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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 13:28

23 oct 11 - Port Toulon 3

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 09:54

Raging Bulles - Logo

 

Prochaine édition de notre  Raging Bulles mensuel demain (!!) jeudi 27 octobre 2011 à partir de 19h à la Cave de Lilith, rue Paul Lendrin à Toulon.

 

Au programme, pour ceux qui ne seraient pas encore allé le voir directement sur le site "originel" :

 

BLUTCH, Pour en finir avec le cinéma, Dargaud.

 

Marc-Antoine MATHIEU, 3'', Delcourt.

 

Marc MILLAR & Steve McNIVEN, Nemesis T1, Panni Comics.

 

Ryoji MINAGAWA, Peacemaker T1, Glénat.

 

Benoit PRETESEILLE, Maudit Victor, Cornelius.

 

Patrick PRUGNE, Frenchman, Daniel Maghen Editions.

 

 

Bonne lecture !

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 09:42

23 oct 11 - Port Toulon 2

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 11:50

Le fils de son père - CouvertureNuit d'orage et de vernissage à la Galerie des Suds, sans doute à Marseille. Olivier, jeune peintre local, expose pour la première fois. Sa famille - mère, frère, soeur, femme, enfants - ses amis - liés au monde de l'art ou du foot, deux mondes dans lesquels il baigne depuis longtemps - sont là, à ses côtés.

 

Sur une des toiles - dont les couleurs et la texture rappellent moquette ou papier peint - une silhouette, de dos. "Un mise en amibe _ en abîme !" corrige le jeune Baptiste. Nouvelle coupure de courant. Eclair. Coup de tonnerre. Et l'espace d'une seconde une longue silhouette se dessine de la porte vitrée de la galerie jusqu'au peintre qui vient d'achever son discours. Longue et large silhouette. Noire comme la nuit. Immobile. Irréelle. L'ombre du père.

 

Une brève apparition qui plonge Olivier dans ses souvenirs, entre son enfance et sa famille. Entre le père qu'il avait et celui qui est devenu. Longue série de flash-backs qui éclaire peu à peu le lecteur sur les motivations plus ou moins conscientes de ses actes, de ses choix, de sa carrière, de son oeuvre...

 

Le fils de son père est une oeuvre autobiographique (à quelques détails près, comme on peut le lire ici) des frères OIivier et Guillaume MARIOTTI (qui auraient donc presque pu la titrer "les fils de leur père", même si le personnage principal est bel et bien Olivier). Entre deux époques - l'enfance puis l'âge adulte du héros - l'auteur brosse la lente construction de sa personnalité et surtout de son positionnement en tant que fils enfant, puis en tant que fils adulte, et enfin en tant que père à son tour.

Marqué par une figure paternelle forte, énigmatique, inaccessible, le jeune Olivier passe de l'admiration au doute, au repli, puis à la fuite. Sans pouvoir jamais renier l'héritage paternel, qui a marqué en profondeur aussi bien sa pratique artistique - comme le montre la belle scène suspendue durant laquelle le petit garçon trace dans la poussière le contour de l'ombre de son père... - que sa place de père.

 

Graphiquement, les auteurs ont pris le parti de nettement distinguer les deux époques mises en scène. Le passé, aux teintes pastels, a la grain des couleurs aux crayons. Un grain renforcé par la texture rugueuse des moquettes et tapisseries que le héros et son père posent ensemble, et qui dessinent peu à peu l'étrange paysage abstrait de leur complicité d'enfance.

 

Le présent, plus vif, plus tranché, évoque l'aquarelle - même si, là encore, les couleurs sont réalisées à l'ordinateur par Guillaume. Des aplats nets, qui souvent nimbent les scènes d'une ambiance douce et apaisante.

 

Cette dualité un peu facile a le mérite de l'efficacité et de la lisibilité, au service du récit.

 

Les yeux sans pupilles des personnages leur confèrent un étrange caractère lunaire qui, s'il colle bien au monde du souvenir, désincarne un peu les protagonistes des scènes contemporaines. Dommage.

Les anatomies sont parfois un peu bousculées, surtout pour représenter les enfants-marionnettes, et le corps de ce père-statue qui domine personnages et histoire de toute sa carrure.

 

En adoptant un immuable gaufrier de 12 cases, les deux frères ont su imposer une temporalité rythmée et régulière que certaines images s'étendant sur plusieurs cases viennent parfois bousculer, confrontant lecture successive et simultanée (l'ombre du FRED de Philémon n'est jamais loin dans ces cas-là !).

 

Scénaristiquement, traiter conjointement de l'héritage paternel et de la mise en abîme aurait pu être un exercice de style un peu redondant. Olivier MARIOTTI évite toutefois cet écueil, en n'appuyant jamais trop son propos, même quand il se met en scène en train de donner un cours de dessin de nu, ou lorsqu'il rejoue devant ses enfants les mêmes contre-pieds que son père - faisant en cela vaciller l'autorité maternelle.

 

La manière dont il rend compte du monde de l'enfance, de ses travers, de ses manies, de ses habitudes, est très réussie : attitudes, mots, gestes, réactions sont très crédibles, de la capture d'une coccinelle à un match de foot. On pourrait peut-être lui reprocher le traitement outrancier et répétitif qu'il donne à la "voiture rose" (vous découvrirez par vous-même de quoi il s'agit en lisant l'album !!), mais peut-être faut-il mettre cela sur le compte de la vision déformée que les enfants ont du monde, et que Olivier enfant a donc de son père et de la chauffeuse de cette voiture.

 

Petite critique à apporter à certains dialogues toutefois : dans un souci de réalisme et d'exhaustivité, ils finissent parfois par être trop démonstratifs et trop pesants. Un peu trop écrits.

On ne peut pas réussir sur tous les tableaux.

 

Autobiographie sans doute cathartique, qui a permis à l'auteur de renforcer ses liens avec son frère, et peut-être de régler certains comptes avec le passé, le Fils de son père est une oeuvre touchante et sincère qui pêche parfois par excès de démonstration.

Illustrant la riche théorique de l'incontournable influence que notre enfance - et nos relations avec nos parents à cette époque - a sur notre vie d'adulte, ce livre semble toutefois la poser comme incontournable et peu modifiable. Au temps pour le libre arbitre.

Mais cette première prise de conscience est peut-être la nécessaire première étape sur la longue route de l'émancipation et la reconstruction de soi.

 

Champimages venues de loin

 

Le fils de son père - Extrait 1

 

Le fils de son père - Extrait 2

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 11:41

23 oct 11 - Port Toulon 1

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 18:01

Fox sans domicile fixe T1 - CouvertureDeux grands yeux un peu perdus coincés entre une barbe de plusieurs jours et une large bonnet. Voici Leterrier, surnommé Fox par l'épicier du quartier. "En fait mon vrai nom c'est Leterrier, alors je sais pas pourquoi, il dit Fox".

 

Arpentant une maison grande comme la rue, il cherche la chaleur, un repas, à éviter les fientes d'oiseaux, à recoller les morceaux de sa mémoire. Du haut de son trottoir, il observe, se moque, engueule, agresse parfois, quand le froid se fait trop mordant.

Mais il n'est pas vraiment méchant.

Juste errant.

Et parfois un peu trop affamé ou frigorifié. Rien de plus.

 

Parfois sa maison a des fuites, alors il pleut, alors il neige.

Parfois son coeur en a aussi, alors il crie, alors il pleure.

Il rit aussi, parfois, entre deux bouteilles, quand il a fait trop froid, quand il a fait trop triste.

 

Une vie de sdf, en somme [en tout cas comme on peut l'imaginer]. Répétitive. Souvent dure. Parfois cruelle. Parfois poétique.

Mais toujours trop près du caniveau.

 

Avec un trait très dépouillé, presque minimaliste parfois,  Martin SINGER offre à son personnage marginal une place centrale, ses grands yeux occupant souvent le coeur des images. Digne descendant graphique de Monsieur Patate, Fox dispose d'une large gamme d'expressions et surtout d'émotions provoquées par les trop-pleins qui l'assaillent en permanence. Peu de repos pour ce démuni qui manie aussi bien la belle formule ("La rue, c'est pas parce que le mot est féminin que c'est attirant") que la torgnole (mais que ne ferait-on pas pour une place au chaud), et dont les aventures, en toute simplicité, sont très touchantes.

 

Aucun pathos, toutefois, face à une situation qui aurait pu s'y prêter : Fox ne s'apitoie pas sur son sort, il expose sa vie presque avec humour et philosophie, même si la dure réalité n'est jamais loin.

Bien sûr, les formules sont parfois un peu pompeuses.

Bien sûr, les gros plans sur les grands yeux de Fox sont parfois un peu trop appuyés.

Mais le tout dégage une profonde humanité teintée de quelques sourires et d'un peu de poésie.

Non pas dans le but de magnifier la misère, ni de la rendre banale, mais plutôt de l'aborder, de la montrer avec le décalage nécessaire pour la supporter - sans l'oublier.

 

On peut lire la moitié des aventures de Fox en ligne, mais le mieux est encore de se procurer le petit ouvrage édité par les récentes éditions Poivre et Sel.

 

Un tome deux est annoncé. Lèvera-t-il le voile sur les morceaux perdus de la mémoire de Fox, où nous plongera-t-il dans d'autres tranches de la vie sans le sou de ce sympathie et touchant oublié ?

Charge à nous de le garder en mémoire.

 

Champi dans les rues

 

Fox sans domicile fixe T1 - Extrait

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 21:25

 Armelle CARON, dont j'ai pu découvrir certaines oeuvres dans le rugissant  Tigre, est une artiste minutieuse mais surtout très ordonnée, qui semble avoir décidé d'organiser le chaos mondial, notamment celui des cartes et des plans.

 

Elle essaie également de mettre à jours les ordres cachés dans les mots, les expressions, les sons qui nous entourent.

 

Son site regorge d'images, de lettres, de vidéos, de silences, d'instants de concentration.

 

Un univers à explorer (commencez déjà par Paris, ci-dessous !)

 

Armelle CARON

 

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 08:25

Mes voisins les Yamada - CouvertureContinuons notre tournée des manga atypiques, dans la lignée du mois des manga de  K-BD.

Après le réalisme social cruellement marginal du Vagabond de Tokyo, voici une petite bouffée d'air presque pur avec Mes voisins les Yamada, de Hisaichi ISHII : une série de strips humoristiques - au format vertical, sens de lecture nippon oblige - racontant le quotidien d'une famille japonaise traditionnelle.

 

Composée d'une grande-mère (Shige), d'un couple (Takashi et Matsuko), de deux enfants (Noboru et Nonoko) et d'un chien (l'étrange Pochi) - ainsi que, parfois, de quelques oncles de passage - la famille Yamada vit au rythme des saisons (Matsuko suit de très près les évolutions de températures pour éteindre dès que possible les dispendieux radiateurs), des vacances scolaires (dont les deux enfants profitent pour vivre comme des pachas dans le petit cocon familial) et des grands événements sportifs (Shige étant une fan de baseball - en tout cas de l'équipe des Giants!  - et de sumo).

 

La plupart des gags tournent autour des travers de chaque personnage : Shige râle, perd un peu la tête, mais ne perd pas un programme sportif télévisé. Takashi est plutôt fainéant et égoïste, et aimerait avoir plus de temps pour pratiquer le golf. Matsuko, qui tient les cordons de la bourse, compte chaque yen dépensé... sauf ceux qui lui permettent d'acheter de quoi composer le menu du jour - ce qui est une de ses principales occupations. Noboru est plus préoccupé par les statistiques des résultats sportifs que par ses résultats scolaires - qui sont, au mieux, moyens. Nonoko est spécialisée dans le regard naïf - et donc pertinent - qu'elle porte sur le monde. Quant à Pochi, il passe l'essentiel de son temps à contrarier ses maîtres.

Bref, une famille parfaitement ordinaire !

Mais une famille aux prises avec la dure réalité du Japon des années 90, marqué par la crise économique et la récession. Alors, entre deux piques adressées à des hommes politiques, ou une énième tentative de Matsuko de couper le chauffage avant l'heure, point la rigueur à laquelle cette famille des classes moyennes doit s'astreindre.

 

Né au début des années 50, Hisaichi ISHII entreprit des études de sociologie au début des années 70. D'où sans doute son regard juste et acerbe sur la société japonaise - regard qu'il déclina très tôt dans ses différentes séries.

Parmi elle, Ojamanga Yamada-Kun, première apparition de la famille Yamada, au début des années 80. Une série a succès qu'il décida de remettre au goût du jour entre 1991 et 1993 avec Mes voisins les Yamada - publié en 3 tomes par les éditions Delcourt.

Qu'il s'intéresse au sport, à la politique, ou à la famille japonaise, ISHII a décidé de toujours jouer la double carte de la satire et de l'humour, s'incrivant ainsi dans une tradition internationale séculaire : le rire pour dénoncer, gentiment, mais dénoncer quand même.

Avec Mes voisins les Yamada, il a réalisé une oeuvre un peu moins marquée par la loufoquerie souvent typique de l'humour nippon - regardez les programmes télévisés humoristiques de Takeshi KITANO, par exemple, pour savoir de quoi je parle ! - et graphiquement un peu plus épurée. Elle est donc sans doute moins drôle que la série initiale - que je n'ai pas encore eu la chance de lire - mais également certainement plus accessible pour les lecteurs européens, car moins référencée.

Les jeux de mots y ont la part belle - remercions les traducteurs pour leur effort de clarté à travers de nombreuses notes de bas de page - rappelant combien la langue japonaise, et surtout ses kanji polysémiques, sont propices aux doubles sens.

 

Le format adopté ici - des strips de quatre cases verticaux, yonkoma dans la langue de TEZUKA - est lui aussi l'héritier direct d'une longue tradition de la bande dessinée d'humour, qui a vu le jour presque conjointement dans la presse étasunienne, européenne et nippone. Une logique suite de la riche histoire des étroites relations entre la presse et la bande dessinée.

Bon nombre de situations et de gags font d'ailleurs écho à des histoires déjà croisées dans Peanuts, Garfield, Calvin & Hobbes, Mafalda ou le Chat. L'humour est décidément international ! (Mais qui en doutait ?)

 

Au final, Mes voisins les Yamada offre donc, à travers les 640 strips compilés dans ce tome 1 - couvrant la période octobre 1991/juillet 1993 - de nombreuses occasions de sourire en constatant que les travers humains et familiaux sont les mêmes aux quatre coins du monde, et que la récession et le désarroi face aux classes politques ne date pas d'hier et d'ici.

En mêlant quotidien familier et "exotisme" japonais (à travers les jeux de mots, les plats cuisinés et les traditions), ISHII a réalisé une oeuvre internationale moins intemporelle que les Peanuts de Charles M. SCHULZ et moins acerbe que Mafalda de QUINO, mais suffisamment drôle et intelligente pour plaire au-delà des frontières de son pays.

Une agréable manière de découvrir autrement d'autres facettes de la société japonaise, entre sourire et rire jaune (sic).

Un beau programme !

 

Champimages caustiques.

 

Mes voisins les Yamada - Extrait

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 22:01

oct 2011 - USTV - Ca bouge à l'université

 

Mieux vaut tard que jamais, quelques infos de la fac, qui s'offre une rentrée mouvementée - cliquez sur l'image pour plus de détails.

 

Deux temps forts pour les amateurs de sons et d'images : de concerts de BD, co-organisés par notre Association Equinoxe. Deux occasions de mettre en lumière les deux BU, dont les fonds BD ont été renouvelés et "thématisés" :

 

Mardi 11 octobre 2011 - 12h30 - BU de la Fac de la Garde

Autour de l'exposition BD Les techniques du 9e art

Concert BD de Benoit BOTTEZ et Johan TROIANOWSKI

 

Vendredi 14 octobre 2011 - 12h30 - BU de la Fac de Droit à Toulon

Autour de l'exposition BD Les belles rencontres - adaptation en BD d'œuvres littéraires

Concert BD de Benoit BOTTEZ et HILDEGARDE

 

Le tout en parallèle et en synergie - comme je me la pète ! - avec les ateliers BD que nous animons à la fac depuis quelques années.

 

Venez vous faire plaisir et investir ces espaces de culture ! (oui, le bibliophile en moi se réveille !!)

 

Champimages qui bougent.

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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 08:36

Blue - Couverture 1"La mer immense et le ciel au-dessus, nos uniformes, notre enthousiasme malhabile d'adolescentes...

 

Si je devais donner une couleur à toutes ces choses du passé, je choisirais un bleu profond."

 

Etrange titre et étrange introduction pour un manga où seuls coexistent le blanc - écrasant - le noir - profond - et de rares gris inertes.

Et pourtant, tout est là : le ciel écrasant, la mer profonde, et la froide maladresse.

 

Dans ce lycée pour filles de province, la mer n'est accessible que pour ceux qui connaissent le petit raccourci vers le rivage - sinon, elle n'est qu'un rêve lointain. Le ciel est bien souvent absent des couloirs et salles de classes qui rongent tout le paysage des lycéennes, et les uniformes masquent à grand peine les différences tapies sous les noires chevelures des adolescentes en errance.

 

L'année de terminale, cruciale dans un système scolaire élitiste et harassant, se voit bouleversée par le retour d'Endô Masami, célèbre pour avoir été renvoyée l'année précédente. Son arrivée perturbe tout particulièrement Kirishima Kayako, qui se coupe peu à peu de ses amis, intriguée puis fascinée par la nouvelle venue. Poussée vers elle par une force qui la dépasse. Le trouble amoureux, tel un lent ressac, s'installe.

 

Mais que sait-elle de cette fille dont la vie semble avoir déjà été bien remplie, bien marquée, et comment lui dire ce qu'elle ressent alors que l'admiration la glace et la retient ?

Commence la douloureuse valse des sentiments, tandis que les garçons - peu souvent à l'image - font de régulières et perturbantes apparitions.

 

Qu'elles font mal, les amour adolescentes...Blue - Couverture 2

 

Kiriko NANANAN s'est très tôt - dès ses premiers travaux dans la revue d'avant-garde Garo, en 1993 - intéressée aux personnages féminins et aux histoires mettant en scène des sentiments puissants et souvent retenus. Blue, une de ses premières histoires longues, porte en germe toutes les pistes que la mangaka explorera au fil des titres : des visages figés et froids, des corps et des mains particulièrement expressifs, et un sens du découpage mettant le blanc, la case vide ou l'espace nu à l'honneur (des procédés qu'elle développera davantage dans  Rouge Bonbon, par exemple).

Autant de transpositions graphiques de la rigidité que la socité japonaise impose à sa jeunesse, l'enfermant dans le silence, la retenue, la frustration - avec les dérives que cela peut entraîner, de la frénésie (les otaku) à l'enfermement (les hikkikomori) en passant par le harcèlement physique (le ijime) ou le suicide (qui n'a toutefois pas plus la cote là-bas qu'en France, comme quoi...).

 

Si les visages souvent monolithiques - et parfois difficiles à distinguer les uns des autres - se dessinent comme des masques jetés à la face des cases et des lecteurs, les détails, notamment les cheveux et les mains, insufflent par petites touches et en élégants ballets une exquise ou douloureuse sensibilité : douceur d'une caresse, douleur d'un mouvement retenu, élégance des poignets délicatement effleurés...

 

Dans cette univers de la blancheur immaculée et étouffante, seuls les chevelures et les uniforments apportent un contre-point sombre, par des noirs profonds ou des gris apathiques. Ainsi que les tableaux noirs - gris, en fait, pour le coup - d'où émergent les professeurs et leurs formules cassantes.

Pas de répit pour les lycéennes.

 

Ce graphisme épuré permet à NANANAN de mettre en valeur la force des sentiments qui animent ses protagonistes : reproches face à la trahison, élans provoqués par l'amour, douleur et silence du secret... Autant d'ingrédients qui pourraient laisser craindre la pire histoire à l'eau de rose mais qui, portés par une grande sensibilité et une délicate sensualité, dessinent ici une belle histoire.

 

Peu d'espoirs chez NANANAN, avec à l'arrivée surtout de la résignation, des départs, la victoire du poids de la tradition. Comment imaginer un avenir si noir derrière des cases si blanches ?

 

Le noir du désespoir se teinte ici du bleu immense du ciel et de la mer, mais surtout de celui de la froideur des visages et de la profondeur des sentiments. L'auteure sait, à travers les noirs et les blancs, laisser transparaître la couleur. Magistral.

 

Bonne entrée dans l'univers de la mangaka, Blue, poétique, au plus près des corps et des coeurs tourmentés, aurait pu bénéficier d'une traduction dans le sens de lecture original. Dommage.

Que cela ne vous empêche pas de vous glisser entre ces pages, entre ces cases où les nuques et les visages tournés composent un drame intimiste dans lequel la suggestion et la subtilité sont au premier plan.

Loin des clichés et des visages outranciers de bien des héros de manga.

 

Une approche graphique et scénaristique résolument originale.

 

Champimages presque abstraites, suspendues.

 

Blue - Extrait 1

 

Blue - Extrait 2

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