plus tendres avec leurs descendants qu'entre eux ?

Pas plus.

 

Carlos TRILLO tricotait et détricotait déjà la trame chronologique dans Spaghetti Brothers. Il continue de se livrer avec brio à cet exercice, enchaînant présent et passés avec fluidité. Ses personnages, toujours aussi forts, toujours aussi impressionnants, ont magnifiquement vieillis, et continuent de donner matière à des histoires toujours plus complexes. Pour la plus grande joie mais aussi au grand dam de James.

 

Domingo MANDRAFINA s'en donne lui aussi à coeur joie, multiplant les gros plans sur les visages marqués et marquants de ses héros. Son trait, digne héritier du classicisme réaliste, ne se fige jamais, et palpite d'une vie qui déborde de chaque geste, chaque mimique, chaque poche sous les yeux fatigués de cette incroyable fratrie. Si les décors sont rares, ils sont toujours justes et soignés.

 

Cerise sur la gâteau graphique, TRILLO se permet une petite mise en abyme à travers son personnage-scénariste qui s'interroge sur la possibilité d'écrire l'histoire de sa famille. Quoi qu'il puisse en penser, la suite lui prouvera que oui !!

 

Digne équivalent des grandes sagas fondatrices cinématographiques, Vieilles Canailles, que l'on peut lire indépendamment des Spaghetti Brothers - en en attendant une réédition correcte ! - offre un excellent moment de lecture, à la fois drôle et pertinent en matière d'observation des moeurs familiales. D'une famille particulière, certes, mais quand même. Vous aurez toujours moyen de retrouver un petit air de famille dans l'un ou l'autre des personnages.

Rien qu'un tout petit, rassurez-vous.

Sinon, courez...

 

Champimages au long fleuve agité.

 

Vieilles canailles - Extrait 2

 


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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 22:06

Topor - Projecteur"La clé de l'énigme m'a été livrée par le facteur. Un facteur ordinaire, sans prétention philosophique ou métaphysique. En signant l'accusé de réception de je ne sais quelle menace d'huissier, une idée m'a frappé : et si c'était le facteur, le courrier, au lieu de sa lettre merdique ?"

Qu'est-ce qu'un facteur ? Un fonctionnaire des postes, mal payé, un humble serviteur obéissant aveuglément à une volonté qui n'est pas la sienne, manipulé par le hasard des adresses inscrites sur ses enveloppes, allant de-ci de-là distribuer les sentences du destin.

Pourtant, le facteur est un individu possédant sa propre enveloppe charnelle, sa propre adresse, légèrement timbré, anonyme. Il a lui-même toutes les caractéristiques d'une lettre.

Si le messager constitue le message, quelle en est la teneur ? Qui l'a envoyé ? Quel en est le destinataire ?

Une évidence a surgi dans mon esprit embrumé par le sommeil : les facteurs sont mes semblables, mes frères. Artiste, facteur, quelle différence ? Celui-là sera-t-il facteur demain ? Peut-être emploie-t-il déjà ses dimanches à peindre des chefs-d'oeuvre ou à bâtir des palais, à composer des vers ou à jouer du violon ? Et moi, suis-je encore l'artiste que je prétends être ? Ne ferais-je pas un facteur convenable ?

La totalité des êtres humains, aussi bien que les facteurs, sont le message et le messager. Y compris le salopard d'huissier qui prétend me saisir.

Oui, nous sommes du courrier.

Certains, au vu de leur corpulence, évoquent davantage des colis que des lettres. Parfois, les vies sont si brèves qu'on songe à des télégrammes, d'autres si longues, si remplies, qu'elles font penser à des romans-fleuves. A qui sont-elles destinées ?

La triste condition humaine ne nous laisse aucune illusion à ce sujet. Notre but final commun est la terre, puisque la mort se trouve inscrite comme une adresse dans nos gènes.

Le volumineux courrier humain, distribué quotidiennement dans les cimetières, a sans aucun doute notre planète pour destinataire.

Avec quel particulier notre Terre entretient-elle une correspondance aussi fournie ?

_ Dieu, bien sûr ! s'empressent de répondre les croyants.

Séduisant, mais guère logique.

Pour le croyant, Dieu a fait l'homme à son image. Imagine-t-on Dieu dans une enveloppe timbrée ? Et si le Dieu dans lequel il a foi a créé la Terre, il doit avoir l'apparence d'une grosse boule plutôt que celle d'une bulle, fût-elle pontificale.

Que cette boule soit d'essence divine ou pas, peu importe. Le ou les mystérieux correspondants, desquels nous émanons, sont assurément des astres lointains. Sinon pourquoi écrire ?

Où se trouve le timbre dans tout cela ?

Mais c'est notre esprit, notre âme si l'on préfère. Oblitérée dès la naissance, la délivrance de la mère, comme on dit, celle qui délivre le courrier.

Les astres, dont la lumière nous parvient souvent bien longtemps après leur disparition, nous ont acheminés par voie génitale, plus lente que la lumière mais plus sûre et moins chère, pour donner de leurs nouvelles à un membre de leur famille dispersée dans l'univers par le Grand Bang et - qui sait ? - peut-être pour le prévenir du désastre imminent.

Il est donc possible de répondre aux trois questions fondamentales posées par notre existence :

1. D'où venons-nous ?

Des astres ou du désastre.

2. Que sommes-nous ?

De la matière épistolaire intergalactique.

3. Où allons-nous ?

En Terre.

Il devient aisé de résoudre le fameux problème : "Quel est le sens de notre vie?"

RELATER CE QUI S'EST PASSE AILLEURS IL Y A FORT LONGTEMPS.

Voilà pourquoi nos vies nous paraissent si absurdes. Et les animaux, me direz-vous ?

Il n'y a qu'à les écouter deux secondes pour deviner qu'ils sont des conversations téléphoniques en langage codé."

 

Rolond TOPOR, Vaches noires.

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