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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 08:50

Bonne nuit Punpun 1 - CouverturePunpun va à l'école bien sagement, même s'il se laisse parfois entraîner par les autres garçons pour regarder un magazine porno. C'est de son âge.

Punpun rougit quand la petite Miyo lui parle. Normal.

Punpun n'aime pas quand ses parents se disputent. Trop souvent à son goût.

Punpun préfère quand son père lui offre un beau téléscope.

Punpun aime bien son tonton Yûichi, avec son bonnet et ses lunettes rectangulaires. Surtout qu'il lui a appris une prière lui permettant, en cas de besoin, de doute, d'angoisse, de faire venir Dieu en personne, rien que ça.

Punpun rougit quand Aiko, une nouvelle élève, le regarde et sourit de toutes ses dents - ou presque.

 

Punpun est finalement bien un jeune japonais comme les autres.

A peu de choses près.

Car Punpun est un oiseau. Comme ses parents, d'ailleurs. Et son oncle. On doit être oiseau de père en fils dans la famille Punyama.

Il parle peu, voire pas - contrairement à ses proches - mais tout le monde le comprend.

Il n'a pas vraiment de bras - logique - sauf lorsqu'il en besoin. Logique aussi.

 

Et son monde est tellement compliqué, entre son père qui ne revient plus depuis que des cambrioleurs ont tout cassé dans la maison et que sa mère a fini à l'hôpital, et cette nouvelle, là, Aiko, qu'il a juré de protéger, et qui lui demande de l'aimer toute sa vie... Et ne parlons même pas de cette grande usine désaffectée aperçue dans une étrange vidéo... Son monde est tellement compliqué, donc (oui, j'avais un peu perdu le fil de ma phrase !) qu'il a fini par s'imaginer un avenir rassurant quelque part dans les étoiles, sur une petite planète que le Petit Prince a dû croiser sur sa route.

 

Mais pour l'heure, vers qui se tourner ? Vers ses professeurs, qui savent l'écouter de leur attentive oreille professionnelle ? Vers le principal de son collège, figure d'autorité paternelle ? Délicat. Car les uns simulent d'étranges danses de la victoire en classe tandis que les autres jouent à cache-cache dans les couleurs de l'établissement.

Les parents de ses amis ? Violents, alcooliques, membres de sectes...

L'avocat qui va s'occuper des problèmes de la famille ? Son strabisme et sa bave aux lèvres ne sont pas très rassurants...

 

Voilà peut-être le problème de Punpun : dans son monde, on ne peut compter que sur les autres enfants. Pratique, en un sens, car au moins, entre eux, ils se comprennent. Mais ils ne sont que des enfants, et quand un étrange bruit se fait entendre dans les entrailles de l'usine abandonnée, bien malin celui qui pourra dire qui fera ...le malin.

 

Reste tonton Yûichi, venu s'installer chez les Punyama le temps que tout rentre dans l'ordre, mais quand son regard se métamorphose sous l'action des femmes forcément séductrices et tentatrices, on se demande s'il a encore toute sa raison.

Non, vraiment, pas sûr que les adultes soient dignes de confiance... Dieu peut-être ? Peut-être...

 

Etrange univers que celui développé par Inio ASANO : tous les ingrédients du shônen/seinen sont réunis, avec salles de cours, ambiance collégienne, relations amoureuses et mystère à la clef... Mais s'y ajoute ce petit Punpun, cet oiseau qui dénote - pour le lecteur seulement ! -  d'autant plus qu'il bénéficie d'un traitement graphique différent, minimaliste, simple cerne noir au centre duquel trône le simple point noir de son oeil. L'occasion pour l'auteur, d'ailleurs, de nous livrer quelques cases fleurant bon l'abstraction. Comme d'intriguantes respirations.

 

Ce décalage graphique est un extraordinaire ressort narratif, qui permet à la fois à ASANO de traiter de sujets graves - la violence conjugale, entre autres - avec distanciation, et d'introduire une bienvenue touche poétique dans un monde où tous les repères ont volé en éclat.

 

Sans vouloir entrer en détails dans une analyse sociologique poussée - ce dont je serais en fait bien incapable, d'ailleurs ! - Punpun, enfant-oiseau-minimaliste, semble être le parfait révélateur de la plupart des travers de la société japonaise d'aujourd'hui, où les générations ne se comprennent plus, évoluent dans des mondes hermétiques, où les adultes, vus par les yeux des enfants, sont au mieux incohérents, au pire dangereux, et où les comportements les plus extrêmes finissent par s'afficher, à travers les sectes ou des élans meurtriers et suicidaires.

 

Ne reste donc à Punpun que l'amour, qui fait tourner de l'oeil et perdre la parole, et le rêve - même si les cauchemars ne sont jamais loin.

 

Bonne nuit Punpun, donc, en espérant que ton voyage nocturne se passe bien, et qu'à ton réveil le monde soit un peu meilleur que la veille.

Même si tu en doutes.

 

Champimages en décalage.

 

Bonne nuit Punpun 1 - Extrait 2

 

Bonne nuit Punpun 1 - Extrait 1

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