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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 20:54

18082011120

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 17:36

Raging Bulles - Logo

 

Avec la rentrée, voici revenu le temps des livres et des chants, ou presque, avec notre  Raging Bulles mensuel.

 

Une nouvelle fois, nous vous invitons à vous joindre à nous jeudi 29 septembre 2011 à partir de 19h à la Cave de Lilith, rue Paul Lendrin (le petit Cours Lafayette).

 

Au menu :

 

- FABCARO, -20% sur l'esprit de la forêt, ed. Six pieds sous terre.

 

- TORI Miki, Charivari, ed. Imho. MORI Kaoru, Bride Stories, ed. Ki-Oon (en remplacement, Charivari ne sortant finalement que fin octobre)

 

- ARCUDI John, SNEJBJERG Peter et HANSEN Bjarne, A god somewhere, ed. Panini Comics.

 

- FILIU J-Pierre et David B, Les meilleurs ennemis, une histoire entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient, ed. Futuropolis.

 

- PAU, La saga d'Atlas et Axis T1, ed. Ankama.

 

-  VEHLMANN Fabien et  KERASCOËT, Voyage en Satanie T1, ed. Dargaud.

 

 

Bonne lecture !

 

Champimages autour d'un verre

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 09:15

L'histoire du corbac aux baskets - CouvertureArmand Corbackobasket avait un nom prédestiné.

Lui qui, hier encore, était comme vous et moi - "ou presque" - s'est levé ce matin quelque peu changé : un long bec, des plumes, des pattes, des ailes - "comme l'alouette". Il était devenu corbeau. Seul indice de son humanité envolée : sa paire de baskets.

 

Le voilà malgré tout en route pour le boulot, mais l'accueil est des plus froids : "Peu m'importe que vous ayez des pieds ou des pattes à l'intérieur ou même à côté de vos baskets, monsieur Corbackobasket. Moi je ne remarque qu'une chose, c'est que vous dérangez notre société."

 

Ayant besoin d'un petit remontant face à cette nouvelle pour le moins atterrante, il entre dans un bar pour consommer un guignolet-kirsch ("je trouvais les noms rigolos. Je pensais que c'était la boisson qui s'imposait pour dérider cette situation dramatique"). Mais là encore, on ne le reçoit pas à bras ouverts : "Moi, je trouve qu'un corbeau avec des baskets, c'est pire qu'un simple corbeau. (...) C'est un corbeau qui cherche à s'intégrer."

 

Ou qu'il aille, M. Corbackobasket n'est plus vu que comme un corbeau. Pire, comme un corbeau portant des baskets. Or qui, dans une société sage et policée, peut bien porter des baskets en toute impunité ?

 

Abattu, ce pauvre oiseau de malheur se rend donc, dès les premières pages, chez un psychiatre au nom rassurant - le docteur Corbo - pour lui narrer ses déboires, et essayer de comprendre ce qui lui arrive.

Pourvu d'un entonnoir en guise de couvre-chef, d'un stylo-plume (il faut bien ça pour aider un corbeau) géant en guise de symbole, et d'une chaise-haute en guise de bureau, l'homme de médecine aura besoin de plus d'une simple heure - surfacturée - de séance pour venir à bout du récit de l'infortuné volatile.

Car, de bureau en bar, de jardin public en nouveau petit boulot, M. Corbackobasket enchaîne les déceptions et les incompréhensions, et se heurte à la méchanceté, la bêtise, l'aveuglement ou la folie.

Rien que ça.

 

Dans la série des albums primés à Angoulême, voici le troisième opus retenu pour K-BD : l'histoire du corbac aux baskets. Couronné d'un Alph'art en 1994, cet album est à la croisée de l'ensemble des oeuvres que FRED, son génial auteur, lauréat du Grand Prix d'Angoulême en 1980, a fait fleurir au fil de 37 ans de carrière - ses premiers travaux remontant à 1947.

D'un côté, l'onirisme, qui a toujours occupé une place importante dans sa production, et qui a atteint son apogée dans les quinze tomes de la série des Philémon (1972-1987), réalisée pour Pilote.

De l'autre, la satire, la critique sociale, qui ne sont pas étrangères à l'implication de FRED dans la création de  Hara-Kiri en 1960.

Au centre, un fond résolument pataphysicien, mélange d'humour féroce et de poésie improbable jaillie de l'esprit toujours bien vivant d'Alfred JARRY.

 

Cette multiplicité des influences et des centres d'intérêt explique la complexité et la richesse de l'oeuvre de FRED en général, et de l'histoire du corbac aux baskets en particulier.

A partir d'un événement improbable - la transformation d'un homme en animal, qui n'est pas sans rappeler celle de la Métamorphose de KAFKA - l'auteur s'en prend de plein fouet aux travers de la société : intolérance, méchanceté, agressivité, conformisme, militarisme - à travers l'épique récit d'une bataille par un général reconverti en gardien de square - et pollution. Car il se pourrait bien que cette métamorphose ait un lointain rapport avec une certaine ville de ... Tchernobyl.

Poète rêveur, FRED profite de son trait entre deux eaux et de sa narration en apparence décousue pour critiquer ses contemporains et le monde qui l'entoure, et sur lequel il semble porter un regard aussi noir et triste que celui de son héros.

 

S'ajoute à cela la maestria de son travail d'auteur de bande dessinée - qui lui permit sans doute de décrocher aussi tôt dans l'histoire du Festival d'Angoulême le très prisé grand prix -, titre auquel il est peut-être l'un des rares à pouvoir pleinement prétendre dans l'histoire du genre.

En effet, FRED ne se contente pas d'aligner des images, bande après bande, pour remplir des pages puis des albums. Il est passé maître dans l'art de ce que l'on pourrait appeler les jeux sur les codes de la BD : dessins courant en partie sur plusieurs cases, personnages décomposés et démultipliés d'une case à l'autre, ou grandes compositions éclatées sur une planche entière et recomposées en de multiples sens de lectures - la page 35 est en cela exemplaire - , tout est bon pour utiliser toutes les spécificités du genre. Notamment les relations que des images successives, séquentielles, peuvent entretenir par leur présence simultanée sur la planche : pour faire simple, le lecteur a simultanément sous les yeux des images qu'il est censé voir successivement, les unes après les autres.

Ajoutez à cela le goût pour FRED à nous rappeler que les images ne sont que de l'encre sur du papier - il enroule les bords de case avec délectation - et que le papier n'est lui-même qu'un fin support bi-dimensionnel - il évoque ainsi "l'envers du décor" - et vous aurez un bref aperçu de l'ensemble de la réflexion que l'auteur a toujours menée sur le médium, mais toujours sans en avoir l'air.

 

Conte poétique et philosophique, hymne à la différence, critique sociale, et creuset de l'inventivité en bande dessinée, l'histoire du corbac aux baskets est définitivement une oeuvre-phare dans l'histoire de la bande dessinée - elle ne reçut par un Alph'art pour rien !

Bonne porte d'entrée dans les univers de FRED, elle peut être l'occasion de découvrir un auteur trop souvent méconnu, qui a pourtant durablement marqué l'histoire du genre et la profession.

Ne vous laissez pas rebuter par le graphisme en apparence désuet de ses cases : dessin, histoire et narration sont d'une modernité et d'une universalité indémodables.

Et le grain de folie qui transparaît entre les images est un souverain remède contre la monotonie ambiante.

 

Un chef-d'oeuvre.

 

Champimages en liberté

 

L'histoire du corbac aux baskets - Extrait 1

 

L'histoire du corbac aux baskets - Extrait 2

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 08:08

La fièvre d'Urbicande - CouvertureSeptembre en K-BD étant placé sous le signe des Fauves d'Or d'Angoulême, après Maus - primé en 1988 - voici l'une des oeuvres-phares de la série des Cités Obscures : La fièvre d'Urbicande, de François SCHUITEN et Benoît PEETERS, primée en 1985.

 

Urbicande, la ville parfaite, la ville des villes, même, si l'on en croit son nom.

Bâtie de part et d'autre d'un large fleuve, repensée, redessinée, glorifiée par le talent de l'urbatecte Eugen Robick, dans un souci de majesté et d'harmonie, Urbicande n'attend plus qu'une chose : la construction du troisième pont, le plus oriental, qui permettra d'élégamment souligner la symétrie de la ville en reliant une nouvelle fois la ville mériodionale - riche, ordonnée, ensoleillée - à la ville septentrionale - sombre, encore chaotique, terrain potentiel de nouvelles expérimentations urbatecturales pour Robick.

Mais ce projet de troisième pont, autrefois contresigné par le Grand Rapporteur  et les Commissaires - représentants du pouvoir fort, organisé, inamovible qui dirige la ville d'une poigne d'acier - est aujourd'hui remis en cause. En effet, les tensions entre les deux moitiés de la ville sont de plus en plus fortes, les gens du Nord tentent de plus en plus de gagner les quartiers du Sud, et une surveillance accrue est nécessaire. Un troisième pont serait donc un point d'entrée supplémentaire, et une nouvelle source de risques.

 

Robick est furieux : son grand oeuvre est bancal, inachevé, imparfait. Symétrie, harmonie n'y ont plus leur place. "L'harmonie qui naguère s'établissait avec les deux ponts est aujourd'hui rompue. Un quartier complet paraît basculer dans le vide, faisant ressembler Urbicande à un grand oiseau blessé qui voudrait ne voler que d'une aile."

Sa fureur est telle qu'il n'accorde que peu d'importance à un étrange cube que des ouvriers viennent de lui remettre. Découvert dans un chantier, cet étrange objet, uniquement constitué d'arêtes métalliques étonnamment légères, attire en revanche bien davantage l'attention de Thomas Broch, ami et assistant d'Eugen.

Et quand le cube se met à croître - chaque sommet semblant bourgeonner - Broch se montre de plus en plus intrigué, présentant le danger, tant que Robick assiste impuissant à un spectacle contre lequel il pense qu'on ne peut rien faire.

"Je ne comprends pas que toi qui as toujours été favorable aux perspectives et aux symétries puisses supporter une monstruosité comme celle-là."

 

Commence alors, par cette expansion, le développement d'un réseau infini qui, peu à peu, étend ses excroissance partout dans le bureau de l'urbatecte, puis en dehors. Traversant murs, sols, corps, les éléments du réseau connectent peu à peu des lieux et des personnes qui, jusqu'alors, ne s'étaient jamais adressé la parole.

Ainsi Eugen fait-il la connaissance de Sophie, charmante voisine faisant commerce de charmes et porteuses de grandes ambitions pour son voisin.

Ainsi, surtout, les deux rives d'Urbicande menacent-elles d'entrer en contact, au grand dam du pouvoir en place et des militaires qui le servent.

 

Comment lutter contre ce cube expansionniste ? Que faire de ce réseau toujours plus étendu ? Entre les conservateurs, les idéalistes, les opportunistes, les solitaires, la tension monte...

Une seule question obsède Rubick : comment intégrer ce réseau à l'harmonie de la cité...

 

François SCHUITEN, fils d'architecte, a toujours fait montre d'un penchant prononcé pour les bâtiments et les villes. Après avoir fait ses armes avec Claude RENARD, il a retrouvé en Benoît PEETERS, qu'il connaissait depuis l'enfance, un parfait compagnon d'exploration des mondes et des cités de l'impossible : les Cités Obscures . Leur première histoire s'était intéressée à Samaris, ville-façade labyrinthique, changeante, déroutante. Urbicande, leur deuxième étape, s'établit aux antipodes : écrasante, immobile, froide, ordonnée. Une rigueur et une rigidité aspirant à marquer l'histoire mondiale de l'architecture et l'urbatecture pour les siècles à venir.

Mettant en images les délires d'Eugen Robick, SCHUITEN peut s'en donner à coeur joie : perspectives infinies, édifices monumentaux, il revisite les architectures totalitaristes de l'Europe des années 30 en les poussant à des extrémités et des dimensions inégalées. Robick est fou, utopiste, visionnaire : de son esprit ne peut jaillir que le dysproportionné.

Avec son trait fin et son traitement des ombres à l'aide de hachures - caractéristique des travaux d'ANDREAS, un de ses compagnons d'étude, à la même époque - SCHUITEN semble également rendre hommage aux graveurs du XIX°s - artistes auxquels la série des Cités Obscures rend souvent hommage.

Au croisement des époques et des influences graphiques et architecturales, le dessinateur crée donc, à partir d'éléments qui nous sont familliers, une ville et un monde déroutants car si proches et si différents de ce que nous connaissons, et servis par un réalisme tel que nous ne pouvons qu'y croire.

 

Au scénario, Benoît PEETER, fidèle à ses travaux précédents - roman et roman-photo notamment - se saisit d'un sujet qu'il retourne sous toutes ses facettes pour en tirer le meilleur. Une ville - apparemement volontairement - coupée en deux, alors que nous sommes en 1985 (le Mur n'est pas encore tombé). Au Sud et au soleil, l'ordre et la richesse. Au Nord et à l'ombre, le chaos et la menace (intéressante inversion du clivage Nord-Sud auquel notre monde nous a habitués).

Dans ce monde voué au retranchement, à l'isolement, où un pont de plus représente une menace, croît soudain ce réseau que rien ne peut arrêter - surtout pas la farouche et paranoïaque volonté protectionniste des politiques en place. Toutes les règles en vigueur volent en éclat, toute une organisation bascule.

D'ailleurs, dans cette ville régie par la verticalité des monuments et l'horizontalité des interminables avenues, ce réseau "oblique" - car le cube originel est posé de travers sur le bureau de l'urbatecte - fait tache, et donne soudain à l'environnement un aspect résolument ... penché (comme l'Enfant penchée que les auteurs imaginent en 1996).

Etudiant l'impact de l'homme sur son environnement, et vice-versa, PEETERS pousse à l'extrême les réactions des habitants d'Urbicande, la fièvre les gagnant peu à peu et les poussant à agir de manière totalement imprévisible.

 

Métaphore à plusieurs faces, la fièvre d'Urbicande est un récit construit avec une rigueur scénaristique et graphique faisant parfaitement écho au sujet.

Maîtres dans la mise en scène d'histoires urbaines, SCHUITEN et PEETERS ont su faire de l'architecture et de la ville des personnages à part entière.

Riches de références plus ou moins explicites - c'est d'ailleurs toujours un bonheur de lire ou d'entendre les auteurs à propos de leur travail, ce qui permet ensuite de le redécouvrir sous un nouveau jour - les histoires développées dans les Cités Obscures sont intéressantes et intelligentes, et sollicitent toute notre attention - tout en régalant nos yeux par les magnifiques dessins proposés.

 

Fidèles à eux-mêmes, SCHUITEN et PEETERS ont donné à cette bande dessinée de nombreux prolongements, comme La légende du réseau, épilogue présenté dans la dernière édition, ou le site internet Urbicande, pionnière tentative d'évoquer le réseau... sur le réseau. Rien n'est anodin.

 

A lire et à relire dans tous les sens.

 

Champimages fractales

 

(La synthèse sur K-BD)

 

La fièvre d'Urbicande - Extrait 1

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 07:09

Affiche Solliès 2011

 

Comme tous les ans en cette fin d'été, voici venu le temps du  Festival de BD de Solliès-Ville.

 

Pendant trois jours, plusieurs dizaines d'auteurs viennent à la rencontre de leurs lecteurs par des séances de dédicaces, des expositions, des tables rondes, des projections...

 

Nouveauté cette année : nos amis de  Contrebandes sont sur place, et accueillent de prestigieux auteurs !

 

Au programme des tables rondes que j'aurai une nouvelle fois la chance d'animer :

 

- samedi 27 août, 11h : la création d'une collection jeunesse en littérature et en BD, avec Louis JOUANNIGOT, Eve THARLET, Antoon KRINGS, Michel PLESSIX et le Dr BENGHAZI

 

- dimanche 28 août, 11h : 12 septembre, l'Amérique d'après, avec Françoise MOULY, Art SPIEGELMAN et Joe SACCO.

 

Deux très bons moments en perspective !

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 21:14

SPIEGELMAN - Maus - T1 - CouvertureAu risque de ne pas donner dans l'originalité, je ne peux m'empêcher de commencer cette chronique par ces mots : "attention, chef-d'oeuvre".

 

Avec un peu d'avance sur la programmation de K-BD - pour une fois ! - voici une des bandes dessinées que nous avons décidé d'aborder en septembre, à partir d'une sélection pour le moins prestigieuse : les Grands Prix du Festival d'Angoulême (il fallait bien tout un tas de majuscules pour une aussi illustre galerie !).

 

Maus.

Quatre lettres qui ont changé la vie d'Art SPIEGELMAN, et la face de la bande dessinée.

Pas seulement parce que, en tant qu'unique bande dessiné à avoir jamais reçu un Prix Pulitzer (en 1992), elle a permis à un genre encore et toujours (dé)considéré comme mineur d'acquérir de publiques lettres de noblesse, mais surtout par l'influence qu'elle a pu avoir sur toute une génération d'auteurs - notamment outre-Atlantique - et par la richesse de ses presque 300 pages, qui offrent une triple plongée dans l'art et dans l'histoire.

 

L'aventure commence en 1973, à travers une histoire courte dans un style réaliste qui permet à l'auteur un premier SPIEGELMAN - Maus - T2 - Couvertureexorcisme.

Mais c'est à partir de 1980, pour la revue Raw, qu'il a confondé avec son épouse Françoise MOULY, afin d'offrir un espace éditorial à une bande dessinée indépendante en mal de visibilité, qu'il se remet au travail, et se penche sur l'histoire. Sur les histoires. Celle avec un grand H qu'on lit dans les livres et qui colle à la peau de l'humanité, celle de son père, et celle de son rapport à son père et à son art.

Entreprenant l'immense tâche de collecter tous les souvenirs que son père a conservés de la deuxième Guerre mondiale, Art SPIEGELMAN, muni de carnets et d'un magnétophone, va consacrer à ce viel homme de plus en plus fatigué un nombre d'heures incalculable, afin d'avoir la vision la plus précise et la plus complète possible de ces tragiques années passées dans une Europe déchirée par la barbarie.

Emporté par les souvenirs, Vladek entraîne avec lui son fils dans les méandres de sa mémoire et, lui livrant un récit décousu, permet à Art de découvrir, en marge de l'Histoire, les blessures, les errances, les douleurs, qui ont fait de son père l'homme qu'il est à ce moment-là, irritable, lunatique, tantôt emporté, tantôt épuisé.

 

Deux tomes, dix chapitres, trois cents pages, onze ans de travail pour les réaliser, ne seront pas de trop pour essayer de vivre de l'intérieur le drame de tout un peuple, les Juifs-souris qui donnent leur nom à ce drame de papier, le drame d'un homme qui voit partir les siens, emportés par la guerre ou par la folie qui en a résulté, et celui d'un fils, et surtout d'un artiste, qui ne sait plus où se situer face à l'horreur, face à l'Histoire et face à son histoire.

Où s'achève le témoignage ? Où commence l'interprétation ? Que montrer ? Comment le montrer ? Faut-il tout montrer ? Comment respecter la mémoire, les personnes, la douleur muette que cette enquête de longue haleine fait remonter à la surface ?

 

SPIEGELMAN - Autoportrait à la planche à dessinComment résumer en quelques lignes un album qui est l'histoire de tant de vies - et de morts ?

Mon père saigne l'histoire / Et c'est là que mes ennuis ont commencé.

Gravité et légèreté dans ces deux sous-titres évocateurs.

La guerre et ses échos bien des décennies après.

Les plaies sont toujours vives.

 

En adoptant un style graphique épuré, en optant pour des animaux anthropomorphes, Art SPIEGELMAN ("l'homme miroir", ça ne s'invente pas...) a su tenir à distance l'insoutenable réalité des êtres pour amener les lecteurs dans l'espace du symbole, de la métaphore presque, faisant de chaque souris, de chaque chat, de chaque acteur de ce drame international, de chaque décor, le creuset de toutes les horreurs dont l'humanité a été capable depuis la nuit des temps.

En se mettant en scène face à son père, face à l'Histoire, face à sa table à dessin surtout, l'auteur a su montrer toute la difficulté d'un exercice pourtant indispensable, vital pour lui : faire face à l'Histoire, et à celle de sa famille.

Caché derrière son masque de rongeur - lui donnant une image qui lui colle encore aujourd'hui à la peau - SPIEGELMAN se dévoile plus que jamais, avec ses doutes, ses douleurs, ses révélations, ses colères, ses abandons, son insistance, son art enfin, surtout (là encore, ça ne s'invente pas !) qui lui permet de sublimer le drame historique et le genre autobiographique.

 

En renvoyant en permanence aux lecteurs son reflet face au miroir des histoires, Art SPIEGELMAN leur permet à leur tour de prendre place au coeur des événements dont Vladek se souvient et au coeur de la réflexion permanente que l'auteur entretient autour de cette mise en images.

 

Bouleversant, troublant, et faisant jaillir de multiples interrogations, Maus mérite bel et bien le statut d'oeuvre d'art, par son universalité, par l'intimité qu'il fait naître au sein de chaque lecture, et par les innombrables échos qu'il trouve au coeur de chaque lecteur.

 

On peut bien sûr continuer de vivre sans avoir lu Maus.

Mais on ne peut continuer à vivre à l'identique une fois qu'on l'a lu.

Notre rapport au monde et à ses représentations en est à jamais changé.

Et si la vie de Vladek peut nous paraître un modèle de persévérance encourageant, l'environnement dans lequel elle s'est déroulée nous rappelle combien l'Histoire est désespoir.

 

Une oeuvre à double face, dans laquelle nous ne ferons jamais le tour de tous les détails éparpillés dans les miroirs de l'image et du souvenir.

 

Champimages en profondeur.

 

SPIEGELMAN - Maus - Face au magnétophone 1

 

SPIEGELMAN - Maus - Souvenirs 1

 

SPIEGELMAN - Maus - Fatigué 2

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 08:31

Strip-Tease - CouvertureJoe MATT est radin. Extrêmement radin (voir la planche ci-dessous présentant ses secrets pour faire des économies). Mais il est pauvre. Très pauvre.

 

Joe MATT ne veut plus se contenter de coloriser des comics de super-héros, il veut devenir un grand auteur de bandes dessinées. Mais il est fainéant. Très fainéant.

 

Joe MATT, après des années à courir après l'amour, a une copine qui l'aime et le supporte. Mais il reste un obsédé sexuel ne pouvant s'empêcher de visionner des films pornos.

 

Oui, vraiment, Joe MATT ferait un parfait personnage de comics : traumatisé par une éducation trop religieuse, pétri de tabous et de paradoxes, acide, irritant, égocentrique, dépressif, complexe, scato, torturé. Un personnage à creuser pour aller au plus profond du labyrinthe de la psychologie humaine.

Ce qu'il a décidé de faire lui-même, à travers une oeuvre résolument autobiographique, entamée avec Peepshow, sans doute dans les années 80 - difficile de trouver une date exacte ! Comme quoi, internet ne sait pas tout...

 

Strip-Tease lui permet de parcourir les années 1987-1991, qui font la part belle à ses obsessions récurrentes (sic) : l'amour, le sexe, le travail, l'ambition, l'argent, la famille, la religion. Assemblés de toutes les manières possibles. Apparemment sans fard - mais n'oublions pas qu'il s'agit de bande dessinée, non d'un reportage scientifique ! - Joe MATT se livre avec ses maigres qualités et ses nombreux défauts, ainsi que quelques détails qui font rire les lecteurs - ses imitations de Donald, par exemple - mais excèdent ses proches.

Il en profite aussi pour, régulièrement, se plonger dans son enfance - auprès de sa mère catholique illuminée - et de sa sortie d'adolescence - à travailler aux champs avec un ami musclé, grand buveur, et peu regardant sur l'hygiène corporelle.

Le tout agrémenté d'un égo surdimensionné et d'un énorme complexe d'infériorité - notamment face à Robert CRUMB, qui s'invite dans une planche ou deux -, d'une course après l'amour, le vrai, et d'une incapacité à faire des efforts pour maintenir une relation, mais surtout d'un réel talent pour réaliser des mises en page originales et tourmentées - intitulées Playtime -  afin de casser l'ordonnancement orthogonal des planches de bande dessinée.

Son dessin plutôt caricatural sait se faire réaliste pour rendre hommage à certains personnages marquants de son histoire - le chat Nibard, sa douche Trish - ou pastiche lorsqu'il invite à sa case les grandes figures du comics - CRUMB, déjà cité, Garfield, SETH et Chester BROWN (que l'on peut apercevoir dans la case ci-dessous).

 

Strip-Tease : quatre-vingts pages de bonnes raisons pour détester Joe MATT, mais également pour apprécier son talent, sa vie misérable, et son génie pour la sublimer.

 

Il serait facile de dire qu'il y a un peu de Joe MATT en chacun d'entre nous.

C'est pourtant sans aucun doute le cas.

Encore faut-il reconnaître ses défauts, ce que l'auteur sait faire - avant de se lamenter dessus, d'ailleurs.

L'auto-dérision ne permet peut-être pas de guérir de ses névroses, mais si elle réussit à faire rire les lecteurs, c'est déjà ça.

 

Pour finir, certaines choses à savoir sur Joe MATT :

- d'après lui-même : il sautille en marchant / il se ronge les ongles des pieds / il aime faire semblant de réfléchir / il est imbu de lui-même / un jour il s'est déguisé en travelo

- d'après SETH : il est plein d'idées tordues / il confond grossièreté et franchise / il s'est déjà dessiné nu mais sans parties génitales. SETH conclut ainsi : "Je devrais peut-être mieux choisir mes amis".

 

Comme ça au moins...

 

Champimages qui montrent tout ... ou presque.

 

Strip-Tease - Extrait 1

 

Strip-Tease - Extrait 2

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 23:18

Est-ce à cause des embruns que les additions des restaurants de bord de mer sont aussi salées ?

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 14:45

Ce cher Dexter

 

 

"Qu'est-ce que le sommeil, en définitive, sinon le moyen de reléguer notre démence au fond de la trappe sombre de notre subconscient pour nous réveiller le lendemain prêt à manger un bol de céréales et non les gosses du voisin ?"

 

 

Jeff LINDSAY, Ce cher Dexter

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 14:37

28 juil 11 - Ardèche 15

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