"La nation est une société unie par des illusions sur ses ancêtres et par la haine commune de ses voisins."
Dean William R. INGE (cité dans le Singe de Hartlepool)


"La nation est une société unie par des illusions sur ses ancêtres et par la haine commune de ses voisins."
Dean William R. INGE (cité dans le Singe de Hartlepool)
1024 Architecture - Mushroom
Comment prouver que les critiques ne savent pas lire ?
Comment créer un auteur trash ?
Comment écrire un livre choc sur l'immigration ?
Comment éditer un manuscrit qui n'existe pas ?
Longue est la liste de questions soulevées par cette série de très courts métrages léchés en quelques traits quasi signalétiques et un piano très rythmé.
Le tout porté par l'inimitable voix de Jackie BERROYER.
Les Supercheries Littéraires, une dizaine de petites leçons sans prise de tête, teintées d'humour, et qui rappellent combien il faut éviter de tout prendre au sérieux.
Berge(r)s : "On gardait les chevaux de la mer..." (hommage à Léo)
B(l)ack : "Reviens, la nuit..." (hommage à Johnny)
F(r)ioul : Tintin et l'Île de l'or noir.
Jacques
Au début j'étais un ballon bleu.
Et puis, je l'ai crevé à cause de l'oeil de ma soeur.
A moins que ce ne soit à cause de tous ces yeux qui m'ont dit du mal
Et ont piqué dans mon hélium pour que je redescende sur terre.
C'est dommage, j'aurais pu rester rond et léger,
Aimer le monde par en-dessous, envoyer des messages et vivre heureux,
Pacsé avec le vent, détaché du fil du temps.
A la place, j'ai construit des angles et des portes,
J'ai tourné le dos à mon ouragan, j'ai plombé mes chaussons d'opinions
Et j'ai tiré sur tout ce qui louche.
J'ai fait ma vie, j'ai fait le grand debout qui marche.
J'ai fait les liens et les attaches, j'ai fait le monde en aller-retour,
Des photomatons de mes rides qui courent.
Et piqué un peu dans des héliums, j'avoue.
C'est dommage parce que je suis sûr que j'ai encore du bleu derrière mon oeil.
Un bleu feutre, un peu sale, comme un oeil d'enfant
Gribouillé au-dessus d'une maison de travers,
Observé par un soleil bardé de traits.
Comme j'en suis sûr, j'attends le retour des fous dans ma tête,
Une brigade de ballons sans idées, comme des bulles de rêves,
Des audaces volantes sans attentes.
Et pour être sûr de ne pas trop attendre, je fais le solennel et je plante.
Ici dans mon jardin secret, ma graine d'Alzheimer.
Plus tard, attaché mais fou comme un enfant,
Je volerai dans mon ventre, j'aimerai le monde sans mémoire,
J'enverrai des mensonges et vivrai heureux, pacsé avec maman,
Détaché de mon fil et de mon vieux tempérament.
Regonflé à bloc, hors du temps.
Théa ROJZMAN, Chacun porte son ciel.
Cinquième édition du festival BD qui monte, qui monte, qui monte !
Des libraires pour accueillir des auteurs, des animations à foison (cosplay, ateliers BD, deux tables rondes dont une animée par votre serviteur dimanche à 11h...), expositions un peu partout : la BD s'installe au mois de juin.
Les infos complètes sont par ici, la belle affiche signée Eric CARTIER juste en dessous, ne vous reste plus qu'à être de l'expédition et, comme chaque année, faire de belles découvertes.
2003-2013.
Dix ans de portraits en traits/très noir et blanc réalisés par un maître de l'horreur froide et lisse, Charles BURNS.
Exposés dans la Adam Baumgold Gallery à New York, ces portraits nous sont aussi accessibles sur le site internet de la galerie.
Contours nets, regards intenses, la galerie de portraits est dense, révèle un talent sûr (dont nous ne doutions pas) et un remarquable sens du réalisme épuré, et s'achève par les créatures apeurées croisées aux abords du Black Hole.
Magistral et glaçant.
SOULCIE pour Télérama.fr
Fond de cale. Des hommes, des corps plus que des consciences, oeuvrent sans relâche pour nourrir la bête de fonte et d'engrenages qui leur fait fendre les flots. Non loin, entre deux eaux, entre deux mondes, guette une "baleine blanche", signe de temps nouveaux.
A quai.
Un des marins-ouvriers-forçats saute le pas et à terre, pour les beaux yeux d'une belle qui s'évanouit entre les mains d'un symbole omniprésent et autoritaire.
Lui, perdu, dans l'ombre, se retrouve embarqué dans un jeu de luttes politiques de plus en plus troubles, malsaines, à l'image de cette ville-labyrinthe qui craque comme une coque rouillée et crache fumées noires et coups sur les corps de ceux qui ne seraient pas d'accord.
Peu d'espoir dans cette première histoire.
La seconde, portée par les couleurs de la première de couverture (seule trace de polychromie de l'album), nous entraîne dans les bas-fonds d'une usine. Machine-travail à la chaîne-pause-machine. Train-train et ron-ron d'un monde mécanique dans lequel chacun n'est qu'une pièce de plus, de trop.
Les rares bouffées d'air proviennent des concerts, forcément sauvages, ou des tags, colossaux et revendicatifs. Images-symboles tapies dans l'ombre.
Un regard en coin, une belle voiture, le maigre espoir peut-être d'un après meilleur, et la jeune femme monte avec l'inconnu.
Le félin-totem qui veille sur elle saura-t-elle la sauver...
Deux récits très noirs dans cet Industriel taillé au rasoir. Danijel ZEZELJ semble avoir trempé son pinceau dans les heures les plus sombres de l'Histoire (son origine balkanique n'y est sans doute pas étrangère) et nous livre des morceaux très durs d'un univers à peine d'anticipation : régime totalitaire, capitalisme écrasant, villes-machines et êtres broyés...
Les rares espaces de liberté et d'expression sont offerts par la musique, la peinture, qui laissent entrevoir des parcelles de résistance, à défaut de véritable espoir.
Les deux figures animales qui accompagnent chacune des histoires ajoutent la touche d'étrangeté nécessaire, sans sombrer dans le fantastique : elles marquent (de manière peut-être un peu trop appuyée, il est vrai) un symbolisme teinté de poésie.
Graphiquement, l'auteur a opté pour un parti radical et résolument efficace : traits anguleux, noirs dévorants, compositions somptueuses, élégances des rythmes presque abstraits.
Le choix d'un récit sans paroles appelle des images plus fortes, parfois un peu trop explicites, mais qui réussissent tout de même à garder un certain mystère.
Le tout dégage un charme fou, dérangeant, étouffant, et révèle une virtuosité graphique rare. Les éditions Mosquito (celles-là même qui nous ont permis de redécouvrir Sergio TOPPI) ont de nouveau fait un remarquable travail et nous permettent de découvrir un auteur d'un immense talent (et d'une immense gentillesse, comme j'ai pu le constater durant le Festival BD de Solliès-Ville).
Peu d'espoir entre les pages d'Industriel, mais la force d'un propos servi par la force du dessin d'un auteur à suivre. Débarrassée du texte, l'image peut, enfin, nous saisir totalement aux tripes.
Champimages qui vibrent en cognent.