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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 07:31
Ludwig révolution

"Il était une fois, dans un pays lointain, un prince d'une grande beauté.

[...]

On m'a dit que tu avais encore ramené une fille bizarre au château !! C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase ! [...] Je veux que tu cesses de ramener ces filles de mauvais genre sous prétexte que c'est ta passion du moment !! Espèce de pervers !

_ Toujours la même rengaine... [...] A notre époque, les femmes sont de plus en plus exigeantes. Les filles que j'emmène ici, au moins, sont dociles, modestes et calmes... Bref, ce sont des femmes idéales, de mon point de vue. Vous jugez trop sur l'apparence, mon père !"

Et l'apparence, Ludwig (ou Louis, parfois, dans le feu de l'action) en connaît quelque chose, lui qui aime faire flotter ses longs cheveux soyeux, plonger son regard dans les décolletés des demoiselles qu'il rencontre et qui porte à merveille des vêtements... panthère. Le bon goût n'a pas de frontière !

"Tu vas partir en voyage initiatique. Tel que tu es, tu n'es pas prêt pour hériter du trône. Tu vas te rendre au pays voisin en tant qu'ambassadeur pacifique... Et tu vas demander en mariage la fille unique du roi, Blanche !"

Le nom de Ludwig ne vous disait peut-être rien en matière de contes de fée - ceci étant, combien de princes anonymes pour tant de princesses célèbres ? - mais celui de Blanche est peut-être un peu plus évocateur, non ?

"Tu devras conquérir ta princesse avec ton seul atout : ton beau visage ! [...]

_ Père... permettez-moi tout de même de défendre mon honneur... Mon visage n'est pas mon seul atout. Attendez un peu qu'elle me voie à poil."

Le ton est donné !

En attendant de le voir changé en grenouille, Ludwig, que l'on imagine pourtant aussi glabre que son père est barbu - comme tous les rois dans l'univers des contes de fée, d'ailleurs ! - entend donc bien jouer de son physique pour trouver et épouser la femme de ses rêves : "Pourquoi vous m'avez pas dit plus tôt que c'était une bombe à gros seins ?"

Ah, la mystérieuse alchimie des sentiments !

La quête du bonheur et de l'amour de notre beau prince ne sera toutefois pas simple promenade de santé : de Blanche Neige à Barbe Bleue en passant par le Petit Chaperon Rouge ou la Princesse Ronce (pour le tome 1), la route est semée d'embûches (et d'épines...) et de rencontres hostiles (vous saurez tout de l'origine du rouge du célèbre Chaperon !), de coeurs brisés, d'esprits retors et de magie noire (car qui dit "princesse" dit souvent "sorcière", non ?).

Autant d'épreuves que le prince - bien plus clairvoyant qu'on pourrait le croire - surmonte avec une certaine désinvolture et l'aide de son brave Wilhelm, son valet "gentil mais un peu naïf", souffre-douleur à la peau dure et au grand coeur, ami d'enfance et dépositaire de certains lourds secrets...

Avec beaucoup d'humour, Kaori YUKI nous livre, avec Ludwig révolution, une relecture des plus originales de nos contes traditionnels. Elle adopte pour se faire un point de vue original : "Pourquoi les princes des contes de fée sont toujours si inconsistants ? [...] Les princes sont un peu effacés derrière les héroïnes et [...] souvent, ils ne servent qu'à faire joli."

Voilà donc tous les princes réunis en un - même si l'on en croise quelques autres au fil des récits -, un bellâtre insupportable qui mériterait des baffes - voire une balle dans la tête, mais chut ! - s'il ne retombait pas toujours sur ses pattes, ramenant la vérité - si, si ! - sur le devant de la scène. En effet, en être parfaitement pragmatique, Ludwig ne se laisse abuser par aucune illusion et a pleinement conscience que la magie n'existe pas ! Là où les autres croient en une transformation, il crie au cosplay et le moindre sort n'est souvent que le fruit d'une forte suggestion...

Un comble que ce narcisse aux traits doux soit le premier à ne pas se fier aux apparences !

Parlons-en, du trait, justement : conventionnel à souhait, entre le shôjo (grands yeux des filles, mentons pointus des garçons) et le josei (corps élancés, hommes androgynes - sauf les rois barbus !), il ne se prend pourtant pas au sérieux ! (comme souvent dans le genre aussi, convenons-en) : caricature, apartés, exagérations et anachronismes ôtent aux récits toute mièvrerie par des contre-pieds permanents. Tous les personnages ont des travers ridicules (ah, la sorcière masochiste !) qui, combinés à l'attachement que leur porte leur auteur, en font des êtres intéressants.

Le format court des histoires permet de ne pas se lasser, mais la présence de certains personnages récurrents fait évoluer une trame de fond qui évite des répétitions trop monotones.

Contrairement à ce que me laissaient redouter les couvertures, Ludwig révolution est donc plutôt une bonne surprise, à la fois parce qu'elle offre un regard extérieur sur certains contes traditionnels de la culture populaire d'Europe occidentale (ça nous change du point de vue disneyens !) et parce qu'elle se moque des travers mièvres que ces histoires ont souvent développés entre les mains des lecteurs de tous pays, le Japon et son romantisme exacerbé n'y coupant sans doute pas.

Grâce à sa maîtrise graphique, ses riches références - y compris aux manga et à la culture pop japonaise - et son second degré - "Et oui, en réalité ce n'est pas le prince Ludwig qui aime les gros seins, c'est moi qui fait une fixation dessus..." - Kaori YUKI nous livre un divertissement parfois un peu brouillon mais qui fait sourire et qui, si mon décryptage est bon, met à l'honneur le personnage le plus "conte-de-féeien" de l'histoire d'Europe : Louis II de Bavière, entre autres connu comme le cousin de... Sissi l'impératrice.

Quand la réalité rejoint la fiction...

Champimages gentiment irrévérencieuses.

[La postface du tome 2 nous apprend que le prénom Ludwig n'a rien à voir avec le roi fou de Bavière mais avec le plus jeune des frères GRIMM, qui illustra les contes de ses aînés quelques années après leur parution. CQFD]

Ludwig révolution
Ludwig révolution
Ludwig révolution
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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 07:37
Les nouvelles aventures du Chat Botté T1*

"La montagne est en marche !

_ Par mes coussinets ! Quel est ce prodige ?

_ C'est pour toi qu'elle vient. Elle m'a murmuré hier qu'elle voulait ta peau.

_ C'est insensé ! Pourquoi une montagne voudrait-elle la peau d'un chat ?

_ Souviens-toi, tu as dévoré un ogre changé en souris !

_ Je n'en suis pas peu fier !

_ Mais la montagne croit que c'est son propre fils que tu as mangé !

_ Pourquoi donc ?

_ Parce que les montagnes accouchent parfois d'une souris !"

Le ton est donné - d'autant que ci-dessus est retranscrite une conversation entre un chat... et un âne ! - et la Chat Botté (car c'est bien de ce félin coquin dont il s'agit) n'est pas au bout de ses peines.

"L'histoire ne se termine pas au point final que Charles écrivit", loin s'en faut : dans le monde des contes, fables et légendes, le battement de moustaches d'une souris peut déplacer des montagnes.

Comment lutter face à un tel phénomène, une telle masse pétrie de colère et ivre de vengeance ? (l'ivresse des sommets, sans doute, et des sonnets par la même occasion !)

En se montrant malin comme un... chat, en tout cas comme l'en-chat-peauté nous y a habitués.

Son plan est simple : trouver une souris prête à jouer la comédie devant la colossale montagne et à la convaincre qu'elle est sa progéniture saine et sauve.

C'est faire bien peu cas de l'intelligence (et de la taille, d'ailleurs) de cette doyenne mécontente.

La suite est un imbroglio picaresque qui fait la part belle aux mythes et fables (ici le rat vanté par LA FONTAINE rencontre un lion nommé... Némée !), y insuffle humour et jeux sur les mots et expressions (relire le dialogue introductif en cas de doute) et, en prime, jongle avec quelques codes de la bande dessinée (tout pour me plaire, donc !) en évoquant l'auteure à tout bout de case :

"Je n'entends rien à cette histoire, mais gage que nous la devons, comme d'habitude, à l'auteure. Quel fléau que cette donzelle ! Palmyre, tu vas sur le champ lui porter cette lettre dans laquelle je lui demande des éclaircissements."

Je connaissais le goût de Nancy PEÑA pour les félins, mais j'ignorais (que la liste est longue...) qu'avant d'envoyer son héros-silhouette à l'aventure sur les terres textiles elle s'était attaqué à son illustre ancêtre bavard et roublard.

Parfaitement dans l'esprit d'une littérature riche et imprévisible (c'est tout l'esprit feuilletonnesque qui souffle sur ces Aventures !), l'auteure y associe un traitement graphique d'époque entre plume (il me semble) et hachures, le tout se courbant avec la grâce de la caricature.

Loin des grands aplats hypnotiques du Chat du kimono, Nancy PEÑA opte ici pour une profusion de petits traits toujours bien dosée et l'agrémente de mises en page parfois éclatées, parfois ornementales, rarement plates et anodines.

En prime, elle joue avec les voies narratives (il est passé par ici, il repassera par là !) et avec le rapport créateur-créature, le tout sous l'égide du théâtre et du faux-semblant.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire des Nouvelles aventures du Chat Botté un parfait concentré de littérature loufoque, intelligent et référencé, élégant sans jamais se prendre au sérieux, qui laisse légèrement sur sa faim à la fermeture du premier tome - (mais c'est le propre de la collection "lépidoptère" de nos amis de Six Pieds Sous Terre. Gageons que les deux tomes suivants soient sans doute eux aussi un régal.

Un album parfaitement adapté à notre thème du mois sur k.bd : "il était une autre fois". Après Fables et en attendant Château l'attente (sic), ces nouvelles aventures offrent une parfaite balade au pays de l'imagination littéraire.

Chapeau bas.

Champimages de référence en révérence.

Les nouvelles aventures du Chat Botté T1*
Les nouvelles aventures du Chat Botté T1*
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 08:11

Une nouvelle preuve du talent de Matt MADDEN.

Une siècle de BD étasunienne résumé en 6 cases
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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 09:45
Vagabond

Au crépuscule du XVI°s (donc à deux pas de l'aube du XVII°...) le Japon connut un basculement de son histoire féodale : la bataille de Sekigahara entre Ieyasu Tokugawa et Mitsunari Ishida marqua la fin de l'époque Sengoku (laissez les boules de cristal en dehors de tout ça !) et le début de l'époque Edo.

Parmi les milliers d'âmes qui participèrent au fracas des armes qui avait ébranlé l'histoire, deux silhouettes un peu craintive, un peu hagardes.

"Takezo gisait au milieu des cadavres. Il y en avait des milliers.

"Le monde entier est devenu fou, songeait-il vaguement. L'homme ressemble à une feuille morte, ballottée par la brise d'automne."

Lui-même ressemblait à l'un des corps sans vie qui l'entouraient. Il essaya de lever la tête, mais ne parvint à la soulever que de quelques centimètres au-dessus du sol. Jamais il ne s'était senti aussi faible.

[...]

Soudain, l'un des corps voisins leva la tête :

- Takezo...

[...]

La voix, il en avait la certitude, était celle de son meilleur camarade. Il rassembla toutes ses forces pour se soulever légèrement, et, dans un chuchotement à peine audible à travers le déluge de pluie :

- C'est toi Matahachi ?"

Takezo Shinmen et Matahachi Hon'iden, deux adolescents, deux amis de toujours, deux apprentis guerriers dépassés par l'horreur de la guerre et par l'infâme trahison dont leur seigneur avait été victime.

Ne leur restait comme unique objectif et attache que leur village natal, Miyamoto. Mais la longue route y conduisant passait par bien des tentations. Matahachi, malgré son mariage à venir avec la belle et jeune Otsu, s'arrêta en route dans les filets d'une jeune veuve aguicheuse.

Furieux, abandonné, Takezo poursuivit sa route en solitaire.

Mais l'accueil qu'on lui réservait n'était pas celui escompté : la vieille et acariâtre Osugi Hon'iden, mère de Matahachi, ne toléra pas de voir le jeune homme (qu'elle n'avait jamais porté dans son coeur) revenir sans son fils.

"Le misérable ! Il aura laissé notre pauvre Matahachi mourir quelque part ; après quoi, il sera furtivement rentré sain et sauf. Un lâche, voilà ce qu'il est ! [...] Il ne m'échappera pas !"

Lui qui pensait retrouver la paix auprès des "siens" (en tout cas ceux auprès desquels il avait passé sa courte vie) se retrouva donc chassé, fugitif obligé de défendre sa peau au prix du sang. Chaque goutte en appelant une autre, chaque mort alimentant un peu plus les désirs de vengeance...

Dans cet océan de violence et de sentiments exacerbés - colère, vengeance, amour... - n'émergeait qu'un îlot imperturbable et tranquille : le moine Takuan Soho. "Un homme assez jeune qui [...] portait un simple pagne, et sa peau hâlée rayonnait comme l'or mat d'une vieille statue bouddhiste."

Et voilà.

Le décor est planté : une pays encore déchiré par des guerres ayant remodelé son visage à jamais.

Les personnages y ont pris place, mus par de puissants élans sans aucun doute légitimes mais ravageurs.

Lucide observateur de leurs destins, Takuan essaie de mettre son intelligence et sa clairvoyance au service de chacun, pour le bien de tous. Mais les désirs contradictoires de ces êtres de chair faible et de passion forte sont-ils compatibles ? La voie du sabre que veut suivre Takezo peut-elle s'accommoder des sentiments qu'Otsu se met à lui porter et à faire croître ? Peut-elle surmonter la colère vengeresse d'Osugi ? Se remettrait-elle du retour de Matahachi ?

Longues et tortueuses sont les routes du Japon d'alors.

Incertaines, dangereuses, fourmillant de chausses-trappes et d'impasses.

Elles ne laisseront sans doute personne indemne.

Comme vous l'aurez peut-être reconnu, Vagabond est l'adaptation par Takehiko INOUE du célèbre roman Miyamoto Musashi, de Eiji YOSHIKAWA, plus connu du public français sous le titre La pierre et le sabre (et sa suite, La parfaite lumière).

Véritable institution au Japon, ce roman paru dans les années 1920 jeta sans aucun doute les bases d'un genre historique toujours très apprécié : le roman de samouraï (ou en tout cas de guerrier au sabre).

Réputé pour sa virtuosité graphique et ses talents de mangaka (en matière de découpage ou de dialogues), Takehiko INOUE, mis à l'honneur par K.BD ce mois-ci, semblait l'auteur rêvé pour réaliser cette adaptation.

Ma déception n'en fut que plus grande.

Mes co-critiques ne tarissaient pourtant pas d'éloges sur l'artiste. Découvrir son travail s'annonçait donc comme une belle aventure, d'autant que j'avais beaucoup apprécié La pierre et le sabre, lu il y a quelques mois.

C'est peut-être ce qui a desservi cette découverte.

Certes, INOUE fait en effet montre d'une belle maîtrise graphique, nourrissant ses images de détails et de minutieuses hachures, n'hésitant pas, lors des scènes de combat notamment, à abandonner un trait trop net et trop léché pour du presque croquis flou, vibrant, sauvage.

Pour le reste, il cultive tous les travers des mangaka réalisant des shônen ou des seinen : émotions surjouées, compositions emphatiques, métaphores trop appuyées et dialogues...indigents. Bon, sur ce point le doute peut demeurer dans la mesure où la traduction est peut-être en cause...

Le résultat met donc à bas la subtilité qui se dégageait du roman. Bien sûr que les situations, souvent intenses et dramatiques, pouvaient paraître exagérées, mais méritaient-elles pour autant le traitement caricatural infligé par INOUE ?

Et ne me dites pas que cette outrance redondante est la marque de fabrique de toute une culture, car d'autres ont sur la dépasser avec talent et personnalité, comme Taiyou MATSUMOTO ou Atsushi KANEKO par exemple.

Les personnages en ressortent donc caricaturaux : difficile, impossible même de les prendre au sérieux.

Que reste-t-il entre nos mains ? Une pantomime criarde (sic) qui ne donne envie ni de lire la suite (alors que c'est peut-être sur la longueur qu'apparaîtront les subtilités et que nous serons données à voir les lentes évolutions des personnages) ni même de se plonger dans le roman (pour ceux qui ne le connaissent pas encore).

Je vais tout de même persévérer et suivre les conseils des autres chroniqueurs de K-BD, tellement enjoués, mais je crains le pire à la lecture de Real ou de Slam Dunk...

Champimages qui en font beaucoup trop.

(les textes reproduits plus hauts sont extraits du roman, pas du manga)

Vagabond
Vagabond
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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 21:39
Fables T1*

"Qui craint le grand méchant loup, c'est pas nous, c'est pas nous..."

Normal, me direz-vous : depuis qu'il a perdu griffes, crocs et pelage, Bigby n'est plus que l'ombre de lui-même.

Mais méfiez-vous du loup qui dort : son mauvais poil et son flair légendaire ne sont jamais loin.

Il en aura d'ailleurs bien besoin pour résoudre la sordide affaire que Jack (sans ses haricots) vient lui ahaner sur le bureau : sa compagne, Rose (Rouge), la soeur de Blanche (Neige) a disparu, laissant derrière elle un appartement dévasté et maculé de sang...

Une nouvelle que Blanche, qui travaille dans un bureau voisin, n'apprécie pas vraiment : malgré ses mauvaises relations avec sa soeur, elle ne peut tolérer que cette disparition (et qui sait, cette mort ?) ne restent impunies. Forte de son statut de "Directrice des opérations", elle emboite donc le pas de Bigby sur les traces des suspects...

Un troll, Barbe Bleue, Boy Blue, le Prince Charmant ne sont pas très loin et émaillent les pistes de coup de sang ou de charme imprévus mais bienvenus pour faire progresser une enquête particulièrement difficile.

Mais dans quel univers de contes sommes-nous, me direz-vous ? Mais dans notre bon vieux monde à nous, dans "une ville imaginaire appelée New York".

"Jadis, nous vivions dans mille royaumes distincts, éparpillés sur une centaine de mondes magiques. Nous étions rois, cordonniers, sorciers ou sculpteurs. Nous avions nos pécheurs, nos saints et nos fieffés arrivistes. Et du plus grand seigneur à la plus humble paysanne, nous ne nous connaissions pas pour la plupart. Il a fallu... une invasion pour nous réunir."

La suite se trouve entre les pages du premier tome de Fables, de Bill WILLINGHAM et Lan MEDINA, avec lequel k.bd ouvrira son mois d'octobre sur le thème "il était une autre fois". Entendez par-là "les contes traditionnel revus et corrigés par la bande dessinée".

Difficile de mieux commencer qu'avec ce comic book à succès qui a su plonger dans le riche et séculaire bain littéraire des contes, légendes, comptines et mythes populaires de l'Ancien (surtout) et du Nouveau Monde pour en proposer une relecture moderne et dynamique (qui n'est pas sans rappeler les séries TV Once upon a time ou Grimm et qui s'inscrit dans la tradition du genre, à savoir faire du neuf avec du vieux !) : dans un monde qui pourrait être le nôtre évoluent, bien à l'abri d'apparences factices ou d'un havre retiré de tout, les créatures des récits d'antan.

Unis dans l'adversité, ayant balayé leurs travers et leurs différends (mais chassez le naturel...), ces exilés ont fort à faire autant pour continuer à cacher leur véritable nature que pour ne pas laisser leurs vieilles rancoeurs ressurgir.

Si ce premier tome se concentre surtout sur ce deuxième point, nul doute que les suivants mettront les Fables aux prises avec les Communs.

La matière est dense, le filon est riche, mais peut-être peut-on craindre son épuisement au bout des 22 tomes actuellement disponibles.

Ne boudons pas notre plaisir toutefois, car celui de Bill WILLINGHAM est communicatif : piochant dans une interminable galerie de personnages, il construit une enquête solide (menée à la manière forte et résolue avec une mise en scène très "agathachristienne") dans laquelle ses deux héros, Bigby et Blanche Neige, exécutent un exquis pas de deux : la sauvagerie de l'un, la détermination de l'autre, le tout sur fond de préparatifs du Gala du Souvenir, constituent une détonnant cocktail qu'on sirote jusqu'à la dernière goutte.

Bien sûr, le Prince Charmant est tête à claque et Barbe Bleue s'attire très vite notre antipathie. Mais malgré ces quelques travers, le tout est de fort bonne facture, original et prenant, teinté d'un humour bienvenu et maîtrisé ("T'as détruit ma maison... Tu me dois bien ça ! _ C'est du passé. Et j'ai fait que disperser quelques bottes de paille.").

A priori doté d'une solide culture, le scénariste atteint parfois la grâce et la qualité d'un Alan MOORE mêlant avec bonheur codes et icônes de différentes cultures.

Au crayon, Lan MEDINA abat un travail de bonne facture bien que classique. Il offre un découpage efficace, des cases parfois riches de détails inutiles mais indispensables et se plaît à habiller d'arabesques certaines bordures.

Alternant cases dépouillées et fonds débordants, il campe des personnages solides et très expressifs mais peut-être parfois un peu raides.

Fables nous propose une histoire relativement originale dont un des intérêts est, par ses innombrables références, de nous permettre de nous plonger ou replonger dans des histoires méconnues et surtout d'imaginer ce qui va bien pouvoir arriver à tous ces personnages aux destins immuables.

Plaisant exercice de style qui trouve peut-être ses limites dans la profusion.

Affaire à suivre, donc.

Champimages qui racontent, qui racontent...

Fables T1*
Fables T1*
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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 09:36
L'été des Bagnold

A gauche, une femme sans doute encore jeune, cheveux bruns et longs, larges lunettes, veste classique ouverte sur un collier de perles et un sourire.

A droite, une jeune garçon aux cheveux bruns et courts, T-shirt "4x4", sourire radieux.

Au centre, un gros chien blanc langue pendante.

Maisie.

Etrange photo de famille sur laquelle "Daniel avait insisté pour inclure [leur chienne]". Souvenir lointain d'une époque où le jeune garçon et la Labrador étaient "dévoués l'un à l'autre, inséparables...".

D'une époque où déjà Bob, le mari et père, était "parti en Floride pour affaires" et n'en était jamais revenu.

D'une époque dont il ne reste plus grand chose, quelques années après, durant un interminable été de six semaines que Daniel doit passer avec Sue, sa mère, contrairement au plan initial.

Le petit garçon de la photo ne sourit plus, ne porte que des T-shirts noirs à l'effigie de différents groupes de métal, passe son temps entre canapé (trop grand), chips (trop grasses) et copain (trop classe, Ky, "le genre de personne à porter ce genre de chapeau en public"), et griffonne dans ses carnets nom de scène et pochette d'album du groupe dans lequel il se verrait bien jouer.

Mais où trouver des musiciens dans ce trou à rat où l'été n'en finit pas de s'étirer ? Tout simplement sur un petit bout de papier accroché au panneau d'affichage du Costcutter voisin. Bien trop simple pour Daniel le complexé, le mutique, le rêveur, le décalé, qui n'aura pas assez de ces six interminables semaines pour essayer de faire le premier pas vers la musique.

Que fait-il en attendant ? Il suscite l'inquiétude et l'incompréhension de sa mère qui ne sait comment réagir à la morne passivité de son fils . Alors, entre deux engueulades - toujours prévisibles, toujours tempétueuses - Sue cherche à comprendre : était-elle comme ça elle aussi, plus jeune ? Est-il condamnée aux hommes fuyants (son père, son mari, et maintenant son fils) ? Qu'a-t-elle fait pour mériter ça ? Comment pourrait-elle y remédier ?

Loin de se laisser abattre, elle va de l'avant, s'interroge, questionne Daniel, et elle l'observe avec minutie, précision, insistance, jusqu'à le mettre mal à l'aise parfois. Elle s'évertue à essayer de lui faire acheter une paire de chaussures neuves pour le mariage de son cousin, mais la mission s'annonce rude ("elle se demande si Daniel portera un jour autre chose que des sweat-shirts noirs à capuche..."). Elle essaie également de le faire parler voire, rêvons un peu, de le faire sourire. Des missions bien rudes elles aussi.

L'été des Bagnold rend donc compte de ce face à face familial éprouvant et étouffant : le silence de l'un, les interrogations sans réponse de l'autre. Entre les deux, l'abîme des questions existentielles du fossé des générations : à quel moment quelque chose a-t-il cloché ? Qui est responsable ? Pourquoi tout semble s'émietter ? Que faire pour que cela cesse ?

Joff WINTERHART restitue ces questionnements avec une justesse poussée à son point le plus extrême : la répétition aux portes de l'ennui. Strips après strip, il nous entraîne dans la spirale de ses personnages, héros de la banalité enfermés dans une vie et une ville où tout semble figé à tout jamais et presque un peu factice parfois.

Graphiquement, la même étrangeté un peu lasse se dégage : du noir, du blanc, du gris, un dessin tremblé qui ne semble pas tout à fait fini; les cases pourraient directemente sortir des marges d'un cahier de collégiens ou de lycéens. Comme si Daniel nous livrait à la troisième personne un journal intime de son malaise.

Si l'on passe outre le poids qui pèse sur la routine et les images, on se laisse peu à peu gagner par le mal-être de l'ado : quelque chose ne va pas, c'est évident. On ne saura jamais vraiment pourquoi (même si les raisons semblent nombreuses !) mais qu'importe. Daniel, ado effacé au pas traînant et en quête de repères, fait écho à celui que l'on a été ou que l'on sera peut-être ou que l'on croise parfois : un révolté silencieux qui en veut à la Terre entière en attendant de trouver sa place.

On se laisse aussi gagner par l'étrange force de caractère de Sue : malgré ses nombreux échec apparents, malgré ce qui peut s'apparenter à de l'impuissance, malgré ses traits tirés, ses yeux rougis et son incompréhension, elle met tout en oeuvre pour mieux comprendre son fils, son monde, pour retrouver une vie plus épanouissante. Elle lutte contre le poids de la vie qui va, du temps qui passe, un combat à armes inégales.

Si certaines histoires courtes finissent un peu en queue de poisson (le prix à payer pour l'absurdité de cette vie en faille), toutes transpirent l'authenticité. Autobiographie déguisée ou fine analyse, L'été des Bagnold, sous des dehors un peu rebutants, touche juste et nous fait partager le quotidien bancal de personnages attachants.

Pas de grande aventure ou de grands éclats de rire : juste une histoire de gens comme on en croise souvent, restituée avec pudeur et précision.

Un quasi-documentaire, en somme.

Champimages d'un été gris.

L'été des Bagnold
L'été des Bagnold
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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 10:58
La Fille Maudite du Capitaine Pirate T1

Entre la Mer du Khan et la Terre des Lions s'étendent les vastes mers d'Omerta, qui abritent en leur sein tumultueux d'innombrables et mystérieuses îles aux noms enchanteurs : Prastine, Rape pleutre, Tut, Priventh, Chien noyé, la Mèche du perroquet... Autant de contrées à explorer, piller, ou dans lesquelles se cacher. Autant de pistes à suivre pour la Fille Maudite du Capitaine Pirate.

Mais l'heure n'est pas encore arrivée.

En ce jour de 1728, sur les plages de Port-Elizabeth, en Jamaïque, la jeune fille doit en découdre avec deux gamins moqueurs :

"T'en as même pas, de père.

_ Si, j'en ai ! C'est le plus grand capitaine pirate des mers d'Omerta."

S'ensuit une belle correction dont Apollonia, la toute jeune fille du gouverneur Maygun, ne perd pas une miette : yeux écarquillés et bouche bée, elle assiste au spectacle et tombe sous le charme de la brune rebelle.

Envoûtée par les fantastiques récits que la Fille Maudite fait vibrer à ses oreilles, la blonde fille de bonne famille, cris en bouche et dague au vent, perturbe quelque peu le banquet que son père donne à son Altesse le Prince Povy lui-même. Depuis le temps qu'une visite royale était attendue ! Las, l'agitation de la jeunette ne fait rire l'invité qu'un temps, clos par le jet d'un fruit sur sa noble pomme.

Bref mais irrémédiable incident qui pousse le gouverneur hors de ses gonds : il mande M. Six, son homme de main (et de gros bras !) qui lui-même délègue au Squale, homme de bas-fonds et basses-oeuvres, l'ingrate mais nécessaire tâche de faire disparaître des plages locales cette Fille Maudite par la faute de laquelle tout est arrivé.

Mais tout le monde n'est pas la Fille Maudite du Capitaine Pirate, et le destin ne peut laisser les hommes agir comme ils l'entendent : par la voix d'un noir perroquet et d'un blanc requin échoué (un squale en chasse un autre) l'avenir de l'héroïne s'écrit en lettres d'encre et de sang.

Avec un oeil en moins ("Est-ce que tu trembles à la vision terrible de la Fille Maudite et affreusement défigurée du Capitaine Pirate ?") mais un allié en plus (Poivre d'As, de son petit nom d'oiseau bavard), la vaillante pirate peut à présent prendre le large (et le profond !) pour chercher son père.

Lourde tâche s'il en est : non seulement il lui faudra passer par l'Obscurum per Obscurieux, mais surtout "il y a cinq capitaines qui cinglent sur les mers d'Omerta sous le pavillon noir.[...] Et je ne sais pas bien auquel tu appartiens." S'il est de bon conseil, Poivre d'As sait rester prudent.

L'aventure ne fait que commencer.

Découvert lors de l'un de nos derniers Raging Bulles, La Fille Maudite du Capitaine Pirate joue dès la couverture et l'ouverture la carte de la plus exquise séduction : un dessin au trait riche et minutieux, une construction alternant planches traditionnelles, mises en page éclatées et grandes illustrations en simple ou double page et un récit sans temps mort rappelant les grandes heures de l'aventure picaresque et feuilletonnesque.

De grandes heures qui nous renvoient à l'univers graphique du XIX°siècle dans lequel Jeremy A. BASTIAN semble avoir puisé allègrement : Gustave DORE fait d'ailleurs partie des ses influences majeures et avérées.

Ajoutez-y une dose de folie douce et de liberté totale glanée chez Lewis CARROLL et vous aurez un petit aperçu du résultat final, dont l'inventivité visuelle et narrative permanente a presque un petit côté "écriture automatique".

La virtuosité graphique se déploie en multiples arabesques, les rencontres sont toutes incroyables, les personnages théâtraux en diable et leurs visages d'incroyables caricatures.

La demi-mesure n'a pas sa place au pays de BASTIAN, au risque parfois de surchager les cases ou de figer le récit par des pauses illustratives trop nombreuses et trop fortes.

Chaînons manquant entre les époques (du XIX°siècle à nos jours) et entre les genres (bande dessinée et récit illustré), La Fille Maudite du Capitaine Pirate est une très belle et bonne surprise, petit joyau niché au sein des exigeantes éditions de La Cerise.

Si sa lecture demande du temps et de l'attention (de quoi rebuter les lecteurs les plus pressés) et si le trait souffre parfois d'une légère raideur (le prix à pays pour les hachures, sans doute), l'oeuvre reste l'un des titres phares de ce début d'année 2014.

Pas étonnant que K.BD en ait fait l'une de ses lectures estivales.

Notre chant des sirènes iconophiles saura-t-il vous attirer vers les mers d'Omerta ?

La Fille Maudite du Capitaine Pirate T1
La Fille Maudite du Capitaine Pirate T1
La Fille Maudite du Capitaine Pirate T1
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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 17:56
une histoire d'hommes

Quatre garçons dans le vent, teint rose sur fond bleu, marchent vers le lecteur.

Au fond, Franck. Cheveux ras, larges poches, sweater sportif, regard un peu tombant. Un air presque grave, étonnant pour le boute-en-train du groupe.

Devant lui, JB. Cheveux mi-longs, lunettes, grand imper claquant au vent, main en visière au-dessus des yeux pour voir un peu mieux, et un peu plus haut. Vers l'horizon, peut-être, ou juste vers les nuages.

Un peu plus en avant, sur la droite, coupé par le cadrage, Yvan. Cheveux en bataille, poing serré, blouson en cuir ouvert sur un t-shirt en toute simplicité. Yeux fermés. Tristesse, colère ?

Au premier-plan, enfin, sur la gauche, lui aussi coupé par le cadrage (mais sa silhouette se déploie en fait sur la quatrième de couverture), Sandro. Visage légèrement empâté. Mèche soignée. Veste classieuse et foulard entortillé autour du coup. Les yeux un peu perdus, un peu morts.

Quatre "copains" (et plus, car affinités génétiques) qui ne se sont pas vus depuis longtemps, voire très longtemps : "Tu veux dire que tu ne l'as jamais revu depuis la BBC ?"

La BBC.

Le Jools Holland Show.

L'occasion, enfin, pour les Tricky Fingers (le groupe qu'ils formaient alors tous les quatre, dans les années 90) de percer.

Le tout était de ne pas faire de fausse note.

C'aurait été impardonnable.

Ce le fut.

JB se tourna vers l'entreprise belle-familiale, Franck vers la restauration, Yvan... Yvan se tourna et se retourna dans son amertume.

Sandro, lui... "Sandro parlait bien. Sandro était charismatique. Sandro décrocherait la lune... et il le savait."

Et il le fit.

Une lune qui a aujourd'hui des airs de lande battue, quelque part en Angleterre.

Une lune comme un manoir planté au milieu de rien d'autre que des souvenirs.

Beaucoup de bons (les photos sur les murs en témoignent) mais quelques mauvais aussi.

Et pas des moindres.

Flottant entre deux mondes, entre deux frères, Annie est là elle aussi.

Tantôt distante, tantôt absente, tantôt souriante malgré tout.

Béa est restée en arrière, elle.

Normal, c'est une histoire d'hommes.

Et c'est entre hommes qu'elle doit finir.

On connaissait le goût de ZEP pour la musique : l'Enfer des concerts (1999), Chansons pour les pieds (pour Jean-Jacques GOLDMAN, 2001), et bien sûr ses différents groupes (Zep'n'Greg, Blük Blük).

La voilà cette fois au coeur d'une histoire longue (l'homme nous a plutôt habitués à des formats courts) loin de l'humour qui naît entre ses doigts le reste du temps.

La gravité du récit est d'ailleurs appuyée par bon nombre d'éléments : le décor, perdu et grisâtre. Les drames profonds de chacun. Les regards, les silences. Le soleil ne semble plus briller depuis longtemps pour les quatre héros.

Seul le plus conventionnel du lot (bon père de famille à la situation professionnelle aussi stable que sa vie de couple) semble finalement goûter au bonheur. Non, le bonheur n'est pas dans les frasques, les concerts, la route, la gloire, il est dans le train-train.

Pas très rock'n roll tout ça.

Graphiquement, ZEP a adopté un trait réaliste parfaitement maîtrisé, même si les expressions sont parfois un peu outrées et les regards un peu trop appuyés.

Les couleurs, assez délavées, noient l'histoire dans des tons chagrins, soulignant elles aussi la gravité de l'ensemble. Quitte peut-être à en faire trop.

L'absence de bords de case semble diluer chacune d'entre elle dans le blanc (éclatant) de la page.

Contraste.

Je sais, ma prose ne fait montre de beaucoup d'enthousiasme jusque-là.

Est pour cause.

Malgré une construction travaillée (des flash back réguliers) et la maîtrise graphique, ça ne prend pas.

Rien de très nouveau sous les nuages, une fin assez plate, et une variation de plus sur la filiation (ah ah) création-paternité.

Bien sûr que la vie est pleine d'obstacles, de blocages, de déceptions, de rêves piétinés, mais l'on pouvait s'attendre à ce que ZEP en tire quelque chose de plus.

Paie-t-il en cela la rançon de son succès ?

Mais peut-être devait-il réaliser coûte que coûte cette histoire que l'on imagine pour partie très personnelle...

Cette histoire d'hommes ne convainc pas et pourrait presque nous conforter dans l'idée que ZEP est avant tout un faiseur d'histoires d'enfants.

Pourtant, il y a eu Happy Sex.

Alors l'humour serait sa force ?

Attendons un futur opus réaliste pour trancher.

Mais pour l'heure la faim demeure.

Champimages à la voix éraillée.

une histoire d'hommes
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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 17:14
La traversée du Louvre

"J'ai l'impression de marcher dans une BD géante. [...] Des lecteurs partout. Venus du monde entier. Plus fort que Tintin."

Avant Etienne DAVODEAU et après Nicolas DE CRECY, David PRUDHOMME se jette à l'oeuvre (ah ah) pour arpenter et mettre en cases l'immense institution parisienne.

Ivre d'images et de regards, errant à la recherche de Jeanne qui, emportée par les flots de visiteurs, semble avoir disparu, l'auteur se met en scène chapka et téléphone portable au vent arpentant les 12 km de galerie (les chiffres sont mentionnés en fin d'ouvrage) dans l'espoir de retrouver sa belle.

"Bon. Allez. Je me fais toutes les salles. Au pas de course."

Afin de maintenir son souffle, sans doute, il laisse alors un peu entrer le silence dans ces vastes espaces où le brouhaha règne en maître.

Bulles en moins, le regard peut alors enfin pleinement profiter du spectacle : celui des oeuvres, bien sûr, mais aussi celui des humains.

Des humains qui regardent, dans toutes les positions, dans tous les recoins, par tous les artifices (notamment celui des écrans) et que l'auteur place dans un plaisant jeu de miroirs.

"Dis-moi quelle oeuvre tu évoques, je te dirais qui tu es", pourrait-on penser face à l'incroyable pantomime qui se déroule sous nos yeux : gestes, postures, regards des vivants renvoient bien souvent à ceux des figés.

Corps à corps ou face à face, les formes de chair et de pierre, de peau et de toile se répondent à travers les âges, la patine, les couleurs.

"Nous ne sommes pas tous de la même taille devant les oeuvres."

Et vice-versa : l'admiration des uns, l'amusement des autres, l'indifférence parfois, l'inquisition, la fatigue, l'étonnement, le trop-plein, le rêve, l'ailleurs, l'altérité, la sympathie, le mystère... Innombrables sont les vocables pour qualifier ces éphémères relations qui se nouent et de dénouent sous les ors muséaux.

Même au "pas de course" on ne peut manquer de se faire alpaguer par les séries de couples, de têtes, de corps, de groupes qui se font écho, de part et d'autre des vitrines.

Tous mis en scène par le hasard ou le regard, visiteurs et visités se mêlent, s'échangent, l'art se dissout autant qu'il s'expanse : en véritable maître d'oeil, PRUDHOMME brouille les pistes et les frontières et fait bouillir dans la marmite du musée tous les ingrédients disponibles pour en distiller l'âme complexe.

Son parti pris graphique renforce l'intention : plutôt que d'utiliser des reproductions, il a préféré s'approprier les sculptures et surtout les peintures qu'il met en scène.

Plus de rupture entre toile(s) de fond et acteurs : tout est en un (à l'inverse du procédé employé pour Période glaciaire, par exemple) et la Traversée du Louvre traverse aussi le temps et les corps.

Hormis quelques touches plus vives, les couleurs participent de ce grand rassemblement en baignant les images dans le pas tout à fait blanc, le pas tout à fait noir, le rouge et l'ocre.

Au-delà de l'anecdote nichée dans les similitudes, symétries, échos et références que l'auteur traque avec un plaisir communicatif, c'est presque davantage à une étrange communion qu'il nous convie.

"Ce musée-homme est un vertige. Façon puzzle."

Par la grâce des visiteurs, les fragments peu à peu réunis de ce grand corps chargé d'art et d'histoire reprennent vie.

On ne voit pas le soir tomber sur le Louvre, mais on peut imaginer ce qui se passera la nuit venue.

Alors que, de son côté, l'auteur-narrateur-héros rentre chez lui "avant de perdre la boule", il semble changer peu à peu la réalité dans laquelle il reprend pied en musée figé : affiches sur les murs, fenêtres du métro cadrant les passagers, la norme muséale s'est exportée dans la vraie vie..

A n'en pas douter, en échange, le musée a dû récupérer cette vibration dont les visiteurs, les "réels", l'ont pour un temps chargé, histoire de continuer à palpiter une fois les portes fermées.

L'énergie de la traversée, telle peut-être celle qui circule dans l'accélérateur de particules tapi au sous-sol du musée, n'en finit pas d'agiter l'espace, les formes, les couleurs. L'art.

Plus qu'une histoire de regard, donc.

Une histoire d'essence vitale.

Champimages plus que jamais vivantes.

La traversée du Louvre
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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 11:17
Période glaciaire

"Allez ! Ne traînez pas. On a une nuit glacée en perspective."

De la neige à perte de vue sous un ciel chaotique.

Des vents violents.

Une expédition perdue au creux de la nuit.

L'avenir de notre planète est plutôt blanc de gris, austère, hostile.

Une petite troupe d'hommes et de CGM (Chiens Génétiquement Modifiés) fend pourtant cet immaculé à la recherche de traces d'un passé révolu (merci MAM !). Les vestiges ponctuant leur route sont rares et mystérieux, intrigants et précieux.

"Je t'ai demandé de mettre ça en lieu sûr... Tu l'exhibes encore ?

_ Et pourquoi pas ? Ce "O" imbriqué dans ce "M", ça me fascine... "Droit au but", c'est un beau mystère.

_ Tu déconsidères sa valeur en le portant en plastron, à tous les vents. Quand on a peu d'éléments, il faut les garder précieusement. Ce sont des données scientifiques, pas des décorations !"

Les circonstances ne favorisent guère la bonne entente dans le petit groupe : froid intense, isolement, espoir toujours plus mince... La quête du passé, des origines peut-être, n'est pas chose facile et met à rude épreuve les esprits les plus robustes.

Pire, l'unique femme du groupe - Juliette, la fille de commanditaire de cette expédition hors-normes - cristallise bien malgré elle bon nombre de jalousies : Grégor, le Leader, Joseph, le rêveur, et même Hulk, surtout réputé pour son flair, se toisent avec méfiance en gravitant autour de la belle.

"Je vous ferai remarquer que vous avez été choisi - par le père de madame - pour vos compétences sportives et vos qualités de meneur d'homme. Dans mon cas, ce sont mes qualités de flair historiologique qui justifient ma présence ici.

_ Où voulez-vous en venir ?

_ Dans une entreprise comme celle-ci, mes compétences sont au moins aussi indispensables que les vôtres, et je n'apprécie pas votre façon de me traiter comme un chien."

La collaboration s'annonce difficile.

Mais les aléas topographiques ont tôt fait de faire taire les rivalités : entre deux tempêtes, le sol se soulève, se déchire, dévoilant pan par pan "l'agglomération" tant recherchée.

Une agglomération qui abrite des images, des formes et peut-être aussi certaines traces de vie.

"Snif... Cette pierre a supporté les intempéries...

... Un mur extérieur ?

Un mur extérieur devenu intérieur."

L'agglomération renferme mille secrets qui ne se livrent pas au premier regard.

Hulk d'un côté, Joseph, Juliette et Grégor de l'autre s'enfoncent dans ses entrailles comme dans la mémoire du monde.

"On va bien voir ce que le siècle de la pré-congélation avait dans les tripes."

Archéologues bien malgré eux, les personnages se livrent alors, au vu des (finalement maigres) indices dont ils disposent, au jeu des interprétations.

"En tout cas, un point est évident : cette civilisation n'était pas littéraire. Avez-vous vu quelque chose qui y ressemble ?

_ Nous n'avons pas tout vu.

_ Elle n'était pas littéraire, mais orale et iconographique. L'image est préhistorique..."

Joseph ne perd pas espoir, pourtant :

"J'irai plus loin. [Cette société était] littéraire par l'image.

_ C'est grotesque !

_ Pas du tout. Un alphabet d'images... Elles ont toutes un sens les unes par rapport aux autres. Elles nous en apprennent autant que des archives."

Voilà. En quelques cases, Nicolas DE CRECY vient d'introduire de la narrativité dans un musée, cassant le modèle de l'image unique (et encadrée) pour lui ouvrir les portes de la séquentialité.

Ainsi, en invitant des auteurs de BD au Louvre, la célèbre institution a fait entrer le loup dans la bergerie : époques et supports se bousculent dans une onirique tentative de créer du sens, de la chronologie, de la mémoire.

Le Louvre, mémoire du monde, devient entre les mains des explorateurs de la Période glaciaire un grand imagier désordonné qui recèle la clef du passé et répondra peut-être aux questions concernant le grand chambardement qui a plongé le monde dans sa nuit polaire.

Premier artiste à s'être frotté à la collection Louvre-BD, Nicolas DE CRECY a placé la barre très haut en brassant des thèmes fondamentaux : le rôle du musée, l'impact des oeuvres, leur rôle dans la mémoire collective, mais aussi le rapport entre 9ème art et beaux-arts.

Sans lourdeur ni temps mort, il pose des questions justes et simples et y répond par une certaine forme de poétique de l'absurde.

"Vous nous entraînez dans l'obscurité de votre imagination" déclare Juliette à un Joseph qui fait alors face au lecteur et dont le regard grave n'est pas sans rappeler certains auto-portraits de REMBRANDT, dont l'esprit imprègne la planche.

Tout porte à croire que l'auteur a sans doute passé d'innombrables heures dans les allées du musée, emmagasinant des formes et des formes et des formes, des couleurs, des images, des odeurs, des sons aussi, composant ainsi un vaste alphabet avec lequel il a ensuite composé son histoire et les rencontres qui l'émaillent.

Admirateur des oeuvres majeures comme des plus insignifiantes, il abolit toute hiérarchie par la grâce de l'apocalypse climatique. Table rase n'est pas faite du passé mais des conventions et des règles, laissant la place à la beauté chaotique de l'interprétation.

Graphiquement, DE CRECY cultive le trait - et certaines formes - qui ont fait le succès et la sensibilité de bon nombre de ses ouvrages : force des couleurs, encrage vibrant, le tout se pliant à l'identité et la force des peintures et sculptures reproduites.

La brume aquarelle qui nimbe ses cases crée une parfaite unité avec les tons pastel des reproductions. La mince couche de givre unifie formes et couleurs mais fait la part belle aux chefs-d'oeuvre épargnés.

Aussi à l'aise avec les ciels titanesques que les portraits, l'auteur réussit, une fois de plus, à humaniser avec naturel les animaux qui accompagnent ses humains.

Toutefois, au-delà de sa maîtrise graphique, il faut avant tout saluer l'art avec lequel, face à une large sélection d'oeuvres du Louvre, il réinvente une histoire, un monde, une lecture de l'art.

""Louvre ?"

_ Tiens, c'est vrai ça, qu'est-ce que ça veut dire ?"

_ Quelqu'un sait ici ?

_ Quoi ?"

Bien avant Marc-Antoine MATHIEU jouant sur les mots et les sens, Nicolas DE CRECY pose, avec Période Glaciaire, les questions fondamentales que ses successeurs ne vont cesser de creuser à leur tour.

Une parfaite entrée en matière pour aborder la prestigieuse collection Louvre-BD.

Un titre incontournable pour notre mois de juin muséal sur K-BD.

Période glaciaire
Période glaciaire
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