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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 15:14
Punk Rock Jesus

"Et alors qu'on pouvait croire que la télévision ne tomberait pas plus bas... Cet après-midi, Ophis a annoncé son projet de faire une nouvelle émission de téléréalité avec, en vedette, le premier clone humain de l'histoire : Jésus Christ !

Vous avez bien entendu. Le projet J2 devrait être diffusé dès Noël prochain."

La science au service de la religion elle-même au service de la télé-spectacle.

Il fallait y penser.

Même si l'objectif premier de Sarah Epstein, la généticienne impliquée dans le projet J2, est de pouvoir en retour bénéficier des fonds suffisants lui permettant de mener à bien d'autres recherches qu'elle juge de plus grande envergure et des plus vitales : celles sur des algues pouvant absorber la surdose de CO2 présente dans l'atmosphère. Tous les moyens sont-ils vraiment bons pour arriver à ses fins, aussi humanistes semblent-elles ?

Même si, également, les fondamentalistes de tous bords ne voient pas du tout l'événement d'un bon oeil. Notamment la Nouvelle Amérique Chrétienne, menée par l'irascible Daisy Milton et ses hordes de fanatiques.

Pour assurer la sécurité un projet aussi sensible - et susceptible de générer des millions de dollars, si l'on en croit Rick Slate, chargé de superviser l'ensemble - rien ne vaut un homme dont le passé bref mais déjà dense garantit l'efficacité : Thomas McKael.

Ancien membre de l'IRA puis agent des forces spéciales, McKael, colosse au visage et à l'esprit balafrés en profondeur, est expert en bon nombre de techniques de combat, a eu affaire à des ennemis en tous genres aux quatre coins du globe, connaît comme personne les méthodes des terroristes, et surtout est un fervent catholique.

"Vous vous sentez coupable, hein ? Vous pensez que protéger Jésus n°2 vous absoudra ? "

Avant de protéger le futur messie, McKael doit en priorité se concentrer sur Gwen Fairling, choisie (sur casting) pour être... la futur Vierge. Rien n'est laissé au hasard.

Avant même d'être punk, avant même d'être rock, avant même d'être tout court, Jésus n°2 est au coeur de joutes idéologiques ("Ce serait parfaitement logique que Jésus choisisse l'Amérique pour son retour ! Dieu a tout particulièrement béni cette nation ! C'est pour ça qu'il est sur nos billets ! _ Vous êtes idiot.") et d'affrontements toujours plus massifs entre la NAC et les services de sécurité d'Ophis.

Et non seulement sa naissance n'apaise rien, mais elle génère des tensions au sein même du centre hyper-moderne (et hyper-sécurisé) où tout ce petit monde est enfermé.

McKeal saura-t-il empêcher que tout éclate ? Et dans quelle mesure son enfance d'orphelin et son passé au sein de l'IRA ne vont-ils pas lui jouer des tours ?

De toute manière, les voies du seigneurs étant, c'est bien connu, impénétrables, pas sûr que les événements se déroulent comme ils auraient dû (le titre vous en donne d'ailleurs un bon aperçu, non ? )

Assurément, le responsable de la sécurité est l'un des personnages centraux de Punk Rock Jesus : Sean MURPHY l'a pourvu d'une histoire chargée et a décidé d'ouvrir et de refermer son opus sur ce colosse énigmatique.

Les autres protagonistes, même le monolithique Slate, sont eux aussi complexes, et les près de 300 pages du récit ne sont pas de trop pour suivre leurs évolutions successives. Doute, peur, colère, abattement, rébellion s'enchaînent et submergent ce microcosme qui, placé sous les feux permanents de l'actualité, entraîne avec lui le macrocosme de la société mondiale.

En agitant le cocktail science-religion-industrie du spectacle, l'auteur savait pouvoir traiter la plupart des grands thèmes de société qui nous concernent ou font débat aujourd'hui. En prenant le temps de construire et de développer son récit qui s'étend sur près de 40 ans (en comptant les flash-back à Belfast), MURPHY scrute chaque germe placé au coeur de chaque personnage, et les fait croître et évoluer au gré des événements.

On peut en cela qualifier Punk Rock Jesus de saga.

De plus, le traitement réaliste et documenté de son histoire en fait, un peu à l'instar de Transmetropolitan (eh eh, ça faisait longtemps que je n'en avais plus parlé !! ), mais l'humour en moins, un excellent récit d'anticipation (d'où le choix d'en faire la lecture phare du mois de janvier sur K-BD, d'ailleurs). : la plupart des situations sont suffisamment crédibles pour nous offrir une vue plausible - et ô combien inquiétante - de l'avenir.

Graphiquement, le travail est de toute beauté : un noir et blanc parfaitement maîtrisé qui lorgne parfois vers Frank MILLER (rien que ça ! ), une extrême richesse dans les détails et les compositions et, cerise sur la platine, une BO qui scande chaque chapitre.

Du punk et du rock, parfaits pour baliser le parcours chaotique suivi par Chris, Jésus n°2.

Fruit de plus de dix ans de travail, Punk Rock Jesus restera sans doute l'oeuvre phare de Sean MURPHY : l'histoire est complexe et documentée, les personnages profonds et attachants, le tout est servi par une maîtrise graphique de haut niveau.

Dommage que tant de qualités soient au service d'une chute aussi décevante. On saura toutefois la pardonner à l'auteur, tant le reste du livre est de qualité, mais on le referme avec une pointe de déception.

Terminons en saluant une nouvelle fois la qualité du travail éditorial fourni par Urban Comics qui, en plus de nous offrir un livre épais à un prix défiant toute concurrence, l'accompagne d'annexes intéressantes et agréables.

Une lecture dont il serait dommage de se priver.

Champimages qui agitent la tête en tous sens.

Punk Rock Jesus
Punk Rock Jesus
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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 11:40
The Grocery T1

"Tu crois que tout ça c'est un jeu comme ton quizz à l'école ? Ouvre les yeux, Elliott !!"

Il a raison, Sixteen.

La vie est tout sauf un jeu à Baltimore.

Ou alors un jeu très dangereux.

D'un bloc à l'autre, les gangs se font la guerre pour un oui pour un non, surtout pour un bout de trottoir et quelques doses de drogues vendues en plus. Il n'y a pas de petits profits. Mais plus rien ne se règle à mains nues ou à la batte : armes automatiques et armes lourdes occupent le terrain, et les blessés de cette guerre de caniveau n'encombrent plus les urgences vu qu'ils ont été remplacés par des morts.

Plus simple, plus rapide, plus radical.

Le retour d'Ellis One, l'homme qui a survécu à la chaise électrique ("Et même avec leurs générateurs de secours, ils ont pas réussi à me griller !"), ne va rien arranger : une fois remises à l'heure les pendules de Mushroom et Lefty ("T'as transformé mon bizness en un putain de vidéoclub !") et après avoir rappelé, lors d'une brève mais mémorable partie de bowling, qu'il était bel et bien de retour, il a des vues sur l'immeuble au rez-de-chaussée duquel est installée l'épicerie ("The Grocery", dans la langue de TARANTINO) du père d'Elliott. Lequel ne veut bien sûr pas s'en séparer.

Pendant ce temps, Washington rentre d'Irak, avec ses petits compagnons. Il est le seul à avoir voyagé assis, les autres ayant préféré rester couchés. Dans leurs cercueils.

"Tu parles, la plupart du temps y a rien dans les cercueils ! Les gusses, quand ils ont sauté sur une mine, y reste à peine de quoi remplir une boîte à chaussure..." (sic)

Sa grand-mère est placée dans un établissement trop cher pour elle comme pour lui, la maison familiale est en vente, personne ne le respecte... Washington n'en mène pas large. Mais un autre vétéran, lors d'une distribution de soupe populaire, l'aiguille vers "Reclaim Our Homes", mouvement d'aide et de protestation en faveur des plus démunis mené par Marnie Adams, femme d'un riche diplomate.

Ajoutons à cette galerie de personnages déjà bien dense les hommes de main, les paumés (dont les monologues et dialogues ont parfois un petit air de Amer Béton), les militaires reconvertis en miliciens (nuance), les pensionnaires de la maison de retraite, la nuée d'enfants et d'ados qui traîne autour de Sixteen, les néo-nazis, et les présentations sont presque complètes : The Grocery essaie de réunir tous les ingrédients de la série urbaine dense et sans répit.

L'univers violent et sans pitié construit par Aurélien DUCOUDRAY est riche de références souvent explicites : The Wire (notez le clin d'oeil sur un des écrans de télé, d'ailleurs), Requiem for a dream (la télé, encore et encore...), Pulp Fiction (la Bible citée à tout bout de champ par le tueur attitré d'Ellis One), et j'en manque sans doute un paquet. Toutes font mouche, bien sûr, toutes renforcent le réalisme de l'histoire, malgré une certaine impression de surenchère parfois, mais elles nuisent peut-être un peu à l'originalité du récit. Un petit air de "déjà-vu" flotte au fil des pages, même si c'est un air réussi et prenant qui nous permet de ne pas voir le temps passer malgré l'épaisseur (126 pages) de ce premier tome.

On peut être dérouté par la multiplicité des personnages et des situations à suivre, mais l'intensité générale l'emporte et le lecteur suit.

Graphiquement, Guillaume SINGELIN a opté pour un style étrange qu'il qualifie lui-même de "Muppet Show urbain" : lézards, oiseaux, "patates" tiennent lieux de protagonistes principaux. Une bonne manière de prendre de la distance avec la représentation de la violence, et de la rendre plus supportable, mais un moyen de semer la confusion chez le lecteur tant, parfois, certains personnages se ressemblent.

Le dessinateur réussit toutefois le tour de force de rendre ses créatures expressives, attachantes, résolument humaines.

Les décors savent s'imposer quand il le faut, disparaître quand les personnages prennent le dessus.

La couleur est souvent utilisée de manière expressive, rehaussant gestes ou inserts. Avec ses airs d'aquarelle (traditionnelle ou numérique, je ne sais), elle baigne Baltimore d'une sorte de pâleur désabusée qui colle parfaitement au récit.

Le découpage est efficace, les plans variés, et SINGELIN n'hésite pas à inclure une page de publicité, de fausses affiches de films ou un fac-similé de journal intime. Tous les outils du récit graphique sont convoqués à bon escient.

Intrigué par cet album lors de sa sortie en 2011, je n'avais toutefois pas franchi le pas. Le thème de novembre sur K-BD, "Label 619", d'Ankama, m'en donne enfin l'occasion.

Incontestablement, The Grocery est un album dans lequel les auteurs ont mis une bonne partie des images et des sujets qui les intéressent ou leur tiennent à coeur.

En parfaitement adéquation avec le monde dur et ultra-référencé de Mutafukaz (sous l'égide duquel le Label 619 a vu le jour), l'album de DUCOUDRAY et SINGELIN brasse la plupart des figures et des grands thèmes de l'étude de moeurs urbaines aux Etats-Unis qui caractérise le label. Mais autant RUN a décidé d'aborder le genre sous l'angle de l'humour et du surnaturel, autant le duo à l'oeuvre ici a pris le parti du réalisme et, de fait, de la violence sous toutes ses formes.

Un parti pris qui aurait pu être desservi par le dessin très décalé qu'ils ont choisi, mais qui au final conserve toute sa force malgré des personnages cartoonesques. Le détachement qu'il offre permet même de plonger plus efficacement dans la violence et d'en être d'autant plus submergé.

S'il faut passer outre la densité du récit et regretter le manque d'originalité de bon nombre de scènes et de personnages, il faut toutefois lire The Grocery pour se laisser emporter par ce récit fleuve et dynamique, en espérant que les auteurs aient réussi à ternir l'exercice sur la durée.

Les tomes suivants nous le diront.

Champimages qui claquent.

The Grocery T1
The Grocery T1
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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 16:17
30 jours de nuit

« De : Expéditeur non spécifié

Le : vendredi 16 novembre 2001 , 04:04

A : Marlow Roderick

Objet : Aucun

MARLOW -

Reçu vos derniers courriers, mais j'ai été absent, dans l'impossibilité de consulter mes mails. Je n'approuve pas ces traces électroniques, mais vos idées ont piqué ma curiosité.

De ma vie, je n'ai entendu parler de Barrow. Si ce que vous dites est vrai, cela pourrait valoir le coup de se rassembler pour une action.

Salutations,

-V »

Barrow ?

« Barrow, Alaska...

Le 17 novembre 2001.

C'est la commune située la plus au nord des Etats-Unis, à 15 km au sud de Point Barrow, dont elle tire son nom.

[…]

Entre le 10 mai et le 2 août, le soleil ne se couche pas, et du 18 novembre au 17 décembre, il ne se lève pas. »

30 jours de nuit s'annoncent donc pour les habitants de Barrow. De rudes gaillards habitués au froid et à l'obscurité.

Pourtant, à l'aube de ce nouveau millénaire (si, si !), le crépuscule s'annonce dangereux. Sauvage. Mortel.

Les téléphones portables de la plupart des villageois ont été volés puis retrouvés brûlés au milieu des glaces.

Le centre de communications reçoit une visite nocturne des plus inhabituelles et des plus inquiétantes.

Cette année, la nuit ne s'abat pas seule sur Barrow.

Le silence aussi.

Qui précède de peu l'horreur et ses hordes de hurlements.

Une sombre procession a été aperçue s'approchant du village. Des silhouettes un peu lentes, un peu bancales, mais terriblement déterminées, et très bien organisées.

Marlow a bien prévu son coup.

Eben et Stella, le couple d'agents en charge de la sécurité de ce point septentrional de l'intouchable empire étasunien, n'auront sans doute pas assez de tout leur professionnalisme et de tout leur amour pour venir à bout de la menace qui le guette et qui va, peu à peu, décimer la population locale.

Pendant ce temps, bien plus au Sud, quelque part à la Nouvelle-Orléans, une femme et son fils veillent. Mais ils semblent bien loin, bien seuls et surtout bien faibles face aux monstres sanguinaires qui sont en marche pour le Grand Nord.

Tout porte à croire que, pour les habitants de Barrow, le jour est compté.

Notre mois des monstres suit son cours sur K-BD. 30 jours de nuit permet d'en aborder une nouvelle facette : après les monstres gentils de Zombillénium et les monstres étranges de Aberzen (et en attendant les monstres atypiques de Kitaro le Repoussant), voici les monstres les plus bestiaux et les plus sanguinaires de notre sélection : les vampires (rassurez-vous, je ne déflore pas le sujet en vous l'annonçant).

Steve NILES a décidé de dépoussiérer les vampires gominés de la grande tradition en les plongeant dans le grand froid et surtout la grande nuit polaire. Quel meilleur endroit pour ces prédateurs que cette partie du monde où le soleil disparaît chaque année pendant plusieurs semaines ? Il fallait y penser, et c'est que ce Marlow a fait, offrant ainsi à une vingtaine de ses congénères un terrain de jeu et surtout de chasse de toute beauté.

Les vampires de NILES sont sans état d'âme, cruels et joueurs, mus par leur faim dévorante et rongés par leur malédiction.

De la même veine (ah ah) que les vampires d'Anne RICE, John CARPENTER ou du World of Darkness (pour les amateurs de jeux de rôle), ces prédateurs sont inquiétants, sans pitié, sanguinaires et particulièrement difformes.

Ils ne marchent toutefois pas tous du même pas et les plus anciens, les plus prudents (sinon comment auraient-ils pu survivre aussi longtemps?) regardent Barrow avec une curiosité distante. Une meute, même d'anciens humains, n'en reste pas moins un groupe de bêtes sauvages obéissant seulement à la loi du plus fort.

Qui mieux que Ben TEMPLESMITH (que je ne présente plus ici, vous connaissez ma grande admiration pour ses travaux) pouvait mettre en scène une telle histoire et de telles créatures ?

La nuit polaire est vibrante et étouffante à souhait, les vampires, aux yeux rougeoyants et aux dents ruisselantes, sont terriblement effrayants, tout en gardant une touche d'humanité, et les visages apeurés des proies et des fugitifs oscillent en permanence entre la peur et la folie.

Avec son inimitable technique mêlant sans aucun doute photographie, acrylique, numérique, encre (un éclectisme qui n'est pas sans rappeler le génial Dave McKEAN), TEMPLESMITH pose décors et ambiances avec une force évidente, et anime sa galerie avec maestria. Les poses sont dynamiques, les visages criants de réalisme, l'horreur prend corps à chaque coin de case.

Si, depuis plusieurs décennies maintenant, le mythe du vampire a pris un coup de jeune sur de multiples supports et à de multiples époques, 30 jours de nuit fait partie des plus grandes réussites : l'histoire est dense, courte, très rythmée, les personnages sont attachants, et même si la « morale » est un peu trop évidente, la force des prédateurs et la faiblesse désespérée de leurs proie sont incroyablement restituées.

Je n'ai pas lu les tomes qui ont suivi, je n'ai pas non plus vu le film qui a été tiré de cet album, mais face à une telle qualité, à une telle maîtrise scénaristique et graphique, on ne peut que redouter d'être déçu par tout le reste.

Autant relire ce tome-là, qui n'avait sans doute pas vocation, au départ, à être décliné.

Champimages affamées.

30 jours de nuit
30 jours de nuit
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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 14:49
Aberzen T1

« Ras-le-bol des monstres...

Assez des mauvais rêves. Je veux simplement retourner chez moi. Voir mon village, ma mine et les arbres de quand j'étais petit.

Revoir une dernière fois tous ceux que j'aime. »

Il faut le comprendre, le pauvre Hotis. Il y a quelques heures, il était encore un mineur bien tranquille. Aussi tranquille en tout cas que peut l'être un mineur qui, quand il n'est pas assailli par de terribles cauchemars la nuit, doit composer le jour avec des galeries toujours plus profondes et dangereuses.

Ne manquait plus que la visite de Cassar, le propriétaire des mines, qui entend accélérer la cadence des ouvriers.

« Cette mine appartient à ta famille mais c'est moi qui la dirige et c'est donc moi aussi qui décide pour les miroirs. L'incident est clos. »

Les précieux et fragiles miroirs qui permettent d'apporter la lumière du soleil au plus profond des galeries.

Mais à force de creuser, on peut finir par tomber sur un os.

En l'occurrence une sorte de mur taillé en plusieurs facettes lisses et jointes. De quoi attiser la curiosité.

« Cette dalle, c'est un peu comme si on trouvait une mouche volant au fond de la mer. »

Le tête à tête entre maître et contremaître se poursuit donc devant cette paroi que les mineurs finissent par décider de percer. L'étroit boyau taillé à la hâte débouche sur une immense caverne sphérique au centre de laquelle trône, sur une sorte de piton rocheux, une sorte d'œuf en pierre.

Au-dessus se balance une grosse et inquiétante grappe d'œufs bien plus palpitants.

Ceux des Krékersès, affreux insectes caparaçonnés qui peuplent les galeries les plus reculées et dépeuplent les rangs des mineurs.

Surtout ne pas faire de bruit, s'éloigner à petit pas...

Mais l'éboulement provoqué par l'arrivée des mineurs n'a pas eu la discrétion requise. Déjà les coquilles suspendues se brisent, dévoilant un liquide visqueux et surtout d'innombrables et dangereuses protubérances chitineuses. De sombres heures s'annoncent...

Pendant ce temps, ailleurs (difficile de situer plus précisément ce lieu, alors ne faites pas les fines bouches !), le vieux Janko, Ana, Ono et Aberzen enfourchent leur monture pour suivre la pyrogemme qui vient de se mettre en activité.

« Partons sauver notre sauveur. »

Le voyage est long, périlleux surtout, car le sauveur en question semble très convoité : par la silhouette féminine tout de noir cagoulée qui suit l'expédition de près.

Par les horreurs scaraboïdes (oui, oui, un nouveau mot, mais le thème des monstres permet tous les barbarismes, non mais !) qui jaillissent de terre pour le cueillir.

La vie n'est décidément de tout repos nulle part.

Si l'on peut encore parler de « vie »...

Et les monstres dans tout ça ?

Peut-être serait-il bon de préciser qu'Hotis est un ours anthropomorphe, Aberzen un... insecte aux allures de robot ?, Bachel une femme dont la cagoule cache les horreurs d'une atroce mutilation, Janko un mammifère bipède à pelage bleu... Et je vous épargne la description des Krékersès dont le charme d'arthropode n'est pas du goût de tous...

Mais quelle mouche put bien piquer Marc N'GUESSAN, surtout connu pour Petit d'homme, en duo avec CRISSE, à la fin des années 90, pour s'engager dans une œuvre aussi déroutante qu'Aberzen ?

L'élégance du dessin, très attirante, risquait d'être un argument insuffisant pour convaincre le public d'affronter un scénario d'un abord plutôt difficile : des mondes parallèles, des morts qui ne le sont pas tout à fait, le tout sur fond d'invasion séculaire de différents univers...

Deux alternatives pour le lecteur d'alors : se laisser captiver par les mystères et plonger dans la saga pour en percer les secrets, ou abandonner face à l'apparente complexité. Vous vous doutez que je fais partie de la première catégorie...

Marc N'GUESSAN maîtrise un dessin parfaitement ancré dans l'air du temps (d'alors), proche de celui de « la fabrique Delcourt » d'où sortirent GIBELIN (qui signe ici la couleur), SPRINGER, WENDLING... De belles références.

Plutôt réaliste malgré un contexte fantastique, son trait confère à ses personnages et aux monstruosités qu'ils affrontent un air de « presque aussi vrais que nature » particulièrement inquiétant. On imagine bien l'auteur ayant longuement observé de véritables animaux avant de composer sa galerie des horreurs.

Les cases sont souvent chargées en détails, les pages chargées en cases et les dialogues ne sont pas en reste : tout concourt à la densité du récit. Histoire de faire passer un maximum d'informations en un minimum de temps. Tout le contraire d'une production à l'économie.

Les couleurs sont sobres, fonctionnelles, efficaces, loin de tout effet grandiloquent ou réducteur. Au service du récit, en somme.

Les caractères des personnages sont peut-être parfois un peu archétypaux, mais ils permettent de bien les caractériser (sic). Et l'auteur semble s'être consacré à tous avec le même attachement.

Récit un peu ovni du début des années 2000, lorgnant autant du côté de la fantaisie héroïque que du fantastique et de la science-fiction, Aberzen offrit à son auteur – et à ses lecteurs – 4 tomes rythmés chargés en action et en réflexions presque philosophiques.

Preuve, s'il en fallait, que le monstre et ses avatars offrent souvent matière à réfléchir.

Aberzen occupe donc une place de choix dans notre sélection d'octobre de K-BD, et la relecture de ce tome 1 m'a donné envie de me replonger dans le cycle entier.

Un titre à bien conserver sur ses étagères, donc.

Champimages entre les mondes.

Aberzen T1
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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 11:11
Zombillénium T1

Zombillénium T1, deuxième !

(Oui, car vous ne vous en êtes pas rendu compte, mais j'avais finalisé une jolie première mouture dimanche soir et pof ! J'ai oublié de la sauvegarder. Et mon petit Overblog préféré n'a pas jugé bon d'en faire une sauvegarde de secours. No comment !)

"Au nom de la direction et du personnel du parc d'attraction Zombillénium, je vous félicite pour votre embauche au poste de vendeur de barbes à papa.

Je suis Francis Von Bloodt le directeur, et voici Sirius Jefferson, directeur du personnel, et Aton Noudjemet, assis à côté de vous, qui va vous expliquer le job.

Ah, j'allais oublier : c'est un contrat à durée indéterminée..."

Un entretien d'embauche presque banal dans un cadre qui l'est un peu moins : la banquette arrière d'une voiture.

La voiture qui vient de percuter Aurélien Zahner.

Et de le tuer.

Mais les deux petits trous écarlates qui ornent à présent son cou délicat attestent de la nouvelle vie qui l'attend, ou plutôt de la nouvelle non-vie car, comme son nom l'indique, Zombillénium est un parc d'attraction qui emploie essentiellement des zombies, et plus largement des non-morts en tout genre.

Francis ? Un vampire bien sûr ! Sirius, un squelette, et Aton, je vous laisse deviner comme des grands quel rôle il joue dans la bande (ah ah).

Zombillénium, quelque part dans les environs de Valenciennes ("Au Nord, c'était chez Sauron..."), célèbre pour sa grande roue, son grand huit, son train fantôme, mais surtout pour son personnel hors-norme. Un secret qu'il faut bien garder pour ne pas effrayer (plus que de raison) les humains qui fréquentent les attractions.

"Un cauchemar où les familles viennent se divertir pendant leurs congés et dont vous faites désormais partie du staff."

Cauchemar, c'est le mot, car Aurélien a bien du mal à réaliser ce qui lui arrive. Mais une fois le contrat signé, il va sang (ah ah) dire qu'il n'a plus trop le choix.

Heureusement que Gretchen, jeune et jolie sorcière stagiaire arrivée en même temps que lui, veille au grain tout en vendant les ballons multicolores dont les enfants raffolent.

Et en matière de grain, Zahner serait plutôt du genre pop corn quand on voit sa réaction aux aboiements intempestifs du petit toutou à sa mémère qui vient se planter devant sa carriole à friandises : quelques secondes suffisent pour que toutou et mémère cessent d'importuner le monde entier, mais ce n'est pas pour plaire à la direction...

Parlons-en de la direction : sous la férule de Mr Béhémoth (dont le nom suffit à faire trembler les actionnaires, on les comprend), le parc doit s'attendre à faire de drastiques économies.

"Je dois vous annoncer que nous avons désormais le triste privilège d'être derrière Vulcania."

L'arrivée d'Aurélien sauvera-t-elle le parc de plan social qui se profile ?

En tout cas, elle n'est pas très bien vue par les zombies qui régnaient jusque-là en maîtres sur Zombillénium (à ce propos, je vous charge de trouver la "pinaille" qui concerne l'un d'entre eux !).

La guerre est déclarée.

Il suffit de lire quelques pages de ce premier tome pour se rendre compte à quel point Arthur de PINS semble s'être fait plaisir : rythme, dialogues, personnages, découpage, tout s'enchaîne avec entrain, parfois frénésie, et la plupart du temps brio.

L'auteur, découvert dans les pages de Fluide Glacial avec ses Péchés Mignons, a opté pour un trait moins rond et plus réaliste pour passer de la dentelle aux asticots. Les lignes restent toutefois assez épurées, parfois empreintes du charme désuet des illustrations publicitaires des années 50 et 60.

Les expressions des personnages sont soignées, notamment au niveau de leur "jeu oculaire" et les décors sont suffisamment dépouillés pour rester signifiants sans surcharger les cases.

Seul petit bémol peut-être : la mise en couleur, numérique (l'auteur en est un spécialiste), un peu trop froide parfois. Certes, elle rend à merveille la grisaille qui règne sur le Grand Nord de notre douce France, mais le résultat est parfois un peu terne.

Saluons cette belle réussite qui, avec un humour bien maîtrisé jouant sur les décalages entre situations réelles (les conditions de travail dans les parcs d'attraction, le monde de l'entreprise et la pression qu'il génère) et personnages fantastiques (issus d'un large mais classique répertoire), fait sourire avec intelligence, légèreté, et finalement une certaine classe.

Le récit est dense, le découpage efficace, et les rebondissements tiennent en haleine jusqu'au bout.

En prime, les clins d'oeil ne sont pas trop nombreux mais pertinents ("And no one's gonna save you from the beast about to strike..."), les personnages sont attachants, bref, l'envie ne manque pas de lire la suite.

Belle réussite, donc, au pays des zombies. Où, comme dans tous les pays, on s'amuse, on pleure, on rit, etc...

Champimages qui ont un peu une tête de déterrées quand même.

Zombillénium T1
Zombillénium T1
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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 11:17
L'âge de bronze T1

"Pâris ! Pâris, écoute-moi !(...) Les dieux m'ont envoyé une vision. (...) Si tu vas à Troie, tu ne rentreras pas chez toi. (...) Tu ne rentreras pas ! J'ai vu la guerre et le feu - l'horreur après l'horreur !"

La belle Oenone n'est sans doute pas guidée par ses seuls sentiments lorsqu'elle annonce ces terribles augures à son bien aimé Pâris après une de leurs farouches étreintes : l'avenir est sombre pour Troie, mais aussi pour la Grèce toute proche, si le jeune homme quitte le mont Ida.

Mais peut-on entraver le destin ?

Le gardien de vaches, pour récupérer le magnifique taureau que sa famille destinait à un sacrifice afin de s'attirer les bonnes grâces des dieux, mais que les envoyés du grand roi Priam ont réquisitionné pour un tournoi, décide d'aller participer lui-même aux épreuves sacrées pour remporter l'animal et ainsi permettre aux siens de partiellement recouvrer leur bien et ses bienfaits.

Son père, Agélaos, ne peut pas plus le retenir que la douce Oenone. Il décide donc de l'accompagner à Troie, la puissante cité où le jeune vacher n'avait encore jamais mis les pieds.

Pour cause.

Fils caché de Priam, écarté dès sa naissance du palais et voué à la mort, Pâris n'aurait jamais dû survivre, et encore moins retrouver son géniteur.

Mais le destin est en marche, à la merci des dieux, non des hommes. Et les avertissements des différents augures n'y font rien. Pas même ceux de Cassandre, la propre fille de Priam : "Rappelle-toi les mots de ton fils Esacos, né de Arisbé ta première femme, quand il interpréta pour toi le rêve d'Hécube : "L'enfant qui doit naître sera la ruine de Troie !""

La joie du roi de retrouver ce fils oublié lui fait négliger les signes pourtant répétés. Priam accueille Pâris parmi les siens et lui confie rapidement une mission sensible et de la plus haute importance : ramener Hésioné, sa propre soeur, du palais de Télamon, roi de Salamine , où elle vit recluse et loin des siens depuis que Héraklès lui-même l'emporta comme trophée après le sac de Troie - sac lui-même motivé par "une vieille rancune (...) à propos d'une paire de chevaux."

Avec sa fougue indomptable, Pâris prend la mer, aux côtés d'Enée, et fait voile vers les côtes hellènes. Sa route passe par Sparte, où demeure Hélène, la femme du roi Ménélas. La plus belle femme du monde...

La suite, vous la connaissez sans doute, plus ou moins en détails, tant elle a su traverser les siècles et nous parvenir, sans cesse renouvelée, grâce aux innombrables conteurs qui s'en sont emparés.

C'est d'ailleurs cette longévité et le fait que ce récit soit le fruit de centaines d'imaginations successives qui ont séduit Eric SHANOWER : "Le défi de modeler toutes ces versions disparates en une seule trame cohérente m'a fasciné, et je continue de penser que c'est la partie la plus intéressante de mon travail sur L'Âge de Bronze."

Plongeant aux innombrables sources de la Guerre de Troie (car c'est bel et bien d'elle dont il s'agit), creusant l'histoire de chacun de ses innombrables protagonistes, l'auteur a fourni un travail méticuleux afin de nous restituer ce qui pourrait le plus s'approcher d'une forme de vérité historique, si tant est qu'il y en ait une.

Car le propre de la Grèce antique est la richesse de ses mythes et la place qu'ils ont su se faire au sein de la trame historique.

Eric SHANOWER appuie son parti pris réaliste en ne faisant pas intervenir directement les dieux (contrairement à ce qu'HOMERE systématise dans l'Iliade) mais en laissant la part belle aux croyances, superstitions et rituels qui rythmaient la vie et les actes des Grecs et Troyens.

De plus, il nourrit chaque case de détails architecturaux, vestimentaires, décoratifs, artistiques... essentiellement inspirés de la céramique, qui confèrent à son Âge de Bronze un degré de véracité supplémentaire.

Sa fidélité aux récits antiques lui fait toutefois tomber dans certains travers qui rendent parfois sa bande dessinée un peu indigeste : le foisonnement des personnages et de leurs complexes généalogies, et l'intensité dramatique parfois un peu exagérée des situations et des postures et expressions.

Bien sûr, la Guerre de Troie met en jeu un contexte dense, sur une période étendue, avec des protagonistes majeurs issus de prestigieuses lignées : faire l'économie de certaines explications aurait certes fluidifié le récit mais l'aurait sans aucun doute rendu moins consistant. Le lecteur doit donc être attentif de bout en bout pour ne pas se perdre, quitte à se référer à la carte et l'arbre généalogique qui encadrent le récit pour se repérer dans l'espace et dans le temps. Au moins le dépaysement est au rendez-vous.

Bien sûr, la Grèce antique, berceau du théâtre et terre des dramatiques et héroïques destinées, offre un cadre propice à la grandiloquence des gestes et des visages. Mais la regards trop appuyés, les mouvements trop marqués, finissent par manquer de naturels.

Le classicisme du trait de SHANOWER participe d'ailleurs un peu de cette légère raideur : trait réaliste, encrage marqué, hachures un peu trop envahissantes parfois, si le résultat est virtuose, il manque un peu d'originalité et alourdit un peu l'espace par moments.

Plus contestable en revanche est le parti pris graphique adopté pour raconter l'attaque de Troie par Héraklès : les traits sont davantage caricaturaux, les attitudes presque cartoonesques, et le sérieux et la crédibilité de ce passage en pâtissent.

Le résultat global est malgré tout un noir et blanc de grande qualité, fruit d'un travail sans aucun doute considérable.

Difficile de ne pas saluer L'Âge de Bronze et la complète et complexe restitution qu'Eric SHANOWER nous offre : récompensé à juste titre et à deux reprises par un Eisner Award, l'auteur a non seulement réussi à condenser les nombreuses sources dont il disposait, mais il a également su s'affranchir d'un récit essentiellement mythique pour nous en faire entrevoir les aspects géopolitiques et économiques : luttes de pouvoir, alliances fragiles, hégémonie commerciale de Troie sur l'Hellespont, autant de ressorts crédibles à un drame dont le destin n'est peut-être pas le seul initiateur.

Cela faisait longtemps que je tournais autour de cette BD. Grâce au mois Akiléos de K-BD, j'ai franchi le pas. Ne me reste plus qu'à relire ce dense premier tome avant de m'attaquer à la suite.

La Guerre de Troie a bien eu lieu, tout au moins entre les pages d'Eric SHANOWER, et retrouver ces grandes figures qui bercent notre imaginaire depuis des millénaires est un vrai bain de jouvence. Comme quoi, mythe et réalité...

Champimages d'un autre âge.

L'âge de bronze T1
L'âge de bronze T1
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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 16:21
Dans l'abîme du temps

Comme bon nombre des rôlistes de longue date (tout cela ne me rajeunit pas !) je fais partie des hordes de lecteurs qui ont plus ou moins remis au goût du jour à la fin des années 1980 un auteur que les Français connaissaient alors peu, Howard Phillips LOVECRAFT, avec la sortie du jeu de rôle L'Appel de Cthulhu.

Profonde plongée dans l'univers tourmenté d'un auteur ayant imaginé des horreurs tapies aux frontières de notre conscience et de notre système solaire, le jeu invitait à découvrir les romans qui en étaient l'inspiration. Si l'originalité et la légèreté stylistique n'étaient pas toujours au rendez-vous, il faut reconnaître que "le maître de Providence" avait su cristalliser bon nombre de craintes de son époque, et susciter un goût et un courant qui allait perdurer après lui.

Les novellistes furent sans aucun doute les plus nombreux à lui emboîter la plume, mais les auteurs de BD ne furent pas en reste, surtout si l'on repense à certaines planches parues dans Métal Hurlant (Enki BILAL et son Bol maudit, par exemple).

Je ne chercherai pas ici à dénombrer l'ensemble des adaptations plus ou moins directes que LOVECRAFT a pu entraîner dans le monde de la BD, mais elles ont bien souvent comme critère commun d'être, au mieux, de stériles performances plastiques, et au pire de piètres illustrations d'un texte bien trop lourd.

Le mois Akiléos sur K-BD proposant Dans l'abîme du temps adapté par Ian CULBARD, je me suis dit qu'il était peut-être temps de donner une nouvelle chance aux adaptateurs du névrosé père de Cthulhu. Après tout, il n'y a que les imbéciles, comme on dit...

Nous voilà donc projetés aux côtés de Nathaniel Wingate Peaslee, jeune professeur d'économie politique à la célèbre université Miskatonic d'Arkham, au début du XX°siècle. La vie suit paisiblement son cours pour cet érudit sans histoire lorsque des rêves étranges et de brèves absences commencent à la tourmenter. Signes avant-coureurs d'une amnésie foudroyante qui le frappe en plein cours et l'affecte durant près de 5 ans (de 1908 à 1913).

A l'issue de ce trou noir, Nathaniel s'éveille en compagnie d'un de ses rares proches à ne pas avoir pris ses distances avec lui durant la période : le Dr Wilson. Ce dernier lui explique alors ce qu'il a fait ces cinq dernières années : après s'être réveillé balbutiant et bavant, ne reconnaissant ni sa femme ni son fils, le professeur a montré "un vif appétit pour l'histoire, la science, l'art, le langage et le folklore...", avec "la curiosité d'un voyageur studieux venu d'une terre étrangère." Une fréquentation assidue des bibliothèques universitaires, des capacités de lecture hors-norme, un appétit de connaissances sans limites lui valent l'intérêt de nombreux psychologues ("un parfait exemple de dédoublement de personnalité") et la compagnie d'intellectuels encore plus nombreux.

Cette période intense fut accompagnée de plusieurs voyages aux quatre coins de globe, des pôles aux déserts, insatiablement.

Jusqu'à que Nathaniel annonce le retour prochain de ses anciens souvenirs, ne réalise un étrange assemblage "de tiges, de roues et de miroirs", et ne finisse par s'éveiller comme si son malaise n'avait duré quelques heures.

Longue est alors la route pour tenter de recoller les morceaux, de comprendre de quoi ces cinq années furent faites exactement, et surtout de savoir qui lui avait fait cela.

Avec l'aide de son fils Wingate, revenu à ses côtés, et hanté par des rêves aussi forts que des souvenirs, Peaslee met tout en oeuvre pour faire la lumière sur ses années noires. Il se lance alors dans des études de psychologie, et parcourt chaque nuit "une immense salle voûtée, (...) des couloirs de pierres cyclopéens, (...) plusieurs niveaux de caveaux noirs..."

Je vous laisse découvrir la suite par vous-mêmes, si vous ne la connaissez pas déjà, tant le thème a déjà été traité et re-traité dans la littérature ou au cinéma depuis.

Voilà d'ailleurs l'une des faiblesses des histoires de LOVECRAFT, et donc de ses adaptations : leur manque d'originalité. Oui, près d'un siècle après, on peut dire que les différentes nouvelles jaillies de sa plume ont plutôt vieilli, voire mal vieilli.

Le rythme n'est pas très palpitant, les rares révélations assez convenues, et le style (encore et toujours lui !) bien encombrant : les couleurs sont forcément "cyclopéens", les abîmes "insondables" et les horreurs "innommables".

Le mérite de l'homme de Providence est avant tout celui d'avoir créé un mythe, des créatures, un univers, que le jeu de rôle bien plus que les romans permettent de faire revivre avec intérêt (à ce sujet, jetez un oeil sur la jolie gamme développée par Sans Détour, vous m'en direz des nouvelles !).

Ceci étant, reconnaissons à CULBARD le mérite d'avoir opté pour un parti pris graphique original : une ligne plutôt claire, un trait semi-réaliste, des couleurs franches, loin des dessins hyper-réalistes et hyper-hachurés auxquels ses prédécesseurs nous avaient habitués. Mais ce contre-pied visuel n'est pas toujours très heureux, rendant les scènes froides plutôt qu'inquiétantes, et certains paysages assez vides, même si le dessinateur essaie de rendre l'obscurité dense et palpable.

Ses mises en pages sont dynamiques, son trait assez souple, sa vision des créatures et architectures extra-dimensionnelles plutôt originale, mais malgré tout cela ne prend pas. A cause de la faible palette d'expressions des personnages ? Des textes trop lourds ? Des couleurs parfois trop criardes (certains bleus du ciel notamment) ?

Malgré les quelques originalités de cette adaptation de Dans l'abîme du temps, je reste pour l'heure sur ma faim et sur ma position à ce sujet : est-ce encore la peine d'adapter du LOVECRAFT sans en modifier rythme et textes ? Au vu de la richesse des développements proposés par le jeu de rôle (je sais, je ne cesse d'y revenir), je me demande s'il ne serait pas plus intéressant de scénariser de nouvelles aventures dans cet univers aux innombrables perspectives.

A essayer (si cela n'a pas déjà été fait !).

Champimages un peu passées d'âge.

Dans l'abîme du temps
Dans l'abîme du temps
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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 15:14
Le Nao de Brown

"Dans l'entrée de la maison de ma mère, il y a une photo de moi à l'âge de treize ans, suspendue dans l'un de ces cadres à clips bon marché. Je porte des lunettes de soleil blanches des années soixante-dix et un t-shirt Binky Brown fait par ma mère. Elle était couturière, du coup il n'a pas ce côté fait maison... Il est juste parfait.

Tous les copains qui ont pu visiter la maison de ma mère disent que je suis très mignonne et cool sur cette photo. A chaque fois, je souris et j'accepte gentiment le compliment.

Mais au fond de moi, je suis déchirée.

(...)

Je suis sûre que pour eux je suis cette mignonne métisse anglo-japonaise un peu "bohème"...

... Je suis la "copine exotique."

Ils ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale."

Voilà la vie de Nao, ou tout au moins une bonne partie : lutter contre les pensées homicides qui l'obsèdent encore et encore jusqu'au silence, à la réclusion, à l'oubli du temps qui passe et des gens qui essaient de rester.

De retour à Londres après un douloureux voyage au Japon pour aller voir son père, Nao retrouve Tara, sa colocataire, infirmière bienveillante, et surtout Steve, ami d'école d'art perdu de vue depuis longtemps. Coup de chance, ce dernier lui propose de l'assister dans la boutique de produits dérivés de manga et d'anime qu'il tient, Peoploids ("Ah, des trucs d'adolescents..."), de quoi l'occuper et payer son loyer tout en lui laissant suffisamment de temps pour bosser sur ses projets d'illustrations.

De quoi également lui laisser du temps pour fréquenter le centre bouddhiste de son quartier. Elle y écrit un peu, y dessine beaucoup, et y médite autant que possible pour essayer de trouver un semble de paix.

Pas évident lorsque la moindre contrariété, le moindre élément perturbateur peut la faire basculer et envahir son imagination débordante au point de visualiser avec une précision morbide les atrocités que ses pulsions pourraient lui faire commettre.

Ne lui reste alors qu'à essayer de trouver refuge dans certaines pensées rassurantes : "Maman m'aime, je suis une bonne personne."

Mais peut-on vraiment vivre avec de telles obsessions ? Peut-on se construire et partager ?

La rencontre avec Gregory, réparateur de machines à laver débarqué par hasard dans la boutique, aidera peut-être Nao à trouver réponses à ces questions. Après tout, ce grand barbu ressemble au "Rien", un personne tiré de "ichi (...), un dessin animé bizarre de la TV japonaise." Il semble paisible, presque sage avec ses citations et sa petite pratique du bouddhisme (lui aussi), et dès le premier regard il bouleverse la jeune fille.

Mais sera-t-il en mesure de lui apporter la stabilité dont elle a besoin ?

Avec Le Nao de Brown, Glyn DILLON peint par petites touches la vie et les troubles d'une jeune fille hantée par un mal qui ronge son esprit et contre lequel sa lutte semble vaine - ou tout au moins des plus rudes.

Tiroir à couverts sous clef, moments d'enfermement, temps parfois suspendu, le quotidien de Nao ressemble à un champ de mines.

Heureusement qu'elle peut compter sur quelques îlots de stabilité pour essayer de se maintenir à flot : Tara, sa colocataire attentive et compréhensive qui a bien conscience des "devoirs" que la jeune métisse essaie de s'imposer. Steve, l'amoureux éconduit sans le savoir qui, par ses traits d'humour permanents, lui offre de beaux moments de détente - au grand dam de son mascara. Et les cercles noirs qu'elle trace au pinceau, entre deux respirations, et qui dessinent une profusion de machines à laver, comme une incantation...

Pour réaliser ce "saint Graal" (comme le définit la préface), l'auteur semble avoir mis au service de son histoire au long cours tout son talent narratif et graphique.

Le scénario enchaîne avec fluidité une multitude de scènes, et sait parsemer le paysage de petites détails qui réapparaissent, de temps en temps, sous la forme d'un récit parallèle presque mythologique qui se découpe sur fond noir.

Les dialogues sonnent tous justes, et le rythme adopté sait parfaitement donner le ton et le temps aux événements et aux personnages. On sent un implication totale de Glyn DILLON dans la construction de son projet.

Graphiquement, il a su adopter deux styles légèrement différents pour passer du monde réel au récit parallèle. Sans compter les hallucinations de Nao, ou en tout cas ses "projections", douloureux moments souvent traités sur fond rouge.

Lorsqu'elle bascule, l'héroïne adopte une large palette d'expressions toutes parfaitement rendues, allant du désespoir à la folie presque meurtrière : en totale empathie avec son personnage, on peut presque avoir l'impression que l'auteur bascule lui aussi, s'en prenant à la planche avec des crayons rageurs.

Les couleurs plutôt douces que DILLON utilise (de l'aquarelle ?) n'enlèvent rien à la violence de certains sentiments ou certains ressentis qui ne manquent pas d'éclater.

Quant aux traits et aux tons plus nets qui apparaissent lors des passages narrés, ils offrent une stabilité trompeuse et glacée.

En s'emparant du délicat sujet des troubles de la personnalité et de leurs conséquences sur leurs victimes et leur entourage, Glynn DILLON aurait pu tomber dans l'exagération ou le pathétique. Avec Le Nao de Brown, il a su garder un cap sensible et troublant, réaliste sans être morbide, persévérant mais lucide.

Si les quelques passages et considérations bouddhistes m'ont parfois paru trop longs ou redondants, ils font sans doute partie des étapes nécessaires sur le chemin de la prise en main de soi.

Au final, l'auteur a réussi à réaliser le récit ambitieux et complet auquel il aspirait, et Le Nao de Brown nécessitera de nombreuses lectures pour livrer tous ses secrets et ses subtilités.

Une preuve de plus de la pertinence et de la qualité des choix opérés par Akiléos, éditeur auquel nous avons décidé de consacrer notre mois de septembre, sur K-BD.

Champimages qui basculent.

Le Nao de Brown
Le Nao de Brown
Le Nao de Brown
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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 14:23
Le singe de Hartlepool

Les côtes de la perfide Albion ne sont qu'à quelques encablures du vaisseau du capitaine Louis-Armand Narraud quand une tempête éclate. Alors que Philip(pe), jeune mousse bilingue (pour son grand malheur) vient d'être expédié par-dessus bord, la foudre frappe le grand mât et le fier représentant de la Marine Impériale est engloutit par les flots.

Seuls deux de ses passagers survivent : Phiilppe, qui échoue dans une petite crique isolée, et Nelson, le chimpanzé qui faisait office de mascotte à bord, et qui portait en permanence un bel uniforme.

L'animal s'est échoué sur un littoral plus fréquenté et moins hospitalier : la plage principale de Hartlepool, insignifiant village dont la population, plus bête que méchante, se persuade d'avoir mis la main sur un ... Français. A la décharge de ces pauvres pêcheurs, ils n'ont jamais vu de Français... ni de singe, d'ailleurs.

En fait si : le vieux Patterson a déjà eu affaire à ces "espèces de sales déjections d'hirondelle africaine bouffées par les vers" (je cite !), en 1759 au large de Québec. Il y a 55 ans. Mais sa mémoire est plus intacte que ses jambes restées là-bas : il est formel. Les Français puent, grognent, ont le corps recouvert de poils, et quand leurs pieds ne ressemblent pas à des sabots fourchus, ils ressemblent à des mains.

Devant une telle série de preuves, les villageois ne peuvent qu'en convenir : il s'agit bel et bien d'un Français, qu'il faut enfermer, faire parler si possible (qui sait s'il ne connaît pas des plans secrets d'invasion de l'île par l'armée napoléonienne ?) et ensuite pendre haut et court, cela va de soi.

Hartlepool a également la chance d'accueillir un médecin de passage, qui a très vite fort à faire pour soigner bon nombre des victimes du singe (l'animal ne s'est pas laissé capturer sans morsures !) et, surtout, de la bêtise locale. Ces soins l'occupent d'ailleurs tellement qu'il n'a pas le temps d'aller voir l'énergumène dont tout le monde parle et qui provoque une telle hystérie au village.

Son fils Charly, vite intégré aux jeux de enfants du coin, a quelques occasions d'apercevoir l'hideux prisonnier, et il se range à l'avis des autochtones. Seule Melody, la petite-fille du vieux Patterson, émet quelques doutes quant à son identité, mais qui écouterait une fille...

Voilà donc le triste cadre de l'histoire composée avec brio par Wilfrid LUPANO, à partir de faits en partie réels : la guerre, la bêtise, l'ignorance, et au bout du compte (et de la corde) une victime innocente.

Menant son récit d'une main de maître, il ne perd jamais le rythme, trousse des dialogues enlevés, qu'il parsème de fins traits d'humour et de belles brassées d'insultes colorées.

Peu de villageois sont là pour rattraper les autres, malgré une vague - et vaine - tentative de procès. Seul l'homme de science et de raison brandit quelque peu de clairvoyance.

Graphiquement, cela a été un vrai bonheur de découvrir, enfin, la première bande dessinée de Jérémie MOREAU, copain de longue date, un de mes premières compagnons dans le monde de la BD, tout cela ne me rajeunit pas.

Après avoir (brillamment) fait ses armes dans le monde du dessin animé, il est revenu à ses premières amours.

Toutefois, loin de tomber dans les travers de bon nombre de ceux qui, comme lui, passent de l'image mobile à l'image fixe, il a su s'affranchir de ses éventuelles habitues pour ne laisser parler que son imagination et son inventivité.

Le résultat est un trait merveilleux et vivant qui n'est pas sans rappeler certains grands noms de l'illustration et du dessin de presse, comme Ronald SEARLE ou Tomi UNGERER, notamment pour brosser la truculente galerie de portraits des villageois.

Passant de la caricature la plus hilarante à la finesse la plus touchante, il fait montre d'un grand talent et d'une large palette stylistique.

Les couleurs quant à elles - sans aucun doute de l'aquarelle - illuminent et dynamisent dessins et scènes, sans surcharge, tout en subtilité.

De travail d'artiste.

Habitué aux récits historiques, le scénariste a offert à son dessinateur, pour son premier album, une histoire originale et profonde que le trait et les couleurs ont su magnifier.

Comédie dramatique, conte social et philosophique, leçon de vie, Le singe de Hartlepool est un peu tout cela. Parfaitement dosé.

Jérémie MOREAU travaille actuellement sur un projet plus personnel, en noir et blanc, que nous attendons avec impatience.

Après un si bon début, la suite ne peut qu'être alléchante !

Champimages mouvementées.

Le singe de Hartlepool
Le singe de Hartlepool
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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:58
Casanova T1

"Les événement qui vont se dérouler sous vos yeux vous sembleront à première vue disparates, complexes, déconnectés les uns des autres, fractionnés en autant de réalités parallèles.

Et ils le seront."

Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus dès les "précautions d'usage à l'attention du lecteur" : Casanova ne vous offre pas une histoire linéaire à suivre d'un oeil distrait en feuilletant, de l'autre, les pages de vos blogs préférés.

Imaginez une aventure d'espions avec des agents simples, doubles, triples, et même quadruples. Animant une lutte implacable entre l'E.M.P.I.R.E.- à la tête duquel office Quinn père - et la D.E.F.O.N.C.E. - pour qui travaille Quinn fille - (entre autres).

Rajoutez-y le fait que certains de ces agents troubles - Caz, en occurrence, Quinn fils si vous préférez, celui qui donne son petit nom à la série - peuvent se balader dans les dimensions parallèles.

Complétez avec une galerie de "méchants" haute en couleurs (Fabula Berserko et ses trois têtes, Sabine Seychelle et son cerveau génial, Newman Xeno et ses bandelettes sexy) et vous aurez enfin un petit aperçu de la galaxie Casanova.

Vous aviez été prévenus !

Ce premier tome explosif ne se contente pas de vous dresser ce beau portrait de famille embrouillé - je ne vous parle même pas de Quinn mère, vous la découvrirez tous seuls comme des grands -, il fait la part belle aux infiltrations, exfiltrations, assauts musclés et coups en douce.

Pas de cadeaux entre père, fils et fille, une rancune tenace, des gros flingues, des gros bras, et de missions toujours plus improbables, tournant toutes plus ou moins autour de la chute de Sabine Seychelle, le plus brillant créateur de robots encore en activité. A moins qu'il ne s'agisse d'enlever Dieu - rien que ça - ou de désactiver un robot géant japonais conçu durant la Deuxième Guerre Mondiale.

Qui a dit que c'était du grand n'importe quoi ?

Matt FRACTION - dont on peut lire une intéressante interview à la fin du livre - a fait mûrir bien des influences avant de réaliser Casanova, "fils improbable du mariage heureux de Sean CONNERY et David BOWIE". Riche de comics, de musique, de littérature et de cinéma, le scénariste a concocté des intrigues à tiroirs - à ce stade, on peut d'ailleurs plutôt parler de commodes !! - mais surtout a mis sur pieds des personnages ayant la classe : le costard et le noeud papillon de la couverture devraient vous en convaincre. Même s'ils pèchent parfois par excès, ses dialogues sont percutants et imagés, et confèrent eux aussi à l'histoire une certaine classe - d'un tout autre genre, toutefois.

Aux crayons, Gabriel BA - que nous avons déjà croisé dans Umbrella Academy - s'en donne à coeur joie pour dynamiser et dynamiter l'ensemble, entre trognes caricaturales juste comme il faut, tenues et postures décalées, et action, action, action. Il n'hésite pas à mettre deux ou trois fois Dieu en images pour nous aider à ne pas perdre le fil - merci à Lui - et sait, quand il le faut, économiser les traits sans nuire à la lisibilité.

Chapeau.

Côté couleurs, Cris PETER nous permet de jeter un regard en coulisse dans le petit dossier final, fait suffisamment rare pour être noté.

Que retenir de ce premier tome ?

Une indéniable complexité, certes, mais aussi pas mal d'inventivité, des personnages attachants - même les plus retors - et un rythme soutenu. Saura-t-il tenir la longueur ? Cet opus se suffit en tout cas à lui-même, et sa densité et les relectures qu'il permet ne sont pas les moindres de ses qualités.

Champimages en distorsion.

Casanova T1
Casanova T1
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