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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 18:07

"Argentine, 1925.

Je savais qu'elle m'aurait.

La Pieuvre n'oublie jamais.

Les seules inconnues étaient où et comment... Eh bien voilà.

Un enfant, un flingue et c'est fini, tout s'arrête ici.

Ici, je n'appartenais plus à cette mafia. J'avais ma vie.

Eveillée, consciente.

La vie de Gustave Babel...

Et maintenant je meurs..."

La Pieuvre ? Une organisation criminelle parisienne tenue par le Nez, l'Oeil, la Bouche, l'Oreille. Gustave Babel travaillait pour elle, tuait pour elle. Car la Pieuvre sait tirer parti des Talents de ceux qu'elle emploie.

Son Talent ? Parler toutes les langues du monde. Toutes. Sans accent (sans doute, mais allez entendre, entre les pages !), instantanément, avec aisance. De quoi être un parfait passe-partout, un parfait citoyen du monde, un parfait anonyme aussi. Difficile d'exister vraiment, dans te telles conditions.

Que faisait-il en Argentine, en cette année 1925, ce polyglotte de Babel ? Il se cachait. Pour échapper à la Pieuvre, qu'il avait décidé de fuir. Pour échapper aux cauchemars qui le poursuivaient depuis 1913. Peut-être surtout pour laisser derrière lui le terrible passé qui l'avait façonné. Car on ne dispose pas d'un tel Talent impunément.

Argentine, Angleterre, France, Egypte, Allemagne... Les lieux se bousculent autant que les époques alors qu'une carte sanglante se dessine sur sa poitrine. La mort lui laisse le temps de faire le point sur les décennies qui ont changé sa vie - et lui en ont fait changer un paquet, aussi.

Une vie éparpillée comme le fut longtemps sa mémoire. Une vie soumise aux ordres, à la violence et aux cauchemars. Une vie en partie soutenue par la poésie. Baudelaire. "Quand on lit des livres sales, on fait des cauchemars." La beauté n'est décidément pas à la portée de tous. "Par-delà le soleil, par-delà les éthers / Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides."

Un envol permis et accompagné par les "morts qu'il n'a pas tués" et qui le hantent comme autant de bornes jalonnant la route vers son passé. Un fou, un enfant, un homme entre deux âges, un incendie, une noyade, un arbre dans un champ et ces pierres tombales à perte de vue...

 

Comme vous l'aurez compris, rien d'évident dans La Malédiction de Gustave Babel : le temps, l'espace, le rêve, la réalité composent un vaste puzzle dont l'agencement même relève d'une forme de poésie - graphique, narrative, elliptique.

GESS, que l'on connaissait surtout comme dessinateur (je vous en ai souvent parlé ici à travers sa magistrale Brigade Chimérique avec Serge LEHMAN - qui signe la préface) nous livre ici une histoire dense et complète qui navigue dans les mêmes eaux que La Brigade : une époque, des milieux, l'art et le fantastique, un cocktail parfaitement dosé qui nous fait voyager, nous intrigue, nous absorbe. Les nombreux allers et retours dans le temps et à travers le monde ne nuisent en rien à la lisibilité, servis par des tonalités chromatiques savamment travaillées.

On retrouve le dessin souple et parfois sauvage mis au point dans La Brigade, loin de la netteté de Carmen McCallum : parfois peu de détails, des formes toujours mouvantes - à commencer par la tentaculaire chevelure du héros - et des noirs, des noirs, tantôt profonds, tantôt charbonneux, qui soulignent aussi bien les tourments que la noirceur de l'histoire.

Au-delà de ce seul personnage dont il reconstruit la vie, GESS nous livre un univers dense, pour partie insaisissable, qui fait écho à la riche littérature policière et/ou fantastique déjà évoquée, abordée, enrichie dans La Brigade : une organisation criminelle internationale, des tueurs aux étranges Talents, des dizaines de vies croisées et entre-croisées et la richesse sans fin de l'onirisme et du vaste champ de la mémoire.

A peine ce titre refermé que nous voulons en savoir plus, découvrir d'autres vies, d'autres Talents, d'autres histoires. Que Babel ne soit qu'une porte vers mille tomes encore, comme le serait la Tour ou la nouvelle borgésienne éponymes.

Cela tombe bien : l'album est sous-titré "Un récit des contes de la Pieuvre". Ne nous reste donc plus qu'à attendre le prochain conte, en espérant que l'attente ne soit pas trop longue.

Remercions enfin les éditions Delcourt pour le magnifique écrin qu'elles ont offert à l'histoire : une couverture épaisse, soyeuse, où texte et image se découpent en relief ou en creux. Une touche de bibliophilie bien assortie à l'époque mise en scène.

Immersion totale aux côtés de la Pieuvre. Vivement la prochaine plongée.

Champimages denses qui dansent.

 

La Malédiction de Gustave Babel*
La Malédiction de Gustave Babel*
La Malédiction de Gustave Babel*
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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 09:10

"Ce sont des êtres d'exception, Watson, et la justice ne peut s'appliquer dans leur cas.

Voilà donc l'original point de vue défendu par le célèbre Sherlock Holmes : on ne peut traiter comme les autres les "êtres d'exception" - en l'occurrence deux coupables prêts à se sacrifier l'un pour l'autre en endossant la responsabilité du meurtre d'un homme bien peu fréquentable.

Le plus célèbre détective des mondes littéraires (avec ou sans images) aurait donc de la justice une image en demi-teinte...

Rien d'étonnant pour un maître du déguisement, du semblant et des faux-semblants, qui se retrouve ici aux prises avec une autre célébrité de l'époque (l'Angleterre victorienne) : Jack l'Eventreur lui-même.

Sollicité par Scotland Yard qui demeure impuissante face au tueur des prostituées de White Chapel, Holmes et son éternel acolyte le Docteur Watson s'en vont donc fouler le sale pavé du sordide quartier londonien pour essayer de démêler le labyrinthique mystère tissé par celui qui disait écrire et agir "depuis l'Enfer" (From Hell, comme le rappellerait Alan MOORE).

Michael DIBDIN, auteur du roman originel, décide, en 1978, de faire se rencontrer ces deux monuments de l'Histoire et de la littérature. Une idée alors plutôt originale qui plonge le lecteur dans une spirale infernale : qui est qui ? Qui fait quoi ? En invitant dans cet imbroglio la figure de Moriarty, l'auteur sème les ultimes pincées de confusion totale. Holmes, toujours aussi extrême et enclin à la paranoïa, voit partout la marque de l'(invisible) empereur du crime. Watson, qui a toujours défendu son ami et mentor, ne sait plus que faire ou qui croire. Et le lecteur de se retrouver baladé avec de moins en moins de certitudes.

Le tout sous l'égide de Sir Arthur CONAN DOYLE lui-même qui, par sa présence au sein du récit, finit de jeter le trouble : fiction et réalité ne font plus qu'un. Et si tout cela n'était qu'un livre...

 

L'adaptation en bande dessinée qu'en proposent Olivier COTTE et Jules STROMBONI en 2010 est à double tranchant.

Graphiquement, elle offre des visuels et des mises en page magistrales [j'accorde avec le groupe nominal le plus proche, NDLR ;)], directement inspirées par les gravures et journaux du XIX°s. Le trait est sur-expressif à souhait, les hachures rehaussent ambiances et silhouettes "à la manière de", et le traitement des couleurs - en petits points juxtaposés - nous replonge dans les années "journaux à bon marché". L'époque transpire jusque dans la forme avec brio.

L'histoire est rondement menée, sans temps morts, avec ce qu'il faut de questions sans réponse pour que les lecteurs soient tenus en haleine. Les dialogues sont enlevés, les ruptures de rythme efficaces, et les pleines pages ménagées par le récit offrent de vrais morceaux de talent graphique.

Mais... car il y a un mais : ce qui était original en 1978 ne l'est plus quarante ans après (déjà). Holmes et Jack l'Eventreur se sont déjà croisés (au cinéma notamment, et ce dès 1965 !) et la confusion qui peut régner entre le plus célèbre des détectives et sa némésis Moriarty a déjà éclos dans bon nombre d'adaptations.

Le jeu des faux-semblants finit même par tirer un peu trop sur la corde dans les dernières pages.

 

Plaisant à lire pour ceux qui aiment les excès mégalomanes du locataire du 221b Baker Street et les affaires improbables (évoquées à plusieurs reprises au fil des pages), L'Ultime défi de Sherlock Holmes, malgré ses qualités graphiques et son rythme prenant, souffre d'un manque d'originalité scénaristique. C'est dommage.

Il reste malgré tout une belle pierre à l'édifice de la collection Rivages/Casterman/Noir, à ranger aux côtés de l'adaptation du Dahlia Noir ou de Trouille.

 

Champimages en demi-teintes.

 

L'ultime défi de Sherlock Holmes*
L'ultime défi de Sherlock Holmes*
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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 09:22

Ceux qui visitent cette Tanière depuis quelques années (et qui trouvent donc sans aucun doute que le rythme de parution des articles y a considérablement ralenti !!) savent combien je suis fan des travaux de Tony SANDOVAL : vous avez déjà pu apprécier les pages du Xinophixerox, du Cadavre et le Sofa, de Nocturno par ici.

Rendez-vous à Phoenix, découvert l'été dernier lors du Festival BD de Solliès-Ville, nous emmène sur des voies rarement explorées, ou en tout cas rarement dévoilées, par l'auteur mexicain.

"Ça me saoule de me sentir comme un délinquant."

Ce n'est ni un des monstres dont SANDOVAL a le secret ni un enfant étrange ou un ado à la silhouette diaphane qui râle de la sorte en se réveillant au milieu du désert sur un fauteuil tout défoncé. Cette haute silhouette aux cheveux longs noués, c'est Tony lui-même qui, pour la première fois (ou presque) se met en scène.

"Nous étions faits l'un pour l'autre. Il fallait que je la rejoigne."

Mais comment ? Lui au Mexique, elle à Portland, Etats-Unis... Et lui ne réussissant pas à obtenir de visa : "Avec un salaire local et la dévaluation du peso en 1994, je ne devais pas être dans les normes économiques suffisantes pour être solvable."

Pas d'argent, pas de visa ; pas de visa, pas de voyage ; pas de voyage, pas de retrouvailles avec Suzanne.

Il faut donc trouver une autre solution...

"Fiston, tu mets le doigt dans un engrenage qui ne va pas te rendre la vie facile..."

Passer la frontière clandestinement.

Les espaces et les époques changent, les problèmes et les solutions extrêmes demeurent : jusqu'où peut-on aller pour atteindre un ailleurs meilleur ?

Commence alors une longue série de tentatives : de jour, de nuit, à pieds, en voiture... La tension monte à chaque fois qu'une patrouille de police aux frontières approche, les échecs sont nombreux...

Le désert se révèle hostile de jour comme de nuit, à cause de la morsure du soleil ou de celle des détrousseurs.

Tony réussira-t-il a rejoindre Suzanne à Phoenix, de l'autre côté de la frontière ? "Un plan naïf [...] jusqu'à une nouvelle vie."

 

Dans Rendez-vous à Phoenix, Tony SANDOVAL a adopté un style moins tourmenté que dans la plupart de ses ouvrages précédents, sans doute par manque de tentacules et autres monstres d'outre-plan. L'histoire ne reste pas moins entachée d'une autre forme d'horreur : celle de la distance, l'absence, le manque, puis celle plus physique de l'attente, la traque, l'angoisse...

Les couleurs à l'aquarelle nous plongent dans cet univers flottant auquel l'auteur nous a habitués, nimbant d'une inquiétante étrangeté la plupart des scènes. De quoi leur conférer un caractère presque fantastique tant tout cela nous semble irréel ! Alors que l'actualité, aux quatre coins du globe, nous en rappelle la triste réalité chaque jour.

 

Même si le récit ne bascule jamais dans le drame ou l'horreur (qui sait si SANDOVAL a eu de la change ou s'il édulcore ce qui lui est réellement arrivé), le fait de le connaître et de l'avoir toujours vu jovial et de bonne humeur donne une résonance toute particulière à ce récit : derrière cet auteur talentueux et affable, souriant et un peu déjanté (un cocktail parfait !) se cache cette histoire chargée d'illusions, de tentatives, d'angoisses... et de chaussettes qui puent.

Ne cherchez plus l'origine des monstres qui peuplent l'univers de Tony : ils attendent tapis à la frontière entre Mexique et Etats-Unis.

 

Champimages témoignages

Rendez-vous à Phoenix*
Rendez-vous à Phoenix*
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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 13:59

"A celles que nous aimons et qui sont bien souvent nos premières lectrices,

A nos enfants,

A nos parents, qui ne nous ont pas dissuadés de faire ce métier de falourds,

A nos amis et leurs "quand est-ce qu'il sort ton album ?" qui durent depuis vingt ans ! Mordious... Vingt ans !!!

A Guy, qui eut le nez - et le panache - d'éditer une bande dessinée qui ne rentrait dans aucune case.

A tout l'équipe Delcourt : Thierry, toujours stoïque dans les embruns, François et tous les autres, pour leur patience et leur implication.

A Cécile, qui était là dès les premiers tomes et qui, malheureusement, n'aura pu fabriquer les derniers.

A Jean-Marc, qui calligraphia, de sa main, tant de pieds !

A tous les saltimbanques, de Molière à Guy Delorme, qui ont inspiré notre théâtre de papier et à tous ceux qui l'ont prolongé sur les planches : le théâtre des Deux Rives, la compagnie des Masques, celle des Mille chandelles et celle du Lysandore, Armutan, Le CaBaret GraBuge...

Aux lecteurs joyeux, aux fans éclairés, aux libraires chaleureux, aux festivals petits et grands !

Aux couchers de soleil sur Tatooine, à Jean-Yves, aux Beaux-Arts d'Angoulême, à la saison des cèpes et aux soirées de jeux de rôles.

Aux engueulades constructives, aux fous rires à rouler par terre,

A notre increvable curiosité,

A l'influence de nos pairs,

A l'odeur du papier.

A Lope, Armand, Eusèbe et toute la troupe. Vous allez nous manquer.

J.-L.M   A.A."

 

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 07:19

"Vous n'avez pas de vrais crimes à résoudre ?

_ Pas vraiment."

Aussi Monsieur l'Agent, comme il s'appelle, peut à loisir ramener la jeune Lauren chez elle, aller chercher le chien de Mme H. qui a disparu, ou raccompagner Neil Armstrong au musée.

Ainsi en va-t-il de sa paisible et routinière existence sur la lune : pas de crime, pas d'enquête en cours, un taux de résolution des affaires de 100%. Difficile de faire mieux.

Cela laisse du temps pour apprécier les petites choses - contempler les pierres, les étoiles, le clair de Terre - même si Monsieur l'Agent semble s'y adonner avec un certain détachement. Car son monde rond, gris et poudreux semble s'étioler peu à peu.

"Mon mari et moi étions parmi les premiers à nous installer ici. (...) Nous faisions partie de l'équipe qui a conçu la colonie. Nous avions tant d'espoirs. Vivre sur la lune ! Quelle idée !

Ça paraît plutôt bête à présent."

Les gens retournent sur Terre les uns après les autres, lassés par une vie devenue monotone. L'excitation de l'aventure, du dépaysement, de l'exotisme spatial, s'est étiolée au milieu des étoiles.

"Voici mon remplaçant. Dites bonjour à l'Agent, M-663. Il sera l'un de vos habitués."

Les robots prennent le relais.

 

On connaissait Tom GAULD fan d'astronautes et de machines (You're all just jealous of my jetpack) et porté sur le silence et l'absurde (Goliath). Police lunaire lui permet de faire la parfaite synthèse de ces/ses deux centres d'intérêt.

Entre de longues plages contemplatives presque monochromes, Monsieur l'Agent voit son monde partir en morceaux. Les rêves se fanent, l'aventure spatiale s'achève et ne laisse derrière elle qu'un fonctionnaire que personne ne veut remplacer et un distributeur de café et de donuts.

La lenteur qui s'installe n'a pourtant rien de lassant ni de monotone, invitant le lecteur à s'asseoir sur une pierre cinq minutes (avec soi...) pour profiter par petites bouchées de la rituelle pâtisserie du matin sous l'œil embrumé de la planète Terre.

Dévoué, patient, songeur, Monsieur l'Agent remplit ses fonctions et ses rapports avec un zèle et une précision qui confinent à l'absurde. Si la lente robotisation qui change son quotidien pièce par pièce peut s'apparenter à une métaphore un peu trop appuyée (du monde dans lequel nous vivons), elle parvient elle aussi à une certaine forme de poésie :

"Dites bonjour à l'Agent, M-663 (...).

_ Je regrette, ce produit n'est pas en stock."

 

Un ouvrage au rythme étrange, servi par un minimalisme graphique impeccable, enveloppé par l'élégance éditoriale à laquelle 2024 nous a habitués.

Champimages dans l'espace.

Police lunaire*
Police lunaire*
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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 21:15

"Deux événements d'importance majeure ont marqué le monde cette année-là. Ce fut d'abord l'invasion du Koweït par l'Irak. [...] L'autre événement fut constitué par la coupe du monde de football en Italie. [...] Un troisième événement eut lieu à la même époque, certes à l'échelle un peu moins mondiale mais qui nous aura plus marqué encore que les deux premiers : notre rencontre avec Petit Canard."

Petit Canard. Drôle de surnom pour un paumé pas tant rêveur que décalé, étrangement hermétique au monde et aux gens, plutôt inculte mais bien malgré lui, plutôt condamné par son boulot à la cimenterie mais sans que ça le gêne. Un banlieusard marseillais payé pour déplacer de la poussière d'un bout à l'autre de l'usine et qui fait la rencontre des Panthères.

Alex, Juliette, Léo, Marie et "moi", qui raconte l'histoire de ce groupe d'étudiants entre Aix et Marseille, fac de lettres et bords de mers, grands textes et grands idéaux, manifs et désirs de révolution.

"Petit Canard ne pouvait se targuer de posséder quelque talent que ce soit... Et c'était justement cette inaptitude à toute chose qui le rendait unique et donc digne de rejoindre notre groupe de fantoches."

Cette improbable rencontre a trois répercussions d'importance : elle prouve aux Panthères que la révolution n'est pas si facile à faire et elle fait découvrir à Petit Canard - que l'on appelle de plus en plus par son prénom, Manu - Gabriel Suarès, professeur de littérature, et la jeune Marie au bas du dos de laquelle s'étire une panthère rouge tatouée, tapie, méfiante, dansante, terriblement attirante. Tout ce qu'il faut pour que Manu se fraie un chemin au milieu des corps et des mots.

 

Chronique d'un époque, d'une génération, ode à une région et à la littérature, conte philosophique autant que drame social, Les Panthères mêle les nombreux thèmes qui parcourent l'œuvre de Jean-Marc PONTIER. Les discours critiques des uns démontent les mécanismes d'asservissement mis en place dans la société. Les analyses littéraires des autres nous plongent dans la richesse et la profonde des univers livresques. Les ballets entre les personnages nous baladent de la salle de repos de l'usine à un étrange et coloré "funny zoo".

Drôle de ménagerie que celle réunie ici par l'auteur, lentement recouverte par la poussière de ciment comme un linceul de nostalgie. Le monde se floute malgré les nouvelles lunettes, le magicien des mots perd la vue comme avant lui le plus célèbre barde argentin du XX°siècle, la mémoire va et vient comme une vague insaisissable et la panthère rouge, tout à la fois bannière, fanal et mystère, guide les regards, les caresses et les destins vers leur fin autant que leur résurrection.

 

Des livres et de corps, des mots et des gens, des non-dits et le temps qui passe ou revient en sautes d'humeur et d'amour : Les Panthères est riche de tout cela. Un peu trop bavard peut-être parfois - l'attrait pour les belles phrases a son revers - et peut-être un peu trop angélique - comme tout conte se doit sans doute de l'être pour faire mouche - il nous donne à lire une tranche d'univers foisonnante teintée de mélancolie.

"Tous ces gens sont morts depuis longtemps.

_ Ils ne sont pas morts. Ils sont immortels pour une raison simple : ils n'existent pas !"

Difficile de dire si c'est le cas ou pas ici mais une chose est sûre : Les Panthères et ceux qui les observent et qu'ils observent font aujourd'hui partie du multivers des livres. Une pierre de plus au Babel des mots.

 

Champimages comme des romans.

Les Panthères
Les Panthères
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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 22:48
Max Winson T1*

"... Et face à lui, celui que vous attendez tous !!!

L'homme qui n'a jamais perdu un match de toute sa vie !!!

Depuis l'âge de 16 ans il remporte tous les tournois auxquels il a participé !

[...] Mesdames et messieurs..."

Et la foule en délire d'acclamer d'une seule voix son nouveau héros, grand, jeune, mutique et surtout totalement infaillible.

"Il a quelque chose du héros grec, vous ne trouvez pas ?"

Le monde entier semble uni derrière la bannière quadrillée du tamis de sa raquette : Max Wilson fait l'unanimité dans un monde en quête de repères et d'idoles.

Gestes parfaits, victoires enchaînées, Max est-il béni des dieux ?

Ou n'est-il que le fruit d'un acharnement paternel et d'un entraînement quotidien - "minutien", même ! - au-delà de toute humanité ?

"La tyrannie" qui sous-titre ce premier tome est-elle celle que le jeune champion fait régner sur les courts ou celle qu'il subit à chaque seconde ?

Toujours est-il que ce monolithique champion semble se fissurer face aux attaques de la jeune présentatrice de l'émission Athénaphrodite qui lui assène un terrible "Avez-vous un coeur, Max Wilson ?" qu'il ne peut renvoyer.

Plus à l'aise sur les terrains que sous les projecteurs, le colosse des terres battues est abattu en direct...

Occasion rêvée pour Andy Madison de se présenter parmi la cohorte des futurs nouveaux entraîneurs. Car le père de Max ne pourra veiller sur lui bien longtemps, usé par les ans, la terrible exigence et les "6 balles dans le filet" que son fils a osé mettre lors de son dernier match.

Parfait illuminé, visionnaire ou fou furieux, Madison propose en tout cas un programme intriguant :

"Les impondérables sont les principaux ennemis de la victoire !

Avec moi, tu apprendras à dresser l'imprévisible..."

Et tout cela ne constitue qu'une partie de cet épais et riche premier tome : quel est le prix à payer pour l'excellence ? Quelles en sont les conséquences pour soi, pour les autres, pour ceux qui la subissent et ceux qui veulent en tirer profit ? Et l'argent dans tout cela ? La morale ? Le coeur derrière le corps ?

A travers Max Winson, Jérémie MOREAU pose mille questions aussi pertinentes que cruciales. Parfois avec humour, parfois avec emphase, mais le traitement graphique caricatural fait passer les pilules les plus épaisses.

Aussi fort que fragile, son héros subit sans broncher ces "impondérables" contre lequel on essaie de le prémunir. Mais la folie et la violence qui règnent dans le monde qui l'entoure - et au-delà - vont-ils l'étouffer ou le faire réagir ? L'entraînement qu'il su(b)it depuis sont plus jeune âge n'a-t-il pas tué la parcelle d'humanité qu'il restait en lui ? Seul son dernier match nous permettra de trancher.

Un premier scénario dense et aux entrées multiples, à propos d'un jeune prodige qui n'est peut-être pas sans en rappeler un autre - celui qui est au crayon.

Des crayons qu'il malmène de nouveau au profit du dynamisme : la fausse simplicité du trait sert de bout en bout finesse des expressions et tension des situations.

Les corps bougent à tout bout de champ, les déséquilibres règnent en maîtres, mais jamais l'édifice graphique ne s'effondre. Si l'on retrouve parfois de lointaines influences déjà perçues dans Le singe de Hartlepool, on peut constater une nouvelle fois l'étendue du talent graphique de Jérémie qui se renouvelle encore et encore.

Son art ne se limite toutefois pas au dessin : cadrages et mises en page révèlent sa maîtrise de la narration en bande dessinée. Variations de plans, d'angles de vues, de tailles et de formes de cases, tout concourt à la fluidité et l'efficacité du récit. Un parfait concentré de justesse qui nous pousse à feuilleter l'album simplement pour le plaisir des enchaînements, des échos et des ruptures.

Itinéraire d'un destin cabossé - pour ne pas dire broyé - Max Winson aborde par l'angle de la compétition sportive de nombreux thèmes contemporains traités avec lucidité scénaristique et efficacité graphique.

Vite, vite, trouver le tome 2.

Une nouvelle preuve du talent d'un auteur à suivre.

Champimages qui ne tiennent pas en place.

Max Winson T1*
Max Winson T1*
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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 10:50

Jean ACHE redécouvert dans les pages d'un vieux magazine Pilote des années 70.

Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
Le Petit Chaperon Rouge 2 - Perle OuBaPienne
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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 10:45

Jean ACHE redécouvert dans les pages d'un vieux magazine Pilote des années 70.

Le Petit Chaperon Rouge 1 - Perle OuBaPienne
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 22:57
Légendes de la Garde - Automne 1152

"Nous autres, souris, sommes bien mal loties en ce monde. Nombreux sont nos prédateurs.

Nous construisons nos villes en des lieux sûrs et dérobés, sous la roche affleurante, la racine noueuse ou le riche terreau. Nous survivons.

Mais quelle vie nous menons ! La route est périlleuse entre nos villes. Alors, il y a la Garde, aussi vieille que le monde. Ses membres sont nos guides, nos pionniers, nos escortes et nos défenseurs."

Lourdes tâches pour de si petits êtres évoluant dans un monde où la moindre rencontre peut être un danger mortel et ... colossal ! Si entre leurs pattes une simple aiguille ou un petit hameçon devient une arme mortelle (tout est relatif !) un crabe se change un véritable cuirassé et un serpent en dragon indestructible.

Mais la Garde sait pouvoir compter sur ses braves et ses nombreuses devises sont là pour les soutenir : "Qu'importe l'ennemi, pourvu qu'on ait la cause" résonne aux oreilles de Lieam le roux, Kenzie le gris et Saxon le brun.

Trois braves partis sur les traces d'un marchand de grain qui ne donne plus de nouvelles. Une simple mission routinière qui va les entraîner dans les engrenages d'un complot visant rien moins que la chute de Lockhaven, leur capitale.

Quand les traîtres s'agitent dans l'ombre, ne restent que le courage légendaire de la Garde et certaines légendes elles-mêmes dont le courage n'est plus à démontrer. De quoi écrire des nouvelles pages des Légendes de la Garde.

Un récit épique comme il se doit, qui commence en l'Automne 1152. Servi par des souris héroïques servant elles-mêmes une cause qui transcende tout, il est tissé des fils dont on fait les grandes sagas : un vaste univers, une Histoire, des héros, des légendes, le tout se retrouvant au carrefour de l'aventure.

Certaines scènes, certains dialogues ont un petit air de déjà vu/déjà lu, mais elles sont mues par l'énergie et la fraîcheur de David PETERSEN qui couve son petit univers avec bienveillance, mais sans ménagement.

On sent que derrière l'auteur se cache un grand lecteur de sagas médiévales-fantastiques et sans aucun doute un joueur de jeux de rôles. Nous marchons aux côtés de ses gardes comme parmi de vieux complices, de quoi nous faire vibrer lorsqu'ils tirent leurs larmes et trembler lorsque les dangers les submergent.

Des dangers bien trop rudes et nombreux pour des êtres en apparence si chétifs mais au caractère et à la volonté sans faille.

Le récit est rythmé, le découpage aussi (même si le format des pages réduit le nombre de cases... par page). Le dessin semble dynamique mais souffre des couleurs un peu trop franches et saturées : si vous avez l'occasion de voir certains illustrations en noir et blanc, vous en saisirez mieux la force et l'impact.

Cela faisait longtemps que j'attendais de mettre la patte sur cette série.

Je ne suis pas déçu, même si on a parfois l'impression d'arriver un peu trop vite au bout de la lecture et même si une version en noir et blanc aurait été préférable.

Les personnages sont attachants, l'action est menée bon train, des mystères demeurent : nous ne pouvons en rester à l'automne. L'hiver arrive. Ici aussi.

Champimages couvertes de poils.

Légendes de la Garde - Automne 1152
Légendes de la Garde - Automne 1152
Légendes de la Garde - Automne 1152
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