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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 11:09
Le chien qui louche

"Pourquoi tu me regardes comme ça ?

_ Elle est là...

_ "Qui" est là ?

_ Cette ride verticale. Je l'ai déjà remarquée. C'est un signe. Tu es tendu."

Bien qu'il le dénie, il en a des raisons d'être tendu, Fabien : c'est la première fois que Mathilde lui présente sa famille. Son père et ses deux frères. Deux générations de Bénion.

"Je t'ai prévenu. Ils sont...

_ Un peu bizarres, je sais. Je te promets de ne pas les contrarier."

Un peu rugueux, un peu lourdauds, pas foncièrement méchants, les Bénion père et fils voient surtout le monde à travers le filtre de leur notoriété locale et de leur petite fortune acquise dans la vente de meubles.

Un peu susceptibles sur les bords, ils ne voudraient pas se faire moucher par un Parigot de passage, surtout qu'il est en train de leur piquer la seule fille de la famille (la mère est morte huit ans plus tôt).

D'ailleurs, il fait quoi dans la vie, le Parisien ?

"Je suis agent d'accueil et de surveillance au musée du Louvre.

[...]

_ Il doit falloir une volonté d'acier pour pas s'endormir !"

Qu'il est lourd, parfois, le choc des cultures...

Mais passée l'hilarité, Joseph, un des frangins, voit le plafonnier de son grenier s'éclairer :

"On avait fait du tri dans la maison familiale. Et on était tombés sur cette malle... Elle appartient au grand-père de notre grand-père. Il s'appelait Gustave Bénion. Il est né en 1820, je crois. Il écrivait, sans jamais avoir été publié, à notre connaissance. On a trouvé ces textes. Gustave peignait, aussi. Il en parle dans ses écrits. Mais, dans cette malle, on n'a trouvé qu'une toile."

Et voilà comment Le chien qui louche, peint en 1843, entre dans la vie de Fabien. Première étape avant, pourquoi pas, son entrée en Louvre. Les Bénion aimeraient bien. Ils n'ont peur de rien.

Elle n'est pas près de quitter le front de Fabien, cette petite ride qui se creuse chaque jour un peu plus face à une idée aussi saugrenue. Surtout que la belle famille n'a pas l'air de vouloir lâcher le morceau.

Heureusement que l'un des habitués du Louvre, Monsieur Balouchi, tend une oreille intriguée à toute cette histoire, et décide d'en faire une affaire personnelle...

Belle brochette de personnages en perspective. Et pour cause : Etienne DAVODEAU aime les gens et leurs relations, qui sont au coeur de tous ses ouvrages. Quand le plus célèbre musée du monde et les éditions Futuropolis lui ont proposé de rejoindre l'aventure éditoriale du Louvre en bande dessinée, il ne pouvait abandonner son principal moteur narratif.

Pourtant, comme la plupart des auteurs conviés à cet exercice de style, DAVODEAU s'est prêté au jeu de l'immersion au milieu du flot des oeuvres et des visiteurs et en a retiré des observations précises, poétiques, insolites et touchantes, nous livrant ainsi son regard singulier et profondément humain. Difficile, pour le restituer, de choisir un meilleur vecteur qu'un agent de surveillance, d'ailleurs.

"Je sais ce que vous pensez, mon cher Fabien.

_ Bonjour Monsieur Balouchi.

_ Vous êtes dans la tête de la "Victoire de Samothrace". Vous êtes en train de vous dire qu'elle aimerait sans doute, de temps en temps, qu'on lui foute un peu la paix.

_ Eh bé... En entrant dans les pensées d'un agent de surveillance, vous pensez accéder à celles d'une statue, décapitée qui plus est. Vous êtes un sorcier, monsieur Balouchi.

_ Je n'ai pas raison ?

_Mmh... ? Presque. Elle est au Louvre depuis quoi ? Cent cinquante ans ?

_ Depuis le 11 mai 1864 exactement.

_ Voilà. Depuis des décennies, elle subit cet assaut photographique permanent...

_ Et donc ?

_ Et donc, du gros machin à soufflet à la dernière tablette numérique, elle a tout vu passer. Elle doit en connaître un rayon dans le domaine photographique. Voilà ce que je me disais."

Les nombreux échanges entre les personnages (entre Fabien et Mathilde, entre Fabien et les Bénion, entre Fabien et Monsieur Balouchi, entre Fabien et les hordes de touristes lui demandant où trouver la Joconde...) alternent donc avec des errances silencieuses dans les salles du Louvre. Les sculptures y ont la part belle et font écho aux gestes, postures et visages des différents protagonistes.

Bien que traitées dans le style assez lâché de DAVODEAU, les oeuvres conservent leur force, leur douceur, leur aura. Chaque image ne manque pas de nous donner envie de retourner vibrer face aux originaux.

"On dirait un dessin de BD.

_ N'exagérons rien. Mais c'est vrai que c'est assez maladroit."

Au temps pour les détracteurs du genre.

Le trait, parfois maladroit, parfois approximatif, sert avant tout un récit vivant et bien mené qui apporte à l'édifice éditorial une nouvelle pierre : au-delà des oeuvres et des gens (et des gens qui regardent des oeuvres qui regardent des gens), Le chien qui louche pose la primordiale question de la légitimité d'une création à intégrer les collections d'un musée.

Question à laquelle la chef du service des Acquisitions du musée tente de répondre en épilogue. Preuve, s'il en fallait, de la pertinence de cette collection de BD en immersion.

Quel plaisir de me replonger dans ce titre découvert en Raging Bulles ! Il fait partie, avec ceux de PRUDHOMME, DE CRECY et MATHIEU, de mes préférés. Le voilà à l'honneur d'un mois de juin consacré aux auteurs du Louvre, sur K.BD. L'occasion de belles visites par procuration en attendant une prochaine virée parisienne.

Champimages d'art.

Le chien qui louche
Le chien qui louche
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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 17:54
Dans la prison

"Condamnation à trois ans d'emprisonnement pour détention illégale d'armes blanches, infraction à la loi sur le contrôle des explosifs.

C'est moi ? Vraiment ? J'ai du mal à y croire..."

Si l'on excepte le fait que les "armes blanches" citées page 18 sont représentées par des armes de poing page 32, et que ce sont ces mêmes armes à feu qui sont évoquées dans Avant la prison, du même auteur, voilà à peu près comment tout a commencé.

1994. Hanuichi KANAWA passe du statut de mangaka libre à celui de mangaka incarcéré, pour une histoire de détention illégale d'armes.

Le voilà donc confiné entre les murs d'une cellule à "la maison de dépôt "S" d'Hokkaido".

A l'aide d'une plume sans doute commandée grâce à la "fiche de demande d'achat de produits de consommation journaliers", l'auteur décide de rendre compte minutieusement de son quotidien et de celui de ses co-détenus,

A moins qu'il n'ait rien dessiné de tout cela durant sa détention :

"Dis... Tu ne veux pas dessiner un portrait à partir de ça... ?

_ Quoi ?! Et que fais-tu des inspections des cahiers ?

[Seules les photos de personnes sont autorisées. On a le droit d'en recevoir 10 par mois.]

_ Je dirai que c'est moi qui l'ai fait."

Passons.

Cela n'enlève rien au fait que Dans la prison relate avec précision cette expérience.

"Réveil : 6h40

Inspection : 6h50

Petit déjeuner : 7h

Début du travail : 7h40

Déjeuner : 11h40

Fin du travail : 16h20

Inspection : 16h40

Dîner : 16h50

Couchage : 19h

Sommeil : 21h"

Un rythme immuable, mesuré, cadencé, sous contrôle, sans temps mort, pour ne pas voir la vie passer.

"C'est déjà la pause du matin."

"Déjà l'heure du déjeuner."

"Le thé ? Déjà ?"

Tout semble se passer trop vite, ou en tout cas hors du temps.

Par la magie des rituels et leur répétition. Encore. Et encore. Et encore.

Rien de laissé au hasard. Aucune place à l'imprévu ou au désordre.

Corps et objets soumis à des règles strictes d'ordre et d'obéissance.

"Celui dont c'était le tour nettoyait l'évier après avoir vérifié que plus personne n'en avait besoin. Parce qu'il ne devait rester aucune goutte."

"Une fois le nettoyage terminé, on alignait les robinets.

Les coussins sont rangés. Bien.

La porte des toilettes est ouverte."

"Une fois le pas de la porte franchi vers le couloir, plus un seul pas n'était fait librement. Leur nombre était déterminé et compté."

Chaque homme et chaque chose à sa place.

Chaque mot aussi.

"S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! Je demande une autorisation !

_ Ca commence vraiment à me taper sur le système... "S'il vous plaît" à chaque fois... Ce n'est pas dans mes habitudes et c'est fatigant..."

Une vie de contraintes.

Mais doit-on attendre autre chose de la prison ?

Et pourtant, derrière ce contrôle et cette pression permanents, l'auteur considère qu'il bénéficie d'un traitement de faveur. Et il s'en veut.

"Il ne se passe pas un jour sans qu'on nous serve nos repas. C'est à se demander s'ils n'ont pas la corne d'abondance...

Même si on est des détenus provisoires, on reste quand même des criminels. Et dans ce sens , des croûtons de pain moisis avec de la soupe de pelures de légumes me paraîtraient amplement suffisants.

Avons-nous vraiment le droit le mener une vie pareille après ce que nous avons fait ?

Je ne ressens vraiment aucune volonté de punir ceux qui ont mal agi ou de s'en venger. Voilà qui doit rendre les victimes bien tristes, et en colère aussi.

C'est presque à la limite du supportable.

Au fond, on est un peu comme des coqs en pâte ici."

Etrange tableau idyllique d'un lieu qu'on imagine pourtant infernal.

Faudrait-il envier le sort de l'auteur ?

Loin s'en faut si l'on fait la liste des cauchemars et des obsessions qui l'assaillent : le manque (de cigarettes, notamment), la peur permanente du regard intransigeant des gardiens, le "mur de s'il vous plaît" qui finit par bloquer le mouvement le plus anodin...

"Lorsqu'on sortira d'ici, tu vas voir qu'on continuera à se lever et à crier "sil vous plaît" !

_ Pour le coup, tout le monde saura d'où on vient.

_ Moi, je sens que ça m'arriver, et que je vais crier sans la moindre retenue..."

L'isolement, surtout, malgré une vie en communauté plutôt "vivable."

N'apercevoir l'extérieur que par des fenêtres trop rares, ressasser la vie d'avant la prison comme un rêve qui s'étiole, redouter le retour à la réalité...

Et, par dessus tout, la bouffe. La bouffe. La bouffe. De plateau en plateau. De marmite en gamelle. Des plats variés qui semblent s'enchaîner sans fin, corne d'abondance au service d'une entreprise de gavage.

"Il est déjà l'heure de déjeuner ? Alors qu'on vient à peine de prendre le petit déjeuner...[...] C'est un peu comme si le fait de manger correctement en respectant les règles établies était notre travail."

Plus que monotone, la vie carcérale décrite par HANAWA s'apparente à un lent, méthodique et efficace dispositif d'oubli de soi.

Graphiquement, l'auteur est dans la lignée des auteurs de gekiga : un trait restituant fidèlement la réalité, des hachures pour donner de la matière, des visages souvent ingrats et une certaine noirceur générale.

Pas étonnant que le récit ait été prépublié dans la revue AX.

Les décors et les objets sont traités avec soin et détails, de la plus petite inscription à la moindre paire de geta. Un sens du détail qui frôle parfois l'obsession (la folie n'étant jamais bien loin).

Les corps sont davantage mis à rude épreuve graphique et l'étrange physionomie de HANAWA ajoute une touche presque fantastique à un récit déjà sur le fil tant l'univers carcéral semble relever d'une autre réalité.

Malgré le rythme lent et l'apparente placidité de la vie derrière les murs (on est bien loin de la série télévisée Oz !), Dans la prison réussit à distiller le malaise et l'effritement qui, insidieusement, envahissent les détenus, tout en les remettant pourtant sur "le droit chemin".

"Hier soir, on s'est couchés comme d'habitude à 21h...

Ce matin, on s'est levés à 7h40.

Et pourtant je pourrais dormir encore des heures et des heures.

[...]

Tous les sentiments de malaise qui sont au fond de nous remontent et imprègnent notre corps qui s'alourdit. Voilà pourquoi notre sommeil est encore sans limite.

Et puis, il nous arrive parfois de rêver de cochons...

Soleil

Ciel bleu

Terre

Vent

Bain de boue

à jamais étrangers."

Un titre qui a toute sa place pour le mois "derrière les barreaux" de K-BD.

Champimages enfermées.

Dans la prison
Dans la prison
Dans la prison
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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 17:07
La colère de Fantômas T1

"C'est quoi un cinématographe ?

_ C'est UN cinématographe, et c'est la première représentation publique du spectac' le plus impressionnant qu'y soye possib' de voir à Paris ! C'est d'la photo qui bouge !"

Et pour bouger, elles bougent ces photos "à taille réelle" qui font rire le public après l'avoir effrayé (souvenez-vous, 1895, l'arrivée du train en gare de La Ciotat, tout ça...).

Elles bougent tellement qu'elles en contaminent le public : une femme en fuite pénètre dans la salle de spectacle, suivie par une sombre silhouette. Cris, coup de feu, émeute, face à face avec l'agent de police venu profiter du spectacle.

"Mais... qui êtes-vous ?

_ Je suis Fantômas."

Seize ans après ces tragiques événements qui coûtèrent la vie à deux innocents, l'histoire ne fait que commencer.

"Demain matin à 5H00, devant la prison de la Santé, Anatole Deibler, le bourreau de la République, allongera Fantômas sous les Bois de la Justice."

Dans la foule qui assiste à cette délivrance, Jérôme Fandor, rédacteur en chef adjoint de La Capitale, et l'Inspecteur Juve, dont la moustache a bien blanchi depuis sa première rencontre avec l'homme en noir. Il a fallu bien des années aux deux hommes pour venir à bout de leur proie.

"Seize ans pour capturer un seul homme, il n'y a pas de quoi être fier !" Le commissaire Havard ne mâche pas ses mots, irrité qu'il est par le succès de son subalterne (depuis le temps que Paris attendait cette arrestation !).

Il s'en passerait bien du succès, Juve, mais celui-ci le rattrape !

"Je suis Louis Feuillade. Directeur artistique de la Gaumont. [...] J'aimerais conter vos aventures au cinéma !"

Et voilà, la boucle et bouclée.

On peut passer à autre chose.

Comme si Fantômas était du genre à laisser les fleuves couler tranquillement et longuement.

Aussi tourmenté que la Seine, il ne peut manquer d'y remonter (sur scène, ah ah) lors d'une représentation théâtrale de La tache sanglante, qui raconte justement ses aventures.

C'est que l'homme a le sens du spectacle !

Et le "Je me vengerai" qu'il a fait retentir dans son dernier souffle est encore dans tous les esprits. Peut-on vraiment faire disparaître l'incarnation de la peur collective ?

"Le 10 février 2011, Fantômas a eu 100 ans.

[...] Il est le premier super-héros de l'Histoire. Tous les hommes et toutes les femmes masqués qui éclaboussent les cases des comics américains (sic) et les écrans de cinéma sont ses enfants illégitimes. Le sang de Fantômas coule dans les veine de chacun d'entre eux.

[...] Pour ceux qui auraient encore un doute : oui, le père de tous les super-héros est un super-vilain.

Aujourd'hui, juste retour des choses, c'est à son tour d'envahir les cases de la bande dessinée."

Olivier BOCQUET n'y va pas par quatre chemins : avec La colère de Fantômas, il se plonge aux sources de la littérature feuilletonnesque du début du XX°siècle pour mieux en extraire la quintessence qu'elle distille depuis plus d'un siècle dans les fabriques super-héroïques.

Un peu comme Serge LEHMANN l'a fait avec La Brigade Chirique, mais en s'emparant d'un personnage plus connu du grand public : Fantômas.

Pourtant "pour beaucoup, le premier terroriste de l'ère moderne [...] n'est plus qu'un pitre au masque bleu, poursuivi par un clown, à bord d'une DS volante."

Il fallait donc réhabiliter l'homme, l'ombre, le mythe.

Lui restituer toute sa force, sa fougue, sa virulence anarchiste et destructrice.

Avec ce tome 1, il a brillamment réussi son pari, même si, malgré une action sans limite, des rebondissements permanents et des personnages hauts en couleur, il donne un tout petit peu l'impression d'avoir délayé son histoire, qu'on aurait pu souhaiter plus concentrée.

La folie dynamique de son récit trouve un parfait écho dans le trait et les couleurs de Julie ROCHELEAU : la dessinatrice tord les lignes ou les allège, vide les regards pour les rendre plus expressifs, joue de la caricature comme de l'abstraction avec brio.

Chaque image palpite, portée par une mise en couleur qui sait s'appuyer sur les flous ou sur les nettetés avec efficacité.

Les ambiances sont fortes, denses quand il le faut, et bon nombre de cases ont un petit goût de MATTOTTI particulièrement appréciables.

En prime le découpage est parfaitement maîtrisé, riche de toutes les expériences possibles, et les onomatopées, dont la BD contemporaine se méfie souvent, ont une place et un traitement de choix.

Saluons donc des deux mains ce travail à quatre (mains) qui non seulement nous donne à voir de la belle et bonne BD d'enquête et d'action, mais nous permet également de redécouvrir un mythe qui, le temps et les adaptations passant, avait perdu de sa saveur.

Laissons, comme l'ont fait les auteurs, la parole à tous ceux qui, au fil du siècle, ont rendu hommage à l'insaisissable homme en noir, et courons vers le tome 2, en l'espérant tout aussi bon, et peut-être un brin plus dense ?

"Fantômas nous enchante d'un bout à l'autre par sa désobéissance aux règles et par le courage instinctif par lequel il survole l'intelligence." (Jean COCTEAU)

"Fantômas surgit parmi cette littérature comme un des monuments les plus formidables de la poésie spontanée." (Robert DESNOS)

"On a pu écrire que ce siècle était une invention de Fantômas. C'est fort probable et tout continuer à le prouver." (Alexandre VIALATTE).

Champimages qui bousculent l'Histoire.

La colère de Fantômas T1
La colère de Fantômas T1
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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 16:26
Une métamorphose iranienne *

"Mettez tout par écrit, depuis le début.

_ Dans le détail... Ça ne rentrera jamais !

_ Eh bien, résumez ! Et ne débordez pas du cadre !

_ Comment résumer cinq mois dans les limites de ce cadre ?"

Le cadre administratif auquel il doit se plier pour obtenir de l'aide ?

Le cadre de la BD par laquelle il essaie de rendre compte de l'enfer qu'il a traversé ?

Le cadre étroit et dur de la cellule dans laquelle le cadre d'un simple dessin a fini par l'envoyer ?

Tous dans les ca(dre)s, Mana NEYESTANI est coincé.

Coincé par le système iranien qui a décidé de le broyer, coincé par les systèmes internationaux qui ne veulent pas le laisser partir, coincé surtout par un hexapode rampant et luisant qui a décidé de lui pourrir la vie.

Printemps 2006. "Il commence à faire chaud à Téhéran." Pour animer la rubrique jeunesse du journal Iran Jomeh pour lequel il travaille, l'auteur décide de confronter son héros à un cafard car, la saison chaude approchant, sa maison en regorge.

"Il y a des parents azéris qui m'ont appelé pour se plaindre de l'histoire du cafard. Je n'y avais pas prêté attention, mais nous devons composer avec les sensibilités ethniques, tu sais.

_ Les sensibilités ethniques ?

_ Eh oui. Dans ce dessin-là, ton cafard prononce un terme azéri."

Un mot. Un simple mot mis dans la bouche d'un insecte dessiné et c'est toute une région d'Iran qui s'enflamme : le Nord, peuplé pour partie d'Azéris, d'origine turque.

Très vite des manifestations sont organisées, des boutiques pillées et la répression policière finit dans le sang.

"Le problème ne tient pas à un dessin ou à un journaliste. Le problème, c'est ce mépris que les intellectuels perses ont toujours nourri à l'égard des iraniens turcophones. C'est une vieille histoire."

Mais cela ne rassure pas le journaliste qui, de convocation en convocation, a fini au bâtiment 209 de la prison d'Evin.

"Formidable. Si le juge ne vous avait pas placés en détention, c'est un juge d'Azerbaïdjan qui l'aurait fait et vous auriez été transférés au sein d'une foule de protestataires."

Mana n'est pas dupe en entendant ces mots de la bouche de M. Maleki qui les accueille (lui et son collègue Mehrdad, lui aussi convoqué) au bureau du procureur général mais qui travaille sans doute pour le Ministère de l'Intérieur.

L'avenir lui donne raison : "Parlez-nous des dessinateurs iraniens que vous connaissez. Ecrivez donc tout ce que vous savez sur eux."

Tout est dit.

Son passé de journaliste pour "plusieurs journaux politiques réformistes et d'opposition", dans les années 90, le rattrape.

"J'ai toujours été un dessinateur très modéré. Le système ne peut-il pas me tolérer ?

_ Evidemment ce n'est pas une bande de dessinateurs mineurs qui menace la grandeur de notre système. Mais n'oubliez pas que vous êtes accusé d'avoir suscité des tensions parmi les communautés iraniennes et, par là même, d'avoir menacé notre sécurité intérieure. Imaginez qu'on raconte au juge que vous avez un passé en tant qu'opposant au système et qu'au fond vous avez toujours cherché à semer le chaos."

Et voilà.

La terrible machine est lancée.

Emprisonnement, isolement, interrogatoires, menaces, rien n'est épargné à Mana, à part la torture physique.

Son journal ne lui apporte aucun soutien (le directeur étant avant tout préoccupé par la sauvegarde de son poste), l'avocat qu'on lui a fourni ne sert pas ses intérêts non plus et, bien qu'il dise la vérité, cela ne convient jamais à un Ministère qui entend bien "compléter [ses] registres."

L'engrenage kafkaïen (d'où le titre) dans lequel le dessinateur est pris le broie lentement mais sûrement. Retrouver Mansoureh, sa femme, devient son seul horizon.

Un horizon qui ne constituera pourtant qu'une bien fragile étape.

La sortie d'Une métamorphose iranienne, en 2012, fut un véritable événement éditorial : autobiographie d'une descente en enfer, le livre déborde de thèmes polémiques et d'actualité.

Liberté d'expression, censure, tensions inter-communautaires, instrumentalisation, corruption, luttes d'influences, police politique, embrouillaminis diplomatiques... Pour un malheureux dessin réalisé en toute bonne foi Mana NEYESTANI se retrouva pris dans une incroyable escalade et vit sa vie basculer en quelques jours.

Condamnation, emprisonnement, manipulation, libération, exil... Chaque nouvelle étape ne faisait qu'empirer la situation, et l'auteur ne savait plus vers qui se tourner, quelles voies emprunter pour trouver une solution.

Epaulé par son épouse, l'auteur dut affronter bien des crises, surmonter bien des angoisses et accepter de vivre le pire pour chercher à survivre.

Son récit est aussi pour lui l'occasion de brosser les portraits de ceux, gardiens comme co-détenus, qui croisèrent sa route pendant ces longs mois de chaos.

Les premiers refusant de montrer leur visage ("Arrête de regarder vers moi. Ne te retourne pas"), les seconds plus ou moins imbriqués dans la complexe organisation de la vie en prison.

"Si jamais je tombe sur cet enfoiré qui nous a traités de cafards, je le décapite."

Pas de torture physique, certes, mais quand même...

Graphiquement, Mana NEYESTANI semble marcher sur les traces de Joe SACCO par son usage de la hachure qui confère au récit noirceur et gravité.

Pourtant, son traitement des visages, souvent un peu caricatural - signe distinctif de son métier de dessinateur de presse ? - n'est pas sans rappeler, aux antipodes, le déjanté Bill PLYMPTON. Etrange mais totalement pertinent.

Quant à son style "pour enfants", il a la simplicité universelle de bon nombre de cartoons.

NEYESTANI est donc une sorte de caméléon capable d'adapter son style à son récit, ce qui le rend d'autant plus efficace.

Sa construction scénaristique n'est pas linéaire elle non plus et dénote, par certaines petites touches de "montage parallèle" et de flashback ou flashforward, d'un souci de ne pas s'enfermer dans une chronologie trop rigide.

Chronique de l'horreur ordinaire, Une métamorphose iranienne brosse peu de portraits reluisants : peur, corruption, pouvoir faussent toutes les donnes. La patrie de droits de l'homme n'est pas épargnée. L'intégrité de l'auteur non plus.

Après nous avoir conduit en Guyane, le mois du "Bagne" (au sens très large) sur K-BD nous permet, avec l'œuvre de Mana NEYESTANI, d'évoquer de nouveau les questions de la liberté de la presse et plus généralement de la liberté, d'ailleurs.

Dans un monde où bon nombre de communautés sont malmenées, la plus infime goutte d'encre peut mettre le feu à bien des réserves de poudre, sans que la moindre caricature soit impliquée.

La paix n'est décidément pas pour demain.

Champimages qui rongent.

Une métamorphose iranienne *
Une métamorphose iranienne *
Une métamorphose iranienne *
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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 10:54
Paco les mains rouges

"Mon nom c'est Paco !! Paco, vous m'entendez ?!"

"On n'allait pas me coller un surnom de gonzesse. Parce qu'au bagne, un blaze c'est presque plus dur à enlever qu'un tatouage."

Et des tatouages, il y en a des tas, "comme des bandes dessinées sur la peau" des condamnés au bagne.

Violeurs, voleurs, meurtriers, petites frappes ou grands caïds, les voilà tous dans le même bateau, direction la Guyane, sans grand espoir de retour.

"J'en revenais toujours pas d'avoir échappé à la guillotine. (...) Perpétuité en Guyane... Laisse-moi te dire que d'un seul coup ça prenait tout son sens."

L'Enfer vert sous des petits airs de Paradis.

Des petits airs qui ne durent guère.

L'enfer du palu, de la moiteur, des parasites.

L'enfer des co-détenus surtout, face auxquels il faut s'affirmer en permanence pour ne pas finir "bonniche" ou, pire, "môme".

Patrick, ancien instituteur, nouveau condamné, l'a vite compris : "Il y a des fois où la peur donne du culot." Alors il va voir Armand, dit La Bouzille, grand tatoueur mutique monté à Alger avec les "Joyeux" de Biribi. Pas des drôles. Des tatoués. Des tout brûlés de l'intérieur. Armand qui le marque à l'encre noire d'une "mort qui fauche" ricanante dans le dos.

Mais le tatouage ne fait pas l'homme : à peine mis pied à terre, Patrick se fait coincer dans les douches et violer par trois hommes.

"Bonne nuit pâquerette."

Surtout rectifier le tir vite fait pour ne pas devenir la petite fleur de tout Saint-Laurent.

Frapper vite, bien, fort et si possible rouge.

Patrick devient définitivement Paco et ses mains se teintent à jamais de la couleur de son surnom.

Personne ne l'a aidé, soutenu, prévenu, à part Pierrot, un Bourguignon comme lui, qui lui a fait glisser en douce l'instrument de la vengeance. Mais Armand, lui, n'a pas bronché.

Ne se fier à personne, jamais.

Donc Paco ne peut compter que sur sa belle gueule et son éducation, de quoi lui permettre de devenir garçon de famille pour Alberti, un broussard qui a dompté la jungle. De quoi passer le temps du moins mal possible, loin des violences pénitentiaires, mais jamais loin des magouilles indispensables à la survie dans un "pays" sans repos, sans douceur.

En apparence.

Paco les mains rouges nous entraîne donc dans la moiteur de la longue nuit des bagnards envoyés en Guyane dans les années 30.

Un pays de violence marqué par l'hostilité de l'environnement mais surtout des hommes : gardiens, colons, bagnards, même combat, chacun pour soi.

Pas facile de survivre dans un monde où "l'espérance de vie d'un fagot dépasse pas cinq ans."

Alors faut forcément être plus malin, plus fort, plus audacieux, plus égoïste et surtout plus fermé que les autres.

Pas de place pour le doute, encore moins pour les sentiments.

Juste penser à sa gueule.

Un univers dur et introspectif comme les aime Fabien VEHLMANN : peu d'espoir, des ambiances pesantes et des relations complexes entre les personnages. L'histoire semble très documentée et concentre le pire d'une période historiquement chaotique. Pourtant, le dépaysement provoqué par la distance nous plonge presque hors du temps, loin des affres de l'Europe de l'entre-deux Guerres, mais malgré tout en enfer.

Chaque pas, chaque souffle s'arrache de haute lutte, nécessaire pour "faire mentir les statistiques."

Paco puise dans des ressources insoupçonnées, mû sans doute par une force qui nous échappe encore mais à propos de laquelle la lecture du tome 2 nous éclairera peut-être.

Graphiquement, Eric SAGOT semble se situer au carrefour de nombreuses influences que le cahier graphique accompagnant l'album confirme : une touche de BRÜNO sur un fond de BERBERIAN et une ombre de David B. composent un cocktail faussement naïf, élégant et efficace par le décalage qu'il provoque avec le propos.

Les visages sont simples et vont droit au but, les décors se font parfois abstraits, le tout est nimbé de tons sépias qui baignent l'histoire autant dans les brumes du souvenir quand dans les éclats de boue de la jungle guyanaise.

Raconté à la première personne à un auditeur encore inconnu, Paco les mains rouges nous plonge dans la violence de l'univers pénitentiaire sans jamais verser dans l'ultra-violence, le voyeurisme ou l'apitoiement : l'histoire, comme les personnages, doit avancer coûte que coûte, si possible sans larme verser et avec pour but un horizon pâle et lointain qu'il ne faut jamais perdre de vue sous peine de sombrer.

Chronique d'un fragile équilibre, Paco les mains rouges tient bon sur le tumultueux Maroni en emportant à son bord suffisamment de non-dits pour que l'on s'embarque aussi.

Espérons que le second volet du diptyque sera aussi subtil et mouvementé.

Champimages moites.

Paco les mains rouges
Paco les mains rouges
Paco les mains rouges
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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 16:02
Battling Boy T1 *

" Un cadeau ! Tu t'es souvenu que c'est mon anniv' demain ?

_ Ton anniversaire, oui... Et autre chose encore. Demain, c'est le Grand Tournant pour toi !

_ Mais papa... Je ne comprends pas... Y a rien dans le tissu. Où est mon cadeau ?

_ C'est ce tissu ton cadeau. Un cape de voyage ! ... Tu pars en rando !"

Et pas une promenade de santé : un rituel de passage à l'âge adulte, plutôt. A la dure. A la sauvage, même : faire face aux horreurs qui assaillent presque sans arrêt la mégapole d'Arcopolis.

Fallait-il s'attendre à moins pour Battling Boy, fils d'un dieu de la guerre ?

Finies les parties de ballon entre (divins) copains et gentilles prises de bec avec maman : Battling Boy doit devenir un grand garçon, coûte que coup.

Son essence divine suffira-t-elle ? Qu'à cela ne tienne : son père à tout prévu, lui confiant une valise contenant 12 t-shirts tous frappés d'un animal totémique : lion, cheval, taureau, T-Rex... Rien ne manque. Le tout accompagné de l'indispensable Encyclopédie des Monstruosités, précieux précis dans un monde où elles sont légion.

Battling Boy n'a qu'à enfiler le bon vêtement au bon moment pour recevoir les pouvoirs correspondants. Le tout est de faire le bon choix, adapté au monstre et à la situation.

Pas si facile quand on n'a encore jamais vraiment goûté au terrain ! Mais un jour ou l'autre il faut bien savoir se prendre en main : papa ne peut pas toujours être derrière.

L'arrivée du jeune garçon est plutôt une bonne nouvelle pour Arcopolis qui vient de perdre son héros attitré : Haggard West. Le héros de la science s'est fait descendre par Sadisto, le Boss et ses sbires emmaillotés (de bandelettes) et encagoulés. Le pays le pleure, sa fille aussi. Saura-t-elle prendre la relève ?

En tout cas, Battling Boy arrange bien les affaires du Maire dont l'armée commençait à être quelque peu dépassée par l'énorme et destructeur Humbaba. D'où qu'il sorte, ce nouveau héros sera du plus bel effet sur les écrans et lors des défilés. Ne reste qu'à l'exhiber comme un jouet.

Ce qui n'est pas du goût de tout le monde, surtout pas de Sadisto et encore moins de son Maître Ténébreux.

La rando du jeune garçon ne s'annonce pas de tout repos !

Vous trouvez l'histoire "hénaurme" et chaotique ? C'est ce qui fait son charme !

Un brin désuète ? Pas plus qu'une autre, en fait ! Et attendez d'avoir goûté au rythme effréné : aucun temps mort, de l'action partout et tout le temps sans jamais saturer, le tout servi par un dessin extrêmement dynamique.

Paul POPE n'en est pas à son coup d'essai : à la table à dessin depuis le début des années 90, il est nourri d'images de tous pays et sa production déborde largement les cadres des cases (on lui doit quelques installations, une ligne de vêtements !) et les frontières de ses Etats-Unis natals (un de ses premiers travaux était pour... Kodansha !).

De cet éclectisme découle sans doute son style étrange, un brin suranné (mais les couleurs criardes y sont peut-être pour quelque chose !) mais résolument personnel et efficace : mouvementé et expressif, il s'accommode sans peine de quelques déformations anatomiques et d'une outrance presque permanente.

Mais qui a dit qu'un dieu en devenir devait faire dans la demi-mesure ?

Cocktail détonnant de rite initiatique, de baston, de grand-guignol médiatique et de sombre complot (sans oublier la petite touche romantique qui pourrait poindre par la suite), Battling Boy est la preuve que l'on peut digérer bon nombre de poncifs (oui, le père ressemble à Thor, oui, l'héroïne hérissée de gadgets a un petit côté Batman...) pour réaliser un récit finalement assez original mais surtout diablement prenant, dans lequel le lecteur en a largement pour son argent : les quelque 200 pages sont pleines à craquer et on en attend la suite avec impatience.

Que demander de plus ?

Champimages qui castagnent.

Battling Boy T1 *
Battling Boy T1 *
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 07:39
Jim Curious

Pas lourd, corps vacillant, un être pataud entre Teddy Bear et le Bibendum culbute d'un pied sur l'autre de son petit tout petit chez lui à la jetée voisine.

Qui est-il, cet être-silhouette engoncé dans des tonnes de fonte ? Jusqu'où compte-t-il traîner sa carcasse maladroite ?

Son visage apparaît alors, radieux, lorsqu'enfin l'élément marin l'accueille : Jim le scaphandrier vient de descendre dans son élément.

La plongée peut commencer.

La concierge de ces eaux, diaphane, légère, élégante danseuse aux filaments urticants, dissimule à grand peine le triste paysage du fond du port : caddie, télévision, voiture, bidon vide... La faune et la flore de la société de consommation figées dans leur froideur d'objets.

Il en faut bien plus pour arrêter Jim Curious, lui qui sait quels secrets se cachent vraiment sous la surface.

Il suffit de plonger, plonger, plonger...

Les plantes et les êtres se font de plus en plus étranges, nombreux et gigantesques : algues, coraux, tortues, poissons, mollusques, crustacés, une panoplie biologique que Jules VERNE ne renierait pas, un joyeux ballet de formes et de textures servies par des hachures voguant sur la nostalgie des planches scientifiques du temps d'avant.

Dans son scaphandre hors d'âge, Jim Curious sait qu'il entreprend un long voyage bien loin des restes macabres de son monde d'aujourd'hui.

Eponges labyrinthiques, murènes inquiétantes, raies majestueuses, bancs de maquereaux suscitent chez lui un enchantement de chaque seconde : ce spectacle que l'on imagine arc-en-ciel le noie dans une féérie telle qu'il en oublierait les quelques prédateurs qui peuplent eux aussi les bas-fonds.

Mais la frayeur reste de courte durée, la magie l'emporte, et Jim peut descendre pas à pas le long escalier de l'Histoire : un avion de guerre, un bateau pirate... La mer a tout avalé comme elle avalera tout le reste, sans doute, ne laissant derrière elle que la crête des vagues comme dernier miroir du monde.

Au fond, toujours plus au fond, notre plongeur insatiable finit même par entrer dans le mythe : colonnades, tympans, statues colossales, les portes de l'Atlantide s'ouvrent enfin et dévoilent un monde à jamais figé, à jamais animé par des êtres toujours plus étranges, difformes, mystérieux, étonnants...

Les profondeurs ne cachent pas simplement des trésors, mais aussi les secrets des origines : les formes se font plus simples, plus primitives, plus colossales, et d'étranges ondes parcourent le sol où, enfin, Jim peut poser pied.

Incroyable voyage que celui de notre petit scaphandrier, incroyable plongée que Matthias PICARD nous propose de la plus belle manière possible : en 3D.

La lecture de Jim Curious nécessite en effet de chausser des lunettes vertes et rouges qui nous ouvrent tout grand l'accès aux grands fonds et à la nostalgie.

N'entendez-vous pas l'étrange chant des baleines ? "La lumière revient déjà, et le film est terminé..."

Oui, Jim Curious a une légère odeur de Dernière Séance, teintée des embruns de Vingt mille lieues sous les mers.

3D, 3D, encore un qui surfe sur la vague cinématographique, vous direz-vous.

Que nenni : ici la profondeur est bien réelle et l'immersion totale.

La pesanteur des premières cases se dissipe dès que le monde aquatique s'impose et tout n'est alors plus que flottement, légèreté et dépaysement.

Tout le monde n'a sans doute pas la chance (comme moi) d'habiter une région littorale. Qu'à cela ne tienne, en attendant vos prochaines vacances au bord de mer, chaussez vos lunettes de plongée et allez faire un tour aux côtés de Jim : l'eau est tiède, les parages tantôt attirantes tantôt inquiétantes, parfait dosage d'aventure, et la promenade s'achève au cœur du monde et de l'Histoire, quelque part dans la nuit des temps.

Ce serait dommage de se priver d'un tel voyage dans le "petit laboratoire d'exploration séquentielle" que propose Matthias PICARD et que K-BD met à l'honneur ce mois-ci.

A vous de plonger !

Champimages qui nagent

Jim Curious
Jim Curious
Jim Curious
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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 17:12
Vanille ou Chocolat ? *

« Vanille ou Chocolat ? voit le jour sous la forme d'une série de sept organigrammes à la complexité croissante. L'asymétrie des embranchements suppose de mettre au point une notation spécifique pour les trois derniers organigrammes. Une fois tracé le plan de l'intrigue, un algorithme informatique est rédigé en vue de déterminer la méthode qui transposera ce plan en livre avec un maximum d'efficacité. Cependant, le problème s'avère NP-complet. Grâce à un algorithme heuristique V-opt qui tourne douze heures durant sur une bécane SGI, une solution est trouvée au printemps 2000. Ce n'est qu'après six mois supplémentaires de travail que la maquette est bouclée, une fois encore grâce à des algorithmes bricolés maison. Au terme d'une année d'élaboration, la production démarre et le livre est achevé un an plus tard. »

Vous l'aurez compris, Vanille ou Chocolat ? n'est pas un livre qui a été conçu à la légère.

Il n'est d'ailleurs pas non plus à lire à la légère, comme nous le rappelle le sous-titre : « Un livre, 3 856 histoires possibles ».

Impossible, direz-vous ?

Tournez deux pages pour en être convaincu : des onglets de type « intercalaires » dentellent les bords des feuilles et le livre, vu de la tranche « interne », ressemble davantage à un piano qu'à un ouvrage ordinaire.

Et vous n'avez encore rien vu.

« Vanille ou Chocolat ? » s'interroge le héros devant l'alléchant étal du marchand de glaces. Qu'à cela ne tienne, les deux choix seront possibles, ouvrant chacun sur un futur différent aux ramifications infinies – ou presque.

Ainsi en va-t-il de la vie de ce petit bonhomme – déjà croisé, lui ou son clone, d'ailleurs, qu'importe, dans les pages de Bookhunter ou Fleep – faite de choix successifs entre lesquels il ne peut trancher. C'est donc au lecteur-démiurge de choisir pour lui et de suivre les fils d'un destin sans cesse renouvelé.

Vanille ? Bon appétit !

Chocolat ? Bon appétit aussi !

Je vous laisse découvrir les différences par vous-mêmes...

La voie de la vanille commence par un fil blanc, la voie du chocolat par un fil noir.

Logique.

Des fils dans un livre ?

Disons plutôt des chemins tracés de case en case et surtout de page en page pour ne pas vous perdre – un Minotaure n'y retrouverait pas ses petits – et, de croisement en croisement, parcourir l'une ou l'autre des 3 856 trames narratives proposées par Jason SHIGA.

Donc oui, c'est possible, mais complètement fou.

Pouvait-il en être autrement d'un auteur aussi original que celui que Scott McCLOUD (excusez du peu !) qualifie ainsi : « Crazy + Genius = Shiga » ?

Pouvait-il en être autrement d'un diplômé de mathématiques dont les premiers travaux graphiques furent... des labyrinthes pour la revue McSweeney's Quarterly ?

A mi-chemin entre le livre dont vous êtes le héros (les numéros de chapitres étant remplacés par des chemins bel et bien figurés) et le labyrinthe (ici en trois dimensions, avec un petit air de Perplexus !) Vanille ou Chocolat ? offre une expérience de lecture innovante, déroutante et, parfois, un peu décourageante.

Innovante car jamais livre n'avait eu telle allure. Outre l'auteur et ses années d'investissement, on ne peut que féliciter les éditeurs étasunien (Amulet Books) et français (Cambourakis) pour la qualité de l'objet : les pages sont rigides et glacées (indispensable pour survivre aux nombreuses manipulations à venir !), les onglets bien placés et agréables à saisir et le tout offre un spectacle enchanteur avant même la première lecture. Les amateurs de livres-objets seront ravis.

Déroutante car les fils narratifs (qui ont un petit air de Trois Chemins, en plus embrouillé bien sûr !) nous baladent jusqu'à nous donner le tournis : un pas en avant, deux en arrière, trois sur le côté, la partie de cache-case nous entraîne entre toutes les pages dans tous les ordres possibles et imaginables et l'impression d'être parfois passé deux fois au même endroit nous plonge presque physiquement dans la trame labyrinthique. Fascinant.

De plus, d'une histoire à l'autre, notre regard ne peut s'empêcher d'apercevoir d'autres cases, d'autres pistes, d'autres vies (mais que fait ce calmar géant ici ??) que l'on a hâte de croiser, lors d'une prochaine lecture peut-être.

Mais on a beau les enchaîner, les accumuler, les répéter, ces lectures ne nous mènent pas toujours là où nous l'aurions souhaité. Voilà en quoi l'entreprise peut parfois être un peu décourageante pour les lecteurs : les boucles, les chausses-trappes, les impasses (apparentes) et autres précipices qui émaillent la route peuvent donner envie de baisser les bras et refermer le livre.

Un abattement qui ne dure qu'un temps : la curiosité l'emporte toujours, ainsi que l'envie de savoir ce que l'auteur a bien pu inventer pour nous conduire là où il nous conduit.

Bien sûr, on pourrait lui reprocher l'usage de la machine à voyager dans le temps qui permet bon nombre de pirouettes narratives (et la boucle et bouclée !) mais l'usage d'un tel artefact est un délicat exercice auquel il se livre avec brio.

Deux mots peut-être sur le dessin que d'aucuns jugeront simplistes mais que, pour ma part, je qualifierai de minimalisme efficace : l'essentiel est dans le propos et dans la virtuosité narrative, pas dans les effets graphiques.

De la bande dessinée plus que de l'illustration, en somme.

Vanille ou Chocolat ?, un opus que l'OuBaPo ne renierait sans doute pas, une aventure narrative hors des sentiers battus (rarement le livre avait été mis à profit de la sorte, à part peut-être chez Marc-Antoine MATTHIEU) qui a toute sa place dans la sélection d'avril de K-BD et son « petit laboratoire d'exploration séquentielle ».

On pouvait difficilement tomber plus juste !

Champimages à suivre, à suivre, à suivre...

Vanille ou Chocolat ? *
Vanille ou Chocolat ? *
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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 08:40
Alack Sinner - Rencontres

Noir, très noir, l'univers d'Alack Sinner. C'est New York, c'est la pluie, la neige, la nuit, les gueules cassées, les gueules de bois, les cris des voisins, les hurlements dans la rue, les coups de folie, les coups de feu, les coups de blues.

Le blues, il vibre jusqu'au fond du caniveau sans lune (merci SOKAL), du verre jamais vide, des yeux jamais secs du détective privé jamais bien.

Tout avait pourtant presque bien commencé : Alack décide de quitter la ville quelques jours pour aller voir son père, quelque part dans le trou du cul du rien. Il embarque avec lui un auto-stoppeur trop manchot pour agiter le pouce mais trop lucide pour ne pas voir que quelque chose cloche chez l'homme à l'imper. "C'est toi-même que tu vas chercher".

Facile à dire mais tellement vrai.

Surtout que pas grand monde cause à Alack, qui préfère vivre reclus avec son verre et ses lendemains qui cognent.

D'ailleurs son propre père n'aura pas grand chose à lui dire, perdu dans son monde de routine emmerdante.

Mais à qui causer alors ?

A ses "amis" de la police qui le détestent plus qu'autre chose ?

A Enfer, celle qu'il a aimée et qui l'a aimé et qui revient d'entre les morts ?

Trop de fantômes autour d'Alack.

Fantômes du passé (merci DICKENS) jamais loin dans la fumée des clopes, fantômes du présent qui dansent derrière la vitre embuée, fantômes de l'avenir qui pour l'heure s'agitent dans la rue, arme au poing et bave alcoolisée aux lèvres.

Faut-il détester à ce point son personnage pour lui faire traverser de telles épreuves ? C'est la question qu'ont pu se poser les premiers lecteurs de la série quand, en 1975, Alack Sinner apparaît dans les pages du mensuel italien Linus. L'Italie est alors à deux pas de l'Argentine (Hugo PRATT a fait plusieurs allers-retours) et c'est Charlie Mensuel qui fait franchir les Alpes au privé de bonheur.

A la plume - ou plutôt la Remington, sans doute - Carlos SAMPAYO, qui a fui l'Argentine "pour des raisons politiques" (sic). Emprunt de la noirceur des clubs de jazz new yorkais et de la nostalgie des bas-fonds argentins, il façonne dans la boue, le sang, les larmes et le vomi un personnage aux allures de plaie vivante : le monde n'a pas fait de cadeau à Alack alors il le lui rend bien. Il se détruit lentement mais sûrement, ses rares sursauts ont souvent l'avant-goût de la chute et ses maigres rayons de soleil sont balayés par toutes les tempêtes dont il ne peut se défaire.

Dévoré par un monde qui le dépasse, Alack est coincé entre les souvenirs, les journaux, les pubs, les chansons, les pensées, les cris, les corps qui l'entourent et l'étouffent.

Une profusion envahissante que José MUÑOZ, aux pinceaux, restitue avec brio. Autre exilé argentin (c'est en Europe qu'il rencontre son complice), le dessinateur est un maître dans l'art des gueules de douleur et des formes torturées (on le serait à moins) : la beauté humaine a peu de place dans son monde, tout au plus trouve-t-elle une place dans l'élégance de la ligne et la force des contrastes entre des noirs puissants et des blancs asphyxiants.

Evoquant tour à tour PRATT, COMES ou BAUDOUIN, le trait de MUÑOZ est une danse aussi dérangeante que troublante, aussi brumeuse qu'envoûtante. Les ombres vivantes et les traits déchirés brossent une galerie de premiers, deuxièmes, troisièmes et quatrièmes rôles d'une force et d'une présence sans égales.

L'image ne lui suffisant pas, l'artiste rajoute partout, tels des virus pernicieux, des mots : affiches, journaux, badges, t-shirts... arborent slogans, appels à l'aide, revendications ou bouffées d'étrange jusqu'au vacillement.

Le monde de MUÑOZ est souvent plus bavard que ses personnages.

Certes, Rencontres n'est pas la première incursion d'Alack Sinner dans le monde de la BD, mais ses aventures ne sont pas faciles à trouver.

Ceci étant, avoir lu les tomes précédents n'est pas indispensable pour se faire happer par ce tourbillon graphique et narratif qui, s'il déroute dans un premier temps, exerce rapidement sur le lecteur un effet hypnotique : balloté sur la tempête de l'étrange, cramponné à la stabilité précaire d'un dessin trop vibrant, il essaie de surnager, à l'image du héros.

Une plongée au cœur des âmes meurtries à défaut d'un récit au cours tranquille.

Parfaite illustration d'une Argentine en sang à l'époque où le privé (de liberté et d'expression) voit le jour.

Un incontournable pour notre mois argentin sur K-BD.

Une redécouverte.

Champimages à bout de souffle.

Alack Sinner - Rencontres
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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 15:15
Spaghetti Brothers T1

Dans la famille Centobucchi, je voudrais...

Amerigo, l'aîné. Déjà dégarni, ventripotent, toujours bien mis, la moustache bien taillée, et les ennemis bien noyés dans le port de New York. Dans le milieu des "affaires", on ne plaisante pas avec les règles. Ni avec la "mama", qu'Amerigo vénère plus que tout.

Caterina, la première puînée. Belle brune au regard de braise, elle enflamme le monde du cinéma (et ses producteurs véreux) par son talent à remplir les sales et alimenter les fantasmes par (entre autres) son prétendu passé de princesse gitane.

Francesco et Carmela, les jumeaux cadets. Lui rentré dans les ordres, portant fièrement soutane et brandissant fougueusement crucifix, elle menant la vie bien ordonnée - et ordinaire - de femme au foyer.

Antonio, enfin, le benjamin, né pendant la traversée de l'Atlantique. A endossé l'uniforme de policier pour redresser les torts - nombreux - d'une époque sans pitié. Peut-être aussi pour porter secours à ceux qui, comme lui, ont à endurer la violence d'un aîné, Amerigo n'ayant jamais pardonné à Tony la mort en couches de leur mère.

Cinq destins latins lâchés dans le grand Nouveau Monde, en quête d'une vie meilleure, sous quelque forme que ce soit. Mais le rêve "américain" (sic), aussi polymorphe soit-il, n'en a pas moins un goût amer...

Nostalgie acide, règlements de compte, violence conjugale, querelles de clochers, trafics, manipulations, faux-semblants, coups de sang, lâchetés, bassesses, mensonges, silences ou éclats de voix font le sel quotidien de cette famille pas ordinaire mais tellement humaine : les erreurs des uns, les égarements des autres constituent le ciment du solide mortier familial qui les unit, même si tout, parfois, les oppose.

Chacun protège l'autre à tour de rôle, ou interfère - parfois bien malgré lui ou elle - dans la fragile partition de sa vie : cinq vies liées par les mille croisements des fils du destin.

Grand marionnettiste au-dessus de cette incroyable galerie, feu Carlos TRILLO (que j'avais d'abord découvert avec la géniale et méconnue série Cybersix, dont il faudra que je vous parle ici un jour) manie à merveille l'art du comique de situation et surtout celui des récits et des vies croisées : pas une seule fausse note, tout sonne juste dans ce chassé-croisé permanent des vies mouvementées de ses cinq héros et héroïnes.

Bien que les couvant sans aucun doute avec une grande bonté paternaliste, il ne leur épargne toutefois aucun coup du sort, aucune humiliation, aucune douleur non plus, enrichissant à chaque histoire courte leurs vies déjà bien chargées : d'anciens secrets ressurgissent, d'autres voient le jour, certains disparaissent à jamais (le corps lesté d'un bloc de béton ou deux), le tout se tricotant et détricotant avec minutie et efficacité.

Le format court de chaque histoire (plus d'une vingtaine par tomes, dans la première édition française) nécessite un rythme toujours soutenu et un sens du raccourci et de l'essentiel que TRILLO maîtrise avec brio (ah ah).

A la plume, Domingo MANDRAFINA partage cet art de l'ellipse et du condensé : pas une case de trop dans ces récits tracés au cordeau et mis en page avec la rigueur du gaufrier de six cases (rarement chahuté).

Son trait, lui aussi extrêmement rigoureux, presque un peu old school à première vue, est d'une redoutable efficacité : des décors justes, réalistes, jamais envahissants, des visages parfaitement maîtrisés avec le soupçon d'exagération nécessaire pour rendre la violence des sentiments (ah, Méditerranée, quand tu nous tiens...), et une mise en scène parfaite des compositions et des postures.

Rien à redire.

Les flash-back sont figurés par la disparition des aplats noirs au profit de hachures grises du plus bel et discret effet. Agrémentés parfois de vieilles photographies qui ne jurent pas avec le reste.

Du noir, du blanc, du gris.

La quintessence de la BD (si, si) surtout quand elle veut mettre en images une époque (les années 30) et un genre (le genre "roman noir", un peu, quand même) qui s'y prêtent autant.

Se pose donc une nouvelle fois la question de la mise en couleur postérieure à la première édition française : pourquoi, après le Grand Pouvoir du Schninkel, Bloodline ou Silence, continuer à massacrer de magnifiques œuvres en noir et blanc en les sacrifiant sur l'autel de la couleur à tout prix ?

Non, Spaghetti Brothers ne gagne rien à sa mise en couleurs, et je ne suis pas sûr qu'un public plus important y ait eu accès grâce à cela.

D'ailleurs, si la couleur était un véritable argument de vente, les manga ne se vendraient pas autant.

Allons bon, voilà que je me paie un coup de sang digne des Centobucchi ! Ça doit être contagieux à la lecture !

Celle des quatre tomes de la première édition ou de l'intégrale désormais disponible, mais aussi celle de Vieilles Canailles, la suite des aventures de ces enfants terribles, de nombreuses années après. Plaisir intact de retrouver de vieux amis toujours d'attaque, toujours bancals, donc toujours parfaits.

Merci à K-BD et à son mois de mars argentin de m'avoir permis de me replonger dans cette perle noire très drôle malgré la gravité du contexte (non, la vie n'était pas marrante aux Etats-Unis dans les années 30) et la violence des histoires.

En prime, comme bon nombre de ses compatriotes, TRILLO a su évoquer de manière détournée l'Histoire de son pays à travers les péripéties politiques d'un des cousins de la famille Centobucchi. Pour que personne n'oublie jamais.

Après cette lecture, plongez-vous dans celle d'une autre œuvre phare du scénariste : Cybersix, mise en images par le regretté Carlos MEGLIA.

Espérons qu'un jour les éditeurs français donneront une nouvelle vie cette BD méconnue et, pourquoi pas, traduiront les premiers livres de Carlos TRILLO, qui collabora, dans les années 70, avec certains de ses plus fameux compatriotes.

De bien belles heures de lecture à venir !

Spaghetti Brothers T1
Spaghetti Brothers T1
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