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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 13:02

De lignes en ligne

 

Entre deux stations, en quelques secondes ou quelques minutes, des dessinateurs se penchent chaque jour sur leurs contemporains.

Endormis, avachis, concentrés, ailleurs, plongés dans un livre, un souvenir, un paysage, une conversation, une rencontre, ils sont des millions à peupler les entrailles de la capitale...

Et ils sont quelques dizaines, sur des trajets quotidiens ou exceptionnels, à les croquer : en noir et blanc, en couleurs, au crayon, au stylo, au feutre, à la plume...

 

Autant de techniques différentes pour autant de lignes, de visages, de voyages.

 

Nicolas BARBERON, croqueur souterrain, a décidé de collecter et de mettre en ligne certaines de ces oeuvres d'un instant.

Ligne par ligne - les 14 du métro, les 5 du RER -  delignesenligne nous invite à un voyage au coeur de ces odyssées de chaque jour que vivent les explorateurs des transports en commun.

 

Les styles sont variés, la qualité inégale, mais le tout, compilé, livre le portrait infini d'une vie et d'une ville qui n'en finissent pas de vibrer, de voyager, ne trouvant parfois le répit ou le repos que le temps d'un bout de siège, entre deux quais, entre deux rames.

 

Une métroscopie attentive et sensible.

 

Un kaléidoscope attachant.

 

Champimages en mouvement.

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 16:47

Le roi Léo T1 - CouvertureJe vous ai déjà à plusieurs reprises parlé par ici d'Osamu TEZUKA, dieu du manga et des mangaka, grand rénovateur et révolutionneur du genre à partir des années 40.

 

Les éditions Kaze ont décidé de rééditer l'an dernier l'une des oeuvres phares du maître : Janguru Taitei, le roi Léo.

 

Dans la jungle africaine, Pandja, le grand lion blanc, fait régner la terreur parmi les tribus et les chasseurs occidentaux : farouche défenseur de la nature et de tous les animaux qui la peuplent, il lutte sans merci contre ces hommes qui n'ont de cesse de capturer ou chasser ses congénères.

Rapide, malin, il n'est mis à bas que par la traîtrise et la ruse de certains de ses adversaires.

Sa femelle, encagée, est envoyée à Londres. Mais elle porte en son sein le futur Léo, qui a hérité du courage et de l'intelligence de son père, et que le destin ramènera sur la terre de ses ancêtres...

Ajoutez à cela une expédition partant à la recherche de pierres rares et précieuses, et un rival qui ne voit pas d'un bon oeil le retour du fils blanc en terre africaine, et le tableau est complet : la grande aventure peut commencer.

 

A partir de cette histoire d'héritage et de vengeance, Osamu TEZUKA, fidèle à lui-même, a développé un récit de longue haleine, porteur de profondes valeurs humanistes et naturalistes. Bien sûr, le discours est parfois un peu manichéen - les gentils animaux contre les méchants humains, les gentils scientifiques contre les méchants chasseurs - mais TEZUKA sait aussi se moquer de tous ses personnages, y compris de son héros, qui sait se montrer tour à tour trop prétentieux ou trop peureux - mais il faut bien reconnaître qu'il est encore bien jeune.

 

60 ans après, l'oeuvre est restée fidèle au génie et aux travers de son auteur, ce qui peut ne pas être du goût de tous.

Le dessin, très dynamique, est souvent caricatural, permettant de tracer en quelques traits les caractères des principaux protagonistes : les méchants ont des têtes de méchants - qui semblent tout droit sortis de dessins animés de Tex Avery ! - et les gentils des têtes ... de gentils (même s'ils peuvent avoir mauvais caractère !).

L'histoire avance par petits bonds incessants, péripéties sans fin - on sent le rythme feuilletonnesque derrière chaque page - qui peuvent lasser le lecteur actuel.

Le scénario alterne moments de grande intensité dramatique et pauses humoristiques parfois incongrues : scène cocasse au milieu d'un incendie, dialogue surprenant alors que tout semble perdu ("Hé ! Hé ! Il est trognon ! Et tout blanc avec ça ! _ Faut bien, c'est un manga en noir et blanc ! On pouvait pas lui mettre de couleur de toute façon !").

En véritable amoureux de la nature - n'oublions pas qu'il a une formation universitaire scientifique - TEZUKA sait décrire parfois avec minutie la faune et la flore de cette Afrique sauvage.

 

A ceux qui pourraient s'inquiéter de la manière caricaturale dont le mangaka représente et fait parler les Africains, la préface rappelle que "le contexte social a beaucoup évolué depuis l'époque où ce manga a été réalisé, et certaines expressions, qui était parfaitement acceptables à l'époque, peuvent sembler étranges de nos jours."

Une manière de désamorcer toute éventuelle polémique "à la Tintin au Congo".

 

Il semblerait que cette réédition ait pour but d'enrichir la collection "KIDS" que Kazé a créée pour sensibiliser les plus jeunes aux manga, et aux manga patrimoniaux.

Soit.

En effet, le format est plus grand, et les onomatopées ont été revues à plus grande échelle que dans la première traduction.

Mais pourquoi avoir conservé le parti-pris d'une transposition du sens de lecture ? Car non seulement tous les personnages deviennent gauchers - c'est ce qui arrive quand on imprime les pages "en miroir" ! - mais surtout cela semble supposer qu'un enfant ne serait pas capable de passer d'un sens de lecture occidental à un sens de lecture oriental... Alors qu'il semblerait plutôt que ce soient les adultes, sclérosés par des années de pratique de la lecture de la gauche vers la droite, qui aient le plus de difficultés à prendre le contre-pied de leurs habitudes !

Le choix du Roi Léo pour une telle collectiion n'est, de plus, pas forcément le plus pertinent, car l'histoire se montre parfois violente, et met en scène des personnalités et des enjeux complexes. Un Doraemon aurait été peut-être plus adapté !

 

Par ailleurs, il est intéressant de voir ce Roi Léo comme un rappel de l'antériorité de l'oeuvre de TEZUKA sur l'adaptation non réconnue comme telle qu'en firent les studios Disney en 1994. Rendons à César...

 

Au final, malgré certains de ses travers narratifs et graphiques, le Roi Léo reste une bande dessinée encore très moderne, preuve du génie avant-gardiste dont son auteur sut faire preuve. Un véritable vent épique souffle sur cette histoire riche, dense, dynamique, mouvementée, ponctuée de salutaires touches d'humour, qui met au premier plan la complexité de la vie, des personnages, de leurs motivations et de leurs actes. Agissant parfois de manière très humaine, le jeune Léo pourrait bien constituer un équilibre entre nature et humanité auquel TEZUKA était peut-être très attaché.

 

Un héros attachant, donc.

 

Champimages du patrimoine

 

Le roi Léo T1 - Extrait

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 16:25

Polochons - BoîteCela fait bien longtemps que je ne vous ai pas parlé de jeux, par ici, alors que je ne cesse d'en essayer et d'en proposer de nouveaux - grâce à notre petite association Les Yeux dans les Jeux.

Au programme du jour, un petit jeu plutôt rigolo, original, et pour tous : Polochons.

 

Comme son nom et sa boîte l'indiquent, Polochons permet de revivre, à petite échelle et sans danger pour le nez, les lunettes, ou le mobilier, les batailles de polochons de notre enfance - ou adolescence, ou adulescence, d'ailleurs !!

 

De deux à quatre joueurs sont appelés à s'affonter autour d'un grand lit sans doute moelleux : la boîte de jeu ouverte.

 

Chacun dispose d'une "catapulte", de quatre oreillers et de trois figurines.

Polochons - Contenu

A tour de rôle (dans la version pour enfants, car dans la version pour adultes, tout le monde joue en même temps !!), chaque joueur doit essayer, à l'aide de sa catapulte, d'envoyer un de ses polochons dans le grand lit. S'il réussit, il peut placer sur l'une des quatre tours qui bordent le lit une de ses figurines.

 

L'objectif est d'être le premier à avoir placé ses trois figurines en haut des tours.

 

Bien sûr, une fois qu'une figure est placée, elle est directement sous le feu adverse ! Au moindre polochon qu'elle reçoit - et qui la fait tomber - elle revient à son propriétaire.

 

Il faut donc faire preuve d'habileté, et avoir la chance de ne pas être la cible de ses adversaires !

 

C'est donc bel et bien un jeu d'adresse, rapide, qui permet d'apprendre à doser sa force et à viser juste, et grâce auquel parents et enfants peuvent se confronter presque à égalité.

 

Petit bémol : le matériel est joli mais un peu fragile, et les catapultes ont tendance, à l'usage, à se décoller un peu. A manier avec précaution, donc.

 

A vous de lancer !

 

Champi-ludi

 

 

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 14:46

L usage du mondeCela fait deux "pensées en passant" déjà que vous devez vous douter que j'ai passé ces derniers jours plongé dans L'usage du monde, de Nicolas BOUVIER.

Vous avez raison.

 

Etrange petit livre dont le titre et la couverture avaient longtemps produit sur moi un effet quasi-hypnotique : "touche ce livre, achète ce livre, lis ce livre", comme un irrésistible litanie.

 

A force de lui tourner autout, j'avais donc acquis le petit fascicule - dans la belle et malheureusement aujourd'hui fermée librairie La Petite Fatigue - et lui avait trouvé une place de choix - à savoir entre d'autres livres d'auteurs en "A" ou en "B", un peu d'ordre tout de même ! - en attendant de trouver le temps.

 

Et ce temps est venu avec l'été, et les vacances, qui offrent autant d'occasions de barboter que de se plonger dans la lecture.

 

Me voilà donc parti sur les routes d'Europe centrale, puis orientale, puis tellement extrême orientale qu'elle finit par en devenir Asie.

Pendant près de deux ans, Nicolas BOUVIER, humaniste, curieux du monde, écrivain à ses heures, et collecteur de musiques tradionnelles, et son compagnon Thierry VERNET - dont les dessins à l'encre illustrent l'ouvrage - peintre, musicien, aventurier, et amoureux de celle qu'il doit rejoindre en Inde, ont arpenté villes et surtout villages, de Genève à Kaboul.

 

Long voyage en voiture, s'il vous plaît, raconté avec humour, précision et tendresse par un Nicolas BOUVIER fin observateur, amoureux de mots, des belles métaphores et des expressions imagées, qui sait plonger le lecteur, en quelques lignes, dans les ambiances les plus étranges, étrangères ou exotiques. L'hiver rude, les maisons de bois, de terre, de bric et de broc. Les visages burinés, fermés, magnifiques, mystérieux. Les odeurs de tabac découvert, de boissons improbables, de plats inconnus. Les paysages, plaines, plateaux, montagnes se succédant en majesté.

 

Grâce à leurs instruments de musique, leurs pinceaux, leur machine à écrire, leur magnétophone - ils collectent les chants et les musiques les plus inconnus, dans les villages les plus reculés - et surtout leurs yeux grands ouverts, ils se voient ouvrir portes, visages et coeurs presque partout où ils passent. Où ils s'arrêtent, parfois, bien malgré eux, pour de longs mois.

 

Car les routes sont peu praticables, pas toujours très sûres, et certaines réparations ou pièces de rechange se font parfois longtemps, très longtemps désirer...

 

Plonger dans L'usage du monde, c'est attiser le feu de l'aventure qui brûle au fond de chacun de nous et nous rappelle que les plus beaux trésors ne sont pas enfouis sur des îles désertes des Caraïbes, mais dans bien des bouges au bord de nos routes eurasiennes.

L'envie nous prend alors d'emboîter le pas des deux aventuriers, de partir sur ces chemins qui commencent chez nous mais que nous ne suivons jamais bien loin.

 

C'est à ce moment-là qu'une cruelle réalité nous saute aux yeux : ce voyage a plus de cinquante ans. Cinquante ans... Car c'est en 1953 que les deux compères enfourchèrent leur glorieuse mécanique pour partir à l'assaut du monde. A une époque où internet, la téléphonie sans fil, le Guide du Routard, même, n'étaient sans doute encore que des concepts.

A une époque aussi, surtout même, où la méfiance aveugle envers l'autre n'était peut-être pas encore une généralité, même si entre "autre" et "hôte" s'immisçait déjà le "r" de "regard en coin" ou de "réflexe de recul".

 

Qui sait ce que donnerait aujourd'hui un tel voyage, dans des conditions similaires ? Combien de mains encore tendues pour aider à résoudre un problème mécanique au bord d'une route sauvage ? Combien de portes ouvertes pour offrir une soupe, un morceau de pain, un verre d'alcool forcément fort, imbuvable même, mais tellement convivial ?

 

N'avançons pas plus loin sur la voie du pessimisme, et replongeons dans la fraîcheur du regard de Nicolas BOUVIER, lucide mais émerveillé devant un monde dont les usages toujours plus surprenants, toujours plus inattendus, sont le moteur même des voyages et des rencontres.

 

Le livre s'ouvre avec SHAKESPEARE et se referme EMERSON.

Offrons-leur les derniers mots :

 

"I shall be gone and live or stay and die."

S.

 

"Une fois ces frontières franchies, nous ne redeviendrons jamais plus tout à fait les misérables pédants que nous étions."

E.

 

Champimage du monde

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 19:36

Willis from TunisAvec quelques mois de décalage horaire - le monde n'est jamais aussi éloigné que lorsqu'il se trouve à un jet de pierre, ou peu s'en faut - voici quelques mots sur un chat de papier qui a bien fait miauler de lui de l'autre côté de la Méditerranée, ces derniers temps : Willis.

 

Mascotte de la révolution tunisienne de l'hiver dernier, ce chat caustique a accompagné, jour après jour - plusieurs fois par jour, même, souvent ! - les hauts et les bas d'une mobilisation allant croissant (jeu de mots facile !), portés par une population éprise de démocratie et de liberté.

 

Si tous les dessins, servis par un style souvent jeté, parfois minimaliste, ne sont pas accessibles à ceux qui, comme moi, n'ont vécu "l'événement" que depuis les médias, les dates et les nombreuses annotations sont un précieux complément à une lecture qui, de simplement plaisante - car le chat a de l'humour ! - en devient intéressante.

 

Certains dessins sont un peu répétitifs, d'autres très anecdotiques, mais tous, à leur manière, rendent à la fois hommage aux acteurs de la révolution tunisienne, et à l'importance du dessin de presse dans le compte-rendu mais aussi l'animation d'un mouvement de contestation.

 

Un recueil d'une grosse centaine de dessins a été publié par l'auteure, mais le plus simple et le plus rapide est encore - en cliquant sur la belle image ci-dessus - d'aller faire un tour sur la page Facebook du décapant matou, souvent très bavard, parfois un peu lourdaud, mais globalement pertinent.

 

Champi-Miaou

 

Willis-from-Tunis---Extrait.jpg

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 19:11

Rodolphe TÖPFFER - Physiognomonie"Le philologue belge tient l'autre bout, proche de la sortie, son masque topfférien éclairé de biais par la lampe à pétrole."

 

Nicolas BOUVIER, L'usage du monde

 

 

Ou comment, à un siècle d'intervalle, un Suisse voyageur rend hommage à un de ses compatriotes défricheurs - pour ne pas dire inventeurs, théoriciens, avant-gardiste ! - de la bande dessinée. Rodolphe TÖPFFER, bien sûr.

 

 

(La miniature si contre est un extrait de son succulent Essai de physiognomonie)

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 08:55

Le tour du monde en bande dessinée T1 - CouvertureLa bande dessinée a souvent eu sa place au sein de la presse quotidienne, notamment sous la forme de bandes humoristiques (des historiques et transatlantiques comic strips comme Krazy Kat ou Peanuts jusqu'à notre contemporain Chat de Philippe GELUCK) peu en prises avec l'actualité.

 

Dans les titres hebdomadaires, elle peut prendre un tour un peu plus politique ou journalistique (voyez ce que propose le Canard Enchaîné, par exemple).

 

Sur des formats plus larges, et à une fréquence moindre, elle peut devenir reportage. Ainsi, le trimestriel  XXI nous offre-t-il, à chaque numéro, une histoire complète se penchant sur un événement précis, dans un coin du monde choisi.

 

Depuis 2008, les éditions Delcourt ont décidé de faire de même, mais à plus large échelle, et au sein d'une publication exclusivement réservée à la BD : Le Tour du monde en bande dessinée.

Au menu : 11 auteurs ou duo d'auteurs des cinq continents, qui portent sur l'actualité, sur leur pays, ou sur un phénomène de société plus ou moins large, leur regard d'observateur précis et d'artiste du 9°art.

 

Dans le premier opus - je n'ai pas encore eu le deuxième entre les mains - se succèdent les auteurs suivants :

 

 Clément OUBRERIE et  Marguerite ABOUET (les parents de Aya de Yopougon) se penchent sur l'immigration vers la France depuis la Côte d'Ivoire.

 

Usamaru FURUYA (à qui l'on doit le récemment traduit et grandguignolesque Litchi Hikari Club) évoque une jeunesse japonaise éprise de luxe et pétrie de superstitions religieuses.

 

Etienne DAVODEAU (spécialiste des reportages en BD, comme Rural ou Les Mauvaises gens) nous raconte son voisin d'en face, dont la vie est rythmée par les soins qu'il porte à son jardin ... et les programmes télé.

 

 Jimmy BEAULIEU (voisin de la Belle Province a qui l'ont doit le récent Comédie sentimentale pornographique) nous parle des préoccupations sociales de la jeunesse trentenaire (sic) québécoise.

 

 Miriam KATIN (auteure étasunienne que j'ai découverte dans cet ouvrage) se penche, depuis son petit chez elle, sur la campagne électorale étasunienne (nous sommes en 2008).

 

ANCCO (jeune auteure coréenne) nous livre, dans un noir et blanc déchirant, la vie désabusée d'une famille en souffrance.

 

 Karlien DE VILLIERS (à qui l'on doit Ma mère était une belle femme) brosse le portrait d'une jeune mère blanche dans une Afrique du Sud en proie à toujours plus de violence, de misère.

 

SERA (qui raconte son Cambodge natal au fil des albums) suit les pas d'un vieil homme, rare survivant des camps d'extermination, qui erre dans les rues en métamorphose de Phnom Penh, capitale en perte d'identité.

 

 Enrique BRECCIA (Argentin, auteur, entre autres, d'une biographie de Che Guevara, et fils du célèbre Alberto) dessine, avec un réalisme charbonneux, un conte futuriste où bio-carburants et guerres écologiques laissent peu de répit à l'humanité ... et à la planète.

 

 Pierre BAILLY (co-auteur de Ludo) nous livre un portrait à la fois tendre, drôle et acide de sa Belgique natale, complexe royaume où se côtoient difficilement de nombreuses communautés.

 

 Kikuo JOHNSON (jeune auteur hawaïen, collaborateur de nombreux magazines étasuniens) décline, dans un style faussement naïf évoquant les maîtres des comics de l'Âge d'Or, un effet papillon particulièrement apocalyptique à l'issue duquel la nature reprend cruellement ses droits sur une humanité balayée.

 

Formes des plus variées, résultats inégaux, ce premier tome offre une intéressante vue panoramique d'un art qui n'en finit pas d'explorer de nouvelles voies graphiques et scénaristiques.

Si tous les auteurs ne se prêtent pas au jeu de la même manière - certains s'écartant de l'actualité pour flirter avec l'autobiographie ou la métaphore -, ils nous livrent un riche instantané d'une production mondiale large, et nous rappellent combien les artistes, même lorsqu'ils créent de la fiction pure, ne sont jamais déconnectés des destins de leurs contemporains.

 

Une initiative à découvrir, en espérant que Delcourt en poursuivra son édition annuelle.

 

Champimages des quatre coins du monde.

 

Le tour du monde en bande dessinée T1 - Extrait

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 09:03

Welcome to the death club - CouvertureBridge, judo, macramé, randonnée, biker... Nous avons tous, à un moment ou un autre de notre vie, fait partie d'un club. Sans jamais tous fréquenter le même, faut pas exagérer, les goûts et les couleurs, tout ça...

Pourtant, qu'on se le dise, tous les "clubbeurs" du monde se retrouveront sous la même enseigne, en bout de course : "The Death Club".

 

Voilà sans doute pourquoi, en toute logique, WINSHLUSS a décidé de brosser un portrait en petites touches de ce club pas comme les autres.

Welcome to the death club, ce sont huit histoires courtes dans lesquelles la Mort (sic) joue le premier rôle. Qu'on cherche à l'éviter, la contourner, la retarder, ou - passez-moi l'expression - la baiser, elle finit toujours par avoir le dernier mot.

Seule ou en famille, elle s'invite sur la route, dans les immeubles anonymes, sur les champs de bataille, dans le coeur des artistes, à la fête foraine.

 

Difficile de traiter un sujet aussi grave, aussi sombre, sans l'humour indispensable pour en rendre la lecture supportable. WINSHLUSS s'y entend pour inviter rire grinçant et cynisme cruel à chaque coin de case. Quasiment sans dialogues - seuls les zombies ont droit à la parole ! -, avec un expressionnisme particulièrement éloquent, il brosse, à travers ces contes cruels, le portrait peu reluisant d'une humanité - qu'elle ait visage de cochon, d'oiseau ou de cafard ! - particulièrement détestable, cruelle, égoïste, lubrique, amorphe, cupide.

 

Graphiquement, l'auteur du très célébré Pinocchio, et de l'inattendue adaptation animée de Persépolis - avec Marjane SATRAPI - fait feu de tout bois. D'une case à l'autre, son trait peut passer de l'épure au charbon, des aplats les plus froids et cernés aux lavis du brouillard graphique. Mais loin de nuire à la cohérence et la fluidité, ces ruptures, qui rappellent combien rares sont les auteurs à sortir des sentiers battus de la conformité, mettent le dessin au service de l'expressivité maximale. Aucune concession à l'académisme, l'histoire seule au premier plan.

 

Que les plus angoissés se rassurent : ce concentré d'humour noir et d'acidité se termine bien, autour d'une barbapapa, entre un père et un fils réconciliés.

Comme quoi, finalement, la vie n'est pas si dure que ça.

Et, au pire, il reste la mort pour s'en remettre.

 

Champimages en noir et blanc.

 

(A noter qu'en même temps que WINSHLUSS développait son Death Club, FELDER et WITKO, ses compagnons de route chez les Requins Marteaux, inventaient la vie de Muerto Kid. Il est parfois des sujets cruellement d'actualité...).

 

Welcome to the death club - Extrait

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 09:29

Forum romain

 

"Carthage était gouvernée par les riches, c'était donc une ploutocratie. Rome aussi était gouvernée par les riches, c'était donc une république."

 

Will CUPPY, Grandeur et décadence d'un peu tout le monde

(Découvert dans les pages de Fluide Glacial grâce à l'érudit Yves FREMION)

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 16:19

Je François Villon

"Frères humains, qui après nous vivez,

N'ayez les coeurs contre nous endurcis,

Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

 

Ainsi commence la ballade des corps qui se balancent au vent du gibet, la célèbre Ballade des pendus qui, entre autres, fit le succès de son auteur, François VILLON, dans le coeur de ses contemporains déjà.

 

Margot, tavernes, amis, filles d'un soir, monseigneurs, amours profonds... Ils sont nombreux à avoir eu les honneurs des vers les plus inattendus de ce XV°siècle parisien baignant dans la fange, la misère, la violence, la famine, et un alcool trop fort pour laisser indemne.

Face à la religion et ses chantres souvent implacables, face à une justice du poing d'acier, face à une féodalité où rares sont ceux à pouvoir s'écarter de leur chemin de naissance, comment résister sinon par les mots et l'excès ?

Excès d'humour, excès d'humeurs, excès d'amour, et la recherche d'un toujours plus forcément inaccessible et forcément destructeur...

 

Autant d'excès qui portent maître François depuis sa naissance, marquée au fer rouge : "Jeanne a été brûlée. Dans la salle Saint-Louis de l'Hôtel-Dieu, tout le monde était stupéfait. Moi-même, j'en suis tombé de la vulve de ma mère !"

 

Dans ce siècle encore trop jeune, les repères ont déjà volé en éclat : la pucelle-symbole d'un pays en résistance n'est plus, et le plus brillant poète des siècles passés et à venir affûte ses vers dévastateurs.

Il a matière à aiguiser, le bougre, entre le corps pendant et oscillant de son père et la silhouette de sa mère qui, poussée par la nécessité, connaît le sort malheureux des voleurs...

Elle a toutefois eu la présence d'esprit - et on l'en a traitée de faible ! - de confier son fils unique et chéri à Guillaume de Villon, généreux homme d'Eglise qui n'aura de cesse d'éduquer le jeune François, et de subir les conséquences de ses actes...

 

Une fois lettré, bien sur pieds, et la langue bien pendue, le jeune prodige s'adonne à tout, sans limite, cherchant la destruction mais ne trouvant que le génie.

Rejetant ses amours, reniant ses amis, il s'enfonce dans le pire à la recherche peut-être d'un absolu qui n'existe que dans ses mots.

Les premiers vers qu'il disperse au vent s'arrachent comme des petits pains à cette époque où on en manque, et les dents noircies du peuple de l'entre-deux, à défaut de victuailles, mâchent les mots qu'on se répète de taverne en taverne, quitte à froisser les puissants, ou les amuser. Un temps.

 

Etrange et fascinant destin que celui de François VILLON, poète maudit et romantique avant l'heure.

Terriblement et profondément marqué par une vie à qui il le rend bien, il met en actes et en mots sa colère, ses regrets, ses surprises, ses dégoûts, ses maigres espoirs, son désenchantement...

 

Portée par le verbe éclatant de Jean TEULE, cette biographie romancée nous plonge dans ce monde sale et cruel qui fut notre passé pas si lointain, dont on ne retient souvent que les images d'Epinal de la Jeanne aux yeux dans le ciel ou de Charles le roi fou.

Mais cette époque était aussi celle de la boue qui colle aux vies, de l'injustice héréditaire, de l'impossible rébellion, et des inévitables et incontrôlables éclats, soupapes d'une colère populaire toujours plus forte.

Le quartier de la Sorbonne bouillonne, il a trouvé son hérault, mais ce dernier, poursuivi par les foudres des hommes, de Dieu, et de son insatisfaction, ne sait trouver le repos.

La route l'appelle, la prison le détourne un temps, et quand son corps, son coeur et son esprit pensent avoir tout enduré, il part, sans se retourner, vers le seul objectif qui soit à sa hauteur : l'horizon.

 

Merveilleuse et poignante occasion de découvrir la vie et l'oeuvre du premier des poètes ce chair et de chancre, Je, François Villon, est à lire une chope à la main, le nez dérangé par les ferments de la grouillante vie citadine, et les cheveux agités par le vent du génie révolté.

 

"Dites-moi où, en quel pays..."

 

Une vie à jamais rythmée par le balancement hypnotique des corps le long des gibets...

 

Champillon

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