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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 23:47

2 nov 10 - Feuille de rosée 2

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 22:49

Pluto T1 - CouvertureMême si l'inspecteur Gesicht - dont le visage figure sur la couverture - a du chien, Pluto n'est pas un hommage de Naoki URASAWA à Walt Disney, mais à Osamu TEZUKA.

 

En effet, une des créations les plus célèbres du maître du renouveau du manga, dans les années 50, Tetsuwan Atomu (Astro le petit robot, dans la langue d'HERGE), était censé être né ... en 2003.

Lorsque la faditique année s'en vint poindre à l'horizon des calendriers, URASAWA, fort de plusieurs succès éditoriaux, dont l'incroyable Monster, frappa à la porte de la Tezuka Productions Inc pour leur proposer cette histoire...

L'affaire fut a priori rapidement conclue, et approuvée par les descendants de TEZUKA eux-mêmes.

 

Pluto - dont le nom évoque Pluton, le dieu des enfers dans la mythologie romaine - est une adaptation/transformation d'un des épisodes de Astro : Le Robot le plus fort du monde.

 

L'inspecteur Gesicht, au service d'Europol, mène une double enquête. D'une part, on a tué Mont Blanc, le robot géant ami de tous et grand pacificateur du Moyen-Orient. Protecteur de la nature. Idole des enfants.  D'autre part, un militant pro-robot (car ce monde "futuriste" regorge de robots de toutes sortes), un humain, a été retrouvé mort à son domicile. Sans aucune trace biologique autour de lui. Comme si le coupable était ... un robot. Mais un robot qui enfreindrait les lois de la robotiques...(Isaac ASIMOV n'est jamais loin !)

 

Délicates investigations et réflexions pour l'inspecteur, qui n'est pas au bout de ses peines : un tueur de robots s'affaire. Implacable. Insaisissable. Et terriblement puissant...

 

Un trait classique mais très efficace, un sens de la narration et du découpage hors-pair... URASAWA ne fait pas partie des meilleurs mangaka du moment pour rien. D'autant qu'avec Pluto, il nous livre une de ces complexes histoires de complot dont il a le secret, distillant les indices, jouant avec les lecteurs en le piégeant dans ce qu'ils pensent avoir vu et compris. Et, coup de chance, Pluto n'est pas destiné à devenir une histoire-fleuve de plus, comme XXth century boys, du même URASAWA...

 

Cette rencontre entre deux maîtres du genre est donc une réussite.

Elle rappelle combien TEZUKA était un précurseur en tant que scénariste aussi.

Et elle montre combien URASAWA est son digne héritier.

A travers les décennies, les deux auteurs savent remettre au goût du jour un thème déjà souvent traité dans les manga : le degré d'humanité et d'indépendances des robots. Ou leurs travers inhumains quand surviennent certaines situations.

 

"Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" Au vu de ce qu'ils vivent, parfois, on pourrait penser que ce serait mieux pour eux...

 

Champimages en flash-back.

 

Pluto T1 - Extrait

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 14:30

Wormwood T3 - CouvertureIl n'y a pas à dire, je ne m'en lasse pas...

C'est glauque - dans les deux sens du terme, d'ailleurs -, brouillé, ça suinte, ça grouille, ça meurt dans tous les sens, et qu'est-ce que c'est bon !

 

Voici donc le troisième opus de Wormwood, le cadavérique agent très spécial - et spatial, pour le coup - créé par le talentueux et très atteint  Ben TEMPLESMITH.

 

Au programme, toujours les mêmes ingrédients, ou presque : la menace tentaculaire - qui donne ici son sous-titre à l'ouvrage, tout de même ! -, le choc des réalités, de jolies filles (les employées du pub de Médusa, haut lieu de la bière, du gogo-dancing, et des portes dimensionnelles), M. Pendule, le robot stoïque qui pourrait jouer sans peine pour les ZZTop, et bien sûr Wormwood, le ver de terre occultiste qui anime un corps décharné pour pouvoir errer presque incognito parmi les humains.

Ajoutez à cela Elvis et ses avatars multi-réalités et un peuple des fées à mi-chemin entre les pires rednecks et des libellules transgéniques, et vous aurez un petit aperçu de ce qui vous attend à la lecture de ce nouveau concentré de grand n'importe quoi jubilatoire !

 

En gros, les tentacules arrivent, enlèvent Wormwood, et pendant que ses amis tentent de retarder l'invasion qui mettra juste fin à toute vie sur Terre et dans toute la réalité environnante, le ver bavard cherche une solution à ce problème plutôt épineux. L'occasion d'en apprendre un peu plus sur son origine, son passé, son histoire... Et de se rendre compte que, décidément, derrière son humour foireux et son halein fétide se cache un être particulièrement puissant !

 

Enchaînant les situations les plus improbables avec un tissu presque vraisemblable, Ben TEMPLESMITH nous trame une nouvelle fois une histoire particulièrement plaisante, à lire au 1000ième degré, au moins. Les bons et gros mots fusent de toutes parts, presque aussi violents et nombreux que les balles bien impuissantes face à cette invation alien qui ne se contente pas de débarquer en soucoupes volantes, mais qui fait voler en éclats les murs de la réalité.

Rien que ça.

Ce magma occulto-humoristique est comme toujours servi par l'inimitable trait de l'Australien fou - comme il se qualifie lui-même, en tant que biographe de Wormwood - qui pêle-mêle traits, photos retouchées, couleurs chamaillées et effets de lumière - et d'ombre, d'ailleurs.

Spéciale dédicace pour Elvis et ses avatars.

 

Et en prime, quelques histoires courtes en fin d'ouvrage, "il y en a un peu plus mais je vous les mets quand même ?", comme dirait l'autre.

 

A lire sans prise de tête aucune, juste pour le plaisir.

Et l'humour noir...

 

Champimages qui suintent.

 

Wormwood T3 - Extrait

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 18:13

VAN EMPEL - Generation 1

Generation #1

VAN EMPEL - Generation 2

 

Generation #2

 

Ruud VAN EMPEL

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 09:35

Les Plumes T1 - CouvertureOh, le beau bandeau rouge en couverture ! Qui annonce doublement la couleur : un hommage aux innombrables prix qui barrent les couvertures des romans les plus en vue - ou à voir ? - , et la couleur de la tension grandissante au sein de ce cercle de quatre auteurs en quête de sens.

 

Ils sont venus, ils sont tous là, pourfandant le commun d'un flot de citations.

Inscht, effervescent rondouillard, qui note à tout bout de souffle, et qui cherche, ébauche, multiplie, mais ne conclut jamais.

Greul, l'acariâtre, planquant à peine sa misanthropie derrière ses lunettes grises.

Alpodraco, le bellâtre à la peau halée, tombeur pourvu d'un I-Phone et de nombreuses conquêtes.

Malard, l'introverti, dépassé et dévoré par la campagne promotionnelle de son dernier ouvrage.

 

Hilarante "jase bande" dégainant à tout va bons et mauvais jeux de mots pour pester contre les autres, contre le monde, et contre tous ces cafés qui ne valent pas mieux que leur Rendez-vous des amis qui menace de fermer. Où pourraient-ils alors aller traîner leur mal de vivre, leur inspiration flageolante, et les personnages fantômatiques qui leur collent aux plumes ? Aux Trois Mulets, qui ne pourraient pas tous les accueillir ? Au Théâtre des Pantins, qui jadis abrita JARRY ?

 

Etouffant poids que celui des anciens, qu'ils invoquent à tout bout de champ : CAMUS, WOOLF, AYME... Comme un écho à ces dizaines d'auteurs invités en deuxième et troisième de couverture à disserter sur l'écriture, en une longue énumération relevant autant du dictionnaire de la littérature que de l'exercice de style.

 

Exercices de style qu' Anne BARAOU, la scénariste, connaît bien : membre active de l'OuBaPo, on lui doit l'inimitable Coquetèle - avec Vincent SARDON - et le délicat  Une demi-douzaine d'elles. Elle brosse ici un tableau d'une justesse acide sur un certain monde de l'écriture, qu'on l'imagine avoir côtoyé de salon en vernissage, de lecture en dédicace. Distillant références délicieuses et dialogues improbables, elle met en scène des moments d'une exquise et cruelle absurdité, entre une "bataille d'épithètes" et un goûter d'anniversaire où chaque auteur présente sa progéniture nourrie à la dépression et à l'existentialisme.

 

Qui d'autre que  François AYROLES pouvait illustrer avec ironie et détachement cette basse-cour de plumitifs poussifs ? Corps un peu rigides, visages trop sérieux, expressions tout en raideur et en retenue... Il rend sa galerie de personnages suffisante, détestable, et pourtant attachante par son ridicule et son pathétique...

 

Une chronique de la solitude partagée, en somme.

En marge d'une société dont ils ne veulent pas et qui le leur rend bien.

Aigris, distants, grinçants, ces emplumés luttent pour préserver les modestes repères qu'ils se sont patiemment construits, fragiles boucliers face à un monde qui bouge, qui bouge, et qui les secoue...

Qui aura raison d'eux ? Le succès ? L'appel d'Hollywood ? Un secrétaire trop talentueux ? Une conquête de trop ?

 

Les - inévitables - chapitre de ce premier tome posent le décor et les personnages, et éparpillent des germes d'action.

La suite, vite.

Au Rendez-vous des amis ?

 

Champimages en mots.

 

Les Plumes T1 - Extrait

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 09:27

29 oct 10 - Moustiers 2

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 18:20

Mutafukaz T1 - CouvertureJe sais que je ne chronique pas toujours ici des BD de première fraîcheur. Et alors ? Ca m'apprendra à ne pas avoir tout de suite accroché à Mutafukaz au moment de sa sortie, en 2006 !

Mais il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, il paraît, donc voici venue l'heure de ma rédemption.

Bon, j'abuse un peu.

Alors disons celle de mon rattrapage. Ca en jette moins, mais restons réaliste !

 

Voyons voyons... Pourquoi un avis mitigé à l'époque, et un avis plus emballé aujourd'hui ?

Je n'ai subi aucune pression ni d'Ankama - à qui j'ai même donné quelques sous-sous à l'époque où je jouais à Dofus ! - ni d'envahisseurs qui seraient déjà parmi nous, ni même de catcheurs en collants moulants et masques bariolés.

Olés.

 

Mais disons qu'en fait, cette histoire qui ne se prend pas au sérieux, une fois qu'on a passé l'aspect brouillon des premières pages - il en vient de partout, le style protéiforme s'éparpille un peu, et que viennent faire ces cafards amicaux dans les coins de cases ? - est plutôt un régal... Une sorte de cocktail à la fois épicé et composé d'ingrédients auxquels il faut s'habituer un peu pour pouvoir les apprécier...

 

Dark Meat City... Tout un poème : dans les rues, des gangs, des gangs, encore des gangs.. Et un petit livreur de pizzas.

A la télé : du catch, encore et toujours, ou la tronche de déterré du président Gore Tex, ça ne s'invente pas.

Et dans les ombres de certains passants... d'étranges formes... aux oreilles trop pointues pour être honnêtes...

 

Le livreur, c'est Angelino.

Pas une tête de top model, pas un cerveau d'Einstein non plus, et manque de bol, il se vautre en scooter durant sa livraison, récoltant quelques bleus et hallucinations.

Hallucinations qui le tirent d'ailleurs de son sommeil, en pleine nuit : il croit voir un ovni, volant plutôt bas pour la saison.

Son pote et collocataire Vinz, sosie liliputien de Ghost Rider - mais si, l'homme au crâne qui crame en permanence ! - essaie de prendre soin de lui, mais dur dur quand les placard sont vides et qu'il n'y a plus d'eau chaude...

 

Difficile d'en dire plus sans accroître la confusion !

Imaginez une marmite graphique pleine de gangs, donc, de deux allumés un peu paumés et de leur ami-chat avec un appareil dentaire qui traîne dans tous les mauvais coups - Willy, pour les intimes - d'un complot extra-planétaire, d'hommes en noir, de catcheurs, et d'une ville qui tombe en miettes, faites bouillir, ôtez la valve de sûreté, et vous aurez une toute petite idée de ce qui vous attend à la lecture de Mutafukaz.

 

RUN, son auteur déjanté qui se présente au fil de quelques pages, et évoque son inoubliable périple aux Etats-Unis (les polaroïds sont autant de preuves que tout est vrai ! Argh !), a fait feu de tout bois pour ce coup d'essai et de maître : mélange des genres - un trait un peu street-art, des passages psychédéliques, des extraits de journaux, des fausses pubs, des photographies plus vraies que nature... - humour tous azimuts, situations toutes plus improbables les unes que les autres, et pourtant ça prend !!

C'est parfois un peu trop facile - scénaristiquement - un peu trop déformé - graphiquement - mais ça marche, parce que justement tout participe de ce bricolage de génie qui ne se prend pas au sérieux mais qui met tout en scène avec un réel attachement !

Oui, c'est le mot : RUN aime ses personnages.

Certes, il les martyrise, mais c'est pour la bonne cause ! On en redemanderait, presque !

Après tout, on ne peut pas mettre en scène des aliens et catcheur nommé Jessy Christ sans un minimum de troubles mentaux !

 

Ankama s'est développée en traînant sur tous les sentiers battus : jeux vidéo, bandes dessinées, dessins animés, jeux de cartes... RUN y est bien à sa place, avec son aventure kaléiodoscopique !

Trois autres tomes sont disponibles (du 0 au 3), et il paraît que ce n'est pas fini.

La rançon du succès, sans doute.

 

Mutafukaz : de quoi faire voler en éclats quelques habitudes. Plutôt pas mal !

A l'assaut !

 

Champimages dans tous les sens.

 

Mutafukaz T1 - Extrait

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 10:04

MICHELANGE - Création d'Adam

 

"Si j'ai pu m'éloigner de Dieu, c'est donc bien qu'il y a des brèches dans son omniprésence."

 

 

Eric CHEVILLARD, L'autofictif.

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 07:04

Black-Hole---Couverture.jpgJ'avais déjà brièvement évoqué la bande dessinée Black Hole il y a quelques années - damned ! Que cette formule me fait prendre conscience de l'âge presque canonique de cette Tanière ! - à propos de sa possible adaptation cinématographique. Si le film n'est toujours pas sorti, ma participation à K-BD m'a permis de me plonger dans ce petit pavé qui m'attendait depuis plus d'un an sur mes étagères.

 

Nous voici donc quelque part dans une petite ville anonyme des Etats-Unis... Des lycéens, des bières-parties, des joints qui tournent et font tourner, des sentiments amoureux non partagés, les premières relations sexuelles...

Tout commence en cours de biologie, durant la dissection d'une grenouille. Keith, en binôme avec Chris - "une fille super mignonne" - se penche sur la fente qu'il vient de dessiner sur le ventre boursouflé du batracien... et tombe dans les pommes. Le voilà submergé par des visions cauchemardesques et presque prophétiques : corps déchirés, objets éparpillés, déchiquetés, et la présence récurrente d'une créature serpentine ou vermiforme qui s'enroule sur elle-même tout en s'immiscant partout.

 

Le trouble est jeté.

Il va se changer en malaise au fil des pages, tandis qu'un mal étrange mais connu de tous se propage parmi les jeunes gens : la crève.

Ni toux, ni fièvre. Mais d'abominables transformations physiques qui poussent à fuir la compagnie des "normaux" pour se réfugier dans les bois : visage difforme, peau fripée, ouverture béante sur la poitrine...

Une étrange cour des miracles a établi ses quartiers sous les arbres tranquilles de ce coin de bois reculé, où seuls quelques fumeurs discrets viennent aussi s'isoler. Tentes branlantes, feu de camp fédérateur, et ces étranges assemblages d'os de poulet, de bois, de ficelle, de photos de corps féminins nus et de membres de poupées désarticulées...

 

Rien de très chantant dans les Etats-Unis de Charles BURNS. Dans un décor d'une effrayante intemporalité - pas d'ordinateurs, pas de téléphones portables, tout au plus une télévision de temps en temps, et surtout de la drogue, des voitures et de l'alcool - des adolescents en perte de repères se cherchent, mais ne trouvent que la fuite par la fumée ou la maladie déformante.

Cruel passage à la vie adulte, cruelle métaphore d'une puberté aliénante, plongée dans l'inconnu et face-à-face terrible avec l'autre tour à tour horrible et fascinant.

BURNS sait distiller l'angoisse et l'horreur sans sombrer dans le grandguignol : tout est mesuré, retenu, tracé dans un style surligné presque trop propre, une sorte de ligne claire à gros traits envahie par des ombres omniprésentes et d'une terrible épaisseur.

Le moindre objet, le moindre lieu, le moindre visage se peignent d'une noirceur dévorante et se nimbent du froid du néant.

Le trou noir est partout, aspirant et dévorant inlassablement les corps et les coeurs de celles et ceux qui passent à sa portée.

 

Chronique d'une adolescence en perdition, Black Hole est aussi une pongée dans l'horreur du quotidien, dans l'indifférence des contemporains, dans ces infimes moments où tout bascule à jamais.

Monde des adultes distant et sourd, monde des ados fuyant ou cruel... Même la nature, qui se fait parfois refuge - le couvert des arbres, la caresse de l'eau - se change en labyrinthe hallucinatoire, jonché de visions morbides et de fragments d'une réalité à jamais agressive.

 

Revendiquant la forte influence que Art SPIEGELMAN a pu avoir sur lui, Charles BURNS est aussi à rapprocher de Daniel CLOWES, autre grand peintre d'une jeunesse sans avenir.

 

L'avenir est triste.

La chair est triste.

Ne restent que des fragments.

Et l'immuable voûte étoilée.

 

Champimages sombrant dans l'ombre.

 

Black Hole - Extrait 2

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 22:51

Asterios Polyp - CouvertureJe sais que je ne présente ici, la plupart du temps, que des bandes dessinées qui m'ont plu. En essayant toutefois - même si ce n'est pas dans mes habitudes - de raison garder.

Pourtant, face à Asterios Polyp, je me dois de crier au génie...

 

Curieux parcours que celui de David MAZZUCCHELLI, auteur passé des anatomies surdimensionnées de Daredevil ou Batman à un quasi-minimalisme architectural.

 

Entre deux superpositions presque antagonistes de bleu et de rose, sur la couverture, se pose le suffisant Asterios Polyp. Architecte sur le papier, mémoire phénoménale, ayant un avis sur tout, et surtout un avis, Asterios est un survivant. L'unique survivant, même, du couple qu'abritait le ventre de sa mère. Chargé du lourd fardeau de son frère Ignazio, il s'est bâti une vie d'excellence, structurée par un manichéisme à tout cri, essentiellement articulé autour du couple "linéaire/plastique".

 

Pourtant, tel la météorite ayant mis fin au règne des dinosaures, un incendie venu du ciel fait voler en éclat sa vie et ses certitudes : le voilà contraint de fuir son bel et bien organisé appartement new-yorkais, et de errer dans la nuit et sous la pluie.

L'occasion de se mettre au vert, et de faire le point sur une vie bien remplie et pourtant si vide...

 

Ses parents, bien sûr, du firmament à l'abîme. Ses différentes conquêtes amoureuses au sein de l'université où il a enseigné. Hana, plasticienne réservée, géniale, attachante, inoubliable. Ses théories, bien sûr. Son frère, inséparable fantôme. Et tout le reste.

 

Sur sa route, Stiff et Ursula Major. Lui, garagiste pétri de néologismes et de bonnes intentions. Elle, diva (auto)suffisante et (auto)critique, aussi cultivée que psychologue. Suffisamment de qualités pour permettre à Asterios de finir d'ouvrir les yeux.

 

Asterios Polyp est, à juste titre, présenté comme le grand oeuvre de David MAZZUCCHELLI. Une vie consacrée à un destin. A une histoire bâtie comme un labyrinthe tantôt tour, tantôt spirale, MAZZUCCHELLI fait correspondre un traitement graphique insaisissable : jouant de tous les signes de l'alphabet graphique, il alterne, dans les scènes de rencontres et de disputes, notamment, les corps hachurés ou en volumes géométriques, les corps calligrammes ou nébuleux.

Troublant effet de caractère(s) doublé d'une subtile constitution des bulles et des textes qui attribue intonations et accents particuliers à chaque protagoniste. MAZZUCCHELLI a poussé la bande dessinée dans ses limites expressives : tout est limpide mais rien n'est facile, tout est évident mais rien n'est fortuit. Chaque lettre, chaque signe au service d'une histoire, et vice-versa. Aucune fausse note, juste la parfaite harmonie entre le fond et la forme, entre le linéaire et la plastique...

De même que Asterios Polyp semble faire écho à la vie de son auteur, le livre est une sorte de mise en abyme formelle de la fiction qu'il déroule.

Se dégage alors un trouble supplémentaire : comment une bande dessinée où tout est si bien à sa place, au service d'une vie où tout est si bien rangée, peut-elle autant déstabiliser ?

Peut-être parce que la perfection n'existe pas. Ou alors seulement pour finir par montrer ses propres limites, créant un paradoxe qui fait tout reprendre à zéro.

Comme la vie d'Asterios, sans doute.

 

Asterios Polyp fait partie de ces trop rares livres dont la lecture relève avant tout de l'expérience : sens aux aguets, nous avançons au sein d'une construction savamment orchestrée où tout s'emboîte avec une perfection presque malsaine.

Délicieusement traître.

Magistralement captivant.

 

David MAZZUCCHELLI a fait partie des auteurs ayant rendu hommage à Will EISNER dans un ouvrage paru en 2005.

Il a fort justement reçu l'an dernier un Eisner Award pour Asterios Polyp.

C'est assurément un des plus grands.

A vous de constater par vous-même.

 

Champimages qui vibrent.

 

(Une BD de la sélection d'octobre de Raging Bulles)

 

Asterios Polyp - Extrait

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