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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 08:08

La fièvre d'Urbicande - CouvertureSeptembre en K-BD étant placé sous le signe des Fauves d'Or d'Angoulême, après Maus - primé en 1988 - voici l'une des oeuvres-phares de la série des Cités Obscures : La fièvre d'Urbicande, de François SCHUITEN et Benoît PEETERS, primée en 1985.

 

Urbicande, la ville parfaite, la ville des villes, même, si l'on en croit son nom.

Bâtie de part et d'autre d'un large fleuve, repensée, redessinée, glorifiée par le talent de l'urbatecte Eugen Robick, dans un souci de majesté et d'harmonie, Urbicande n'attend plus qu'une chose : la construction du troisième pont, le plus oriental, qui permettra d'élégamment souligner la symétrie de la ville en reliant une nouvelle fois la ville mériodionale - riche, ordonnée, ensoleillée - à la ville septentrionale - sombre, encore chaotique, terrain potentiel de nouvelles expérimentations urbatecturales pour Robick.

Mais ce projet de troisième pont, autrefois contresigné par le Grand Rapporteur  et les Commissaires - représentants du pouvoir fort, organisé, inamovible qui dirige la ville d'une poigne d'acier - est aujourd'hui remis en cause. En effet, les tensions entre les deux moitiés de la ville sont de plus en plus fortes, les gens du Nord tentent de plus en plus de gagner les quartiers du Sud, et une surveillance accrue est nécessaire. Un troisième pont serait donc un point d'entrée supplémentaire, et une nouvelle source de risques.

 

Robick est furieux : son grand oeuvre est bancal, inachevé, imparfait. Symétrie, harmonie n'y ont plus leur place. "L'harmonie qui naguère s'établissait avec les deux ponts est aujourd'hui rompue. Un quartier complet paraît basculer dans le vide, faisant ressembler Urbicande à un grand oiseau blessé qui voudrait ne voler que d'une aile."

Sa fureur est telle qu'il n'accorde que peu d'importance à un étrange cube que des ouvriers viennent de lui remettre. Découvert dans un chantier, cet étrange objet, uniquement constitué d'arêtes métalliques étonnamment légères, attire en revanche bien davantage l'attention de Thomas Broch, ami et assistant d'Eugen.

Et quand le cube se met à croître - chaque sommet semblant bourgeonner - Broch se montre de plus en plus intrigué, présentant le danger, tant que Robick assiste impuissant à un spectacle contre lequel il pense qu'on ne peut rien faire.

"Je ne comprends pas que toi qui as toujours été favorable aux perspectives et aux symétries puisses supporter une monstruosité comme celle-là."

 

Commence alors, par cette expansion, le développement d'un réseau infini qui, peu à peu, étend ses excroissance partout dans le bureau de l'urbatecte, puis en dehors. Traversant murs, sols, corps, les éléments du réseau connectent peu à peu des lieux et des personnes qui, jusqu'alors, ne s'étaient jamais adressé la parole.

Ainsi Eugen fait-il la connaissance de Sophie, charmante voisine faisant commerce de charmes et porteuses de grandes ambitions pour son voisin.

Ainsi, surtout, les deux rives d'Urbicande menacent-elles d'entrer en contact, au grand dam du pouvoir en place et des militaires qui le servent.

 

Comment lutter contre ce cube expansionniste ? Que faire de ce réseau toujours plus étendu ? Entre les conservateurs, les idéalistes, les opportunistes, les solitaires, la tension monte...

Une seule question obsède Rubick : comment intégrer ce réseau à l'harmonie de la cité...

 

François SCHUITEN, fils d'architecte, a toujours fait montre d'un penchant prononcé pour les bâtiments et les villes. Après avoir fait ses armes avec Claude RENARD, il a retrouvé en Benoît PEETERS, qu'il connaissait depuis l'enfance, un parfait compagnon d'exploration des mondes et des cités de l'impossible : les Cités Obscures . Leur première histoire s'était intéressée à Samaris, ville-façade labyrinthique, changeante, déroutante. Urbicande, leur deuxième étape, s'établit aux antipodes : écrasante, immobile, froide, ordonnée. Une rigueur et une rigidité aspirant à marquer l'histoire mondiale de l'architecture et l'urbatecture pour les siècles à venir.

Mettant en images les délires d'Eugen Robick, SCHUITEN peut s'en donner à coeur joie : perspectives infinies, édifices monumentaux, il revisite les architectures totalitaristes de l'Europe des années 30 en les poussant à des extrémités et des dimensions inégalées. Robick est fou, utopiste, visionnaire : de son esprit ne peut jaillir que le dysproportionné.

Avec son trait fin et son traitement des ombres à l'aide de hachures - caractéristique des travaux d'ANDREAS, un de ses compagnons d'étude, à la même époque - SCHUITEN semble également rendre hommage aux graveurs du XIX°s - artistes auxquels la série des Cités Obscures rend souvent hommage.

Au croisement des époques et des influences graphiques et architecturales, le dessinateur crée donc, à partir d'éléments qui nous sont familliers, une ville et un monde déroutants car si proches et si différents de ce que nous connaissons, et servis par un réalisme tel que nous ne pouvons qu'y croire.

 

Au scénario, Benoît PEETER, fidèle à ses travaux précédents - roman et roman-photo notamment - se saisit d'un sujet qu'il retourne sous toutes ses facettes pour en tirer le meilleur. Une ville - apparemement volontairement - coupée en deux, alors que nous sommes en 1985 (le Mur n'est pas encore tombé). Au Sud et au soleil, l'ordre et la richesse. Au Nord et à l'ombre, le chaos et la menace (intéressante inversion du clivage Nord-Sud auquel notre monde nous a habitués).

Dans ce monde voué au retranchement, à l'isolement, où un pont de plus représente une menace, croît soudain ce réseau que rien ne peut arrêter - surtout pas la farouche et paranoïaque volonté protectionniste des politiques en place. Toutes les règles en vigueur volent en éclat, toute une organisation bascule.

D'ailleurs, dans cette ville régie par la verticalité des monuments et l'horizontalité des interminables avenues, ce réseau "oblique" - car le cube originel est posé de travers sur le bureau de l'urbatecte - fait tache, et donne soudain à l'environnement un aspect résolument ... penché (comme l'Enfant penchée que les auteurs imaginent en 1996).

Etudiant l'impact de l'homme sur son environnement, et vice-versa, PEETERS pousse à l'extrême les réactions des habitants d'Urbicande, la fièvre les gagnant peu à peu et les poussant à agir de manière totalement imprévisible.

 

Métaphore à plusieurs faces, la fièvre d'Urbicande est un récit construit avec une rigueur scénaristique et graphique faisant parfaitement écho au sujet.

Maîtres dans la mise en scène d'histoires urbaines, SCHUITEN et PEETERS ont su faire de l'architecture et de la ville des personnages à part entière.

Riches de références plus ou moins explicites - c'est d'ailleurs toujours un bonheur de lire ou d'entendre les auteurs à propos de leur travail, ce qui permet ensuite de le redécouvrir sous un nouveau jour - les histoires développées dans les Cités Obscures sont intéressantes et intelligentes, et sollicitent toute notre attention - tout en régalant nos yeux par les magnifiques dessins proposés.

 

Fidèles à eux-mêmes, SCHUITEN et PEETERS ont donné à cette bande dessinée de nombreux prolongements, comme La légende du réseau, épilogue présenté dans la dernière édition, ou le site internet Urbicande, pionnière tentative d'évoquer le réseau... sur le réseau. Rien n'est anodin.

 

A lire et à relire dans tous les sens.

 

Champimages fractales

 

(La synthèse sur K-BD)

 

La fièvre d'Urbicande - Extrait 1

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 21:14

SPIEGELMAN - Maus - T1 - CouvertureAu risque de ne pas donner dans l'originalité, je ne peux m'empêcher de commencer cette chronique par ces mots : "attention, chef-d'oeuvre".

 

Avec un peu d'avance sur la programmation de K-BD - pour une fois ! - voici une des bandes dessinées que nous avons décidé d'aborder en septembre, à partir d'une sélection pour le moins prestigieuse : les Grands Prix du Festival d'Angoulême (il fallait bien tout un tas de majuscules pour une aussi illustre galerie !).

 

Maus.

Quatre lettres qui ont changé la vie d'Art SPIEGELMAN, et la face de la bande dessinée.

Pas seulement parce que, en tant qu'unique bande dessiné à avoir jamais reçu un Prix Pulitzer (en 1992), elle a permis à un genre encore et toujours (dé)considéré comme mineur d'acquérir de publiques lettres de noblesse, mais surtout par l'influence qu'elle a pu avoir sur toute une génération d'auteurs - notamment outre-Atlantique - et par la richesse de ses presque 300 pages, qui offrent une triple plongée dans l'art et dans l'histoire.

 

L'aventure commence en 1973, à travers une histoire courte dans un style réaliste qui permet à l'auteur un premier SPIEGELMAN - Maus - T2 - Couvertureexorcisme.

Mais c'est à partir de 1980, pour la revue Raw, qu'il a confondé avec son épouse Françoise MOULY, afin d'offrir un espace éditorial à une bande dessinée indépendante en mal de visibilité, qu'il se remet au travail, et se penche sur l'histoire. Sur les histoires. Celle avec un grand H qu'on lit dans les livres et qui colle à la peau de l'humanité, celle de son père, et celle de son rapport à son père et à son art.

Entreprenant l'immense tâche de collecter tous les souvenirs que son père a conservés de la deuxième Guerre mondiale, Art SPIEGELMAN, muni de carnets et d'un magnétophone, va consacrer à ce viel homme de plus en plus fatigué un nombre d'heures incalculable, afin d'avoir la vision la plus précise et la plus complète possible de ces tragiques années passées dans une Europe déchirée par la barbarie.

Emporté par les souvenirs, Vladek entraîne avec lui son fils dans les méandres de sa mémoire et, lui livrant un récit décousu, permet à Art de découvrir, en marge de l'Histoire, les blessures, les errances, les douleurs, qui ont fait de son père l'homme qu'il est à ce moment-là, irritable, lunatique, tantôt emporté, tantôt épuisé.

 

Deux tomes, dix chapitres, trois cents pages, onze ans de travail pour les réaliser, ne seront pas de trop pour essayer de vivre de l'intérieur le drame de tout un peuple, les Juifs-souris qui donnent leur nom à ce drame de papier, le drame d'un homme qui voit partir les siens, emportés par la guerre ou par la folie qui en a résulté, et celui d'un fils, et surtout d'un artiste, qui ne sait plus où se situer face à l'horreur, face à l'Histoire et face à son histoire.

Où s'achève le témoignage ? Où commence l'interprétation ? Que montrer ? Comment le montrer ? Faut-il tout montrer ? Comment respecter la mémoire, les personnes, la douleur muette que cette enquête de longue haleine fait remonter à la surface ?

 

SPIEGELMAN - Autoportrait à la planche à dessinComment résumer en quelques lignes un album qui est l'histoire de tant de vies - et de morts ?

Mon père saigne l'histoire / Et c'est là que mes ennuis ont commencé.

Gravité et légèreté dans ces deux sous-titres évocateurs.

La guerre et ses échos bien des décennies après.

Les plaies sont toujours vives.

 

En adoptant un style graphique épuré, en optant pour des animaux anthropomorphes, Art SPIEGELMAN ("l'homme miroir", ça ne s'invente pas...) a su tenir à distance l'insoutenable réalité des êtres pour amener les lecteurs dans l'espace du symbole, de la métaphore presque, faisant de chaque souris, de chaque chat, de chaque acteur de ce drame international, de chaque décor, le creuset de toutes les horreurs dont l'humanité a été capable depuis la nuit des temps.

En se mettant en scène face à son père, face à l'Histoire, face à sa table à dessin surtout, l'auteur a su montrer toute la difficulté d'un exercice pourtant indispensable, vital pour lui : faire face à l'Histoire, et à celle de sa famille.

Caché derrière son masque de rongeur - lui donnant une image qui lui colle encore aujourd'hui à la peau - SPIEGELMAN se dévoile plus que jamais, avec ses doutes, ses douleurs, ses révélations, ses colères, ses abandons, son insistance, son art enfin, surtout (là encore, ça ne s'invente pas !) qui lui permet de sublimer le drame historique et le genre autobiographique.

 

En renvoyant en permanence aux lecteurs son reflet face au miroir des histoires, Art SPIEGELMAN leur permet à leur tour de prendre place au coeur des événements dont Vladek se souvient et au coeur de la réflexion permanente que l'auteur entretient autour de cette mise en images.

 

Bouleversant, troublant, et faisant jaillir de multiples interrogations, Maus mérite bel et bien le statut d'oeuvre d'art, par son universalité, par l'intimité qu'il fait naître au sein de chaque lecture, et par les innombrables échos qu'il trouve au coeur de chaque lecteur.

 

On peut bien sûr continuer de vivre sans avoir lu Maus.

Mais on ne peut continuer à vivre à l'identique une fois qu'on l'a lu.

Notre rapport au monde et à ses représentations en est à jamais changé.

Et si la vie de Vladek peut nous paraître un modèle de persévérance encourageant, l'environnement dans lequel elle s'est déroulée nous rappelle combien l'Histoire est désespoir.

 

Une oeuvre à double face, dans laquelle nous ne ferons jamais le tour de tous les détails éparpillés dans les miroirs de l'image et du souvenir.

 

Champimages en profondeur.

 

SPIEGELMAN - Maus - Face au magnétophone 1

 

SPIEGELMAN - Maus - Souvenirs 1

 

SPIEGELMAN - Maus - Fatigué 2

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 08:31

Strip-Tease - CouvertureJoe MATT est radin. Extrêmement radin (voir la planche ci-dessous présentant ses secrets pour faire des économies). Mais il est pauvre. Très pauvre.

 

Joe MATT ne veut plus se contenter de coloriser des comics de super-héros, il veut devenir un grand auteur de bandes dessinées. Mais il est fainéant. Très fainéant.

 

Joe MATT, après des années à courir après l'amour, a une copine qui l'aime et le supporte. Mais il reste un obsédé sexuel ne pouvant s'empêcher de visionner des films pornos.

 

Oui, vraiment, Joe MATT ferait un parfait personnage de comics : traumatisé par une éducation trop religieuse, pétri de tabous et de paradoxes, acide, irritant, égocentrique, dépressif, complexe, scato, torturé. Un personnage à creuser pour aller au plus profond du labyrinthe de la psychologie humaine.

Ce qu'il a décidé de faire lui-même, à travers une oeuvre résolument autobiographique, entamée avec Peepshow, sans doute dans les années 80 - difficile de trouver une date exacte ! Comme quoi, internet ne sait pas tout...

 

Strip-Tease lui permet de parcourir les années 1987-1991, qui font la part belle à ses obsessions récurrentes (sic) : l'amour, le sexe, le travail, l'ambition, l'argent, la famille, la religion. Assemblés de toutes les manières possibles. Apparemment sans fard - mais n'oublions pas qu'il s'agit de bande dessinée, non d'un reportage scientifique ! - Joe MATT se livre avec ses maigres qualités et ses nombreux défauts, ainsi que quelques détails qui font rire les lecteurs - ses imitations de Donald, par exemple - mais excèdent ses proches.

Il en profite aussi pour, régulièrement, se plonger dans son enfance - auprès de sa mère catholique illuminée - et de sa sortie d'adolescence - à travailler aux champs avec un ami musclé, grand buveur, et peu regardant sur l'hygiène corporelle.

Le tout agrémenté d'un égo surdimensionné et d'un énorme complexe d'infériorité - notamment face à Robert CRUMB, qui s'invite dans une planche ou deux -, d'une course après l'amour, le vrai, et d'une incapacité à faire des efforts pour maintenir une relation, mais surtout d'un réel talent pour réaliser des mises en page originales et tourmentées - intitulées Playtime -  afin de casser l'ordonnancement orthogonal des planches de bande dessinée.

Son dessin plutôt caricatural sait se faire réaliste pour rendre hommage à certains personnages marquants de son histoire - le chat Nibard, sa douche Trish - ou pastiche lorsqu'il invite à sa case les grandes figures du comics - CRUMB, déjà cité, Garfield, SETH et Chester BROWN (que l'on peut apercevoir dans la case ci-dessous).

 

Strip-Tease : quatre-vingts pages de bonnes raisons pour détester Joe MATT, mais également pour apprécier son talent, sa vie misérable, et son génie pour la sublimer.

 

Il serait facile de dire qu'il y a un peu de Joe MATT en chacun d'entre nous.

C'est pourtant sans aucun doute le cas.

Encore faut-il reconnaître ses défauts, ce que l'auteur sait faire - avant de se lamenter dessus, d'ailleurs.

L'auto-dérision ne permet peut-être pas de guérir de ses névroses, mais si elle réussit à faire rire les lecteurs, c'est déjà ça.

 

Pour finir, certaines choses à savoir sur Joe MATT :

- d'après lui-même : il sautille en marchant / il se ronge les ongles des pieds / il aime faire semblant de réfléchir / il est imbu de lui-même / un jour il s'est déguisé en travelo

- d'après SETH : il est plein d'idées tordues / il confond grossièreté et franchise / il s'est déjà dessiné nu mais sans parties génitales. SETH conclut ainsi : "Je devrais peut-être mieux choisir mes amis".

 

Comme ça au moins...

 

Champimages qui montrent tout ... ou presque.

 

Strip-Tease - Extrait 1

 

Strip-Tease - Extrait 2

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 18:06

Dr Slump T1 - CouvertureL'été de la jeunesse continue de battre son plein sur K-BD.

Après  Garance, qui ouvre la danse (yeh, ça rime !), et en attendant  Toto l'ornithorynque (je vous laisse trouver la rime vous-mêmes), qui est venu patauger par ici il a peu, voici un des nouveaux titres choisis pour l'occasion : Dr Slump himself !

 

Comme quoi, le thème "jeunesse" couvre un large, très large éventail, et connaissant l'éternelle jeunesse de certains d'entres nous - qui a parlé d'immaturité ? - on pourrait l'élagir encore davantage...

 

Etrange impression que celle de lire un livre presque intégralement avec un petit air en tête, entêtant (sic), dont on ne peut se défaire.

Un air qui nous rappelle - et, avec un peu de recul, c'est plutôt effrayant !! - combien notre enfance fut bercée par les anime fraîchement importés, souvent massacrés, et largement diffusés sur nos ondes publiques ou sur "La Cinq", qui savait mieux que personne nous faire perdre passer nos mercredis après-midi en enchaînant adaptations de shôjo et de shônen pour le plus grand plaisir de nos petits yeux ébahis devant d'aussi belles et mouvementées - encore que - images...

 

Tout ça pour dire - comme quoi je sais faire simple, aussi !! - que de la première à la dernière page, j'ai eu en tête le fameux air " sacré professeur Slump, tu es un farceur...", preuve que les airs les plus stupides lointains ont la vie dure ! Au temps pour tous ces poèmes de notre grand répertoire classique que je n'ai jamais pu mémoriser.

Argh.

 

Bref.

Nous voilà donc dans le laboratoire du Doctor Senbei Norimaki, savant génial mais première source de moquerie de son quartier - parce quil a une tête clownesque, parce qu'il est très porté sur les jolies filles peu vêtues, parce qu'il a d'étranges manières, parce que c'est, en somme, un gentil raté... - qui met au point, en moins de deux pages, Aralé, robot aux allures de petite fille qui va fortement perturber son quotidien.

Espiègle, curieuses, débordant de vie et d'énergie, dotée d'une indispensable paire de lunette et d'une force herculéenne, Aralé va également perturber la vie de TOUS les habitants du village Pingouin : forces de l'ordre - qui fuient avec frénésie cette petite boule d'énergie cinétique qui met régulièrement, et bien malgré elle, en pièces leurs beaux véhicules - collégiens, vendeurs, animaux, voleurs...

Chaque confrontation d'Aralé avec ce vaste monde - et au-delà !! - est source de quiproquos - car le Dr ne veut pas que l'on sache qu'elle est un robot - et de gags souvent très très absurdes. L'humour japonais sous un jour qu'on lui connaît peu - même si bon nombre de manga, même les plus sérieux, cachent au coin d'une case un gag souvent en parfait décalage avec le reste.

 

La vie d'Aralé est également bien remplie par les créatures hautement improbables qui peuplent son univers - cochon annonçant au micro le lever du soleil, enfant-kappa pêchant dans la rivière locale, chorale d'animaux produisant le bruit de la cloche de l'école... - et par les folles inventions que son génial créateur, tel un Doraemon (un autre personnage dont je vous parlerai bientôt) des temps modernes, fait jaillir de ses doigts boudinés mais habiles au fil des épisodes.

 

 Akira TORIYAMA, mondialement connu père de Dragon Ball - et de tous ses avatars - a créé Dr Slump en 1980, et a connu le succès grâce à lui.

Avec un graphisme très épuré donnant souvent dans la caricature et la déformation (le fameux SD, super deformed !!) il prend un plaisir jubilatoire à mettre en scène un monde grouillant, tout en restant d'une parfaite lisibilité !

Les cases regorgent de détails tout en restant très aérées, et sans que la narration n'en pâtisse jamais.

 

Reste que la narration elle aussi a une fâcheuse tendance à partir dans toutes les directions, tant elle semble presque uniquement sous-tendue par la recherche du bon mot et du délire graphique, tous placés sous l'égide de l'absurdité la plus totale !

La plupart des histoires courtes regroupées dans ce première tome sont d'ailleurs sans aucun doute nées d'un jeu de mot plutôt foireux - et que les notes de bas de page permettent à nous, pauvres lecteurs non-nippophones, de comprendre - que l'auteur a voulu utiliser comme ressort humoristique - grâce aux nombreux sens qu'un même son ou mot peut revêtir dans la langue de MISHIMA - en l'agrémentant d'une vague tentative de cohérence narrative et d'élaboration d'un univers autour...

Et ça marche !!

 

Du haut de leurs trente ans, ces histoires courtes font encore rire.

Peut-être parce que TORIYAMA les a réalisées avec dynamisme et sincérité.

Peut-être surtout parce que, bien souvent, les gags sont très "pipi-caca", comme on dit, avec une once d'allusions sexuelles qui viennent couronner le tout. Rien que de très universel !

Non, Dr Slump n'est pas une bande dessinée politiquement correcte, car une petite fille - fusse-t-elle un robot - qui se promène avec une crotte à la main, ou un savant mettant au point des "lunettes à vision supra-organique" pour voir sous les vêtements et sous-vêtements des femmes, enfin, ma bonne dame, ça ne se fait pas.

Et pourtant, qu'est-ce que c'est drôle !!

Vous avez dit vulgaire ?

Voilà de quoi ouvrir un vaste débat sur la vulgarité aujourd'hui, débat dans lequel télévision et magazines "people" seraient forcément convoqués.

 

Mais je m'égare.

En tout cas, même si Dr Slump n'est pas forcément à mettre entre toutes les mains, il constitue une parfaite entrée dans le monde de l'humour simple, sans cynisme ni méchanceté, avec une suffisante touche d'absurde pour que le monde paraisse un peu plus supportable.

Non mais.

 

Loin des sagas fleuves mettant en scène des pouvoirs cosmiques et des adversaires toujours plus grands/beaux/forts, Dr Slump est tout simplement une jubilatoire succession de gags, riches en trouvailles graphiques, en jeux de mots, en concentré d'humour sous toutes ses formes.

En mettant son imagination débordante et son immense talent au service du dessin comme du scénario, Akira TORIYAMA a su, en quatre ans, créer une galerie de personnages cohérente malgré tout, et faire de l'absurde un moteur narratif efficace même sur le long terme.

 

Personnages attachants, humour intemporel, parfaite maîtrise graphique : les mangaka ont encore bien du plaisir à nous apporter...

 

Champi'cha

 

Dr Slump T1 - Extrait

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 12:21

Ta mère la pute - CouvertureTa mère la pute.

Comme ça, de plein fouet, en couverture.

Sur cette vaste butte qui bouffe tout l'espace, tout l'horizon, qui empêche de voir plus loin que le terrain vague et les barres.

 

TMLP.

Insulte suprême dans ce petit monde clos, "1100 logements divisés en 4 cités distinctes, chacune avec des noms de poètes qu'on lira jamais", où, chaque fin de mois, certains silhouettes féminines se pressent vers un arrêt de bus. Là, victimes de la misère, du chômage ou d'un mari envolé, elles cherchent à joindre les deux bouts malgré tout, dans ce coin de nuit que tout le monde déserte pour ne pas croiser un regard connu.

 

Même les mômes évitent. Ils ont trop peur, trop compris.

Des mômes des années 80, paumés, en bande.

"Nous à la base, on n'est pas des méchants ni des dangereux... Tout juste des branleurs des fumistes disaient nos profs, mais pas des mômes méchants."

Ils traînent, jouent au foot encore et encore, se lancent des défis à la con, fuient les ados qui aiment les maltraiter et le sadique barbu qui rôde dans les bois voisins.

 

Ils traînent, se cherchent, et se réconcilient toujours, pour faire face à ceux d'une autre cité, ou autour de la musique.

De la cassette.

"On fonctionnait et avançait avec des compromis on se démerdait en fait. Puis un jour tout a basculé... A cause de Barry White."

Une dispute, un mot de trop. Il en faut rarement plus.

 

Avec TMLP,  Gilles ROCHIER nous plonge dans l'univers de son enfance, ni très rose ni très joyeux, mais dans lequel lui et ses potes réussissaient à être heureux malgré tout.

A travers quelques allers-retours entre hier et aujourd'hui, il soupèse le poids de ce passé qui colle aux basques, et celui des changements qui ont transformé visage et recoins sombres des cités.

Avec son trait tremblé et son dessin souvent caricatural, il anime une galerie de portraits riche, inquiétante, attachante, résolument humaine et vivante.

Les gros plans offrent des visages déformés par une certaine colère rentrée, une violence latente, et une vie difficile.

Les plans s'ensemble se heurtent encore et encore aux tours, aux murs, parfois à un salutaire mais inquiétant océan de verdure.

Et les phrase qui s'enchaînent à un rythme atypique, dans les bulles ou les récitatifs, donnent un drôle d'accent, une étrange mélodie à ce conte dramatique de l'enfance.

Les lavis beiges et gris, couleur terrains vagues ou murs malades, prolongent cette ambiance un peu bancale, un peu brouillon, à la fois hors du temps et terriblement contemporaine.

 

La boucle se boucle avec une fête "vingt ans après".

Profil bas.

Rencontre inattendue, le temps ne fait qu'un tour.

"Je me retrouve là, j'ai 14 ans. Et j'ai froid."

 

Sa mère la nostalgie...

 

Champi entre beige et gris.

 

Ta mère la pute - Extrait

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 13:43

Toto l'ornithorynque T1 - CouvertureAprès un mois de juillet consacré à "la mort",  K-BD a décidé de placer le mois d'août sous une influence un peu plus primesautière : la jeunesse. Ou plus exactement la BD jeunesse.

Vaste champ, que notre petite équipe de chroniqueurs a d'ailleurs eu bien du mal à défricher : à quel âge s'arrête la jeunesse ? (éditorialement parlant). Où se situe la frontière entre album jeunesse et bande dessinée ?

 

Parmi les quelques titres que nous avons finalement retenus - et que vous aurez le plaisir de découvrir au fil du mois à venir - se trouve le désormais célèbre et forcément incontournable Toto l'ornithorynque, de  YOANN et Eric OMOND.

 

Un beau matin, dans un petit coin isolé et tranquille de la forêt australienne, Toto découvre que la rivière qui coulait sous les fenêtres de sa jolie tanière a disparu, ne laissant derrière elle qu'un lit boueux dans lequel seuls de rares vers et crevettes - délicieux constituants des repas de notre héros - demeurent encore.

Ni une ni deux, il part réveiller son ami Wawa, le koala, et les voilà partis en quête du responsable de cette catastrophe aquatique.

 

Mais la route est longue jusqu'à la source du problème, et semée de mystères, d'embûches et de rencontres.

Heureusement que le vieux wombat, résident permanent du pied du grand arbre magique, confie aux deux amis trois brins d'écorces à même de les aider.

Heureusement aussi que la forêt abrite d'autres animaux courageux bien décidés à prêter main-forte à Toto et Wawa et à la accompagner jusqu'au bout : Chichi, Riri, ou même Fafa - à vous d'imaginer de quels animaux il peut bien s'agir !

Ils ne seront pas de trop pour mener l'enquête et essayer de sauver la rivière...

 

Une histoire toute simple, toute fraiche, et très exotique : voilà ce qu'Eric OMOND livra en 1997 à son comparse. En choisissant l'Australie pour toile de fond, le scénariste savait pouvoir compter sur la fascination pour l'inconnu, sur un large et énigmatique bestiaire, et sur une culture graphiquement magique. Avec ce premier tome très dynamique, il met en scène une road story relevant à la fois de la quête initiatique et de la constitution d'un groupe - six autres tomes reprenant ces personnages complétant les aventures de Toto.

 

Aux pinceaux, YOANN, grand amateur de couleur directe, s'en donne à coeur joie : avec un style arrondi et légèrement épuré, il brosse une forêt, une rivière, une végétation, des cieux, avec chaleur et générosité. La galerie de personnages qui y évolue est peinte avec douceur, tendresse et humour. La manière dont il campe son héros, à la silhouette si reconnaissable, est une belle réussite.

Puisant avec bonheur dans le catalogue de l'extraordinaire faune australienne, il sait aussi se plonger, le temps d'une scène, dans les mystères de la peinture aborigène, faisant alors la part belle aux ocres et aux géométries blanches.

 

En somme, une histoire touchante, drôle, attirante par l'étrangeté de ses décors et de ses protagonistes, et où la magie - par ces trois brins d'écorces ouvrant sur le passé, le présent et le futur - est aussi un moyen de se questionner sur la vie.

 

De la bande dessinée jeunesse élégante et intelligente : que demander de plus ?

 

Champimages du bout du monde.

 

Retrouvez la synthèsde de K-BD ici !

 

Toto l'ornithorynque T1 - Extrait

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 16:47

Le roi Léo T1 - CouvertureJe vous ai déjà à plusieurs reprises parlé par ici d'Osamu TEZUKA, dieu du manga et des mangaka, grand rénovateur et révolutionneur du genre à partir des années 40.

 

Les éditions Kaze ont décidé de rééditer l'an dernier l'une des oeuvres phares du maître : Janguru Taitei, le roi Léo.

 

Dans la jungle africaine, Pandja, le grand lion blanc, fait régner la terreur parmi les tribus et les chasseurs occidentaux : farouche défenseur de la nature et de tous les animaux qui la peuplent, il lutte sans merci contre ces hommes qui n'ont de cesse de capturer ou chasser ses congénères.

Rapide, malin, il n'est mis à bas que par la traîtrise et la ruse de certains de ses adversaires.

Sa femelle, encagée, est envoyée à Londres. Mais elle porte en son sein le futur Léo, qui a hérité du courage et de l'intelligence de son père, et que le destin ramènera sur la terre de ses ancêtres...

Ajoutez à cela une expédition partant à la recherche de pierres rares et précieuses, et un rival qui ne voit pas d'un bon oeil le retour du fils blanc en terre africaine, et le tableau est complet : la grande aventure peut commencer.

 

A partir de cette histoire d'héritage et de vengeance, Osamu TEZUKA, fidèle à lui-même, a développé un récit de longue haleine, porteur de profondes valeurs humanistes et naturalistes. Bien sûr, le discours est parfois un peu manichéen - les gentils animaux contre les méchants humains, les gentils scientifiques contre les méchants chasseurs - mais TEZUKA sait aussi se moquer de tous ses personnages, y compris de son héros, qui sait se montrer tour à tour trop prétentieux ou trop peureux - mais il faut bien reconnaître qu'il est encore bien jeune.

 

60 ans après, l'oeuvre est restée fidèle au génie et aux travers de son auteur, ce qui peut ne pas être du goût de tous.

Le dessin, très dynamique, est souvent caricatural, permettant de tracer en quelques traits les caractères des principaux protagonistes : les méchants ont des têtes de méchants - qui semblent tout droit sortis de dessins animés de Tex Avery ! - et les gentils des têtes ... de gentils (même s'ils peuvent avoir mauvais caractère !).

L'histoire avance par petits bonds incessants, péripéties sans fin - on sent le rythme feuilletonnesque derrière chaque page - qui peuvent lasser le lecteur actuel.

Le scénario alterne moments de grande intensité dramatique et pauses humoristiques parfois incongrues : scène cocasse au milieu d'un incendie, dialogue surprenant alors que tout semble perdu ("Hé ! Hé ! Il est trognon ! Et tout blanc avec ça ! _ Faut bien, c'est un manga en noir et blanc ! On pouvait pas lui mettre de couleur de toute façon !").

En véritable amoureux de la nature - n'oublions pas qu'il a une formation universitaire scientifique - TEZUKA sait décrire parfois avec minutie la faune et la flore de cette Afrique sauvage.

 

A ceux qui pourraient s'inquiéter de la manière caricaturale dont le mangaka représente et fait parler les Africains, la préface rappelle que "le contexte social a beaucoup évolué depuis l'époque où ce manga a été réalisé, et certaines expressions, qui était parfaitement acceptables à l'époque, peuvent sembler étranges de nos jours."

Une manière de désamorcer toute éventuelle polémique "à la Tintin au Congo".

 

Il semblerait que cette réédition ait pour but d'enrichir la collection "KIDS" que Kazé a créée pour sensibiliser les plus jeunes aux manga, et aux manga patrimoniaux.

Soit.

En effet, le format est plus grand, et les onomatopées ont été revues à plus grande échelle que dans la première traduction.

Mais pourquoi avoir conservé le parti-pris d'une transposition du sens de lecture ? Car non seulement tous les personnages deviennent gauchers - c'est ce qui arrive quand on imprime les pages "en miroir" ! - mais surtout cela semble supposer qu'un enfant ne serait pas capable de passer d'un sens de lecture occidental à un sens de lecture oriental... Alors qu'il semblerait plutôt que ce soient les adultes, sclérosés par des années de pratique de la lecture de la gauche vers la droite, qui aient le plus de difficultés à prendre le contre-pied de leurs habitudes !

Le choix du Roi Léo pour une telle collectiion n'est, de plus, pas forcément le plus pertinent, car l'histoire se montre parfois violente, et met en scène des personnalités et des enjeux complexes. Un Doraemon aurait été peut-être plus adapté !

 

Par ailleurs, il est intéressant de voir ce Roi Léo comme un rappel de l'antériorité de l'oeuvre de TEZUKA sur l'adaptation non réconnue comme telle qu'en firent les studios Disney en 1994. Rendons à César...

 

Au final, malgré certains de ses travers narratifs et graphiques, le Roi Léo reste une bande dessinée encore très moderne, preuve du génie avant-gardiste dont son auteur sut faire preuve. Un véritable vent épique souffle sur cette histoire riche, dense, dynamique, mouvementée, ponctuée de salutaires touches d'humour, qui met au premier plan la complexité de la vie, des personnages, de leurs motivations et de leurs actes. Agissant parfois de manière très humaine, le jeune Léo pourrait bien constituer un équilibre entre nature et humanité auquel TEZUKA était peut-être très attaché.

 

Un héros attachant, donc.

 

Champimages du patrimoine

 

Le roi Léo T1 - Extrait

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 19:36

Willis from TunisAvec quelques mois de décalage horaire - le monde n'est jamais aussi éloigné que lorsqu'il se trouve à un jet de pierre, ou peu s'en faut - voici quelques mots sur un chat de papier qui a bien fait miauler de lui de l'autre côté de la Méditerranée, ces derniers temps : Willis.

 

Mascotte de la révolution tunisienne de l'hiver dernier, ce chat caustique a accompagné, jour après jour - plusieurs fois par jour, même, souvent ! - les hauts et les bas d'une mobilisation allant croissant (jeu de mots facile !), portés par une population éprise de démocratie et de liberté.

 

Si tous les dessins, servis par un style souvent jeté, parfois minimaliste, ne sont pas accessibles à ceux qui, comme moi, n'ont vécu "l'événement" que depuis les médias, les dates et les nombreuses annotations sont un précieux complément à une lecture qui, de simplement plaisante - car le chat a de l'humour ! - en devient intéressante.

 

Certains dessins sont un peu répétitifs, d'autres très anecdotiques, mais tous, à leur manière, rendent à la fois hommage aux acteurs de la révolution tunisienne, et à l'importance du dessin de presse dans le compte-rendu mais aussi l'animation d'un mouvement de contestation.

 

Un recueil d'une grosse centaine de dessins a été publié par l'auteure, mais le plus simple et le plus rapide est encore - en cliquant sur la belle image ci-dessus - d'aller faire un tour sur la page Facebook du décapant matou, souvent très bavard, parfois un peu lourdaud, mais globalement pertinent.

 

Champi-Miaou

 

Willis-from-Tunis---Extrait.jpg

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 19:11

Rodolphe TÖPFFER - Physiognomonie"Le philologue belge tient l'autre bout, proche de la sortie, son masque topfférien éclairé de biais par la lampe à pétrole."

 

Nicolas BOUVIER, L'usage du monde

 

 

Ou comment, à un siècle d'intervalle, un Suisse voyageur rend hommage à un de ses compatriotes défricheurs - pour ne pas dire inventeurs, théoriciens, avant-gardiste ! - de la bande dessinée. Rodolphe TÖPFFER, bien sûr.

 

 

(La miniature si contre est un extrait de son succulent Essai de physiognomonie)

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 08:55

Le tour du monde en bande dessinée T1 - CouvertureLa bande dessinée a souvent eu sa place au sein de la presse quotidienne, notamment sous la forme de bandes humoristiques (des historiques et transatlantiques comic strips comme Krazy Kat ou Peanuts jusqu'à notre contemporain Chat de Philippe GELUCK) peu en prises avec l'actualité.

 

Dans les titres hebdomadaires, elle peut prendre un tour un peu plus politique ou journalistique (voyez ce que propose le Canard Enchaîné, par exemple).

 

Sur des formats plus larges, et à une fréquence moindre, elle peut devenir reportage. Ainsi, le trimestriel  XXI nous offre-t-il, à chaque numéro, une histoire complète se penchant sur un événement précis, dans un coin du monde choisi.

 

Depuis 2008, les éditions Delcourt ont décidé de faire de même, mais à plus large échelle, et au sein d'une publication exclusivement réservée à la BD : Le Tour du monde en bande dessinée.

Au menu : 11 auteurs ou duo d'auteurs des cinq continents, qui portent sur l'actualité, sur leur pays, ou sur un phénomène de société plus ou moins large, leur regard d'observateur précis et d'artiste du 9°art.

 

Dans le premier opus - je n'ai pas encore eu le deuxième entre les mains - se succèdent les auteurs suivants :

 

 Clément OUBRERIE et  Marguerite ABOUET (les parents de Aya de Yopougon) se penchent sur l'immigration vers la France depuis la Côte d'Ivoire.

 

Usamaru FURUYA (à qui l'on doit le récemment traduit et grandguignolesque Litchi Hikari Club) évoque une jeunesse japonaise éprise de luxe et pétrie de superstitions religieuses.

 

Etienne DAVODEAU (spécialiste des reportages en BD, comme Rural ou Les Mauvaises gens) nous raconte son voisin d'en face, dont la vie est rythmée par les soins qu'il porte à son jardin ... et les programmes télé.

 

 Jimmy BEAULIEU (voisin de la Belle Province a qui l'ont doit le récent Comédie sentimentale pornographique) nous parle des préoccupations sociales de la jeunesse trentenaire (sic) québécoise.

 

 Miriam KATIN (auteure étasunienne que j'ai découverte dans cet ouvrage) se penche, depuis son petit chez elle, sur la campagne électorale étasunienne (nous sommes en 2008).

 

ANCCO (jeune auteure coréenne) nous livre, dans un noir et blanc déchirant, la vie désabusée d'une famille en souffrance.

 

 Karlien DE VILLIERS (à qui l'on doit Ma mère était une belle femme) brosse le portrait d'une jeune mère blanche dans une Afrique du Sud en proie à toujours plus de violence, de misère.

 

SERA (qui raconte son Cambodge natal au fil des albums) suit les pas d'un vieil homme, rare survivant des camps d'extermination, qui erre dans les rues en métamorphose de Phnom Penh, capitale en perte d'identité.

 

 Enrique BRECCIA (Argentin, auteur, entre autres, d'une biographie de Che Guevara, et fils du célèbre Alberto) dessine, avec un réalisme charbonneux, un conte futuriste où bio-carburants et guerres écologiques laissent peu de répit à l'humanité ... et à la planète.

 

 Pierre BAILLY (co-auteur de Ludo) nous livre un portrait à la fois tendre, drôle et acide de sa Belgique natale, complexe royaume où se côtoient difficilement de nombreuses communautés.

 

 Kikuo JOHNSON (jeune auteur hawaïen, collaborateur de nombreux magazines étasuniens) décline, dans un style faussement naïf évoquant les maîtres des comics de l'Âge d'Or, un effet papillon particulièrement apocalyptique à l'issue duquel la nature reprend cruellement ses droits sur une humanité balayée.

 

Formes des plus variées, résultats inégaux, ce premier tome offre une intéressante vue panoramique d'un art qui n'en finit pas d'explorer de nouvelles voies graphiques et scénaristiques.

Si tous les auteurs ne se prêtent pas au jeu de la même manière - certains s'écartant de l'actualité pour flirter avec l'autobiographie ou la métaphore -, ils nous livrent un riche instantané d'une production mondiale large, et nous rappellent combien les artistes, même lorsqu'ils créent de la fiction pure, ne sont jamais déconnectés des destins de leurs contemporains.

 

Une initiative à découvrir, en espérant que Delcourt en poursuivra son édition annuelle.

 

Champimages des quatre coins du monde.

 

Le tour du monde en bande dessinée T1 - Extrait

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