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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 09:26

Le vagabond de Tokyo T1 - Couverture"Printemps 1978. A cette époque, moi, auteur de Dokudami, je vivais tant bien que mal en proposant une ou deux histoires par mois à diverses maisons d'édition.

_ Il faudrait vraiment que je signe pour un feuilleton... Le genre de mangas qui cartonnerait aujourd'hui ça serait un manga d'action violent et qui décoiffe ! Ou bien un méga récit de science-fiction ! Mais j'ai la flemme de dessiner des voitures et des armes... Et les vaisseaux spaciaux n'en parlons pas !"

 

Ruminant ces pensées quant à son avenir,  Takashi FUKUTANI erre dans un petit quartier résidentiel, à la recherche de l'inspiration et de la gloire. Et il trouve sur sa route la "Résidence Dokudami", vieille bâtisse délabrée qu'il pense abandonnée mais dans laquelle il rencontre un étrange habitant : Yoshio Hori, jeune brun moustachu - oui, oui, vous l'avez reconnu, l'homme que l'on voit sur la couverture ! - à qui il montre ses travaux. Jugeant ces planches invendables, il propose au mangaka de faire un manga sur lui !

 

"Ouais ! Les émotions et les rires doux-amers d'un célibataire en ville ! Chronique singulière et agitée d'une jeunesse bouleversante, entre plaisir et mélancolie ! (...) Des mecs comme moi, y en a des tas ! Ils se sentiront sûrement concernés !"

 

Et voilà l'auteur, face à sa créature - à moins que cette rencontre n'ait réellement eu lieu ? - traçant les grandes lignes de ce qui allait devenir Le vagabond de Tokyo : une série de tranches de vie peu reluisantes, mettant en scène un aspirant dessinateur de manga peut motivé et très, très fainéant.

 

Yoshio - car c'est bien de lui dont il s'agit - vit dans une pièce minuscule et insalubre, dans la fameuse "Résidence Dokudami". Passant le plus clair de son temps à dormir et à glander, il doit faire face à ses maigres obligations - payer son loyer, se nourrir - avec les rares yens qu'il arrive à récolter en travaillant sur des chantiers, ou, bien plus rarement, en vendant quelques planches.

A destin misérable, rencontres peu reluisantes : entre ses voisins - car ils sont nombreux à ne pouvoir se payer autre chose que les quelques tatamis* miteux que proposent la Résidence, ses collègues de passage - le travail journalier semble être la norme pour bon nombre de Japonais - ou les rencontres fortuites, Yoshio semble ne fréquenter que des paumés, des magouilleurs, des marginaux, des fous, ou des personnes en souffrance.

 

Loin de la violence intemporelle (Naruto, DragonBall) ou actuelle (Ichi the Killer), loin des grandes sagas à l'eau de rose (Candy) ou de science-fiction (XXth century boys), loin des chroniques de la vie lycéenne (GTO), Le vagabond de Tokyo plonge ses lecteurs dans le Japon de l'ombre, celui dont on ne parle jamais, que l'on imagine à peine, mais qui est sans doute celui d'une majorité de Japonais : chômage, détresse affective, maladies, troubles psychologiques, marginalité... Ils sont nombreux les laissés pour compte d'un système qui, obnubilé par la réussite, la répétition mécanique, la norme, préfère cacher ses déviances et ses originalités plutôt que les assumer.

Takashi FUKUTANI, qui a, comme son personnage, traversé une vie marquée par la solitude, le chômage, le rejet, les excès - il est mort à l'âge de 48 ans, en l'an 2000, d'un oedème pulmonaire implacable pour un corps et un esprit aussi affaiblis que les siens par des années d'alcoolisme et de dépression - était sans doute un des auteurs les mieux placés pour parler de ce Japon dont on ne parle jamais, celui des petits boulots sous-payés, des arnaques, de la prostitution et du proxénétisme, de l'homosexualité persécutée, des sectes... Car, en situation de faiblesse, on est facilement la cible de tous les vautours qui gravitent autour de la misère pour l'exploiter encore un peu plus, et la saigner une ultime fois.

Collectionneurs fous, fugueuses, travestis, gourous, escrocs : interminable galerie de portraits tous plus réalistes les uns que les autres.

Un réalisme tel que l'on finit par se demander si FUKUTANI a simplement inventé ces histoires et ses personnages... "Une chanson douce" commence par ces mots : "Cette histoire s'appuie sur des faits réels, mais les noms des protagonistes ont été modifiés. J'me la pète, hein ?"

Même s'il explique plus loin que cette histoire est arrivée à quelqu'un qu'il connaît, on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agissait peut-être de lui-même, et que, par extension, bon nombre des histoires qu'il raconte lui sont plus ou moins arrivées.

Le fait qu'il se mette parfois en scène, et surtout que son personnage aspire lui aussi à devenir mangaka sont des indices plus que probants.

 

Graphiquement, on pourrait presque taxer FUKUTANI d'académisme : décors très réalistes et détaillés, personnages bien campés pouvant passer d'un style ultra-réaliste à un style très caricatural, en fonction des situation.

Toutefois, le réalisme presque photographique des arrière-plans souligne les approximations de certains visages et de certaines postures, comme si l'anatomie n'était pas toujours parfaitement maîtrisée. Un plus pour ces histoires mettant en scène des personnages hors-norme.

La plupart du temps, le dessin se fait semi-réaliste pour réaliser les visages, et ainsi mettre en valeur, par de légères exagérations, les expressions des personnages.

Si l'auteur ne se prive d'aucune scène crue - le sexe, ou en tout cas les fantasmes sexuels, faisant partie des principales préoccupation de Yoshio - n'hésitant pas à mettre en scène des personnages nus, des relations sexuelles, des vibromasseurs, il use toutefois presque toujours d'une "censure graphique" - les parties les plus intimes des personnages disparaissant sous les coups d'une gomme - qui permet de ne pas choquer les lecteurs avertis mais toute de même sensibles. Le tout serait de savoir s'il s'agit d'auto-censure volontaire, d'une demande de son éditeur japonais, ou d'une des conséquences de sa traduction en France. A voir.

 

En ne se soumettant à aucune limite scénaristique ou graphique, FUKUTANI aurait pu réaliser une oeuvre malsaine. Pourtant, grâce à l'humour qui parsème les pages - et qui rend plus supportables les moments les plus difficiles - et surtout grâce à son héros sympathique et attachant malgré tout - malgré ses nombreux défauts, ses obsessions, son impuissance face au monde - l'auteur a réussi une oeuvre poignante, atypique, et profondément intéressante, qui nous éclaire sur la vie de bon nombre de Japonais, et peut-être sur celle des jeunes dessinateurs voulant se plonger dans la réalisation de manga.

Faire le parallèle entre la vie de Yoshio et celle du héros de Une vie dans les marges, de Yoshihiro TATSUMI, permet de suivre de près, et avec un certain recul, l'évolution de la société japonaise durant les cinquante dernières années.

 

Salutaire pour sortir des clichés que les médias entretiennent sur le "Pays du Soleil Levant", et pour trouver, derrière la froide fascination que le pays exerce toujours sur les Occidentaux, une touchante humanité.

 

Champimages en marges

 

(Remercions ici au passage les éditions du Lézard Noir qui, avec IMHO, réalisent depuis plusieurs années un extraodinaire travail de mise en valeur des auteurs de manga les plus atypiques).

 

* Au Japon, la surface des pièces se mesure en tatamis. Je ne dis pas ça pour faire mon malin, je l'ai appris en lisant ce manga. Qui a dit que la BD rendait inculte ?

 

Le vagabond de Tokyo T1 - Extrait 2

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 16:12

The Goon - T8 - Couverture Alors que le couverture du dernier tome paru en français de The Goon se teinterait presque de couleurs lumineuses - cachez ce jaune soleil que je ne saurais voir ! - le contenu en est résolument plus sombre.

Peut-être parce que le Goon, et Frankie, son éternel bras droit - un bras bien habile à distribuer les coups - partagent l'affiche avec des êtres encore plus sombres et tourmentés qu'eux (si, si, c'est possible ! ) : d'une part, Busard, avec lequel ils ont déjà eu maille à partir, mais qui aujourd'hui marche - et frappe - à leurs côtés, et de l'autre Labrazio, l'ennemi juré du Goon, revenu d'entre les morts (ce n'est certes pas le premier, mais il n'est pas des moindres).

Busard, oiseau de mauvais augure, comme toujours, vient porter au Goon des nouvelles de l'enfer - ou en tout cas du sous-sol de la forêt voisine, ce qui peut revenir au même dans le trou perdu où tout ce petit monde évolue, et surtout stagne - qui, évidemment, ne peuvent être bonnes.

Quant à Labrazio, fort d'une équipe toujours plus large, mauvaise, maudite, efficace, alliant puissance physique, cruauté et magie, il considère qu'il est grand temps de se montrer au grand jour - ou en tout cas à la glauque lumière qui en tient lieu.

 

Le village est maudit.

Le Goon est maudit.

Et la belle blonde qui est de retour par ici n'est pas la bienvenue.

 

Heureusement restent les enfants, amis du Goon de la première heure, toujours prompts à rires - de leurs belles dents avariées - et à mettre des pétards dans (presque) tous les orifices de l'horrible créature qu'ils ont attrapée dans une fosse de drainage. Il y en a qui savent s'amuser !!

 

Mais le rire ne dure pas. Pas plus que le bonheur. "Le bonheur, c'est pour les lavettes" confie Frankie, yeux fatigués, à son pote de toujours qui hésite à quitter cet endroit maudit.

Donc, si le bonheur lui-même n'est plus, ne reste que ... la guerre...

 

Noir, c'est noir.

Bien sûr,  Eric POWELL sait parsemer ses histoires courtes de dialogues croustillants et de situations drôles qui permettent de ne pas sombrer dans la dépression qui avale tout sur son passage, page après page.

 

"Mais Bill, ça se fait pas ! Tu n'peux pas tremper un chat de gouttière dans un seau de chocolat et l'becter !"

 

Bien sûr, ça castagne toujours autant, à l'aide de tous les objets qui peuvent croiser la route du Goon : hachoir, tuyau métallique, parpaing...

 

Mais le plaisir laisse souvent place à la tristesse, la noirceur, l'irrémédiable...

 

Et c'est pas l'histoire de Busard qui occupe la deuxième moitié du tome qui permet de vraiment retrouver sourire et entrain : personnage tourmenté s'il en est, Busard s'enfonce dans les entrailles d'un château maudit où la mort a élu domicile...

 

Si les histoires d'Eric POWELL se font plus grave, elles n'ont rien perdu de leur vigueur graphique : action à tous les étages, visages déformés, expressifs, succulents, et toujours une belle galerie de portraits. Espérons que l'humour sera de retour dans le tome suivant, car POWELL sait être très très sombre quand il le veut.

 

Pour patienter, et profiter d'une belle "morve vivante" comme on les aime, allez faire un petit tour sur le site du film qui est en préparation, notamment pour y voir ce petit extrait qui nous plonge parfaitement dans l'ambiance.

 

Vivement !

 

Champimages qui bougent encore.

 

The Goon - T8 - Extrait 1

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 08:56
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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 23:08

Je mourrai pas gibier - Couverture"A la base, ça devait être une fête, vu que c'était le mariage de mon frère. Mais une fête à Mortagne, on ne sait jamais bien ce que ça veut dire."

 

"Mortagne, c'est mille deux cent dix-neuf habitants. Du bois et de la vigne."

 

Entre la scierie Listrac et le château Clément, Mortagne est un village qui sent mauvais les rivalités alimentées par des siècles de rancoeur, la violence sourde et rentrée, la haine qui peut éclater à chaque instant, pour un regard, un rire, un rien.

 

Des fêtes de village qui finissent mal, il y en a eu des tas. L'une d'entre elles a envoyé Frédo, "une petite teigne, un vrai pitbull", derrière les barreaux. A son retour, il en veut à Arnaud, son pote qui s'était fait coffrer avec lui, mais qui s'en est sorti. A Sonia, qui naviguait entre les deux. Et déjà qu'il en voulait à la terre entière, ça ne s'est pas arrangé.

 

Au milieu de tout cela, le "petit dernier". Qui avait décidé de se tenir à l'écart de la vigne, et plus ou moins du bois, en tout cas de celui qu'on débite à longueur de journée. Luthier, ça semblait un chouette métier. Mais dans un village comme Mortagne, avec des gens comme Frédo, luthier, ça fait tâche. La mécanique, c'est très bien aussi. "Histoire de bien faire chier tout le monde sans faire dans la dentelle".

Comme dans la chanson de BREL, il y a aussi le père, qui crache ses années de scierie en flaques de sang. Mais on n'y peut rien, "ce sont les statistiques". Il y a la mère, qui ne dit rien. La soeur, qui ricane.

 

Et en marge de ce monde qui n'en finit pas de se onger de l'intérieur, il y a Terence, simple d'esprit, compagnon de route, chaque vendredi soir, de l'apprenti mécano au sortir du bus. "Huit cent mètres pendant lesquels (ils ont) fini par faire connaissance."

 

Ce fragile équilibre aurait pu durer encore un peu.

Mais il y a eu la fête, la bagarre, la taule, et le retour de Frédo qui n'en finit pas de ruminer.

Jusqu'à ce que ça casse...

 

Je mourrai pas gibier est d'abord un roman de Guillaume GUERAUD qu' ALFRED a décidé d'adapter après l'avoir pris "en pleine gueule".

Lourde de tensions qui s'accumulent jusqu'à l'explosion, cette chronique rurale plonge au coeur d'un sordide fait divers et en démonte peu à peu les mécanismes. L'horreur a éclaté, implacable. Plongeons à la recherche de ses racines. Au coeur des non-dits, des brimades, et de la violence à fleur de ces visages d'hommes qui se détestent et ne se retrouvent que dans la chasse.

 

Pour servir cette sanglante tranche de vie, ALFRED, épaulé par  Henri MEUNIER pour la couleur, a opté pour un dessin encore plus tourmenté que d'ordinaire : les visages se brouillent facilement d'ombres et de traits chaotiques, les décors alternent entre détails à la facture malsaine et aplats déserts dont le vide nous aspire, les personnages ont des yeux tantôt réalistes, écarquillés sur l'horreur, tantôt totalement noirs ou blancs pour montrer les sursauts de leur âme.

 

Peu de repos et de douceur dans cet ouvrage.

Des corps, des coups, et quand le silence se fait, il annonce plus souvent la tempête que l'accalmie.

 

Brutal, sans concession, terriblement ancré dans le réel, Je mourrai pas gibier est à lire d'une traite, comme une course perdue d'avance mais à laquelle on ne peut échapper. La mort et la folie à nos trousses.

 

"Je suis né chasseur. Je mourrai pas gibier."

 

Mais on est forcément le gibier de quelqu'un.

Forcément.

 

Champimages qui crient, qui souffrent, qui claquent.

 

Je mourrai pas gibier - Extrait 2

 

Je mourrai pas gibier - Extrait 1

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 23:04

21082011247

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 22:18

"Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaireLundi 2 mai 2005

L'acrobatie l'avait un peu secoué, ce qui n'avait rien d'étonnant, vu que ce jour-là, Allan allait avoir cent ans. La réception organisée pour son centenaire, dans le réfectoire de l'établissement, commençait dans une heure à peine. L'adjoint au maire lui-même était invité. Tous les vieux étaient évidemment sur leur trente et un, ainsi que le personnel au complet avec Alice la Colère en tête de peloton.

Seul le roi de la fête allait manquer à l'appel."

 

Allan Karlsson est presque né avec le siècle - le XX°, s'entend.

Cent ans plus tard, le voilà au bord de la fenêtre de la chambre qu'il occupe depuis peu et bien malgré lui dans la maison de retraite de Malmköping.

Que fait-il là ?

Non, pas sur ce bord de fenêtre.

Mais dans cette maison de retraite.

Lui qui a su traverser le siècle à la force de son flegme, de sa franchise, et de son art de ne pas se créer d'ennuis, comment a-t-il pu finir dans ce mouroir ?

 

Qu'à cela ne tienne. Il en a vu d'autres. Il fêtera son anniversaire ailleurs que dans le réfectoire, ailleurs qu'au milieu de ces gens qui ne portent que des chaussons-pisse ("on les appelle comme ça parce que les hommes d'un certain âge ont du mal à faire pipi plus loin que le bout de leurs chaussons").

La gare routière n'est pas très loin, donc le monde non plus. En tout cas le reste de la Suède, pour commencer.

 

Le (très) vieil homme entame alors un long périple à travers son pays et son histoire. Une histoire longue, très longue, chargée des rencontres les plus improbables, les plus inattendues, toutes - ou presque - en lien avec les grands événements de l'histoire du XX° siècle. Rien que ça.

Un tel bonhomme ne pouvait décidément pas finir ses jours entre les murs d'un hospice.

 

 Jonas JONASSON - qui porte un nom aussi scandinave que son héros ! - a composé une histoire au long cours drôle et atypique. En suivant les pas de son incroyable personnage - que rien ne semble démonter ou surprendre, et qui dispose d'un extraordinaire sens de l'improvision et de l'à-propos, sans parler du bienveillant hasard qui l'accompagne - il trame un road-movie policier qui lui permet de mettre en scène une hilarante galerie de personnages plus ou moins marginaux, et brosse le portrait d'un siècle haut en couleurs et en horreurs : le XX°.

Pourtant, loin de sur-dramatiser ou de s'apitoyer sur les événements qui ont fait saigner l'histoire, il porte sur les guerres et sur leurs grands acteurs un regard décalé qui permet, malgré tout, d'en rire.

Tel un Forrest Gump de l'histoire mondiale, Allan a croisé les plus grands, les plus terrifiants, et s'en est toujours sorti - et même plutôt bien.

Il ne s'est toutefois pas contenté de passer à travers les mailles de l'histoire, comme vous pourrez le découvrir. Non, définitivement, tout porte à croire que, sans Allan, le monde serait allé autrement.

 

Remercions donc Jonas JONASSON de nous avoir fait découvrir ce rouage secret de l'histoire universelle, et de nous l'avoir fait découvrir avec autant d'humour.

Un humour que j'attendais un peu plus hilarant, au "lu" d'une critique faite par Yves FREMION dans un Fluide Glacial, mais un humour qui fait mouche, qui s'inscrit dans la tradition scandinave découverte avec Arto PAASILINNA, et qui sait s'installer dans la durée.

 

Un road-movie policier, un livre d'histoire, et un roman humoristique qui fleure bon l'absurde : trois plaisirs pour le prix d'un, et un tour du monde et de Suède en plus.

Il faudrait vraiment être difficile pour s'en priver !

 

Champi centenaire

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 21:48

2011 - Table ronde BD jeunesse

 

Compte-rendu de la table ronde que j'ai eu la chance d'animer le 27 août 2011 durant le Festival BD de Solliès-Ville.

De droite à gauche : Michel PLESSIX (Julien Boisvert, Le Vent dans les Saules, le Vent dans les Sables), le Dr BENGHOZI (psychothérapeute et psychanalyste, Antoon KRINGS (Les Petites Bêtes), Eve THARLET (Fenouil, M Blaireau et Mme Renarde) et Loïc JOUANNIGOT (La famille Passiflore, Château Chat, Petit Mardi et les Zumins).

 

 

Comment êtes-vous entré dans le monde du dessin, du livre, et pourquoi vous être orienté vers la création pour le jeune public ?

 

LJ :

Je travaille dans l'illustration depuis une trentaine d'année.

J'ai fait mes premiers dessins à l'école de la publicité, qui a été très formatrice.

Mes premiers travaux ont été réalisés pour la presse jeunesse, qui a été un bon tremplin pour l'édition jeunesse.

Je crée pour un public jeune car c'est un domaine dans lequel je me sens à l'aise.

 

ET :

Mon objectif est avant tout de raconter quelque chose. J'ai réalisé des illustrations durant trente ans, puis je me suis tournée vers la bande dessinée, autre support pour pouvoir raconter des histoires.

J'ai de tous petits pieds – je chausse du 35 ! - ce qui explique peut-être que je sois restée jeune !!

 

AK :

Je fais ce métier par amour de la littérature jeunesse, par amour du dessin, et parce que cela fait écho à mes souvenirs d'enfance.

 

MP :

Depuis tout petit, je me raconte des histoires. J'ai choisi le dessin pour les raconter aux autres.

Enfant, les BD que je lisais étaient surtout Astérix ou Lucky Luke, des BD destinées à tous les publics. C'est sans doute la raison pour laquelle j'essaie moi aussi de m'adresser à tous les publics.

 

Dr B :

La part d'enfance est importante chez les auteurs, mais également chez les adultes.

Ces BD pour enfants sont également lues par les adultes : elles leur permettent de retrouver leur propre monde.

Il y a une correspondance entre le monde adulte et le monde enfant à travers le dessin.

Le dessin est souvent l'occasion d'échanges thérapeutiques pour l'ensemble de la famille.

 

 

Quelles réactions, quels retours avez-vous de la part des jeunes lecteurs lorsque vous les rencontrez ?

 

AK :

Le travail d'auteur est avant tout un travail solitaire : il s'agit de se faire plaisir, de vivre à travers des rêves éveillés.

Rencontrer le public, rencontrer les enfants est un enrichissement supplémentaire.

Dans les écoles, je peux partager ce travail que j'ai réalisé en solitaire.

Les émotions ressenties par les lecteurs sont très touchantes.

 

ET :

Je fais beaucoup d'animations dans les écoles.

Les enfants connaissent les noms de personnages de mes albums, et ils en inventent d'autres, comme les enfants hypothétiques de mon couple « Monsieur Blaireau et Madame Renarde », par exemple.

Les enfants sont toujours surpris de voir qu'il y a un vraie personne derrière les personnages, derrière les livres.

 

LJ :

Le plus important est le partage avec les enfants.

Le dessin est un véhicule que j'utilise pour proposer mon univers, et grâce aux échanges, chaque lecteur peut me proposer sa propre version.

Pour Château Chat, album sans parole, il y a autant de versions que de lecteur !

 

MP :

Je rencontre essentiellement le public lors de festivals.

Les enfants ne me parlent pas du dessin, mais de leur vision des albums : ils réinventent l'histoire.

 

Dr B :

Les enfants viennent voir les médecins avec les dessins des auteurs. Les personnages deviennent des « co-pains » avec qui ils partagent leur vie.

L'image est essentielle pour que l'enfant se construise, et la dimension narrative du récit en images permet de construire un univers de la continuité.

Une difficulté pour les enfants est de ne pas pouvoir se raconter une histoire : ils ont besoin des livres, et de la parole des adultes pour dérouler le texte. Cela les aide à se construire.

 

MP :

Lorsque j'ai travaillé à l'adaptation du Vent dans les Saules, j'ai eu affaire à un texte avec une charge littéraire et poétique forte. Mais je ne voulais pas le simplifier pour les enfants, car je voulais en garder le charme. J'ai donc compté sur l'accompagnement de la lecture par les parents, et j'ai gardé des informations qui ne s'adressent qu'aux adultes. J'espère ainsi pouvoir intéresser tous les lecteurs.

 

 

Un de vos points communs est de mettre en scène essentiellement des animaux anthropomorphes. Pourquoi ce choix ?

 

LJ :

J'ai beaucoup rêvé sur les dessins animés de Walt Disney et sur les livres de Beatrix Potter, ainsi que sur Winnie l'Ourson, le Vent dans les Saules... Or tous mettent en scène des animaux !

Ces personnages sont des caricatures. Ils permettent de raconter des histoires allant beaucoup plus loin que si l'on mettait en scène des humains. Ils ont moins de limites.

 

ET :

Il est plus facile de parler de thèmes un peu difficiles, comme la famille recomposée – qui est l'objet de mes histoires de M Blaireau et Mme Renarde – avec des animaux.

Les enfants mettent ainsi une distance supplémentaire face à la BD, mais ils sont tout de même touchés en profondeur.

 

AK :

C'est pour moi plus simple de dessiner ce genre de personnages, car enfant je dessinais surtout des animaux, et j'éprouvais une grande attirance pour la nature.

J'ai donc décidé de retrouvé ce plaisir d'enfance à travers ces thèmes favoris.

 

MP :

Je partage les influences citées par Loïc, ainsi que celle de Raymond Macherot (Chlorophylle, Sibylline).

L'usage de personnages animaliers permet de créer une distance vis-à-vis de certains problèmes.

C'est une vieille tradition universelle – elle remonte à Esope ! - qui permet de mettre en lumière la nature humaine.

Si je n'avais pas été auteur de BD, j'aurais peut-être été éthologue...

 

Dr B :

Ces personnages ne sont pas à proprement parler des animaux : ils sont plutôt la re-création d'un monde animal.

 

MP :

J'ai davantage l'impression de dessiner des humains portant des masques.

 

LJ :

Comme le fait Juanjo Guarnido dans Blacksad !

 

Dr B :

Dès la préhistoire, avec les peintures rupestres, les hommes ont éprouvé le besoin de représenter des animaux. Sans doute une manière de vaincre leur peur en entrant dans le monde animal.

Vos dessins posent également la question de la transformation.

 

MP :

Ces animaux ont un côté sympathique, mais également un côté pratique : ils ont des silhouettes très identifiables, même dessinées en tout petit, contrairement aux humains. Leurs silhouettes sont extrêmes et beaucoup plus lisibles.

 

Dr B :

Pour créer le personnage de Charlot, Charlie Chaplin s'est beaucoup inspiré de Disney, de ses personnages animaliers et de leur langage corporel.

 

MP :

Chaplin avait beaucoup travaillé sur la question de l'universalité à travers le langage du corps, de la silhouette, et du caractère muet de son cinéma.

 

ET :

Il est intéressant de voir que tous les animaux n'ont pas les mêmes valeurs symboliques d'un pays à un autre.

Moi qui travaille beaucoup pour des co-éditions franco-étrangères, j'ai déjà dû faire face à des refus ; ainsi, en Asie, on ne veut pas de mes histoires mettant en scène des cochons, et au Japon, ils n'ont pas voulu faire figurer des renards et des blaireaux sur la couverture... Un comble !

 

LJ :

Les animaux sont très facilement identifiables par leurs silhouettes, mais ils permettent également d'utiliser leurs grandes différences de taille, car ils peuvent être minuscules ou énormes.

A la rigueur, la limite du genre serait atteinte si on représentait des animaux se ressemblant trop, comme une martre et une belette par exemple.

 

 

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

 

ET :

Je dois finir ma série M Blaireau et Mme Renarde pour Dargaud avant de prendre des vacances bien méritées !

 

LJ :

Après avoir réalisé 24 tomes des aventures de la famille Passiflore, je commence à les adapter en BD.

Je travaille également au tome 3 des aventures de Petit Mardi.

 

AK :

Je continue à travailler sur les Petites Bêtes, et je développe un long métrage autour de cet univers.

 

MP :

Le tome 5 du Vent dans les Sables m'attend. Ensuite, on verra...

 

Grand merci à vous !

 

(Retrouvez ici et les comptes-rendus de deux précédentes tables rondes).

 

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 21:40

20082011162

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 20:58

Dieu n'a pas réponse à tout - CouvertureAprès l'image qui précède, n'allez pas croire que je fasse une crise de foi ou du prosélytisme : simple concours de circonstance. Promis.

 

Dieu n'a pas réponse à tout (mais il est bien entouré) n'est pas de la dernière actualité, car il est déjà sorti il y a quelques temps (en 2007 très exactement). Cependant, Dieu étant partout et tout le temps, tout cela est bien relatif et bien futile, n'est-ce pas ?

 

Soit Dieu, dans son bureau - il faut savoir vivre avec son temps -, face à un mur d'écrans - bis - qui lui permet de surveiller l'humanité. Et de guetter les plus malheureux, potentiels candidats au suicide, à la dépression, au coup de blues.

Mais Dieu n'ayant pas réponse à tout, face aux cas les plus désespérés, il a bien besoin d'un coup de main.

C'est là que la technologie intervient pour la deuxième fois - si, si, souvenez-vous, le mur d'écrans ! - : il lui suffit de tapoter sur le clavier de son petit ordinateur pour trouver, dans sa céleste base de données, le pensionnaire du Paradis qui saura l'épauler.

Après mûre mais brève réflexion - Dieu n'est quand même pas n'importe qui non plus ! - il convoque dans son bureau celle ou celui qu'il pense le plus adapté à la situation et, après un bref résumé, l'expédie sur Terre, en tenue contemporaine s'il vous plaît, pour aider le malheureux ou la malheureuse qui a bien besoin d'un peu de soutien divin.

 

Voilà donc le Tout Puissant - dès qu'il s'agit de Lui, les majuscules donnent tout de suite plus de classe aux mots, non ? - face à quelques célébrités universelles.

Saurez-vous les reconnaître derrière les bienfaits qui leur ont fait gagner leur place Là-Haut ?

 

"Pour avoir exploré les tréfonds de l'âme humaine, pour avoir écouté vos semblables afin de comprendre leurs désirs inassouvis et les libérer de leurs angoisses, vous avez mérité votre placer au Paradis."

 

"Pour avoir incarné la féminité absolue et fait rêver des milliards de spectateurs, vous avez mérité votre place au Paradis."

 

"Pour avoir exalté les vertus du genre humain, sa tenacité face à l'adversité, sa fidélité à lui-même et à ses idéaux, vous avez mérité votre place au Paradis."

 

A la clef, pour chacun des appelés : la possibilté d'avoir un voeu exaucé. Alléchant.

Presque sans rechigner, les envoyés du Grand Barbu s'immiscent donc dans la vie de celle ou celui qu'ils doivent sauver et, grace à leurs talents et leur expérience, tout faire pour les tirer du mauvais pas dans lequel ils se trouvent. Ce qui ne se fait pas toujours sans mal.

 

Après avoir fait ses armes graphiques sur la série réaliste Les ailes de plomb, Nicolas BARRAL a développé un style semi-réaliste pétri d'humour pour l'excellente série Baker Street (dont, horreur, je réalise que je ne vous ai jamais parlé !). Entre caricature - il faut bien pouvoir reconnaître les célébrités qui défilent dans le divin bureau, et qui pullulent sur la couverture de l'album ! - et exagération, il brosse une galerie de portraits mise en valeur par des attitudes très expressionnistes et des décors souvent minimalistes. Tout est au service de l'action - une action menée tambour battant, car chaque histoire doit se dérouler en moins de dix pages ! Le rythme ne faiblit donc jamais.

 

Au scénario, Tonino BENACQUISTA, auteur protéiforme - romans, films, séries télé... - utilise l'humour et le décalage pour démonter les rouages de notre société. Derrière chaque sourire qu'il nous dessine se cache un grincement : misère, harcèlement, régimes totalitaires, flics ripoux... Longue est la liste des recoins sombres de notre chère planète - et surtout de ses chers habitants.

En jouant des anachronismes - comment Jules César réagirait dans la France d'aujourd'hui ? - il met le doigt là où ça fait mal, et notre sourire se fait grimace malgré tout.

 

Car même si Dieu est bien entouré, il a beaucoup, beaucoup de pain sur la planche.

 

Une lecture caustique, donc salutaire, dont la lucidité parfois grinçante est atténuée par le dessin drôle et dynamique de Nicolas BARRAL. De quoi tenir encore un peu le coup face à ce monde souvent cruel, qui ne sera peut-être pas sauvé par l'humour, mais qui en a en tout cas bien besoin.

Et, entre deux histoires, prenez le temps de chercher sur la couverture les personnalités qui s'y cachent. Elles sont nombreuses.

 

Champimages en demi-teintes

 

Dieu n'a pas réponse à tout - Extrait 1

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 20:54

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