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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 09:22

Ceux qui visitent cette Tanière depuis quelques années (et qui trouvent donc sans aucun doute que le rythme de parution des articles y a considérablement ralenti !!) savent combien je suis fan des travaux de Tony SANDOVAL : vous avez déjà pu apprécier les pages du Xinophixerox, du Cadavre et le Sofa, de Nocturno par ici.

Rendez-vous à Phoenix, découvert l'été dernier lors du Festival BD de Solliès-Ville, nous emmène sur des voies rarement explorées, ou en tout cas rarement dévoilées, par l'auteur mexicain.

"Ça me saoule de me sentir comme un délinquant."

Ce n'est ni un des monstres dont SANDOVAL a le secret ni un enfant étrange ou un ado à la silhouette diaphane qui râle de la sorte en se réveillant au milieu du désert sur un fauteuil tout défoncé. Cette haute silhouette aux cheveux longs noués, c'est Tony lui-même qui, pour la première fois (ou presque) se met en scène.

"Nous étions faits l'un pour l'autre. Il fallait que je la rejoigne."

Mais comment ? Lui au Mexique, elle à Portland, Etats-Unis... Et lui ne réussissant pas à obtenir de visa : "Avec un salaire local et la dévaluation du peso en 1994, je ne devais pas être dans les normes économiques suffisantes pour être solvable."

Pas d'argent, pas de visa ; pas de visa, pas de voyage ; pas de voyage, pas de retrouvailles avec Suzanne.

Il faut donc trouver une autre solution...

"Fiston, tu mets le doigt dans un engrenage qui ne va pas te rendre la vie facile..."

Passer la frontière clandestinement.

Les espaces et les époques changent, les problèmes et les solutions extrêmes demeurent : jusqu'où peut-on aller pour atteindre un ailleurs meilleur ?

Commence alors une longue série de tentatives : de jour, de nuit, à pieds, en voiture... La tension monte à chaque fois qu'une patrouille de police aux frontières approche, les échecs sont nombreux...

Le désert se révèle hostile de jour comme de nuit, à cause de la morsure du soleil ou de celle des détrousseurs.

Tony réussira-t-il a rejoindre Suzanne à Phoenix, de l'autre côté de la frontière ? "Un plan naïf [...] jusqu'à une nouvelle vie."

 

Dans Rendez-vous à Phoenix, Tony SANDOVAL a adopté un style moins tourmenté que dans la plupart de ses ouvrages précédents, sans doute par manque de tentacules et autres monstres d'outre-plan. L'histoire ne reste pas moins entachée d'une autre forme d'horreur : celle de la distance, l'absence, le manque, puis celle plus physique de l'attente, la traque, l'angoisse...

Les couleurs à l'aquarelle nous plongent dans cet univers flottant auquel l'auteur nous a habitués, nimbant d'une inquiétante étrangeté la plupart des scènes. De quoi leur conférer un caractère presque fantastique tant tout cela nous semble irréel ! Alors que l'actualité, aux quatre coins du globe, nous en rappelle la triste réalité chaque jour.

 

Même si le récit ne bascule jamais dans le drame ou l'horreur (qui sait si SANDOVAL a eu de la change ou s'il édulcore ce qui lui est réellement arrivé), le fait de le connaître et de l'avoir toujours vu jovial et de bonne humeur donne une résonance toute particulière à ce récit : derrière cet auteur talentueux et affable, souriant et un peu déjanté (un cocktail parfait !) se cache cette histoire chargée d'illusions, de tentatives, d'angoisses... et de chaussettes qui puent.

Ne cherchez plus l'origine des monstres qui peuplent l'univers de Tony : ils attendent tapis à la frontière entre Mexique et Etats-Unis.

 

Champimages témoignages

Rendez-vous à Phoenix*
Rendez-vous à Phoenix*
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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 13:59

"A celles que nous aimons et qui sont bien souvent nos premières lectrices,

A nos enfants,

A nos parents, qui ne nous ont pas dissuadés de faire ce métier de falourds,

A nos amis et leurs "quand est-ce qu'il sort ton album ?" qui durent depuis vingt ans ! Mordious... Vingt ans !!!

A Guy, qui eut le nez - et le panache - d'éditer une bande dessinée qui ne rentrait dans aucune case.

A tout l'équipe Delcourt : Thierry, toujours stoïque dans les embruns, François et tous les autres, pour leur patience et leur implication.

A Cécile, qui était là dès les premiers tomes et qui, malheureusement, n'aura pu fabriquer les derniers.

A Jean-Marc, qui calligraphia, de sa main, tant de pieds !

A tous les saltimbanques, de Molière à Guy Delorme, qui ont inspiré notre théâtre de papier et à tous ceux qui l'ont prolongé sur les planches : le théâtre des Deux Rives, la compagnie des Masques, celle des Mille chandelles et celle du Lysandore, Armutan, Le CaBaret GraBuge...

Aux lecteurs joyeux, aux fans éclairés, aux libraires chaleureux, aux festivals petits et grands !

Aux couchers de soleil sur Tatooine, à Jean-Yves, aux Beaux-Arts d'Angoulême, à la saison des cèpes et aux soirées de jeux de rôles.

Aux engueulades constructives, aux fous rires à rouler par terre,

A notre increvable curiosité,

A l'influence de nos pairs,

A l'odeur du papier.

A Lope, Armand, Eusèbe et toute la troupe. Vous allez nous manquer.

J.-L.M   A.A."

 

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 07:19

"Vous n'avez pas de vrais crimes à résoudre ?

_ Pas vraiment."

Aussi Monsieur l'Agent, comme il s'appelle, peut à loisir ramener la jeune Lauren chez elle, aller chercher le chien de Mme H. qui a disparu, ou raccompagner Neil Armstrong au musée.

Ainsi en va-t-il de sa paisible et routinière existence sur la lune : pas de crime, pas d'enquête en cours, un taux de résolution des affaires de 100%. Difficile de faire mieux.

Cela laisse du temps pour apprécier les petites choses - contempler les pierres, les étoiles, le clair de Terre - même si Monsieur l'Agent semble s'y adonner avec un certain détachement. Car son monde rond, gris et poudreux semble s'étioler peu à peu.

"Mon mari et moi étions parmi les premiers à nous installer ici. (...) Nous faisions partie de l'équipe qui a conçu la colonie. Nous avions tant d'espoirs. Vivre sur la lune ! Quelle idée !

Ça paraît plutôt bête à présent."

Les gens retournent sur Terre les uns après les autres, lassés par une vie devenue monotone. L'excitation de l'aventure, du dépaysement, de l'exotisme spatial, s'est étiolée au milieu des étoiles.

"Voici mon remplaçant. Dites bonjour à l'Agent, M-663. Il sera l'un de vos habitués."

Les robots prennent le relais.

 

On connaissait Tom GAULD fan d'astronautes et de machines (You're all just jealous of my jetpack) et porté sur le silence et l'absurde (Goliath). Police lunaire lui permet de faire la parfaite synthèse de ces/ses deux centres d'intérêt.

Entre de longues plages contemplatives presque monochromes, Monsieur l'Agent voit son monde partir en morceaux. Les rêves se fanent, l'aventure spatiale s'achève et ne laisse derrière elle qu'un fonctionnaire que personne ne veut remplacer et un distributeur de café et de donuts.

La lenteur qui s'installe n'a pourtant rien de lassant ni de monotone, invitant le lecteur à s'asseoir sur une pierre cinq minutes (avec soi...) pour profiter par petites bouchées de la rituelle pâtisserie du matin sous l'œil embrumé de la planète Terre.

Dévoué, patient, songeur, Monsieur l'Agent remplit ses fonctions et ses rapports avec un zèle et une précision qui confinent à l'absurde. Si la lente robotisation qui change son quotidien pièce par pièce peut s'apparenter à une métaphore un peu trop appuyée (du monde dans lequel nous vivons), elle parvient elle aussi à une certaine forme de poésie :

"Dites bonjour à l'Agent, M-663 (...).

_ Je regrette, ce produit n'est pas en stock."

 

Un ouvrage au rythme étrange, servi par un minimalisme graphique impeccable, enveloppé par l'élégance éditoriale à laquelle 2024 nous a habitués.

Champimages dans l'espace.

Police lunaire*
Police lunaire*
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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 21:15

"Deux événements d'importance majeure ont marqué le monde cette année-là. Ce fut d'abord l'invasion du Koweït par l'Irak. [...] L'autre événement fut constitué par la coupe du monde de football en Italie. [...] Un troisième événement eut lieu à la même époque, certes à l'échelle un peu moins mondiale mais qui nous aura plus marqué encore que les deux premiers : notre rencontre avec Petit Canard."

Petit Canard. Drôle de surnom pour un paumé pas tant rêveur que décalé, étrangement hermétique au monde et aux gens, plutôt inculte mais bien malgré lui, plutôt condamné par son boulot à la cimenterie mais sans que ça le gêne. Un banlieusard marseillais payé pour déplacer de la poussière d'un bout à l'autre de l'usine et qui fait la rencontre des Panthères.

Alex, Juliette, Léo, Marie et "moi", qui raconte l'histoire de ce groupe d'étudiants entre Aix et Marseille, fac de lettres et bords de mers, grands textes et grands idéaux, manifs et désirs de révolution.

"Petit Canard ne pouvait se targuer de posséder quelque talent que ce soit... Et c'était justement cette inaptitude à toute chose qui le rendait unique et donc digne de rejoindre notre groupe de fantoches."

Cette improbable rencontre a trois répercussions d'importance : elle prouve aux Panthères que la révolution n'est pas si facile à faire et elle fait découvrir à Petit Canard - que l'on appelle de plus en plus par son prénom, Manu - Gabriel Suarès, professeur de littérature, et la jeune Marie au bas du dos de laquelle s'étire une panthère rouge tatouée, tapie, méfiante, dansante, terriblement attirante. Tout ce qu'il faut pour que Manu se fraie un chemin au milieu des corps et des mots.

 

Chronique d'un époque, d'une génération, ode à une région et à la littérature, conte philosophique autant que drame social, Les Panthères mêle les nombreux thèmes qui parcourent l'œuvre de Jean-Marc PONTIER. Les discours critiques des uns démontent les mécanismes d'asservissement mis en place dans la société. Les analyses littéraires des autres nous plongent dans la richesse et la profonde des univers livresques. Les ballets entre les personnages nous baladent de la salle de repos de l'usine à un étrange et coloré "funny zoo".

Drôle de ménagerie que celle réunie ici par l'auteur, lentement recouverte par la poussière de ciment comme un linceul de nostalgie. Le monde se floute malgré les nouvelles lunettes, le magicien des mots perd la vue comme avant lui le plus célèbre barde argentin du XX°siècle, la mémoire va et vient comme une vague insaisissable et la panthère rouge, tout à la fois bannière, fanal et mystère, guide les regards, les caresses et les destins vers leur fin autant que leur résurrection.

 

Des livres et de corps, des mots et des gens, des non-dits et le temps qui passe ou revient en sautes d'humeur et d'amour : Les Panthères est riche de tout cela. Un peu trop bavard peut-être parfois - l'attrait pour les belles phrases a son revers - et peut-être un peu trop angélique - comme tout conte se doit sans doute de l'être pour faire mouche - il nous donne à lire une tranche d'univers foisonnante teintée de mélancolie.

"Tous ces gens sont morts depuis longtemps.

_ Ils ne sont pas morts. Ils sont immortels pour une raison simple : ils n'existent pas !"

Difficile de dire si c'est le cas ou pas ici mais une chose est sûre : Les Panthères et ceux qui les observent et qu'ils observent font aujourd'hui partie du multivers des livres. Une pierre de plus au Babel des mots.

 

Champimages comme des romans.

Les Panthères
Les Panthères
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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 22:48
Max Winson T1*

"... Et face à lui, celui que vous attendez tous !!!

L'homme qui n'a jamais perdu un match de toute sa vie !!!

Depuis l'âge de 16 ans il remporte tous les tournois auxquels il a participé !

[...] Mesdames et messieurs..."

Et la foule en délire d'acclamer d'une seule voix son nouveau héros, grand, jeune, mutique et surtout totalement infaillible.

"Il a quelque chose du héros grec, vous ne trouvez pas ?"

Le monde entier semble uni derrière la bannière quadrillée du tamis de sa raquette : Max Wilson fait l'unanimité dans un monde en quête de repères et d'idoles.

Gestes parfaits, victoires enchaînées, Max est-il béni des dieux ?

Ou n'est-il que le fruit d'un acharnement paternel et d'un entraînement quotidien - "minutien", même ! - au-delà de toute humanité ?

"La tyrannie" qui sous-titre ce premier tome est-elle celle que le jeune champion fait régner sur les courts ou celle qu'il subit à chaque seconde ?

Toujours est-il que ce monolithique champion semble se fissurer face aux attaques de la jeune présentatrice de l'émission Athénaphrodite qui lui assène un terrible "Avez-vous un coeur, Max Wilson ?" qu'il ne peut renvoyer.

Plus à l'aise sur les terrains que sous les projecteurs, le colosse des terres battues est abattu en direct...

Occasion rêvée pour Andy Madison de se présenter parmi la cohorte des futurs nouveaux entraîneurs. Car le père de Max ne pourra veiller sur lui bien longtemps, usé par les ans, la terrible exigence et les "6 balles dans le filet" que son fils a osé mettre lors de son dernier match.

Parfait illuminé, visionnaire ou fou furieux, Madison propose en tout cas un programme intriguant :

"Les impondérables sont les principaux ennemis de la victoire !

Avec moi, tu apprendras à dresser l'imprévisible..."

Et tout cela ne constitue qu'une partie de cet épais et riche premier tome : quel est le prix à payer pour l'excellence ? Quelles en sont les conséquences pour soi, pour les autres, pour ceux qui la subissent et ceux qui veulent en tirer profit ? Et l'argent dans tout cela ? La morale ? Le coeur derrière le corps ?

A travers Max Winson, Jérémie MOREAU pose mille questions aussi pertinentes que cruciales. Parfois avec humour, parfois avec emphase, mais le traitement graphique caricatural fait passer les pilules les plus épaisses.

Aussi fort que fragile, son héros subit sans broncher ces "impondérables" contre lequel on essaie de le prémunir. Mais la folie et la violence qui règnent dans le monde qui l'entoure - et au-delà - vont-ils l'étouffer ou le faire réagir ? L'entraînement qu'il su(b)it depuis sont plus jeune âge n'a-t-il pas tué la parcelle d'humanité qu'il restait en lui ? Seul son dernier match nous permettra de trancher.

Un premier scénario dense et aux entrées multiples, à propos d'un jeune prodige qui n'est peut-être pas sans en rappeler un autre - celui qui est au crayon.

Des crayons qu'il malmène de nouveau au profit du dynamisme : la fausse simplicité du trait sert de bout en bout finesse des expressions et tension des situations.

Les corps bougent à tout bout de champ, les déséquilibres règnent en maîtres, mais jamais l'édifice graphique ne s'effondre. Si l'on retrouve parfois de lointaines influences déjà perçues dans Le singe de Hartlepool, on peut constater une nouvelle fois l'étendue du talent graphique de Jérémie qui se renouvelle encore et encore.

Son art ne se limite toutefois pas au dessin : cadrages et mises en page révèlent sa maîtrise de la narration en bande dessinée. Variations de plans, d'angles de vues, de tailles et de formes de cases, tout concourt à la fluidité et l'efficacité du récit. Un parfait concentré de justesse qui nous pousse à feuilleter l'album simplement pour le plaisir des enchaînements, des échos et des ruptures.

Itinéraire d'un destin cabossé - pour ne pas dire broyé - Max Winson aborde par l'angle de la compétition sportive de nombreux thèmes contemporains traités avec lucidité scénaristique et efficacité graphique.

Vite, vite, trouver le tome 2.

Une nouvelle preuve du talent d'un auteur à suivre.

Champimages qui ne tiennent pas en place.

Max Winson T1*
Max Winson T1*
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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 10:50

Jean ACHE redécouvert dans les pages d'un vieux magazine Pilote des années 70.

Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 10:45

Jean ACHE redécouvert dans les pages d'un vieux magazine Pilote des années 70.

Le Petit Chaperon Rouge 1 - Perle OuBaPienne
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 22:57
Légendes de la Garde - Automne 1152

"Nous autres, souris, sommes bien mal loties en ce monde. Nombreux sont nos prédateurs.

Nous construisons nos villes en des lieux sûrs et dérobés, sous la roche affleurante, la racine noueuse ou le riche terreau. Nous survivons.

Mais quelle vie nous menons ! La route est périlleuse entre nos villes. Alors, il y a la Garde, aussi vieille que le monde. Ses membres sont nos guides, nos pionniers, nos escortes et nos défenseurs."

Lourdes tâches pour de si petits êtres évoluant dans un monde où la moindre rencontre peut être un danger mortel et ... colossal ! Si entre leurs pattes une simple aiguille ou un petit hameçon devient une arme mortelle (tout est relatif !) un crabe se change un véritable cuirassé et un serpent en dragon indestructible.

Mais la Garde sait pouvoir compter sur ses braves et ses nombreuses devises sont là pour les soutenir : "Qu'importe l'ennemi, pourvu qu'on ait la cause" résonne aux oreilles de Lieam le roux, Kenzie le gris et Saxon le brun.

Trois braves partis sur les traces d'un marchand de grain qui ne donne plus de nouvelles. Une simple mission routinière qui va les entraîner dans les engrenages d'un complot visant rien moins que la chute de Lockhaven, leur capitale.

Quand les traîtres s'agitent dans l'ombre, ne restent que le courage légendaire de la Garde et certaines légendes elles-mêmes dont le courage n'est plus à démontrer. De quoi écrire des nouvelles pages des Légendes de la Garde.

Un récit épique comme il se doit, qui commence en l'Automne 1152. Servi par des souris héroïques servant elles-mêmes une cause qui transcende tout, il est tissé des fils dont on fait les grandes sagas : un vaste univers, une Histoire, des héros, des légendes, le tout se retrouvant au carrefour de l'aventure.

Certaines scènes, certains dialogues ont un petit air de déjà vu/déjà lu, mais elles sont mues par l'énergie et la fraîcheur de David PETERSEN qui couve son petit univers avec bienveillance, mais sans ménagement.

On sent que derrière l'auteur se cache un grand lecteur de sagas médiévales-fantastiques et sans aucun doute un joueur de jeux de rôles. Nous marchons aux côtés de ses gardes comme parmi de vieux complices, de quoi nous faire vibrer lorsqu'ils tirent leurs larmes et trembler lorsque les dangers les submergent.

Des dangers bien trop rudes et nombreux pour des êtres en apparence si chétifs mais au caractère et à la volonté sans faille.

Le récit est rythmé, le découpage aussi (même si le format des pages réduit le nombre de cases... par page). Le dessin semble dynamique mais souffre des couleurs un peu trop franches et saturées : si vous avez l'occasion de voir certains illustrations en noir et blanc, vous en saisirez mieux la force et l'impact.

Cela faisait longtemps que j'attendais de mettre la patte sur cette série.

Je ne suis pas déçu, même si on a parfois l'impression d'arriver un peu trop vite au bout de la lecture et même si une version en noir et blanc aurait été préférable.

Les personnages sont attachants, l'action est menée bon train, des mystères demeurent : nous ne pouvons en rester à l'automne. L'hiver arrive. Ici aussi.

Champimages couvertes de poils.

Légendes de la Garde - Automne 1152
Légendes de la Garde - Automne 1152
Légendes de la Garde - Automne 1152
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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 10:50
L'odeur des garçons affamés*

"Il faudra que vous m'expliquiez.

Comment toute cette chimie peut-elle engendrer des images ?

_ C'est la lumière, qui crée l'image. Pas la chimie."

Oscar Forrest consulte alors sa montre, retire la plaque de son appareil photographique et se dirige vers son petit labo ambulant.

Dublin, Londres, New York et à présent le Texas. Sa belle tenue bien coupée de dandy ne le prédisposait pas à l'aventure en plein "Ouest lointain", mais voilà pourtant l'élégant photographe sur les pistes poussiéreuses des terres amérindiennes.

La Guerre de Sécession enfin terminée, il est temps pour les Etats-Unis de devenir enfin un grand Etat aux innombrables richesses enfin exploitées par des hommes capables et entreprenants. Des hommes qui, comme Stingley, portent sur le monde un regard objectif, fonctionnel, rationnel. Des hommes qui aspirent à un monde parfait et d'une efficace simplicité : celui d'hommes au services de la marche du progrès, portés par un élan pur et sans détour.

Mais l'heure est pour l'instant au recensement de ces richesses. Dans cette gigantesque entreprise, la présence d'un photographe est indispensable : enregistrer paysages, faune, flore, autochtones... pour établir la liste des priorités et des projets à venir.

Ne manque qu'un homme de terrain pour compléter l'expédition. Le jeune Milton fait bien l'affaire : assigné aux tâches logistiques et domestiques, il semble également jouir d'une ouïe fine fort bienvenue en ce pays sauvage et hostile où les hordes mustangs peuvent surgir sans prévenir.

Voilà donc l'entrepreneur, l'artiste et le fermier réunis pour un voyage des plus troublants.

Car rien n'est jamais aussi simple qu'il n'y paraît : à chacun ses secrets, ses zones d'ombre, son passé qui le suit de près. Les esprits rôdent dans leur sillage et les terres comanches sont propices à leur épanouissement. Rêves, visions, autant d'images promptes à altérer les coeurs et les plaques photographiques.

Quant aux corps... Chaleur, proximité, isolement et tensions font perler de sensuelles gouttes de sueur, qui glissent, roulent, caressent avec la douceur de l'étrange paysage au sein duquel se meut la compagnie : roches rondes comme des galbes, pics dressés comme des poings levés, failles étroites aux parois de muqueuses...

Le cadre rêvé pour permettre à Frédérik PEETERS de lâcher la bride à son style organique (déjà évoqué ici ou ) qui fait vibrer la nature à l'unisson des élans de ses personnages. Un trio qu'il anime avec un plaisir évident : l'abject Stingley, le troublant Milton, le troublé Oscar...

La généreuse pagination (plus de cent pages !) permet au dessinateur de prendre le temps, de s'offrir et nous offrir de vastes images et de donner aux paysages et aux visages toute leur place et toute leur force. Certes, les regards en coin sont parfois un peu trop appuyés, mais fallait-il attendre de la subtilité de la part d'un être comme Stingley ?

Loo Hui PHANG en a fait un parfait capitaliste, qui ne voit le monde que comme ce qu'il pourrait rapporter.

"Cette terre est riche. Nous la prendrons, nous la forerons, et nous extirperons de ses entrailles les trésors qu'elle renferme."

La métaphore sexuelle est aussi évidente que lorsque l'entrepreneur arpente les terres fesses et sexe à l'air : il est ici pour ensemencer un pays en devenir qui naîtra enfin vraiment entre ses "mains".

Aux antipodes du désir, Stingley ne peut voir d'un bon oeil l'étrange relation qui se noue entre ses deux autres compagnons.

Le désir, cet élan qui sous-tend l'ensemble de cet album. Lui qui naît de l'odeur des garçons affamés. Qui dépasse, dévore, détruit et lance sur les pistes poussiéreuses les garçons dévastés.

Riches intensions, dense contenu (la liste des sujets abordés dans l'album est extrêmement longue et brosse un portrait plutôt complet de l'époque) mais pourtant quelque chose coince. Peut-être parce qu'après avoir lu et entendu les auteurs parler de leur album, une étrange impression s'en dégage : celle d'un message à contre-pied de leurs intentions. Ils voulaient inverser les valeurs masculines et féminines mais chutent au final sur une relation étrangement conventionnelle. Pire, les visions d'Oscar pourraient presque relever d'un retour à l'ordre normal et moral.

Mauvaise interprétation de ma part, peut-être, mais le malaise demeure.

Et il ne disparaît pas à la relecture.

L'odeur des garçons affamés reste une excellente bande dessinée, portée par deux auteurs majeurs qui ont pris un plaisir évident (et palpable) à la construire en profondeur, mais son interprétation peut laisser une impression confuse et mitigée.

C'est dommage.

Champimages qui troublent.

L'odeur des garçons affamés*
L'odeur des garçons affamés*
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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 11:10
Le Voyageur du Mésozoïque

Même si le temps s'est un peu arrêté sur k.bd (les aléas de la vie des uns et des autres, le temps disponible qui se contracte toujours plus qu'il ne se distend...) nous continuons de travailler dans l'ombre et le plus grand secret à notre thème FRANQUIN déjà évoqué par ici.

Difficile de faire référence au "Maître de Marcinelle" sans accorder un peu de temps à l'un de ses héros les plus emblématiques : Spirou. Certes, il n'en fut ni le créateur (ROB-VEL s'y colla) ni celui qui le modernisa le plus (TOME & JANRY s'en chargèrent quelques années plus tard) mais il lui insuffla son dynamisme graphique et ses idées folles (grâce, entre autres, au Comte de Champignac), sans oublier la plus fascinante créature des mondes réels et imaginaires : le Marsupilami.

Mais si l'on retrouve bien ces 3 héros dès la couverture (sans oublier Spip et Fantasio, bien sûr) du Voyageur du Mésozoïque, ils n'en sont pas les principaux protagonistes : la superstar de cette 13ème aventure (si l'on en croit le sur-titre) fait déjà vibrer la coquille qui l'enferme depuis 50 millions d'années et qui a bien besoin de se dégourdir les pattes : un dinosaure lui-même !

Loin de moi l'idée de vous déflorer l'histoire, l'animal apparaissant assez vite dans l'album (et la couverture elle-même se montrant assez éloquente !). L'histoire consiste surtout en une série de saynètes relatives à l'intrusion de ce "voyageur du temps" dans la campagne profonde du milieu du XX°s. Il y bouscule autant les habitudes de la communauté scientifique réunie à son chevet (ou plutôt à son... berceau !) que la vie des villageois de Champignac qui, une fois la panique passée, s'entassent dans leur voiture avant de faire appel à l'armée.

FRANQUIN faisant intervenir l'armée dans l'une de ses histoires ? Elle risque de passer un bien mauvais quart d'heure ! Mais qui, alors, pourrait arrêter le placide mais disproportionné plateosaurus bien trop grand dans un monde réduit à l'échelle humaine ?

A vous de le découvrir entre les pages de cette aventure pour le moins "à l'ancienne" - mais peut-on lui en faire reproche alors qu'elle date de... 1960 ?

L'histoire ressemble surtout à une succession de scènes humoristiques un peu désuètes jouant avec un certain nombre de clichés : scientifiques distraits, journaliste trop curieux, armée agressive... Les portraits à charge que FRANQUIN brosse au fil de l'album sont parfois un peu trop appuyés.

Graphiquement, rien à dire bien sûr : tant le tout est vivant (trop agité pour certains, peut-être) et démontre le plaisir que FRANQUIN prit à le dessiner.

Mention spéciale pour le regard du dinosaure qui n'est pas sans rappeler celui du Flagada, et pour les expressions et attitudes du Marsupilami, quintessence de l'art du maître.

Au final, une histoire à la narration un peu dépassée mais au dynamisme toujours efficace, qui n'évite pas certains écueils (répétitivité de certaines scènes, abondance de clichés) mais qui donne à lire, avec une grande virtuosité dans le découpage, un certain nombre de messages pacifistes chers à l'auteur.

Difficile de lui en faire reproche !

Champimages d'un autre âge.

Le Voyageur du Mésozoïque
Le Voyageur du Mésozoïque
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