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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 15:48
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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 07:37
Les nouvelles aventures du Chat Botté T1*

"La montagne est en marche !

_ Par mes coussinets ! Quel est ce prodige ?

_ C'est pour toi qu'elle vient. Elle m'a murmuré hier qu'elle voulait ta peau.

_ C'est insensé ! Pourquoi une montagne voudrait-elle la peau d'un chat ?

_ Souviens-toi, tu as dévoré un ogre changé en souris !

_ Je n'en suis pas peu fier !

_ Mais la montagne croit que c'est son propre fils que tu as mangé !

_ Pourquoi donc ?

_ Parce que les montagnes accouchent parfois d'une souris !"

Le ton est donné - d'autant que ci-dessus est retranscrite une conversation entre un chat... et un âne ! - et la Chat Botté (car c'est bien de ce félin coquin dont il s'agit) n'est pas au bout de ses peines.

"L'histoire ne se termine pas au point final que Charles écrivit", loin s'en faut : dans le monde des contes, fables et légendes, le battement de moustaches d'une souris peut déplacer des montagnes.

Comment lutter face à un tel phénomène, une telle masse pétrie de colère et ivre de vengeance ? (l'ivresse des sommets, sans doute, et des sonnets par la même occasion !)

En se montrant malin comme un... chat, en tout cas comme l'en-chat-peauté nous y a habitués.

Son plan est simple : trouver une souris prête à jouer la comédie devant la colossale montagne et à la convaincre qu'elle est sa progéniture saine et sauve.

C'est faire bien peu cas de l'intelligence (et de la taille, d'ailleurs) de cette doyenne mécontente.

La suite est un imbroglio picaresque qui fait la part belle aux mythes et fables (ici le rat vanté par LA FONTAINE rencontre un lion nommé... Némée !), y insuffle humour et jeux sur les mots et expressions (relire le dialogue introductif en cas de doute) et, en prime, jongle avec quelques codes de la bande dessinée (tout pour me plaire, donc !) en évoquant l'auteure à tout bout de case :

"Je n'entends rien à cette histoire, mais gage que nous la devons, comme d'habitude, à l'auteure. Quel fléau que cette donzelle ! Palmyre, tu vas sur le champ lui porter cette lettre dans laquelle je lui demande des éclaircissements."

Je connaissais le goût de Nancy PEÑA pour les félins, mais j'ignorais (que la liste est longue...) qu'avant d'envoyer son héros-silhouette à l'aventure sur les terres textiles elle s'était attaqué à son illustre ancêtre bavard et roublard.

Parfaitement dans l'esprit d'une littérature riche et imprévisible (c'est tout l'esprit feuilletonnesque qui souffle sur ces Aventures !), l'auteure y associe un traitement graphique d'époque entre plume (il me semble) et hachures, le tout se courbant avec la grâce de la caricature.

Loin des grands aplats hypnotiques du Chat du kimono, Nancy PEÑA opte ici pour une profusion de petits traits toujours bien dosée et l'agrémente de mises en page parfois éclatées, parfois ornementales, rarement plates et anodines.

En prime, elle joue avec les voies narratives (il est passé par ici, il repassera par là !) et avec le rapport créateur-créature, le tout sous l'égide du théâtre et du faux-semblant.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire des Nouvelles aventures du Chat Botté un parfait concentré de littérature loufoque, intelligent et référencé, élégant sans jamais se prendre au sérieux, qui laisse légèrement sur sa faim à la fermeture du premier tome - (mais c'est le propre de la collection "lépidoptère" de nos amis de Six Pieds Sous Terre. Gageons que les deux tomes suivants soient sans doute eux aussi un régal.

Un album parfaitement adapté à notre thème du mois sur k.bd : "il était une autre fois". Après Fables et en attendant Château l'attente (sic), ces nouvelles aventures offrent une parfaite balade au pays de l'imagination littéraire.

Chapeau bas.

Champimages de référence en révérence.

Les nouvelles aventures du Chat Botté T1*
Les nouvelles aventures du Chat Botté T1*
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 08:11

Une nouvelle preuve du talent de Matt MADDEN.

Une siècle de BD étasunienne résumé en 6 cases
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:41
Raging Bulles à Toulon - 25 septembre 2014

Et c'est parti pour une nouvelle saison de lectures croisées et de débat autour de l'actualité BD.

On ne change pas une équipe qui gagne : nos chroniqueurs toulonnais reprennent du service pour ce Raging Bulles 2014-2015 que nous espérons aussi intense que les précédents.

Je vous en rappelle le principe : chaque mois, six titres sont sélectionnés, lus en amont, puis débattus un jeudi soir (en général le dernier du mois), dans un lieu où il fait bon boire, manger et discuter. Un moment d'échanges et de réflexions ouvert à tous !

Prochain rendez-vous :

Jeudi 25 septembre 2014

A partir de 19h30

A la Cave de Lilith Librairie Contrebandes (changement de dernière minute !)

Rue Paul Lendrin, à Toulon

Attention, ce sera notre dernière fois dans cette petite Cave : guettez bien notre nouveau lieu de rendez-vous pour le mois d'octobre.

La sélection du mois :

MARIE Damien & BONNEAU Laurent, Ceux qui me restent, ed. Bamboo.

LAPOIX Sylvain & BLANCOU Daniel, Energies extrêmes, ed. Futuropolis.

SWAIN Carol, Gast, ed. ça et là.

MILLIGAN Peter, BIUKOVIC Edvin & PULIDO Javier, Human Target, ed. Urban Comics.

OKADA Shinichi & OISHI Hiroto, La cité des esclaves T.1, ed. Casterman.

NURY Fabien & ROBIN Thierry, Mort au tsar T.1, ed. Dargaud.

Bonnes lectures !

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 09:45
Vagabond

Au crépuscule du XVI°s (donc à deux pas de l'aube du XVII°...) le Japon connut un basculement de son histoire féodale : la bataille de Sekigahara entre Ieyasu Tokugawa et Mitsunari Ishida marqua la fin de l'époque Sengoku (laissez les boules de cristal en dehors de tout ça !) et le début de l'époque Edo.

Parmi les milliers d'âmes qui participèrent au fracas des armes qui avait ébranlé l'histoire, deux silhouettes un peu craintive, un peu hagardes.

"Takezo gisait au milieu des cadavres. Il y en avait des milliers.

"Le monde entier est devenu fou, songeait-il vaguement. L'homme ressemble à une feuille morte, ballottée par la brise d'automne."

Lui-même ressemblait à l'un des corps sans vie qui l'entouraient. Il essaya de lever la tête, mais ne parvint à la soulever que de quelques centimètres au-dessus du sol. Jamais il ne s'était senti aussi faible.

[...]

Soudain, l'un des corps voisins leva la tête :

- Takezo...

[...]

La voix, il en avait la certitude, était celle de son meilleur camarade. Il rassembla toutes ses forces pour se soulever légèrement, et, dans un chuchotement à peine audible à travers le déluge de pluie :

- C'est toi Matahachi ?"

Takezo Shinmen et Matahachi Hon'iden, deux adolescents, deux amis de toujours, deux apprentis guerriers dépassés par l'horreur de la guerre et par l'infâme trahison dont leur seigneur avait été victime.

Ne leur restait comme unique objectif et attache que leur village natal, Miyamoto. Mais la longue route y conduisant passait par bien des tentations. Matahachi, malgré son mariage à venir avec la belle et jeune Otsu, s'arrêta en route dans les filets d'une jeune veuve aguicheuse.

Furieux, abandonné, Takezo poursuivit sa route en solitaire.

Mais l'accueil qu'on lui réservait n'était pas celui escompté : la vieille et acariâtre Osugi Hon'iden, mère de Matahachi, ne toléra pas de voir le jeune homme (qu'elle n'avait jamais porté dans son coeur) revenir sans son fils.

"Le misérable ! Il aura laissé notre pauvre Matahachi mourir quelque part ; après quoi, il sera furtivement rentré sain et sauf. Un lâche, voilà ce qu'il est ! [...] Il ne m'échappera pas !"

Lui qui pensait retrouver la paix auprès des "siens" (en tout cas ceux auprès desquels il avait passé sa courte vie) se retrouva donc chassé, fugitif obligé de défendre sa peau au prix du sang. Chaque goutte en appelant une autre, chaque mort alimentant un peu plus les désirs de vengeance...

Dans cet océan de violence et de sentiments exacerbés - colère, vengeance, amour... - n'émergeait qu'un îlot imperturbable et tranquille : le moine Takuan Soho. "Un homme assez jeune qui [...] portait un simple pagne, et sa peau hâlée rayonnait comme l'or mat d'une vieille statue bouddhiste."

Et voilà.

Le décor est planté : une pays encore déchiré par des guerres ayant remodelé son visage à jamais.

Les personnages y ont pris place, mus par de puissants élans sans aucun doute légitimes mais ravageurs.

Lucide observateur de leurs destins, Takuan essaie de mettre son intelligence et sa clairvoyance au service de chacun, pour le bien de tous. Mais les désirs contradictoires de ces êtres de chair faible et de passion forte sont-ils compatibles ? La voie du sabre que veut suivre Takezo peut-elle s'accommoder des sentiments qu'Otsu se met à lui porter et à faire croître ? Peut-elle surmonter la colère vengeresse d'Osugi ? Se remettrait-elle du retour de Matahachi ?

Longues et tortueuses sont les routes du Japon d'alors.

Incertaines, dangereuses, fourmillant de chausses-trappes et d'impasses.

Elles ne laisseront sans doute personne indemne.

Comme vous l'aurez peut-être reconnu, Vagabond est l'adaptation par Takehiko INOUE du célèbre roman Miyamoto Musashi, de Eiji YOSHIKAWA, plus connu du public français sous le titre La pierre et le sabre (et sa suite, La parfaite lumière).

Véritable institution au Japon, ce roman paru dans les années 1920 jeta sans aucun doute les bases d'un genre historique toujours très apprécié : le roman de samouraï (ou en tout cas de guerrier au sabre).

Réputé pour sa virtuosité graphique et ses talents de mangaka (en matière de découpage ou de dialogues), Takehiko INOUE, mis à l'honneur par K.BD ce mois-ci, semblait l'auteur rêvé pour réaliser cette adaptation.

Ma déception n'en fut que plus grande.

Mes co-critiques ne tarissaient pourtant pas d'éloges sur l'artiste. Découvrir son travail s'annonçait donc comme une belle aventure, d'autant que j'avais beaucoup apprécié La pierre et le sabre, lu il y a quelques mois.

C'est peut-être ce qui a desservi cette découverte.

Certes, INOUE fait en effet montre d'une belle maîtrise graphique, nourrissant ses images de détails et de minutieuses hachures, n'hésitant pas, lors des scènes de combat notamment, à abandonner un trait trop net et trop léché pour du presque croquis flou, vibrant, sauvage.

Pour le reste, il cultive tous les travers des mangaka réalisant des shônen ou des seinen : émotions surjouées, compositions emphatiques, métaphores trop appuyées et dialogues...indigents. Bon, sur ce point le doute peut demeurer dans la mesure où la traduction est peut-être en cause...

Le résultat met donc à bas la subtilité qui se dégageait du roman. Bien sûr que les situations, souvent intenses et dramatiques, pouvaient paraître exagérées, mais méritaient-elles pour autant le traitement caricatural infligé par INOUE ?

Et ne me dites pas que cette outrance redondante est la marque de fabrique de toute une culture, car d'autres ont sur la dépasser avec talent et personnalité, comme Taiyou MATSUMOTO ou Atsushi KANEKO par exemple.

Les personnages en ressortent donc caricaturaux : difficile, impossible même de les prendre au sérieux.

Que reste-t-il entre nos mains ? Une pantomime criarde (sic) qui ne donne envie ni de lire la suite (alors que c'est peut-être sur la longueur qu'apparaîtront les subtilités et que nous serons données à voir les lentes évolutions des personnages) ni même de se plonger dans le roman (pour ceux qui ne le connaissent pas encore).

Je vais tout de même persévérer et suivre les conseils des autres chroniqueurs de K-BD, tellement enjoués, mais je crains le pire à la lecture de Real ou de Slam Dunk...

Champimages qui en font beaucoup trop.

(les textes reproduits plus hauts sont extraits du roman, pas du manga)

Vagabond
Vagabond
Vagabond
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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 21:39
Fables T1*

"Qui craint le grand méchant loup, c'est pas nous, c'est pas nous..."

Normal, me direz-vous : depuis qu'il a perdu griffes, crocs et pelage, Bigby n'est plus que l'ombre de lui-même.

Mais méfiez-vous du loup qui dort : son mauvais poil et son flair légendaire ne sont jamais loin.

Il en aura d'ailleurs bien besoin pour résoudre la sordide affaire que Jack (sans ses haricots) vient lui ahaner sur le bureau : sa compagne, Rose (Rouge), la soeur de Blanche (Neige) a disparu, laissant derrière elle un appartement dévasté et maculé de sang...

Une nouvelle que Blanche, qui travaille dans un bureau voisin, n'apprécie pas vraiment : malgré ses mauvaises relations avec sa soeur, elle ne peut tolérer que cette disparition (et qui sait, cette mort ?) ne restent impunies. Forte de son statut de "Directrice des opérations", elle emboite donc le pas de Bigby sur les traces des suspects...

Un troll, Barbe Bleue, Boy Blue, le Prince Charmant ne sont pas très loin et émaillent les pistes de coup de sang ou de charme imprévus mais bienvenus pour faire progresser une enquête particulièrement difficile.

Mais dans quel univers de contes sommes-nous, me direz-vous ? Mais dans notre bon vieux monde à nous, dans "une ville imaginaire appelée New York".

"Jadis, nous vivions dans mille royaumes distincts, éparpillés sur une centaine de mondes magiques. Nous étions rois, cordonniers, sorciers ou sculpteurs. Nous avions nos pécheurs, nos saints et nos fieffés arrivistes. Et du plus grand seigneur à la plus humble paysanne, nous ne nous connaissions pas pour la plupart. Il a fallu... une invasion pour nous réunir."

La suite se trouve entre les pages du premier tome de Fables, de Bill WILLINGHAM et Lan MEDINA, avec lequel k.bd ouvrira son mois d'octobre sur le thème "il était une autre fois". Entendez par-là "les contes traditionnel revus et corrigés par la bande dessinée".

Difficile de mieux commencer qu'avec ce comic book à succès qui a su plonger dans le riche et séculaire bain littéraire des contes, légendes, comptines et mythes populaires de l'Ancien (surtout) et du Nouveau Monde pour en proposer une relecture moderne et dynamique (qui n'est pas sans rappeler les séries TV Once upon a time ou Grimm et qui s'inscrit dans la tradition du genre, à savoir faire du neuf avec du vieux !) : dans un monde qui pourrait être le nôtre évoluent, bien à l'abri d'apparences factices ou d'un havre retiré de tout, les créatures des récits d'antan.

Unis dans l'adversité, ayant balayé leurs travers et leurs différends (mais chassez le naturel...), ces exilés ont fort à faire autant pour continuer à cacher leur véritable nature que pour ne pas laisser leurs vieilles rancoeurs ressurgir.

Si ce premier tome se concentre surtout sur ce deuxième point, nul doute que les suivants mettront les Fables aux prises avec les Communs.

La matière est dense, le filon est riche, mais peut-être peut-on craindre son épuisement au bout des 22 tomes actuellement disponibles.

Ne boudons pas notre plaisir toutefois, car celui de Bill WILLINGHAM est communicatif : piochant dans une interminable galerie de personnages, il construit une enquête solide (menée à la manière forte et résolue avec une mise en scène très "agathachristienne") dans laquelle ses deux héros, Bigby et Blanche Neige, exécutent un exquis pas de deux : la sauvagerie de l'un, la détermination de l'autre, le tout sur fond de préparatifs du Gala du Souvenir, constituent une détonnant cocktail qu'on sirote jusqu'à la dernière goutte.

Bien sûr, le Prince Charmant est tête à claque et Barbe Bleue s'attire très vite notre antipathie. Mais malgré ces quelques travers, le tout est de fort bonne facture, original et prenant, teinté d'un humour bienvenu et maîtrisé ("T'as détruit ma maison... Tu me dois bien ça ! _ C'est du passé. Et j'ai fait que disperser quelques bottes de paille.").

A priori doté d'une solide culture, le scénariste atteint parfois la grâce et la qualité d'un Alan MOORE mêlant avec bonheur codes et icônes de différentes cultures.

Au crayon, Lan MEDINA abat un travail de bonne facture bien que classique. Il offre un découpage efficace, des cases parfois riches de détails inutiles mais indispensables et se plaît à habiller d'arabesques certaines bordures.

Alternant cases dépouillées et fonds débordants, il campe des personnages solides et très expressifs mais peut-être parfois un peu raides.

Fables nous propose une histoire relativement originale dont un des intérêts est, par ses innombrables références, de nous permettre de nous plonger ou replonger dans des histoires méconnues et surtout d'imaginer ce qui va bien pouvoir arriver à tous ces personnages aux destins immuables.

Plaisant exercice de style qui trouve peut-être ses limites dans la profusion.

Affaire à suivre, donc.

Champimages qui racontent, qui racontent...

Fables T1*
Fables T1*
Fables T1*
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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 18:31
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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 09:36
L'été des Bagnold

A gauche, une femme sans doute encore jeune, cheveux bruns et longs, larges lunettes, veste classique ouverte sur un collier de perles et un sourire.

A droite, une jeune garçon aux cheveux bruns et courts, T-shirt "4x4", sourire radieux.

Au centre, un gros chien blanc langue pendante.

Maisie.

Etrange photo de famille sur laquelle "Daniel avait insisté pour inclure [leur chienne]". Souvenir lointain d'une époque où le jeune garçon et la Labrador étaient "dévoués l'un à l'autre, inséparables...".

D'une époque où déjà Bob, le mari et père, était "parti en Floride pour affaires" et n'en était jamais revenu.

D'une époque dont il ne reste plus grand chose, quelques années après, durant un interminable été de six semaines que Daniel doit passer avec Sue, sa mère, contrairement au plan initial.

Le petit garçon de la photo ne sourit plus, ne porte que des T-shirts noirs à l'effigie de différents groupes de métal, passe son temps entre canapé (trop grand), chips (trop grasses) et copain (trop classe, Ky, "le genre de personne à porter ce genre de chapeau en public"), et griffonne dans ses carnets nom de scène et pochette d'album du groupe dans lequel il se verrait bien jouer.

Mais où trouver des musiciens dans ce trou à rat où l'été n'en finit pas de s'étirer ? Tout simplement sur un petit bout de papier accroché au panneau d'affichage du Costcutter voisin. Bien trop simple pour Daniel le complexé, le mutique, le rêveur, le décalé, qui n'aura pas assez de ces six interminables semaines pour essayer de faire le premier pas vers la musique.

Que fait-il en attendant ? Il suscite l'inquiétude et l'incompréhension de sa mère qui ne sait comment réagir à la morne passivité de son fils . Alors, entre deux engueulades - toujours prévisibles, toujours tempétueuses - Sue cherche à comprendre : était-elle comme ça elle aussi, plus jeune ? Est-il condamnée aux hommes fuyants (son père, son mari, et maintenant son fils) ? Qu'a-t-elle fait pour mériter ça ? Comment pourrait-elle y remédier ?

Loin de se laisser abattre, elle va de l'avant, s'interroge, questionne Daniel, et elle l'observe avec minutie, précision, insistance, jusqu'à le mettre mal à l'aise parfois. Elle s'évertue à essayer de lui faire acheter une paire de chaussures neuves pour le mariage de son cousin, mais la mission s'annonce rude ("elle se demande si Daniel portera un jour autre chose que des sweat-shirts noirs à capuche..."). Elle essaie également de le faire parler voire, rêvons un peu, de le faire sourire. Des missions bien rudes elles aussi.

L'été des Bagnold rend donc compte de ce face à face familial éprouvant et étouffant : le silence de l'un, les interrogations sans réponse de l'autre. Entre les deux, l'abîme des questions existentielles du fossé des générations : à quel moment quelque chose a-t-il cloché ? Qui est responsable ? Pourquoi tout semble s'émietter ? Que faire pour que cela cesse ?

Joff WINTERHART restitue ces questionnements avec une justesse poussée à son point le plus extrême : la répétition aux portes de l'ennui. Strips après strip, il nous entraîne dans la spirale de ses personnages, héros de la banalité enfermés dans une vie et une ville où tout semble figé à tout jamais et presque un peu factice parfois.

Graphiquement, la même étrangeté un peu lasse se dégage : du noir, du blanc, du gris, un dessin tremblé qui ne semble pas tout à fait fini; les cases pourraient directemente sortir des marges d'un cahier de collégiens ou de lycéens. Comme si Daniel nous livrait à la troisième personne un journal intime de son malaise.

Si l'on passe outre le poids qui pèse sur la routine et les images, on se laisse peu à peu gagner par le mal-être de l'ado : quelque chose ne va pas, c'est évident. On ne saura jamais vraiment pourquoi (même si les raisons semblent nombreuses !) mais qu'importe. Daniel, ado effacé au pas traînant et en quête de repères, fait écho à celui que l'on a été ou que l'on sera peut-être ou que l'on croise parfois : un révolté silencieux qui en veut à la Terre entière en attendant de trouver sa place.

On se laisse aussi gagner par l'étrange force de caractère de Sue : malgré ses nombreux échec apparents, malgré ce qui peut s'apparenter à de l'impuissance, malgré ses traits tirés, ses yeux rougis et son incompréhension, elle met tout en oeuvre pour mieux comprendre son fils, son monde, pour retrouver une vie plus épanouissante. Elle lutte contre le poids de la vie qui va, du temps qui passe, un combat à armes inégales.

Si certaines histoires courtes finissent un peu en queue de poisson (le prix à payer pour l'absurdité de cette vie en faille), toutes transpirent l'authenticité. Autobiographie déguisée ou fine analyse, L'été des Bagnold, sous des dehors un peu rebutants, touche juste et nous fait partager le quotidien bancal de personnages attachants.

Pas de grande aventure ou de grands éclats de rire : juste une histoire de gens comme on en croise souvent, restituée avec pudeur et précision.

Un quasi-documentaire, en somme.

Champimages d'un été gris.

L'été des Bagnold
L'été des Bagnold
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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 10:58
La Fille Maudite du Capitaine Pirate T1

Entre la Mer du Khan et la Terre des Lions s'étendent les vastes mers d'Omerta, qui abritent en leur sein tumultueux d'innombrables et mystérieuses îles aux noms enchanteurs : Prastine, Rape pleutre, Tut, Priventh, Chien noyé, la Mèche du perroquet... Autant de contrées à explorer, piller, ou dans lesquelles se cacher. Autant de pistes à suivre pour la Fille Maudite du Capitaine Pirate.

Mais l'heure n'est pas encore arrivée.

En ce jour de 1728, sur les plages de Port-Elizabeth, en Jamaïque, la jeune fille doit en découdre avec deux gamins moqueurs :

"T'en as même pas, de père.

_ Si, j'en ai ! C'est le plus grand capitaine pirate des mers d'Omerta."

S'ensuit une belle correction dont Apollonia, la toute jeune fille du gouverneur Maygun, ne perd pas une miette : yeux écarquillés et bouche bée, elle assiste au spectacle et tombe sous le charme de la brune rebelle.

Envoûtée par les fantastiques récits que la Fille Maudite fait vibrer à ses oreilles, la blonde fille de bonne famille, cris en bouche et dague au vent, perturbe quelque peu le banquet que son père donne à son Altesse le Prince Povy lui-même. Depuis le temps qu'une visite royale était attendue ! Las, l'agitation de la jeunette ne fait rire l'invité qu'un temps, clos par le jet d'un fruit sur sa noble pomme.

Bref mais irrémédiable incident qui pousse le gouverneur hors de ses gonds : il mande M. Six, son homme de main (et de gros bras !) qui lui-même délègue au Squale, homme de bas-fonds et basses-oeuvres, l'ingrate mais nécessaire tâche de faire disparaître des plages locales cette Fille Maudite par la faute de laquelle tout est arrivé.

Mais tout le monde n'est pas la Fille Maudite du Capitaine Pirate, et le destin ne peut laisser les hommes agir comme ils l'entendent : par la voix d'un noir perroquet et d'un blanc requin échoué (un squale en chasse un autre) l'avenir de l'héroïne s'écrit en lettres d'encre et de sang.

Avec un oeil en moins ("Est-ce que tu trembles à la vision terrible de la Fille Maudite et affreusement défigurée du Capitaine Pirate ?") mais un allié en plus (Poivre d'As, de son petit nom d'oiseau bavard), la vaillante pirate peut à présent prendre le large (et le profond !) pour chercher son père.

Lourde tâche s'il en est : non seulement il lui faudra passer par l'Obscurum per Obscurieux, mais surtout "il y a cinq capitaines qui cinglent sur les mers d'Omerta sous le pavillon noir.[...] Et je ne sais pas bien auquel tu appartiens." S'il est de bon conseil, Poivre d'As sait rester prudent.

L'aventure ne fait que commencer.

Découvert lors de l'un de nos derniers Raging Bulles, La Fille Maudite du Capitaine Pirate joue dès la couverture et l'ouverture la carte de la plus exquise séduction : un dessin au trait riche et minutieux, une construction alternant planches traditionnelles, mises en page éclatées et grandes illustrations en simple ou double page et un récit sans temps mort rappelant les grandes heures de l'aventure picaresque et feuilletonnesque.

De grandes heures qui nous renvoient à l'univers graphique du XIX°siècle dans lequel Jeremy A. BASTIAN semble avoir puisé allègrement : Gustave DORE fait d'ailleurs partie des ses influences majeures et avérées.

Ajoutez-y une dose de folie douce et de liberté totale glanée chez Lewis CARROLL et vous aurez un petit aperçu du résultat final, dont l'inventivité visuelle et narrative permanente a presque un petit côté "écriture automatique".

La virtuosité graphique se déploie en multiples arabesques, les rencontres sont toutes incroyables, les personnages théâtraux en diable et leurs visages d'incroyables caricatures.

La demi-mesure n'a pas sa place au pays de BASTIAN, au risque parfois de surchager les cases ou de figer le récit par des pauses illustratives trop nombreuses et trop fortes.

Chaînons manquant entre les époques (du XIX°siècle à nos jours) et entre les genres (bande dessinée et récit illustré), La Fille Maudite du Capitaine Pirate est une très belle et bonne surprise, petit joyau niché au sein des exigeantes éditions de La Cerise.

Si sa lecture demande du temps et de l'attention (de quoi rebuter les lecteurs les plus pressés) et si le trait souffre parfois d'une légère raideur (le prix à pays pour les hachures, sans doute), l'oeuvre reste l'un des titres phares de ce début d'année 2014.

Pas étonnant que K.BD en ait fait l'une de ses lectures estivales.

Notre chant des sirènes iconophiles saura-t-il vous attirer vers les mers d'Omerta ?

La Fille Maudite du Capitaine Pirate T1
La Fille Maudite du Capitaine Pirate T1
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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 16:53
Le Journal de Frankie Pratt*

"Chapitre I

Cornish, New Hampshire

1920

Au commencement...

Mère m'a offert ce journal [scrap book] pour mon diplôme de fin d'études secondaires.

J'ai trouvé la vieille Corona [une belle machine à écrire] de papa dans la cave. Des souris ont grignoté l'étui, mais elle marche encore !

J'ai commandé le mode d'emploi gratuit pour apprendre à taper. J'écrirai une page par jour."

Ainsi entrons-nous dans la vie de Frankie ("Je déteste Frances"), et vice versa : par quelques mots tapés à la machine et des images glanées de-ci de-là pour illustrer son propos.

Une vieille publicité, une petite annonce, un objet collé... donnent très vite à cet univers de papier une densité et une présence rarement égalés et nous entraînent dans un voyage dans le temps particulièrement réussi.

1920 : Cornish, New Hampshire.

1920-1924 : Université de Vassar

1924-1925 : Greenwich Village

Janvier 1926 : L'Atlantique

1926-1927 : Paris

1927-1928 : Cornish, New Hampshire

8 ans dans la vie d'une jeune femme que l'on rencontre à 18 et qui s'engage sur les chemins houleux de la voie et de la vie à suivre.

Que faire ? Avec qui ? Être infirmière comme sa mère ou s'engager dans les études qui lui permettront peut-être un jour de devenir l'écrivain qu'elle aspire à être ?

De qui accepter les élans du coeur ? De l'esprit ?

Des considérations somme toute assez terre à terre mais qui, replongées dans l'époque et dans le contexte (les années 1920, une jeune femme "de la campagne") prennent une certaine dimension.

Photos, lettres, objets, cartes à jouer... Frankie ne nous épargne rien pour nous faire partager au plus près cette époque où la femme commence à s'émanciper et où la société de consommation fait ses premiers vrais pas.

Toutefois, loin de se contenter de mode et de superflu, Frankie, amoureuse des lettres, nous entraîne également dans la presse new yorkaise (True Story, The New Yorker) et parisienne (Aero). De Greenwich Village à Montparnasse elle croise, de près ou de loin, la route de James JOYCE ou d'Ernest HEMINGWAY, donnant ainsi encore plus de corps à une histoire qui n'en manque déjà pas.

En effet, à travers un destin singulier (et individuel), Caroline PRESTON brosse le portrait de toute une époque, d'une sorte d'Âge d'Or précédent la crise de 1929 et les sombres heures qui suivirent.

Bien sûr, l'angle adopté est idéal et sans doute idéalisé, loin de la vie des hordes de miséreux et d'ouvriers qui trimaient dans les bas-fonds en ce temps-là, plus près de Gatsby que de Jack LONDON, mais le résultat conjugue élégance et traces documentaires avec un certain talent.

Le Journal de Frankie Pratt offre une belle expérience de lecture que son titre original, The Scrapbook of Frankie Pratt, met davantage en valeur : "roman (graphique)", comme l'annonce la couverture, il fait la part belle aux images et articles découpés et, de silhouette en mannequin, d'homme idéal en femme iconique, il concentre toute une époque en quelques pages et quelques vies.

Saluons au passage l'admirable travail de traduction réalisé pour les éditions NiL : il a su conserver à l'oeuvre toute son intégrité.

Petit parallèle pour finir : à quelques années près, Le Journal de Frankie Pratt fait presque écho à Seul le silence, de R.J. ELLORY, dans lequel je suis plongé ces temps-ci, et qui suit les traces du jeune Joseph, aspirant écrivain lui aussi, dans la campagne profonde des Etats-Unis de la fin des années 1930.

Autres temps...

Champittérature en images, donc inclassable...

Le Journal de Frankie Pratt*
Le Journal de Frankie Pratt*
Le Journal de Frankie Pratt*
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