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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 17:55
Table ronde à Hyères - Histoires d'Histoire

Histoires d'Histoire - Quand la BD se tourne vers le passé

Fête du Livre de Hyères – 11 avril 2015

Table ronde avec José-Louis BOCQUET, Catel MULLER et Laurent SIEURAC.

Comment en vient-on à réaliser de la bande dessinée historique ?

CM : Ma première bande dessinée, Lucie (2000), était une œuvre de fiction. La mise en scène des personnages et de leurs relations était au cœur de mon travail mais, bien vite, je me suis rendu compte que ces histoires tournaient en rond. J'avais besoin de la Grande Histoire.

Dans un premier temps, cela a conduit à ma collaboration avec Christian DE METTER avec Le sang des Valentines (2004), dont j'ai assuré le scénario. Je me suis ensuite intéressée à des personnages réels, qui sont souvent bien plus incroyables que les personnages de fiction.

Avec Kiki de Montparnasse (2007) puis Olympe de Gouge (2012), José-Louis et moi nous sommes intéressés aux « clandestines de l'Histoire. »

Aujourd'hui, avec Ainsi soit Benoîte Groult (2014), je réalise ma première biographie d'un personnage encore vivant.

LS : Arelate est la mise en scène de personnages fictifs dans un contexte archéologique précis. Une manière de revenir sur un certain nombre de « fantasmes historiques » présents chez de nombreux lecteurs – et auteurs.

Ce projet est né de la rencontre avec un archéologue, Alain GENOT, et d'un constat : le traitement de l'Antiquité romaine en bande dessinée tournait en rond. Ainsi, la plupart des histoires se consacrent aux grands de cette époque, aux empereurs (dans Murena, par exemple).

Bien qu'Arles compte de nombreux monuments, elle n'a jamais accueilli aucun palais. Elle abritait surtout des petites gens. Le premier projet ne devait se consacrer qu'à ces petites gens. Pourtant, certains éléments que nous avions écartés au départ ont fini par revenir dans l'histoire, comme les gladiateurs. Nous nous étions rendu compte que le sujet était plutôt mal traité par la bande dessinée classique.

Nous sommes à la recherche d'une certaine vérité historique et d'une restitution du quotidien, avec une certaine forme de voyeurisme.

Votre souci est-il donc de restituer fidèlement une époque précise ?

J-L B : Mettre en scène de vrais personnages, comme nous l'avons fait, nécessite de réaliser de véritables reconstitutions, donc de disposer de véritables informations. Toutefois, nous ne cherchons pas à faire des reconstitutions scientifiques : le plus important reste de raconter une histoire.

Le problème quand un scénariste raconte certains passages nécessitant une certaine précision documentaire, c'est qu'ensuite le dessinateur doit la réaliser. Ainsi, pour un passage d'Olympe de Gouge, j'avais imaginé une scène se déroulant chez le coiffeur et utilisant le fait historique que certaines coiffeurs du XVIII°s à Paris étaient noirs.

CM : une scène des plus simples mais qu'il fallait représenter avec une grande minutie ! J'ai donc consacré de longues heures à la recherche documentaire pour être sûre que le moindre objet, la moindre bricole seraient crédibles ! Quels miroirs, ciseaux, peignes, brosses... trouvait-on dans ces salons de coiffure ?

Plus largement, lorsque, comme nous l'avons fait, nous mettons en scène la vie entière d'un personnage, il faut tenir compte de toutes les évolutions qui se font dans son environnement : l'architecture, la mode évoluent plusieurs fois sur des décennies !

Nos recherches nous permettent également parfois de mettre à jours certaines « erreurs » historiques. Ainsi, quand José-Louis raconte le trajet qu'Olympe effectue entre Montauban et Paris, il met en scène la « turgotine », véhicule imposant dans lequel pouvait se jouer une métaphore de la lutte des classes. Mais il ne m'avait fourni aucun visuel. Et à force de recherches, j'ai pu constater, grâce à la reconstitution d'un véhicule conservé au Musée de la Communication de Riquewihr, qu'il y avait eu confusion et erreur de trente ans ! Olympe ne pouvait donc pas avoir employé ce mode de transport-là, et la belle métaphore imaginée par José-Louis tombait à l'eau.

LS : nous avons rencontré le même problème avec une scène de halage et le passage d'un pont. La reconstitution proposée par le Musée de l'Arles Antique ne tenait pas compte du chemin de halage. Nous avons donc fait appel à un architecte qui a proposé une solution crédible de pont avec un système de levage. Mais impossible de savoir si elle fut appliquée à l'époque.

D'une manière plus générale, la documentation pose d'autant plus problème que la période traitée est précise. Les tenues militaires en sont un bon exemple : elles changent parfois très vite et du tout au tout en très peu de temps !

Il en est de même pour les vêtements et les matériaux nécessaires à leur confection. Ainsi, les véritables « toges » que l'on associe à l'Antiquité étaient constituées d'une unique bande de tissu de six mètres sur deux. Il fallait donc disposer d'un matériau permettant de réaliser des morceaux d'étoffe aussi vastes ! Afin d'être au plus près de la réalité, nous travaillons sur ce sujet avec un archéo-styliste.

J-L B : nous avons rencontré des problèmes similaires pour Olympe. A la fin du XVIII°s, le stylisme apparaît, se crée, se développe, mais bien peu de documents nous sont restés sur le sujet. Et les historiens, jusqu'à une date récente, s'intéressaient peu à la vie quotidienne et bien davantage à la Grande Histoire.

LS : Graphiquement, j'emploie le sépia pour me faire plaisir et pour donner un côté ancien à l'image, mais il ne faut pas perdre de vue que l'Antiquité était très colorée, bariolée : les statues étaient peintes (comme dans les théâtres). Le blanc éclatant n'existait pas : il fallait blanchir les tissus à la craie, ce qui les rendait certes très blancs mais aussi très salissants.

Laurent, vous évoquiez les archéo-stylistes. Avec quels autres spécialistes avez-vous travaillé ?

LS : J'ai également travaillé avec un plongeur spécialiste de la céramique. Ses découvertes ont permis de comprendre comment le commerce du vin entre l'Italie et la Gaule a évolué à l'époque. Ainsi, la baisse du nombre d'amphores dans les épaves laissait penser que le commerce diminuait, que l'Italie n'exportait plus son vin. Pourtant, des pipettes et des amphores-échantillons ont été retrouvées dans certaines épaves. Des pipettes ressemblant comme deux gouttes d'eaux à celles que les viticulteurs emploient encore aujourd'hui pour prélever des échantillons dans leurs tonneaux. Or, à l'époque, les tonneaux étaient intégralement fabriqués en bois. Le mystère était donc éclairci : le commerce du vin entre l'Italie et la Gaule n'avait pas diminué. Les marchands avaient simplement remplacé les amphores par des tonneaux dont, aujourd'hui, il ne reste rien dans les épaves.

Mon travail de créateur se fait donc en parallèle avec la recherche, une recherche qui le fait évoluer. Difficile, dans ces conditions, de prévoir le nombre d'albums que la série comptera.

Ainsi, alors que mon récit devait se passer en bord de mer, la découverte de barques fluviales m'a fait préférer... le fleuve !

Au niveau des dialogues, j'essaie également de coller au plus près de la réalité historique. Ainsi, ceux de la scène du sacrifice votif dans un amphithéâtre ont été supervisés par un étudiant-chercheur.

Est-ce plus facile ou plus difficile de travailler sur des figurines historiques encore vivantes ?

CM : c'est très différent, bien plus rock'n roll ! Car il faut prendre en compte le regard de l'autre, qui compte beaucoup. Avec Benoîte GROULT, une véritable amitié est née, Benoîte s'est appropriée le projet et m'a, de fait, demandé de faire des retouches au niveau du texte, des images... Mais en faisant preuve de beaucoup d'humour et d'affection, donc ça a fonctionné !

Je travaille actuellement sur un projet avec Mylène DEMONGEOT. Elle aime la bande dessinée, elle m'apporte énormément de documentation, mais elle a également tendance à romancer à outrance certains passages.

On pourrait penser que vous êtes venue chercher des figures locales !

CM : ces deux rencontres se sont faites totalement par hasard.

J-L B : travailler sur et avec des personnages encore vivants relève d'avantage du recueil de témoignages que de la véritable exploitation d'un matériau historique.

Benoîte GROULT a veillé à ce que les reconstitutions soient les plus précises possibles.

A l'inverse, mes entretiens avec Georges LAUTNER (2000) m'ont permis de constater que chaque personne a une mémoire très sélective de sa propre vie. Dès que l'on creuse pour vérifier certaines dates, certains faits, on se rend compte que la chronologie est rarement respectée, qu'il y a des erreurs... « On n'est pas à quinze ans près ! » disait LAUTNER. Il ne faut donc jamais perdre de vue qu'il ne faut pas écouter son sujet d'étude !

Lorsque vous choisissez un sujet historique, le retenez vous uniquement pour ce qu'il représente de passé ou pour la manière dont il peut vous aider à interroger notre époque ?

J-L B : Nous choisissons des personnages qui ont un écho dans notre époque contemporaine. En l'occurrence des femmes libres.

Olympe de GOUGE a longtemps été occultée : elle était considérée par ses contemporains comme une hystérique ! Il a fallu attendre le bicentenaire de la Révolution Française, en 1989, pour que les historiens et les médias, en quête de nouvelles figures historiques, de nouveaux symboles, s'intéressent à elle.

Avec ce personnage, nous offrons une histoire classique, celle de la Révolution Française, exposée du point de vue féminin. Olympe n'avait jamais été jugée sur ses propres textes, sur ses pièces de théâtre. Il était imporant de la réhabiliter pour ce qu'elle avait fait et non pour l'image que l'on avait d'elle.

C'est un peu le même travail, mais de manière autobiographique, auquel Benoîte GROULT s'est livrée avec Ainsi soit-elle (1975) : en racontant sa propre histoire, elle donne un nouveau point de vue sur une époque, son époque.

Comment le public reçoit-il vos œuvres historiques ? Ces travaux permettent-ils à un nouveau public de découvrir les figures, les périodes que vous mettez en scène ?

J-L B : Avec Olympe, nous avons participé au Salon du Livre d'Histoire de Blois. Cette manifestation essaie de développer des outils de vulgarisation efficaces, et Olympe a été accueilli comme un bon outil pédagogique. De quoi faire écho à la justesse que nous ne cessons de rechercher dans notre travail.

LS : Arelate a été accueilli très favorablement dans les écoles et les classes de latinistes. Certaines œuvres du Musée de l'Arles Antique sont aujourd'hui très demandées un peu partout en France grâce au succès de la bande dessinée. De même, de nombreux lecteurs se déplacent dans les musées pour retrouver les objets découverts dans la bande dessinée.

Notre succès nous a également permis de nous raprocher de l'Institut National de Recherche Archéologique Préventive, avec lequel nous exerçons une veille archéologique : il nous prévient de toute découverte un peu atypique.

La bande dessinée a un grand intérêt en matière de vulgarisation.

J-L B : Elle a un double impact : celui du récit et celui de l'image.

LS : Les musées demandent des expositions à partir des planches de bande dessinée. Le genre offre une nouvelle entrée sur des sujets historiques. La bande dessinée, par ses spécificités, peut se permettre la fiction mais doit s'interroger en permanence sur les limites à ne pas franchir en matière d'interprétation. Tant que ce que nous proposons pourrait être vrai, ça passe.

J-L B : Cela explique l'évolution du regard porté sur la bande dessinée. Aujourd'hui, on la considère comme un outil de communication, comme un allié pédagogique.

LS : L'archéologie a elle aussi beaucoup évolué depuis les années 1970. Elle s'intéresse moins aux mosaïques, aux œuvres d'art qu'autrefois et davantage aux détails du quotidien.

José-Louis, dans la série d'interviews L'espoir dans la BD, tournée au Salon du Livre de Paris en 2015, vous dites que « l'Âge d'or de la BD, c'est aujourd'hui ». Pourriez-vous développer ?

J-L B : Je fais partie de la génération qui a connu les auteurs qui ont créé la bande dessiné moderne, dans les années 1970. J'étais alors un jeune fan qui suivait les auteurs, allait à leur rencontre.

Jusque dans les années 1980, les médias officiels ne s'intéressaient ni à la bande dessinée ni à ces grands auteurs. Les seules traces qu'il en reste aujourd'hui sont les travaux de fans comme moi. Personne d'autre ne recueillait la parole de ces auteurs.

Personne non plus ne s'interrogeait alors sur la conservation des œuvres originales, qui finissaient bien souvent piétinées dans les ateliers d'impression.

Il ne faut bien sûr pas perdre de vue que le contexte économique est aujourd'hui plus difficile pour les auteurs : la disparition de la prépublication dans une presse BD spécialisée au profit d'une parution directement en livre précarise la situation des jeunes auteurs (il faudrait d'ailleurs se pencher davantage sur le champ historique et économique de l'édition).

Pourtant, les jeunes lecteurs des années 1960-1980 n'ont pas cessé de lire de la bande dessinée. Ils lui ont ainsi permis d'atteindre une certaine reconnaissance : on peut aujourd'hui lire de la bande dessinée sans passer pour un débile. Ce qui n'a pas toujours été le cas !

De plus, la bande dessinée occupe aujourd'hui tous les champs éditoriaux : l'autobiographie, la bande dessinée historique... Et le lectorat s'est lui aussi affiné.

La bande dessinée a donc aujourd'hui un poids spécifique qui lui permet de s'exprimer en toute liberté.

Table ronde à Hyères - Histoires d'Histoire
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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 14:18
Juge Bao T2

Mon nom est Bao.

Juge Bao.

Figure historique, hiératique et presque mythique, j'ai marqué l'histoire de la Chine (du XI°s) comme je marque celle de la bande dessinée du XXI°s.

Imposant - il paraît que même l'empereur est à mes ordres -, sage et intransigeant, je n'hésite pas à enquêter partout où il le faut, même quand le devoir ne m'y appelle pas.

Ainsi je n'hésite pas à m'attarder dans la petite ville de Gong Xian pour y élucider une terrible série de meurtres alors qu'on m'attend depuis déjà un long moment à la capitale de province He Zhong, où la situation n'est pas très brillante non plus. Triste époque.

Je n'ai pas que ma barbe - mois de la barbe oblige, sur k.bd ! - pour m'aider dans ma lourde tâche : Zhan Zhao, Gongsun Ce et le jeune Bao Xing m'accompagnent. Leur rôle ? Il aurait fallu que je lise le tome 1 pour le savoir avec précision, mais tout me porte à croire que Zhan Zhao est mon homme d'action, Gongsun Ce mon médecin légiste et Bao Xing mon stagiaire. Les mystères de l'Orient sont impénétrables.

Leur secours ne sera pas de trop pour élucider le nouveau mystère auquel je suis confronté : celui du "roi des enfants" - comme l'indique la couverture. Une figure masquée (doublement masquée, même, comme si Minos et Minas avaient quitté Goldorak pour faire une incursion dans le monde de la bande dessinée en noir et blanc) et encapée dirige en effet les hordes d'enfants des rues pour surveiller, voler et bastonner tous ceux qui qui ne serviraient pas ses intérêts.

Juge Bao risque donc fort de goûter du bâton, lui qui reste envers et contre tout pour découvrir l'identité du meurtrier de la belle et jeune et brune et à la peau pâle Nuage Rouge. Non, Yakari est hors de cause, rassurez-vous.

Mais y a-t-il un lien entre ce meurtrier et le "roi des enfants" dont la principale activité, outre les passages à tabac et le vol à la tire, semble être l'extorsion de fonds auprès des marchands de la guilde locale ?

Mafia et serial killers du XI°s n'ont qu'à bien se tenir : sous ses airs d'inspecteur Derrick des rizières, Juge Bao ne s'en laisse pas compter et entend bien faire éclater la vérité au grand jour. Même si son ami de longue date le Juge Bai lui garantit que la ville dont il a la charge est tranquille. Dame Lian, qui s'inquiète pour la sécurité des jeunes orphelines qu'elle a prises sous son aile, n'aura pas fait appel au juge impérial pour rien.

Moitié panier de crabes, moitié sac de noeuds, la petite ville de Gong Xian offre le cadre idéal pour une enquête : divergences d'intérêts, bandes d'enfants en liberté, femme à la réputation sulfureuse, juge désorienté par la mort de sa femme... Tous les ingrédients sont réunis pour essayer d'embarquer le lecteur dans une aventure sinueuse aux nombreux rebondissements.

Et pourtant ça ne prend pas.

A quoi la faute ?

Au rythme étrange imprimé par un format (4 cases par page) qui syncope un récit par ailleurs bien souvent poussif ?

A l'emphase des postures, expressions et situations, qui laisse peu de place à la subtilité ?

A la rigidité d'un dessin surchargé de hachures et dont l'hyperréalisme fige la narration ?

C'est un bien étrange sentiment qui se dégage de cette lecture. Assurément Patrick MARTY aime la Chine, l'histoire et les polars. Assurément, Chongrui NIE maîtrise les techniques graphiques. Mais l'union de leurs talents donne un résultat assez froid, presque artificiel, en tout cas désincarné, comme si des acteurs forçaient le trait pour jouer des rôles manquant d'originalité.

Et ce ne sont pas les quelques scènes d'action qui viendront contrebalancer cet avis : poses outrées et compositions étranges n'arrangent rien à l'affaire. Sans compter la mise en page qui, souvent, par la taille des cases, nuit au sens de lecture. Problématique quand il n'y a que... quatre cases par planche.

"C'est une ville bien tranquille et prospère que tu administres, mon cher Bai.

_ Tranquille et terriblement ennuyeuse, mon ami."

Tout est dit : Juge Bao est à mes yeux un récit "tranquille et terriblement ennuyeux."

Dommage.

Champimages décevantes

Juge Bao T2
Juge Bao T2
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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 13:39
Houppeland T1

"Dans son manteau, rouge et blanc, sur un traîneau, porté par le vent..."

Ben dis donc, Graeme, elle est un peu lacunaire ta description ! Quid du bonnet ? De la hotte ? Des bottes ? Et surtout, surtout, quid de la barbe ??? Cette longue broussaille cotonneuse brandie comme un étendard, symbole de sagesse bonhomme, de vieillesse rassurante, de neiges éternelles aussi ?

Pas de feu sans fumée, pas de Père Noël sans barbe non plus, qu'on se le dise.

Et pas de jour sans Noël pourrait rajouter Didier TRONCHET en préambule à son déjà antique (pensez : 1997 !) Houppeland.

Bref, le lien entre barbe et Noël nous semblait tellement évident, à k.bd, que nous ne pouvions décemment proposer un mois de la barbe sans évoquer Houppeland.

"Oh ! Quelle bonne idée !

_ Il y a pensé !

_ C'est pour moi ? Il ne fallait pas !

_ Eh bin si je m'attendais !

_ Oh ! J'en rêvais !

_ C'est exactement ma taille ! C'est fou !"

Quel doux concert de satisfaction partagée ! Plaisir d'offrir, joie de recevoir, les convives autour de la table ne trouvent pas les mots pour évoquer leur plaisir : les paquets ont été échangés par dessus les victuailles et mets raffinés, l'émotion étreint les doigts qui délient les noeuds des paquets et les yeux émerveillés par un fer à repasser, une tour Eiffel sous globe, une encyclopédie ou... un chausse-pied en plastique rose...

"Vous appelez ça un... "CADEAU DE NOËL", Monsieur Fernandez ?

_ Je... Hem... Voilà, je n'ai pas eu le temps de... Alors...

_ Je vous rappelle que Noël est une FÊTE !... Que rien ne doit venir entacher, Monsieur Fernandez..."

Mais oui, d'ailleurs, c'est vrai : "Quel jour sommes-nous ?

_ C'est Noël aujourd'hui, Monsieur le Président...

_ Mais c'est merveilleux ! Le bonheur partout dans les rues illuminées... Les gens les bras chargés de cadeaux chamarrés... Les bambins aux joues rouges et avec de grands yeux qui pétillent...

_ Vous devriez être habitué, M. le Président... Vous l'avez décidé ainsi..."

Mais oui, Noël, Noël, la magie, les cadeaux, la joie dans les coeurs, les jouets par milliers... Le jour le plus attendu de l'année, jour de fête, de paix, de fraternité, de réconciliation, jour des Joyeux Drilles venus s'assurer que tout se passe pour le mieux, dans le respect de la tradition, de la loi, même !

Il ne faudrait pas que des rabats-joie s'en prennent à l'esprit de Noël et tentent d'entacher le moral de la population.

Tous les moyens sont bons, alors, pour lutter contre les chantres de la morosité :

"Il faut que je vous fasse subir un contrôle de bonne humeur...

_ Soufflez là-dedans sans résistance !"

Alors il souffle, le brave René Poliveau, et fort heureusement le ballon vire au rose.

Mais que diable est-il venu faire dans cette galère, lui si tranquille et à la vie si bien rangée ? Sont-ce les beaux yeux de la belle et brune Arlette Champagne qui lui ont fait tourner la tête ? Le voilà en tout cas pris dans un engrenage dont il lui sera difficile de sortir.

"Ouais ! On sèche le réveillon !"

Bien mauvaise pente que voilà, Monsieur Poliveau : d'abord on sèche, puis on finit par ne plus faire de cadeau voire, horreur absolue, par réveillonner aux sardines à l'huile et aux biscottes sans sel. Impensable...

Vous l'aurez compris, Didier TRONCHET nous apporte la preuve par l'absurde que le moindre totalitarisme (non, il n'y a pas de moindre totalitarisme), la moindre oppression, même celle de la joie, génèrent des climats anxiogènes et des pratiques asphyxiantes (fin de la phrase aux mots trop longs, promis !).

"J'ai puisé dans mes obsessions personnelles de Noëls ratés le principe fictif de Houppeland, cette société imaginaire qui décrète l'état de gaieté permanente. La joie obligatoire a toujours été pour moi un sujet de profonde stupéfaction. Enfant, j'ai vécu les préparatifs des réveillons comme une expérience angoissante, oppressante : s'amuser, pour Noël, devenait une obligation."*

Histoire fleuve - plus de 100 pages réparties en deux tomes - au regard des histoires courtes auxquelles l'auteur nous avait habitués jusque-là (Raymond Calbuth, Jean-Claude Tergal), Houppeland est "la rencontre entre un univers grotesque et les sentiments vrais des personnages."*

L'humour, marque de fabrique de Didier TRONCHET, "cette arme blanche qui m'a plus d'une fois sorti d'affaire dans ce corps à corps impitoyable avec la vie."*

Graphiquement, la "patte TRONCHET" s'affirme un peu plus dans cet album : des visages simples et très expressifs, des décors ni trop vides ni trop détaillés, un trait souple, vivant, et une mise en couleur expressionniste, qui cherche avant tout à poser des ambiances : le bleu-gris de la nuit, le jaune-vert du bureau, un simple coup d'oeil permet de saisir l'homogénéité de espaces et des séquences. "J'ai "jeté" les couleurs sur les personnages d'une façon complètement irréaliste mais en fin de compte plus narrative."*

Oeuvre patiemment mûrie pendant près de quinze ans - le temps que l'auteur se sente capable de prendre à la bras-le-corps une histoire d'une telle ampleur - Houppeland raconte avec un humour valsant entre l'acide et l'absurde une histoire d'amour et de résistance.

"Les femmes, mon gars, faut pas les comprendre, faut les aimer. Et quand y en a une qui t'aime, c'est Noël tous les jours !"

En couchant sur le papier ses angoisses et ses espoirs, Didier TRONCHET nous montre une nouvelle fois la force de l'humour, capable de traiter tous les sujets avec acuité tout en gardant une distance salutaire.

Un message toujours d'actualité en cette sombre époque de premier degré et de totalitarisme plus ou moins larvé.

Champimages par l'absurde.

* Citations de l'auteur extraites du dossier paru dans le tome 1.

Houppeland T1
Houppeland T1
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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 10:07
La gigantesque barbe du mal

Vous êtes ici.

Ni là, encore moins là-bas.

Juste ici.

Aux côtés de Dave.

Dans sa maison bien ordonnée bordée par une rue bien ordonnée menant à une ville bien ordonnée.

Ordre et beauté, symétrie et cadences bien rythmées.

Ici bat à une vitesse lente et parfaitement mesurée.

La peau lisse qui l'enveloppe ne tolère aucune aspérité.

Bien sûr la mer aux formes chaotiques frappe les berges avec une terrible irrégularité, mais autant ne pas l'entendre ni la regarder.

Autant rester au coeur d'ici, les yeux rivés vers les axes concentrés sur l'ordre et les citoyens ordonnés.

Par la fenêtre de sa salle à manger, Dave peut à loisir contempler un monde de passants : de la droite vers la gauche, de la gauche vers la droite, ils défilent le long de sa palissade ou sur sa pelouse, bien cadrés, recadrés, encadrés par les deux fois quatre carreaux qui constituent sa fenêtre. Une vie en cadres, en cases. Dave assume à la perfection et jusqu'au bout son statut de héros ordonné de bande dessinée.

Lui-même dessine, d'ailleurs, sur du papier qui aurait pu être quadrillé, mais personne n'est parfait.

Oh, le dessin n'est qu'un passe temps pour lui, rien de bien sérieux.

Son vrai travail l'est bien davantage : il traite les données brutes que A&C Industries lui communique et les met en graphiques pour le plus grand bonheur de ses collègues qui, soudain, y voient plus clair. Ou font mine de.

Dave écoute les Bangles, aussi. Eternal Flame. Au travail, chez lui, le jour, la nuit. Ca l'apaise et le transporte en toute immobilité.

"Ici bas, tout au bout du bout, à la lisière des choses, tout le monde a besoin d'un truc. D'une habitude. Un moyen de faire taire le tumulte. Quelque chose de prévisible et de familier qui empêche de penser à Là. Quelque chose qui, grâce à Dieu, fasse barrière au désordre des rêves."

Dave n'est pourtant pas un homme à tumulte. Mais le tumulte, par la mer toute proche - il habite à la lisière d'Ici, un peu moins loin de Là que ses concitoyens - ne le quitte pas vraiment.

Par la mer, mais aussi par cet unique poil qui décore son visage, entre le nez et la bouche.

"C'était sans doute le poil le plus étrange, le plus résistant du monde. Car qu'importe si on le rasait, l'arrachait, le coupait, l'extirpait, l'épilait, en moins d'une demi-heure, il avait repoussé. Exactement comme avant."

Dave n'est pourtant pas un homme à poil (ah ah). Ni à cheveux, d'ailleurs. De la tête aux pieds, et vice-versa, il est "lisse comme une boule de billard." Tout en peau.

Aucune aspérité.

De l'ordre, du propre, du net.

Pourtant, "sous la surface des choses, en-dessous de leur peau, se cache quelque chose que nul ne connaît."

Et ça, le pauvre Dave va l'apprendre à ses dépends.

La gigantesque barbe du mal raconte donc l'histoire étrange d'une invasion : celle d'un homme envahi par le tumulte, d'un visage envahi par les poils, d'un monde envahi par le désordre. Ici, si bien rangé, ordonné, millimétré, cadré, se retrouve confronté à ses plus terribles angoisses, ses cauchemars d'horizon, ce chaotique, imprévisible, protéiforme et éparpillé.

Une métaphore pour évoquer la routine contre le rêve - aussi inquiétant soit-il -, la vie d'une bonne part de nos contemporains contre une certaines forme de liberté : Stephen COLLINS ne cache pas son message bien longtemps - il a même tendance à l'appuyer.

Ses choix chromatiques - monochromatiques, pour le coup ! - renforcent le doux pessimisme, la triste inéluctabilité de son propos : l'ordre a vaincu, a tout vidé de sens, tout lissé, et quand le chaos s'invite, l'ordre sait réagir pour survivre...

Une lutte éternelle servie à la perfection par le trait comme par la mise en page.

D'une part, l'élégance de la ligne soigne à égalité les allées bien taillées et les vagues hirsutes. Aux premières une rigidité souple (si, si !), aux secondes des volutes hypnotiques, à l'ensemble une étrange alchimie entre rigueur et liberté. Le trait épais et charbonneux, les crayonnés plus légers qui s'invitent parfois, les hachures qui modèlent les espaces, n'y sont sans aucun doute pas étrangers.

D'autre part, la richesse des découpages accompagne, berce, module, rythme la narration : le mini-gaufrier de la fenêtre ordonne le monde qui passe, le temps s'étire, se suspend ou s'accélère au gré des petites ou immenses cases (brillantes ruptures d'échelle) et le chaos lui-même sait mettre à mal ces mises en pages bien ordonnées quand il s'impose.

A trop étirer le temps qui passe si peu, COLLINS finit toutefois par lasser son lecteur, et le rythme un peu oppressant devient une lourde lenteur.

De plus, en appuyant un peu trop son message, en ramenant souvent la métaphore à des considérations justes mais un peu terre à terre et surtout convenues - la vie contemporaine nous plonge dans l'anonymat et nous fait exécuter des tâches stupides tout en étouffant notre part de rêve - l'auteur dessert la magie de son ouvrage et nous fait presque soupirer "tout ça pour ça".

Bel ouvrage - cette couverture, ah ! cette couverture ! - aux dessins envoûtants, La gigantesque barbe du mal souffre peut-être de sa trop dense pagination au service d'un propos un peu galvaudé.

C'est dommage.

Il serait toutefois regrettable de ne pas se montrer curieux à l'égard de ce premier titre de notre "mois de la barbe", sur k.bd, un mois que nous espérons au poil (ah, ah).

Champimages plein le visage

La gigantesque barbe du mal
La gigantesque barbe du mal
La gigantesque barbe du mal
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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 13:24
Histoire de la Sainte Russie

Grande image barbouillée de noir aux bords ajourés de traces de plume ou de pinceau. Un noir vibrant, grouillant, qui ne tient pas en place, que l'on a appliqué avec un soin savamment bâclé.

"L'origine de l'histoire de la Russie se perd dans les ténèbres de l'Antiquité."

Quelques traits apparaissent alors difficilement sur le blanc d'un coin de page.

"Ce n'est que vers le IV° siècle qu'elle commence à se dessiner."

Une seule page et tout est dit : Gustave DORE est un génie, son Histoire de la Sainte Russie un chef-d'oeuvre, et en cette année 1854, alors que le genre "bande dessinée" ne sait pas qu'il a déjà 21 ans, l'illustre illustrateur (facile, je sais, mais au moins c'est fait) affiche une virtuosité qui n'aurait rien à envier à celle de Rodolphe TÖPFFER.

Mais reprenons par étapes.

De l'après Waterloo (1815) à la Guerre de Crimée (1853-1856) on ne peut pas dire que le relations franco-russes étaient au beau fixe : des conséquences de l'invasion napoléonienne à celles de l'expansionnisme russe, la guerre des frontières et des territoires se doublait d'une guerre des mots, des images, des idéologies. Sans autre raison qu'historico-géographico-politique (sic), le Français d'alors est, dans sa grande majorité, hostile à son cousin oriental : barbare, sanguinaire, despotique, conquérant... Le Russe, un couteau dans chaque main et un troisième entre les dents, en veut à la Terre entière et s'en prend avec la même sauvagerie aux deux côtés de ses frontières.

Bien informé, le Français d'alors ne saurait se faire un tel jugement aussi implacable sans de scientifiques et objectives lectures, telle que celle de La Russie en 1839 qu'Astolphe de CUSTINE (ne ricanez pas) publie en 1843.

Homme de son temps au fait de l'information - il dessine pour bon nombre de journaux - et des connaissances, Gustave DORE se nourrit de l'abondante littérature sur le sujet pour réaliser, à 22 ans seulement, son Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la Sainte Russie (de son vrai nom complet).

On peut donc le suivre les yeux fermés - ou peu s'en faut - dans l'exploration de ce colosse aux pieds de glace qui surplombe l'Europe de sa longue et sanglante histoire.

"Les chroniqueurs les plus anciens rapportent que, vers l'an II ou II 1/2, le bel ours Polnor se laissa séduire par le sourire plein de langueur d'une jeune marsouine, et que de cette coupable union naquit le premier russe."

"Les anciens Russes adoraient Péroun, dieu de la paix, des moissons, des armées, de l'amitié, du commerce, de la guerre, de l'honneur, de la gloire, de la ruse, du mensonge et de l'orthodoxie, etc., etc., etc."

N'en jetez plus, la toque est pleine : difficile de trouver autre chose que des éclats de rire, des calembours poussifs (et je parle en expert en la matière), de l'humour sous toutes ses formes et une incroyable inventivité graphique entre les pages concoctées par l'auteur - et recomposées au gré des 4 éditions qui sont succédé de 1854 à 2014).

Cette belle histoire de la Russie est donc avant tout l'occasion pour Gustave DORE de s'en donner à coeur joie au niveau des mots (n'hésitez pas à revenir à plusieurs reprises sur ceux écrits en italique - hors locution latines - pour en chercher le double sens) et des images.

En la matière, outre certaines influences classiques - les innombrables lances dressées des innombrables armées ont un petit air de Paolo UCCELLO - les innovations sont nombreuses : cases noires ou blanches, simples silhouettes ou grandes taches pour "[cligner] l'oeil pour n'en rien voir que l'aspect général", l'auteur ne s'interdit aucune liberté pour son plus grand plaisir et celui de ses lecteurs.

Si la narration est empreinte des habitudes du feuilleton picaresque (répétition des situations, enchaînement presque frénétiques des événements) elle ne manque pas de modernité dans la manière dont elle interpelle les lecteurs (dès la 2ème planche), convoque le crayon ("[qui], s'arrête, scandalisé, devant les pages de Karamsin, et refuse de [...] rendre plus longtemps ses services") ou évoque l'éditeur ("maudit soit le jour où j'entrevis pour la première fois le visage d'un éditeur !")

Le seul point formel sur lequel on peut difficilement juger l'oeuvre est l'ordonnancement des cases - la mise en page, la maquette, ou quel que soit le nom qu'on lui donne - car il semblerait que chaque édition en ait eu sa version. Or, n'ayant que celle de 1996 à ma disposition, je ne saurais dire si elle diffère de peu ou de beaucoup d'avec les précédentes et la suivante.

Sous ses aspects avant tout humoristiques et fondamentalement novateurs, Histoire de la Sainte Russie appelle tout de même deux ultimes commentaires :

- oeuvre de son temps, elle n'échappe pas à certaines lourdeurs stylistiques, parfois, et de longs passages de texte nuisent un peu à la dynamique de la lecture (mais s'en priver serait perdre une partie du sel) ;

- oeuvre éclairée, elle laisse entrevoir, malgré ou grâce aux outrances, un certain avenir de la Russie tel que l'Histoire, depuis, a pu l'enregistrer.

A plus d'un titre, Histoire de la Sainte Russie a donc toute sa place dans votre bibliothèque et dans vos lectures : monument de la bande dessinée naissante, compilation d'images virtuoses et de textes intelligemment drôles, elle portraiture avec justesse l'excès dont le Français d'alors faisait montre vis-à-vis des Russes, mais sans doute aussi du reste du monde (il est évident que le Français d'aujourd'hui n'a plus les mêmes travers, n'est-ce pas ?).

Le mois russe de k.bd est une belle occasion de remettre ce livre sous les projecteurs, à la suite de ce que fit 2024 en 2014.

Champimages qui marquent l'Histoire.

Histoire de la Sainte Russie
Histoire de la Sainte Russie
Histoire de la Sainte Russie
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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 10:43
Partie de chasse

Début des années 1980.

Un train un peu rouillé, un peu fatigué, fend le froid et la neige russes. A son bord, Vassili Tchevtchenko, membre éminent de bon nombre d'institutions russes. En route pour la retraite campagnarde de Tadeusz Boczek, vieux compagnon polonais, l'ancien membre du Politburo, affaibli par une maladie qui l'a, entre autres, frappé de mutisme, fait le point sur un presque siècle passé au service de la Mère Russie.

A ses côtés, dans le confort molletonné du wagon-cabine, Evgueni Golozov, fidèle soldat et polyglotte ukrainien, fait le point sur l'Histoire encore en marche pour éclairer la lanterne d'un jeune traducteur français recruté pour l'occasion.

Terminus au carrefour des grandes voies et petites voix du communisme est-européen : Ion Nicolescu (le Roumain), Vasil Stroyanov (le Bulgare), Pavel Havelka (le Tchèque), Janos Molnar (le Hongrois) : tous se retrouvent enfin pour une partie de chasse comme ils n'en ont plus mené depuis longtemps. Oiseaux, sangliers, cerfs, ours peut-être ? Le gibier ne manque pas et le silence ouaté nimbé de brouillard qui recouvre la campagne et les forêts environnantes est du meilleur effet.

"Chasse individuelle pour commencer, celle que préfère Vassili Alexandrovitch..."

Il n'est pas très à l'aise, le jeune Français, lui qui n'a jamais tenu un fusil. Lui qui sent bien les tensions et les non-dits entre les vieux compagnons de route.

Des tensions que l'arrivée de Günther Schütz (l'Allemand) n'apaisent pas : le brillant économiste n'apprécie guère le luxe de la vaste demeure qui les accueille.

"Eh oui, ça va, ça vient les privilèges... Et en définitive c'est à des indéracinables comme toi qu'elles profitent les dépenses somptuaires, hein Günther ?"

Un dernier homme descend de l'hélicoptère qui a conduit l'Est-Allemand jusqu'au point de rendez-vous : Sergueï Chavanidzé.

"[Il] n'a pas à embrasser celui dont il est le successeur. [...] Il va falloir que tu travailles pour le plus grand bien du camp socialiste sur les destinées duquel Sergueï est chargé de travailler."

Toutes les pièces sont en place. Le passé peut se relire pour mieux écrire l'avenir, entre les secrets, les non-dits, les mots de trop parfois, au service d'une tension croissante.

Ecrit au début des années 1980, Partie de chasse offre au scénariste - et journaliste - Pierre CHRISTIN l'occasion de bâtir une histoire s'appuyant sur une Histoire en marche : le lent effondrement du bloc de l'Est - plus que quelques années avant la chute du Mur de Berlin. La petite biographie de chaque protagoniste, proposée en début d'album, permet de réaliser la complexité des parcours de chacun et, d'une manière générale, des décennies écoulées, à partir notamment de la Deuxième Guerre mondiale. Prises de pouvoir, purges, arrestations, complots, renversements... La période n'a été tendre avec personne, dessinant une carte géo-politique des plus denses.

Une densité qui nuit parfois à la fluidité de la narration, tant dans les dialogues parfois très démonstratifs que dans des flash-back au propos appuyé. Conséquence d'une pagination réduite pour une matière aussi riche mais peut-être également d'un style d'écriture un peu trop ancré dans son époque.

Davantage détaché des contingences du réalisme historique, Pierre CHRISTIN parvint pourtant, dès la fin des années 1960, à nous parler politique sans en faire trop. Mais la légèreté de Valérian ne convenait sans doute guère à la collection "Légendes d'aujourd'hui" dans laquelle Partie de chasse s'inscrit.

Une collection qui a déjà réuni le scénariste avec Enki BILAL : La Croisière des oubliés, Le Vaisseau de pierre, La ville qui n'existait pas et surtout Les Phalanges de l'Ordre Noir, le plus politique des quatre.

Partie de chasse fait partie des albums du dessinateur dans lequel son style poursuit son évolution, perdant peu à peu ses hachures pour accorder plus de place à la couleur. L'ambiance hivernale laisse apparaître les teintes bleu-gris qui sont devenues sa marque de fabrique, ainsi qu'un usage parfois expressif de la couleur - les ors et le sang notamment.

Au milieu de ces ambiances un peu vaporeuses il anime des personnages à diverses époques de leur vie et imprime efficacement sur leur visage les marques du temps qui passe. Le tout dans des décors de fin de règne, où la rouille perce derrière les vernis et les dorures.

La fin d'un monde.

Malgré quelques travers aujourd'hui un peu datés, Partie de chasse fait partie des oeuvres fondamentales de la BD des années 1980 et de la fiction historique "contemporaine". En se consacrant à une période complexe riche en matière scénaristique, les deux auteurs jouent avec l'Histoire (sans la creuser autant qu'ils auraient pu, peut-être) et proposent un regard et une analyse plutôt justes sur un système politique et surtout sur les hommes qui l'ont porté, l'ont subi, mais n'ont pas forcément perdu leurs idéaux.

Intéressant, donc, quoiqu'un peu daté.

Parfaitement en phase avec notre thème d'avril sur k.bd : la Russie dans la BD.

Champimages d'archives

Partie de chasse
Partie de chasse
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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 07:37
Souvenirs de lecture - Ibicus

Mois de la Russie oblige, k.bd nous entraîne sur les pas de Siméon Nevzorof raconté par Alexis TOLSTOÏ repris par Pascal RABATE.

Ouf.

N'ayant pas trouvé le temps - étonnant, non ? - de me replonger dans l'ouvrage, je prends celui de me replonger dans mes souvenirs de lecture.

Il y a 17 ans. Presque un bain de jouvence.

Ibicus. Rouge dehors, blanc dedans, presque une métaphore de la vie et de l'idéologie mouvementées du romancier Alexis TOLSTOÏ - pas Léon, donc, l'autre - qui a vécu et subi les affres du début du XX° siècle dans son pays avec la rudesse de son personnage.

Alors que le chaos de 1917 se dessine en terres gelées, Siméon Nevzorof, comptable à la petite semaine, croise la route d'une diseuse de bonne aventure qui lui prédit que la fin qui s'annonce - et le renouveau qui s'ensuivra - feront sa fortune, au prix d'innombrables aventures.

Une vision on ne peut plus prophétique tant l'insignifiant Siméon va connaître d'incarnations, de réincarnations même : soudain habile polymorphe, il s'adapte, profite, dévore un monde qui s'écroule pour vivre en sybarite opportuniste (oh la belle formule un peu pédante que voilà !).

Bien sûr les événements ne sont pas tendres avec lui, il croise bien plus roublard que lui mais, au final - et si ma mémoire et bonne - il ne s'en tire pas si mal (dans la première partie de son histoire en tout cas).

Au-delà du récit nerveux et sans temps morts, c'est le dessin qui m'avait à l'époque impressionné, subjugué, transporté - et j'en passe. Un noir et gris et blanc impeccable de froid et de cendres et des lignes tourmentées à l'extrême. Ajoutez à cela un visage et une allure méphistophéliques et le médiocre Siméon prend soudain des allures d'immortel tentateur, de profiteur protéiforme en permanente résurrection - Le Maître et la Marguerite, de BOUGAKOV, que RABATE cite dans ses influences, n'est sans doute pas loin.

L'élégance et la souplesse du trait, la disproportion de certaines perspectives nous plongent dans un Expressionnisme dont l'auteur se dit l'héritier : Siméon plie le monde et le dessin lui-même à ses aspirations - ses desseins.

Une histoire captivante et improbable - le combat pour la survie, coûte que coûte, alors qu'un monde s'écroule - servie par un dessin élégant, somptueux et vivant à en contaminer tout l'espace : Ibicus, malgré le temps qui passe, fait partie de ces oeuvres dont l'empreinte est si forte que l'expression chef-d'oeuvre prend soudain tout son sens.

Le livre n'est pas forcément facilement trouvable mais s'il croise votre route laissez-vous faire et conquérir : vous ne vendrez pas une petite parcelle de votre âme pour rien.

Champimages magistrales.

Souvenirs de lecture - Ibicus
Souvenirs de lecture - Ibicus
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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 17:57
Plageman*

(et oui, pour le coup, * peut faire office d'étoile de mer !)

La plage n'a jamais été le paradis des rêves bleus pour les vacanciers gringalets post-ados en mal d'aventures, de conquêtes, d'alcool facile et de filles à volonté, à moins que ce ne soit l'inverse.

D'autant plus dure est la côte, du sud comme de l'ouest, qu'elle se double de ces campings des flots dont le bleu fait écho à ceux qui ornementent au fil des réprimandes l'épiderme des gringalets sus-cités qui ont eu le malheur de chanter une note de trop une nuit de trop après avoir bu une bière de trop.

Il faut dire que "Traîne des couilles à deux mains" n'est pas forcément du goût des (bons ?) pères (paires ? ah ah) de famille qui aspirent au repos bien mérité de leurs congés payés tandis que la jeunesse se passe dans la bière tiède et la vinasse.

"Vous avez pas bientôt fini ce bordel ?"

Scène mille fois vécue (non, non, ne faites pas l'innocent !) qui se clôt toujours par le silence de la jeune horde sauvage face à la meute moustachue (forcément !), en tongs (la marque - de bronzage - de l'été !), antipathique, à gourmette et aux relents de pastis qui s'est massée autour/dans la tente des apprentis chanteurs.

Il n'y a pas de justice dans ce bas monde.

Vraiment ?

Pourtant, quelque part sur le littoral atlantique (sans doute) une figure se dresse, se drape (dans sa serviette éponge) et s'insurge contre la dictature du beauf : "Et moi je te dis, va te faire enculer gros connard."

Voix dans la nuit de la sauvagerie se dressant contre un soi-disant ordre naturel qui a érigé la raison du plus fort en table (pliante) de la loi.

Plageman est né : "Sachez que ce soir la lutte va s'organiser... Sachez qu'à partir de ce soir le beauf va souffrir !"

Le voilà, le héros des paréos criards, des parasols tordus, des crèmes solaires nauséabondes, le défenseur surtout des maigrichons pâlichons qui pensent qu'il était temps que leur jeunesse se passe suivant leur bon vouloir sans se soucier des aboiements de la "meute" autour des caravanes qui ne passent plus.

Pas de super-héros sans panoplie digne de ce nom : plutôt que d'opter pour le tuba trop "Snorky" ou le bob trop "Ricard", Plageman se façonne de ses mains encore balbutiantes (si, si !) un casque/masque à partir d'un ballon de beach volley parfaitement adapté à son anatomie crânienne et à même de protéger à la fois son identité et son visage.

Car la vie n'est pas simple pour le défenseur des opprimés des campings et du sable dans la raie, et en tant qu'apprenti-héros (Batman ne s'est pas fait en un jour !) il doit affronter bon nombre d'épreuves et de baffes : qu'il défende son coin de plage, son accès au supermarché ou la marée en hiver, le voilà en butte à une violence aveugle et particulièrement violente (sic).

Pauvre Plageman.

Car sous ce masque de dur des durs, de héros des châteaux de sable, de croisé des flux et reflux, se cache un coeur meurtri qui voit s'avancer la fin de la "belle saison estivale" avec angoisse.

Comme tout bon héros moderne donc torturé qui se respecte, Plageman va alors devoir faire face à son plus terrible ennemi : l'indifférence de la basse saison...

Mais quelle moustique tigre piqua Guillaume BOUZARD en cette année 1997 sans doute chargée en boissons tièdes et soirées illimitées pour qu'il crée ce héros tant attendu par tous ceux qui souffrirent de leur différence estivale dans leur chair trop exposée au soleil ?

De son crayon magique - un beau carnet de croquis au fil de la pensée ouvre l'opus, montrant la vibrante création à l'oeuvre, la magie de l'idée se figeant soudain dans un trait sur la feuille ennemie de l'auteur vacillant face à l'inspiration volatile, si, si ! - l'homme brossa en quelques traits le portrait de celui que nous attendions tous, de celui qui allait enfin faire entendre raison à ces gros bras poilus qui considèrent que, quelques semaines par an, sable et galets sont leurs, alors qu'ils sont à tout le monde, même aux plus irritants des gringalets exilés sur la côte.

Vous jugez ses histoires insipides ? C'est que vous ne savez pas goûter à la philosophie de l'absurde.

Vous les trouvez graphiquement limitées ? Vous avez encore tout à apprendre en matière d'expressionnisme...

Le personnage-titre vous semble pitoyable ? Il n'est que le reflet d'une douleur et d'une incompréhension générationnelles. Non mais !

Alors certes, Plageman n'est peut-être pas le gagman du siècle ni le super-héros franco-français que nous attendions, mais qui mieux que lui pour magnifier les embruns, le sable qui pique et l'odeur du fruit de mers en fin de vie ? Qui pour défendre les victimes d'hier et d'aujourd'hui des injustices estivales ?

En sacrifiant son visage - avis médical à l'appui ! - il devient celui que nous pourrions tous être, drapé dans la cape-serviette qui enveloppa notre jeunesse au sortir de la douche ou du bain (de mer).

Parce que c'est un peu lui (BOUZARD habite toujours un peu ses personnages), parce que c'est un peu nous, Plageman occupe avec naturel la collection Monotrème de chez 6 pieds sous Terre, preuve, s'il en fallait, de sa bizarrerie partagée.

Nous sommes tous le Plageman de quelqu'un, mycoses faciales en moins.

Champimages à la plage.

(Et merci à Mitchul pour l'envoi de l'album !)

Plageman*
Plageman*
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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 10:09
Tango*

Découvert dans le pavillon chinois du Festival d'Angoulême 2015, cette bande dessinée - dont Tango n'est a priori pas le titre mais le nom de l'auteur, mais c'est le seul mot écrit en caractères alphabétiques - a le charme poétique et absurde des Intermezzo de Tori MIKI : peu de texte (tout au plus des titres - incompréhensibles pour moi, donc - qui ne sont pas toujours indispensables à la perception de l'histoire) et un trait minimaliste au service d'une grande poésie et d'une touche d'absurde, parfois.

Faisant surtout preuve d'un très grand sens de l'observation et d'une intense inventivité visuelle et graphique, l'auteur change un parapluie en cygne, deux femmes main dans la main en porte-monnaie, Albert Einstein en lion ou des oreillers en cochons.

Comme souvent dans ce genre d'exercice subtil, la compréhension ne saute pas aux yeux et demande un temps d'attention et d'observation qui nous rappelle combien une image mérite qu'on s'y arrête pour en capter tout le sens.

Petit ovni sans doute difficilement trouvable - mais voici son ISBN au cas où : 978-7-5086-4330-4 -, ce petit bijou poétique au format "paume de la main" et jaune comme un citron (comme chanterait l'autre) est à découvrir et à apprécier par petites touches, tout en douceur.

Champimages qui surprennent.

Tango*
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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 16:14
Carnet du Pérou

Carnet du Pérou - Sur la route de Cuzco.

Presque 10 ans (déjà !) après mon périple latino-américain, quoi de mieux que de voyager par auteur interposé sur les terres enchanteresses des Incas ?

"Je devrais être épuisé par les dix-huit heures d'avion, mais je suis surexcité, gonflé à bloc d'adrénaline.

Tous mes sens explosent.

Je ne m'attendais pas à être dépaysé dès l'aéroport."

Ah, Lima... Ses rues, ses monuments, ses habitants. L'auteur restitue avec une émotion et une véracité rares (comment oser se livrer autant !) tout ce qu'il vibre en ces terres lointaines et inconnues.

Etonnant de la part de FABCARO, qui signe cet ouvrage : lui qui nous avait habitué à l'humour bizarre (pour ne pas dire abscons) et parfois borderline semble soudain se rencontrer pour de vrai face à une population authentique, sans fard, dont la simplicité éclatante est une leçon de vie donnée à chaque instant.

"Il faut savoir évoluer. Je vais quand même pas faire de l'humour jusqu'à 80 ans."

A la bonne heure, amuseur ! Embrasser le monde, le vrai, en pleine face remet les pieds sur Terre et la tête sur les épaules.

"Après une rude journée au champ, les paysans aiment à se retrouver pour partager une petite liqueur de quinoa. (Ça les amuse beaucoup qu'un Européen s'assoie pour les dessiner)."

Derrière la fausse désinvolture de ces visages avenants se cache la lucidité de la philosophie du temps qui va.

Voyage salutaire, salvateur peut-être que l'auteur nous fait partager, au risque de trop exposer son intimité et les bouleversements qu'elle aura traversés à l'autre bout du monde.

Tiens, entre deux croquis volés et photos prises à la dérobée, FABCARO se met en scène. Ah la la, c'est plus fort que lui, ça. Mais bon, on lui pardonne : en nous parlant de lui, il nous parle de nous. Aujourd'hui son nombril brille un peu comme un miroir.

"Mais c'est pas des Péruviens que t'as dessinés... C'est des Mexicains..."

Ah, Lima... Ses rues, ses monuments, ses habitants souriants et leurs sombreros traditionnels.

Mais non, voyons, c'est simplement pour célébrer la fameuse "semaine mexicaine", tradition péruvienne de début juillet.

Tout s'explique !

Seules les mauvaises langues pourraient penser que l'auteur se serait permis de rédiger un Carnet du Pérou sans y avoir mis les pieds... Tout y est, voyons : les lamas, le pisco sour (miam), les lamas, une vieille gardant un troupeau, les lamas, le Machu Picchu, les lamas, une vieille gardant un troupeau, des enfants souriants, les lamas, la véracité vraie de vraie sans fard 100% authentique d'un pays comme on n'en fait plus, les lamas et Julio Iglesias.

La foule sifflote du Joy Division ? Et alors ?

Une célébrité locale, "Juan Hendrije, (...) joue de la flûte de Pan derrière la tête avant d'y mettre le feu" ? Voilà sans doute ce que l'on appelle la mondialisation.

Le récit de voyage s'interrompt le temps de l'annonce de la reformation des Pixies ? Qu'à cela ne tienne, l'auteur tient à ne pas s'enfermer dans un carcan. De quoi garantir sa liberté.

"S'être battu pour acquérir une liberté et que cette liberté, au final, devienne un nouveau carcan sans même qu'on s'en rende compte."

Argh.

"Ça fait dix ans que tu fais le même bouquin. Je me demande comment personne s'en est encore rendu compte."

Re argh.

Mais alors, à quoi bon une telle débauche de talent ? Autant de références (Tintin en premier lieu, mais pas que), de styles (roman-photo, courbes statistiques, barre de recherche Google...), de guest-stars (Fabrice ERRE, JAMES, Gilles ROCHIER) et surtout de questionnements profonds, intenses, intimes ?

Ah, pardon, on dit "autocentrés".

Bref, vous l'aurez saisi (je pense !), Carnet du Pérou est tout sauf un carnet de voyage ordinaire. Un carnet de voyage intérieur, plutôt, une plongée dans le magma créatif d'un auteur qui, sous couvert de ne jamais se prendre ni ne jamais rien prendre au sérieux, nous livre sans doute bien plus sur ses doutes, ses errances et ses choix que l'on pourrait le penser.

Caméléon graphique, clown du contrepied, FABCARO rebat les sentiers déjà mille fois battus par les guides et carnets de voyage pour en pointer les travers (les paysages, les sourires, les odeurs, les ambiances et bien sûr les lamas !) et en faire un exercice d'auto-style prêtant à (sou)rire.

Laissons le mot de la fin à Rancho y Martinez, deux scarabées en proie à un profond doute existentialiste :

"En fait, j'ai juste envie de retrouver l'excitation. Depuis quelque temps, je suis en roue libre... Je m'appuie sur un petit savoir-faire et je m'en contente. L'impression d'être mort en fait..."

Beau sursaut que ce Carnet.

Reste à voir s'il aura été plus fort que la routine.

Champimages qui essaient de se suivre sans se répéter.

Carnet du Pérou
Carnet du Pérou
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