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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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24 août 2019 6 24 /08 /août /2019 14:00

La Librairie Falba s'est associée au cinéma Pathé Liberté pour proposer les Rencontres BD-Ciné à la fin du mois.

Au programme : des tables rondes, des dédicaces et des projections.

M'a été confiée la belle (et lourde !) tâche d'animer 4 tables rondes qui se dérouleront au 1er étage du Pathé Liberté :

- ven 30/08 - 10h : Tintin et le cinéma, avec Renaud NATTIEZ (spécialiste de Tintin et d'Hergé)

- sam 31/08 - 14h30 : Arthur et les Minimoys, avec Phil CASTAZA (dessinateur de BD)

- sam 31/08 - 20h : Sergio Leone, avec Noël SIMSOLO (cinéphile, scénariste...) et PHILAN (dessinateur de BD)

- dim 01/09 - 20h : Les 4 saisons d'Espigoule, avec Christian PHILIBERT (réalisateur) et Axel GRAISELY (scénariste de BD).

Chaque table ronde sera suivie d'une projection.

De quoi lire et voir !

Rencontres BD/Ciné à Toulon les 30-31/08 et 01/09

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 11:01

Avec le talent, l'humour, le minimalisme et la justesse qui le caractérisent, Tom GAULD nous livre une nouvelle série de dessins légendés et de bandes dessinées dont la finesse n'a d'égale que la poésie - et la philosophie.

En cuisine avec Kafka nous invite au pays des livres, des auteurs, des personnages, des lecteurs et met la plume sur les travers de tous ces protagonistes du bibliovers : les attentes, les défauts, les récurrences, les folies, les voies de traverse, les improbabilités, les évidences...

Comme dans tout recueil thématique, difficile d'éviter certaines redondances - surtout si l'on a déjà eu entre les mains Vous êtes tous jaloux de mon jet-pack - mais le plaisir est constant.

A picorer sans modération, entre deux autres lectures.

(L)ivre !

Champimages entre les pages

En cuisine avec Kafka*
En cuisine avec Kafka*

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 14:03

"Grand voyant Yoruba

Prof .Fall

Père du secret - Devin initié aux mystères d'Ifa

Met fin à tous vos problèmes, quelque soit la difficulté, de loin ou de près. Conseil, réconfort, chance et bonheur. 32 ans d'expérience."

Voilà de quoi Michel aurait grand besoin, alors que sa vie part en lambeaux : de conseil (pour tenter de retrouver son chemin, un simple chemin, même !), réconfort (tellement le monde le malmène !), chance (lui qui a plutôt tendance à être au mauvais endroit, au mauvais moment...) et bonheur (lui qui en administre par feuilles de soin interposées en enregistrant les dossiers à la Sécu).

Pour l'heure, en lieu et place de tout cela, Michel n'a doit qu'à des barres d'immeubles, un sous-bois boueux entre deux fleuves, un kebab avec son collègue Roger qui aime tant le football et des phobies.

Terribles, elles le rongent, l'obsèdent, altèrent son regard sur le monde.

"512 fenêtres. Un simple nombre peut parfois faire perdre la tête à celui qui le ressasse tous les jours. Plantés au coeur de la ville, deux immenses barres d'immeubles barrent l'horizon sur treize étages. Tous ces blocs... Toutes ces lignes... Tout converge en un seul point de fuite...

... la chute."

 

Il passe, il repasse, il ressasse, et le monde lui semble soudain plus sombre, englué dans des trafics d'armes, de diamants, de femmes, entre l'Europe et l'Afrique. Sans doute le fruit de ses hallucinations, de ses phobies.

Les bruits, les odeurs, les sensations s'amplifient. Tout semble tellement exagéré, déformé. Même les images du journal télévisé ne peuvent être vraies. Trop crues, horribles, inhumaines.

 

Comment survivre à cela quand la réalité elle-même fait écho à vos hallucinations ? Quand la chute attendue se produit, quand le terrain vague cache bien les secrets entrevus, quand les filles attendant le long des vans de long des routes vous attendent vous, comme vous vous y attendiez ?

Par la médecine ? "Vos difficultés psychologiques doivent être liées à des pensées ou des comportements inadéquats à votre environnement. Je vais donc analyser tous ces paramètres et tâcher de les remplacer par d'autres, plus adaptés à notre société."

Par la magie ? "Eji ogbe mo ko ki o to, oyeku meji mo ko ki o to..."

A moins qu'il ne soit déjà trop tard...

 

Quelle histoire terriblement noire Tristan PERRETON a composée ! Histoire de chute, de spirale, d'enfer sur Terre, Prof. Fall concentre ce que l'Europe occidentale a de plus anxiogène, pathogène, malsain et tentaculaire : les réseaux, l'oppression, la routine, l'asservissement sous toutes ses formes, l'enfermement, la chute, la chute, la chute...

Pour faire écho aux cris de ce monde qui n'en finit pas d'agoniser - et qui s'incarne dans ce pauvre Michel en déliquescence - Ivan BRUN a trempé sa plume dans un noir et un brun qui n'offrent guère d'alternative à l'asphyxie.

De l'espoir ? Dans une autre vie, sans doute.

Des nuances ? Dans les taches les plus sombres. Les plus forts en haut, les plus faibles au fond du trou, creusant de leur doigts blessés aux ongles arrachés des fosses aussi insondables que leurs regards morts.

Un méchant est mort, pourtant ! _ Tu parles. Sommet de l'iceberg, goutte d'eau, pseudo justice dérisoire.

 

Prof. Fall nous entraîne par ses mots, son rythme, son dessin, son histoire, sa construction, au coeur de la nuit qui couve au creux de la civilisation.

Bienvenue en enfer.

Prof. Fall*
Prof. Fall*

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 09:38

Comme vous le lirez un jour entre ces notes - quand j'aurai eu le temps de mettre tout cela au propre - j'ai eu la chance l'été dernier d'animer une table-ronde durant le Festival BD de Solliès-Ville sur le thème de l'autobiographie.

Parmi les auteur-e-s se trouvait Aude MERMILLIOD, que je ne connaissais pas encore et qui m'a fait découvrir sa première bande dessinée (si je ne me trompe pas), Les Reflets changeants.

Reflets du soleil sur les vagues de la Méditerranée, reflets sur les rails qui la bordent, reflets dans les souvenirs d'un vieil homme qui ne se remet pas de son passé...

Elle, c'est Elsa. "J'ai 22 ans, je suis fraîchement diplômée, je suis brillante. Et très amoureuse. Et tout disparaît derrière ça. A la question "Comment vas-tu ?", je réponds : "Et ce moment il va plutôt bien." Il est beau, talentueux, plus âgé que moi, juste ce qu'il faut pour me donner de l'importance. Et surtout assez sombre pour le rendre fascinant à mes yeux. Un vrai rêve de petite fille, quoi."

Ballotée entre deux villes, deux vies, elle fait à peine moins le yoyo que son coeur malmené. Heureuse en demi-teintes, accro, déchirée, elle souffle, elle souffre, le train-train l'entraîne trop loin.

Lui, c'est Jean. Conducteur de T.E.R., divorcé, dragueur, père d'une adorable fillette aux yeux trop écarquillés devant lui. Il a beau embarquer chaque matin, il ne cesse de revenir à son point de départ. Il lui faut partager le banc d'un vieillard venu faire promener son chien pour enfin se mettre à voyager, à travers un cahier oublié : "Mon avenir est derrière moi."

Lui, c'est Emile. Vieux mais toujours debout. Accompagné de son chien, il arpente un monde qu'il espère silencieux mais que des acouphènes intermittents changent en enfer vrombissant. Une fois rentré, il retrouve sa moitié. "Comme tu as changé, ma poule. Parfois j'ai du mal à y croire... Je reconnais que c'est mon état qui t'a rendue comme ça. Je sais que tu es triste, inquiète. Et que ça te rend chèvre. Toi, mon joli moulin à paroles, contrainte à ce terrible silence, parfois tu es haineuse et frustrée. Pour ma part mes sentiments n'ont pas changé."

Voilà sans doute ce qui unit cet improbable trio - au-delà des trains, des rails - : les sentiments. Ceux qui vont, ceux qui viennent, ce qui restent, ceux qui partent, ceux qui changent. Rien n'est jamais simple, jamais. Les salauds le sont mais pas seulement, les gentils non plus... Une somme d'égoïsmes plus ou moins sous contrainte, sous contrôle, plus ou moins écrasés ou exacerbés par l'Histoire et les histoires.

 

De sa ligne claires aux petits airs de DUPUY & BERBERIAN ou Jean-Claude DENIS (on a déjà vu pire !), Aude MERMILLIOD prend le temps de poser les vies de ses personnages, de les dérouler au fil du temps, des rencontres, des distances, de leurs recherches, leurs errances, leurs buts.

Les couleurs tranchées comme les ombres et lumières de la Méditerranée laissent parfois la place au papier jauni d'un vieux carnet, inspiré du journal intime du grand-père de l'auteure. Difficile alors de faire la part entre fiction et autobiographie (souvenez-vous du début de ce texte !) et quand on lit "je dédie ce livre à ma mère" à la fin du livre, on comprend le poids qu'une telle histoire a pu peser sur une histoire familiale.

Belle manière en tout cas que d'entremêler les fils du présent et du passé, de l'imaginaire et de la réalité, pour digérer ce qui doit l'être, mettre à distance le reste, et avancer.

Dans quelque direction que ce soit, au gré des reflets.

Champimages en écume de mémoire.

 

Les Reflets changeants*
Les Reflets changeants*

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 09:06

"S'il se passait quelque chose, ce serait incroyable. On sortirait ensemble, on s'embrasserait. Mais ensuite, ça serait compliqué au moment de rompre. Je ne supporterais pas tant de tristesse. Quelle misère !

_ Hey ! Calme-toi. Tu te rends compte ? Tu ne te l'es pas encore tapé que tu veux déjà rompre !"

Quoi, encore des histoires d'amour adolescentes ? Teintées de nostalgie - jusque dans le titre - de fantastique et de filles aux têtes bien trop grosses pour leur corps ? Et alors ! Si Tony SANDOVAL tourne et retourne en tous sens ces ingrédients récurrents, c'est sans aucun doute parce qu'ils font partie de lui - et de l'univers plus cohérent qu'il n'y paraît qu'il développe au fil des albums.

La nouveauté qu'il apporte ici réside dans une petite grenouille à TRES grande bouche qui rencontre, accompagne et commente la vie de l'héroïne. Anti-Jiminy Criquet, elle est avant tout là pour ouvrir la voie de l'interdit ou de "l'inosé" : aller plus loin qu'on ne s'en sent capable, faire ce dont on rêve sans franchir le pas... Vous avez dit "mauvaise conscience" ? Alors qu'il s'agit au contraire de vivre !

Le baiser-atomique qui s'en suit est bien la preuve que l'intensité du moment vaut bien toutes les "nostalgies futures du monde". A voir toutefois quelles surprises nous réserve la suite...

Car avec Futura Nostalgia, l'auteur tient enfin un outil éditorial - Muertito Press - qui lui permet de s'adonner à un format court qui n'est pas sans rappeler celui des comics qu'il affectionne. Format court et parution régulière, de quoi se permettre de luxe d'un mode presque feuilletonnesque et, pourquoi pas, de se ménager des surprises pour lui aussi.

Graphiquement, le trait est toujours aussi changeant, pertinent, tantôt ferme tantôt dissout, et les couleurs font la part belle aux aquarelles évanescentes presque inquiétantes.

La grenouille et les créatures fantastiques permettent à Tony SANDOVAL d'assouvir son amour pour le bizarre, et une petite mise en abyme via le monde des fanzines nous rappelle combien il est et reste un amoureux inconditionnel de la bande dessinée.

Malgré l'humour - souvent cru - du batracien, difficile toutefois de rire de bout en bout : dès l'ouverture, le vent se fait tempête, et le retour furieux d'un mari trompé nous rappelle que "les histoires d'amour finissent mal".

Affaire à suivre, donc, mais la nostalgie semble bel et bien au rendez-vous. On ne se refait pas...

Champimages qui ont des hauts et des bas...

 

Futura Nostalgia T1*

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 07:51

(Désolé pour cette étrange mise en page avec image centrale mais OverBlog n'en fait qu'à sa tête. Passons...)

Au commencement étaient les ténèbres. Des corps étendus au sol, des menaces rampantes et, au loin, une lumière aveuglante. Quel sombre ennemi a tendu un tel piège à Hannah la magicienne et à ses trois acolytes ?

"Dois... m'extirper... des ténèbres...

_ Sévère, la cuite que tu as prise hier soir."

Lecteur qui entre ici, abandonne tout sérieux et tout premier degré ! Car le donjon que Kurtis J. WIEBE et Roc UPCHURCH nous proposent d'arpenter est avant tout un bon moyen d'exploiter les poncifs du genre pour en tirer l'humoristique moelle.

Nos quatre héroïnes (Hannah, donc, qui manie les arts magiques les plus sombres, Betty, l'agile et gloutonne gnome, Violet, la guerrière naine - sans barbe - et Dee l'envoyée des dieux) constituent en effet une équipe d'aventurières au sens le plus classique du terme pour toute personne un tant soit peu familière avec les univers du jeu de rôles (que ce soit sur table, au format numérique ou en grandeur nature) : un guerrier, un voleur, un magicien, un prêtre (enfin, passez le tout au féminin, hein ?), tout pour réussir à surmonter tous les dangers.

Les pires obstacles que notre féminin quatuor doit affronter sont avant tout la rancoeur de leurs contemporains, passablement agacés par leurs exactions alcoolisées entre deux missions : bagarres de tavernes, vitrines éventrées et autres dommages collatéraux surviennent à chacun de leur retour au foyer, dans l'habituellement tranquille ville de Palissade.

Qu'à cela ne tienne, le dirigeant se montre magnanime : "Le maire Kane concèdera à annuler vos peines de donjons si vous acceptez l'une de ces quêtes." Après le début dans une taverne, voici donc la présentation de la quête. Classique. Si ce n'est qu'ici il n'est pas question de refuser et que, de plus, cinq équipes d'aventuriers se retrouvent au charbon. Cinq équipes qui donnent aux auteurs une nouvelle occasion de se moquer des clichés : Les Abricots (aux couleurs sans équivoque), la Confrérie du Catogan (aux coiffures sans équivoque !) ou les Ténèbres Obsidiennes (à la noirceur sans... bon, vous avez compris) vont tour à tour aller s'acquitter de missions en apparence anodines derrières lesquelles se cache un terrible et tentaculaire complot...

Mêlant action et humour, Rat Queens (du nom de notre fière équipe d'héroïnes) détourne les canons du genre "jeuderôlistisque" autant pour amuser, force clins d'oeil à l'appui, les amateurs, que pour séduire les curieux attirés par le médiéval-fantastique.

Les auteurs en profitent, entre deux bastons, pour se pencher sur l'histoire de chacune des quatre protagonistes, leur conférant ainsi un peu de profondeur et questionnant certains travers du genre, notamment son machisme (en perte de vitesse ces dernières années, encore que) et son manichéisme (les questionnements religieux de Dee, indépendamment de la "plus-value tentaculaire" qu'ils apportent, sont intéressants).

Rat Queens ne révolutionnera ni le monde ni le genre mais offre des histoires à rebondissements autour d'héroïnes attachantes dont on peut découvrir les fiches de personnages en début de tome 2. Une bonne manière, qui sait, de s'intéresser un peu plus aux jeux de rôles et, pourquoi pas, de tenter cette aventure ludique encore méconnue de beaucoup.

Champimages à lire entre deux donjons.

Rat Queens T1&2
Rat Queens T1&2

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 15:46

29 ans et toutes ses bulles !

Le Festival BD de Solliès-Ville souffle ses 29 bougies les 25-26-27 août 2017 (autant dire à partir de demain !).

Cette année encore, j'ai la chance de :

- coordonner l'espace "fanzines, jeunes talents et auto-édition"

- animer deux tables rondes :

* samedi 26/08 à 11h : David B. nous parlera de son itinéraire, de son travail et de l'affiche qu'il a réalisée pour cette 29ème édition.

* dimanche 27/08 à 11h : David B., Eric CARTIER, Tony SANDOVAL et Jean-Louis TRIPP nous parlerons de la bande dessinée auto-biographique.

Un beau programme en vue !

 

 

 

29° Festival BD de Solliès-Ville

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 18:07

"Argentine, 1925.

Je savais qu'elle m'aurait.

La Pieuvre n'oublie jamais.

Les seules inconnues étaient où et comment... Eh bien voilà.

Un enfant, un flingue et c'est fini, tout s'arrête ici.

Ici, je n'appartenais plus à cette mafia. J'avais ma vie.

Eveillée, consciente.

La vie de Gustave Babel...

Et maintenant je meurs..."

La Pieuvre ? Une organisation criminelle parisienne tenue par le Nez, l'Oeil, la Bouche, l'Oreille. Gustave Babel travaillait pour elle, tuait pour elle. Car la Pieuvre sait tirer parti des Talents de ceux qu'elle emploie.

Son Talent ? Parler toutes les langues du monde. Toutes. Sans accent (sans doute, mais allez entendre, entre les pages !), instantanément, avec aisance. De quoi être un parfait passe-partout, un parfait citoyen du monde, un parfait anonyme aussi. Difficile d'exister vraiment, dans te telles conditions.

Que faisait-il en Argentine, en cette année 1925, ce polyglotte de Babel ? Il se cachait. Pour échapper à la Pieuvre, qu'il avait décidé de fuir. Pour échapper aux cauchemars qui le poursuivaient depuis 1913. Peut-être surtout pour laisser derrière lui le terrible passé qui l'avait façonné. Car on ne dispose pas d'un tel Talent impunément.

Argentine, Angleterre, France, Egypte, Allemagne... Les lieux se bousculent autant que les époques alors qu'une carte sanglante se dessine sur sa poitrine. La mort lui laisse le temps de faire le point sur les décennies qui ont changé sa vie - et lui en ont fait changer un paquet, aussi.

Une vie éparpillée comme le fut longtemps sa mémoire. Une vie soumise aux ordres, à la violence et aux cauchemars. Une vie en partie soutenue par la poésie. Baudelaire. "Quand on lit des livres sales, on fait des cauchemars." La beauté n'est décidément pas à la portée de tous. "Par-delà le soleil, par-delà les éthers / Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides."

Un envol permis et accompagné par les "morts qu'il n'a pas tués" et qui le hantent comme autant de bornes jalonnant la route vers son passé. Un fou, un enfant, un homme entre deux âges, un incendie, une noyade, un arbre dans un champ et ces pierres tombales à perte de vue...

 

Comme vous l'aurez compris, rien d'évident dans La Malédiction de Gustave Babel : le temps, l'espace, le rêve, la réalité composent un vaste puzzle dont l'agencement même relève d'une forme de poésie - graphique, narrative, elliptique.

GESS, que l'on connaissait surtout comme dessinateur (je vous en ai souvent parlé ici à travers sa magistrale Brigade Chimérique avec Serge LEHMAN - qui signe la préface) nous livre ici une histoire dense et complète qui navigue dans les mêmes eaux que La Brigade : une époque, des milieux, l'art et le fantastique, un cocktail parfaitement dosé qui nous fait voyager, nous intrigue, nous absorbe. Les nombreux allers et retours dans le temps et à travers le monde ne nuisent en rien à la lisibilité, servis par des tonalités chromatiques savamment travaillées.

On retrouve le dessin souple et parfois sauvage mis au point dans La Brigade, loin de la netteté de Carmen McCallum : parfois peu de détails, des formes toujours mouvantes - à commencer par la tentaculaire chevelure du héros - et des noirs, des noirs, tantôt profonds, tantôt charbonneux, qui soulignent aussi bien les tourments que la noirceur de l'histoire.

Au-delà de ce seul personnage dont il reconstruit la vie, GESS nous livre un univers dense, pour partie insaisissable, qui fait écho à la riche littérature policière et/ou fantastique déjà évoquée, abordée, enrichie dans La Brigade : une organisation criminelle internationale, des tueurs aux étranges Talents, des dizaines de vies croisées et entre-croisées et la richesse sans fin de l'onirisme et du vaste champ de la mémoire.

A peine ce titre refermé que nous voulons en savoir plus, découvrir d'autres vies, d'autres Talents, d'autres histoires. Que Babel ne soit qu'une porte vers mille tomes encore, comme le serait la Tour ou la nouvelle borgésienne éponymes.

Cela tombe bien : l'album est sous-titré "Un récit des contes de la Pieuvre". Ne nous reste donc plus qu'à attendre le prochain conte, en espérant que l'attente ne soit pas trop longue.

Remercions enfin les éditions Delcourt pour le magnifique écrin qu'elles ont offert à l'histoire : une couverture épaisse, soyeuse, où texte et image se découpent en relief ou en creux. Une touche de bibliophilie bien assortie à l'époque mise en scène.

Immersion totale aux côtés de la Pieuvre. Vivement la prochaine plongée.

Champimages denses qui dansent.

 

La Malédiction de Gustave Babel*
La Malédiction de Gustave Babel*
La Malédiction de Gustave Babel*

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 09:10

"Ce sont des êtres d'exception, Watson, et la justice ne peut s'appliquer dans leur cas.

Voilà donc l'original point de vue défendu par le célèbre Sherlock Holmes : on ne peut traiter comme les autres les "êtres d'exception" - en l'occurrence deux coupables prêts à se sacrifier l'un pour l'autre en endossant la responsabilité du meurtre d'un homme bien peu fréquentable.

Le plus célèbre détective des mondes littéraires (avec ou sans images) aurait donc de la justice une image en demi-teinte...

Rien d'étonnant pour un maître du déguisement, du semblant et des faux-semblants, qui se retrouve ici aux prises avec une autre célébrité de l'époque (l'Angleterre victorienne) : Jack l'Eventreur lui-même.

Sollicité par Scotland Yard qui demeure impuissante face au tueur des prostituées de White Chapel, Holmes et son éternel acolyte le Docteur Watson s'en vont donc fouler le sale pavé du sordide quartier londonien pour essayer de démêler le labyrinthique mystère tissé par celui qui disait écrire et agir "depuis l'Enfer" (From Hell, comme le rappellerait Alan MOORE).

Michael DIBDIN, auteur du roman originel, décide, en 1978, de faire se rencontrer ces deux monuments de l'Histoire et de la littérature. Une idée alors plutôt originale qui plonge le lecteur dans une spirale infernale : qui est qui ? Qui fait quoi ? En invitant dans cet imbroglio la figure de Moriarty, l'auteur sème les ultimes pincées de confusion totale. Holmes, toujours aussi extrême et enclin à la paranoïa, voit partout la marque de l'(invisible) empereur du crime. Watson, qui a toujours défendu son ami et mentor, ne sait plus que faire ou qui croire. Et le lecteur de se retrouver baladé avec de moins en moins de certitudes.

Le tout sous l'égide de Sir Arthur CONAN DOYLE lui-même qui, par sa présence au sein du récit, finit de jeter le trouble : fiction et réalité ne font plus qu'un. Et si tout cela n'était qu'un livre...

 

L'adaptation en bande dessinée qu'en proposent Olivier COTTE et Jules STROMBONI en 2010 est à double tranchant.

Graphiquement, elle offre des visuels et des mises en page magistrales [j'accorde avec le groupe nominal le plus proche, NDLR ;)], directement inspirées par les gravures et journaux du XIX°s. Le trait est sur-expressif à souhait, les hachures rehaussent ambiances et silhouettes "à la manière de", et le traitement des couleurs - en petits points juxtaposés - nous replonge dans les années "journaux à bon marché". L'époque transpire jusque dans la forme avec brio.

L'histoire est rondement menée, sans temps morts, avec ce qu'il faut de questions sans réponse pour que les lecteurs soient tenus en haleine. Les dialogues sont enlevés, les ruptures de rythme efficaces, et les pleines pages ménagées par le récit offrent de vrais morceaux de talent graphique.

Mais... car il y a un mais : ce qui était original en 1978 ne l'est plus quarante ans après (déjà). Holmes et Jack l'Eventreur se sont déjà croisés (au cinéma notamment, et ce dès 1965 !) et la confusion qui peut régner entre le plus célèbre des détectives et sa némésis Moriarty a déjà éclos dans bon nombre d'adaptations.

Le jeu des faux-semblants finit même par tirer un peu trop sur la corde dans les dernières pages.

 

Plaisant à lire pour ceux qui aiment les excès mégalomanes du locataire du 221b Baker Street et les affaires improbables (évoquées à plusieurs reprises au fil des pages), L'Ultime défi de Sherlock Holmes, malgré ses qualités graphiques et son rythme prenant, souffre d'un manque d'originalité scénaristique. C'est dommage.

Il reste malgré tout une belle pierre à l'édifice de la collection Rivages/Casterman/Noir, à ranger aux côtés de l'adaptation du Dahlia Noir ou de Trouille.

 

Champimages en demi-teintes.

 

L'ultime défi de Sherlock Holmes*
L'ultime défi de Sherlock Holmes*

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 09:22

Ceux qui visitent cette Tanière depuis quelques années (et qui trouvent donc sans aucun doute que le rythme de parution des articles y a considérablement ralenti !!) savent combien je suis fan des travaux de Tony SANDOVAL : vous avez déjà pu apprécier les pages du Xinophixerox, du Cadavre et le Sofa, de Nocturno par ici.

Rendez-vous à Phoenix, découvert l'été dernier lors du Festival BD de Solliès-Ville, nous emmène sur des voies rarement explorées, ou en tout cas rarement dévoilées, par l'auteur mexicain.

"Ça me saoule de me sentir comme un délinquant."

Ce n'est ni un des monstres dont SANDOVAL a le secret ni un enfant étrange ou un ado à la silhouette diaphane qui râle de la sorte en se réveillant au milieu du désert sur un fauteuil tout défoncé. Cette haute silhouette aux cheveux longs noués, c'est Tony lui-même qui, pour la première fois (ou presque) se met en scène.

"Nous étions faits l'un pour l'autre. Il fallait que je la rejoigne."

Mais comment ? Lui au Mexique, elle à Portland, Etats-Unis... Et lui ne réussissant pas à obtenir de visa : "Avec un salaire local et la dévaluation du peso en 1994, je ne devais pas être dans les normes économiques suffisantes pour être solvable."

Pas d'argent, pas de visa ; pas de visa, pas de voyage ; pas de voyage, pas de retrouvailles avec Suzanne.

Il faut donc trouver une autre solution...

"Fiston, tu mets le doigt dans un engrenage qui ne va pas te rendre la vie facile..."

Passer la frontière clandestinement.

Les espaces et les époques changent, les problèmes et les solutions extrêmes demeurent : jusqu'où peut-on aller pour atteindre un ailleurs meilleur ?

Commence alors une longue série de tentatives : de jour, de nuit, à pieds, en voiture... La tension monte à chaque fois qu'une patrouille de police aux frontières approche, les échecs sont nombreux...

Le désert se révèle hostile de jour comme de nuit, à cause de la morsure du soleil ou de celle des détrousseurs.

Tony réussira-t-il a rejoindre Suzanne à Phoenix, de l'autre côté de la frontière ? "Un plan naïf [...] jusqu'à une nouvelle vie."

 

Dans Rendez-vous à Phoenix, Tony SANDOVAL a adopté un style moins tourmenté que dans la plupart de ses ouvrages précédents, sans doute par manque de tentacules et autres monstres d'outre-plan. L'histoire ne reste pas moins entachée d'une autre forme d'horreur : celle de la distance, l'absence, le manque, puis celle plus physique de l'attente, la traque, l'angoisse...

Les couleurs à l'aquarelle nous plongent dans cet univers flottant auquel l'auteur nous a habitués, nimbant d'une inquiétante étrangeté la plupart des scènes. De quoi leur conférer un caractère presque fantastique tant tout cela nous semble irréel ! Alors que l'actualité, aux quatre coins du globe, nous en rappelle la triste réalité chaque jour.

 

Même si le récit ne bascule jamais dans le drame ou l'horreur (qui sait si SANDOVAL a eu de la change ou s'il édulcore ce qui lui est réellement arrivé), le fait de le connaître et de l'avoir toujours vu jovial et de bonne humeur donne une résonance toute particulière à ce récit : derrière cet auteur talentueux et affable, souriant et un peu déjanté (un cocktail parfait !) se cache cette histoire chargée d'illusions, de tentatives, d'angoisses... et de chaussettes qui puent.

Ne cherchez plus l'origine des monstres qui peuplent l'univers de Tony : ils attendent tapis à la frontière entre Mexique et Etats-Unis.

 

Champimages témoignages

Rendez-vous à Phoenix*
Rendez-vous à Phoenix*

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